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Xavier Emmanuelli jette un pavé dans la mare de l’urgence sociale

Par Muriel Jaouën, le 2/08/2011

En annonçant sa démission du Samusocial de Paris, qu’il a fondé il y a bientôt vingt ans, l’ancien secrétaire d’Etat à l’Action humanitaire d’urgence pointe le désengagement de l’Etat dans sa mission sociale.

Fin juillet 2011, Xavier Emmanuelli annonce dans les colonnes de Charlie Hebdo sa démission prochaine de la présidence du Samusocial de Paris, groupement d’intérêt public (GIP) qu’il a créé en 1993 avec le soutien de Jacques Chirac, alors maire de Paris. Déclinaison du Samu médical, le Samusocial de Paris se donne pour mission d’aller au-devant des personnes sans abri qui ne sont plus en mesure d’appeler les secours. Le dispositif du GIP s’appuie sur un numéro d’urgence, le 115, des maraudes, des centres d’hébergement et des nuitées d’hôtel.

Réduction de 25% des crédits à l’hébergement d’urgence
L’annonce de Xavier Emmanuelli a été faite après que le secrétaire d’Etat au Logement Benoît Apparu a exprimé son intention de réduire les crédits de 25 % et de supprimer 4 500 places dans les hôtels d’ici à la fin 2011, au profit de logements pérennes. Hébergement d’urgence contre hébergement pérenne ? Une grande partie des acteurs de l’aide sociale de terrain rejette l’alternative. Les deux approches ne sont pas exclusives, au contraire. Les personnes les plus désocialisées, les plus “cassées” se montrent pour la plupart incapables d’intégrer un logement “pérenne” sans en passer par une phase d’accompagnement. Il est donc nécessaire de maintenir une offre d’urgence.

Fermeture du dernier centre à accueillir des femmes
Dernier effet collatéral de la politique d’assèchement budgétaire, le 30 juin 2011 : la fermeture, dans le 11ème arrondissement de Paris, du centre d’hébergement Yves-Garel, le dernier à accueillir des femmes. Entre 2010 et 2011, le Samusocial de Paris, financé à 92% par l’Etat, a vu son budget passer de 110 millions à 90 millions. Ce, alors que le besoin d’hébergement d’urgence ne cesse de s’amplifier.

Xavier Emmanuelli parle d’une situation budgétaire qui “n’est plus gérable” et dénonce la contrainte gestionnaire qui pèse sur l’aide d’urgence : « Avant (…), tout le monde était fier de travailler au Samusocial parce que chacun s’appropriait une petite étincelle du secours. Mais quand vous êtes dans la gestion, dans un rapport de force, ce n’est plus possible. C’est comme au Samu. Maintenant, l’aide médicale urgente, c’est des postes, il faut faire des publications, rentrer dans des procédures, des protocoles. »

Une décision qui dépasse le cadre du Samusocial
Xavier Emmanuelli jette un pavé dans la mare. Cofondateur de Médecins sans frontières, président du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées, ancien secrétaire d’Etat à l’Action humanitaire d’urgence, le “french doctor”, en jetant l’éponge devant les coupes claires de la subvention publique à l’aide humanitaire, pointe plus ou moins directement le désengagement de l’Etat dans sa mission sociale. Une politique de logique comptable que les représentants de monde associatif dans leur ensemble dénoncent depuis plusieurs années : réduction de l’enveloppe accordée aux associations, dégradation des moyens de contractualisation avec la puissance publique, altération des conditions de paiement…
En privilégiant les appels d’offres aux subsides, l’Etat et les collectivités encouragent une mise en concurrence directe des associations avec le secteur marchand. Une tendance dommageable pour les populations les plus fragilisées qui, faute de solvabilité, se retrouvent parfois écartées du spectre prioritaire de prestation des entreprises lucratives. Or, dans un contexte de crise économique et sociale, les associations -1,1 million de structures, 14 millions de bénévoles, 2 millions de salariés - jouent un rôle essentiel, tant dans la finalité de leur mission que dans leur capacité à définir des modalités d’action innovantes au service de la cohésion sociale et de l’intérêt général.

Xavier Emmanuelli devrait démissionner en octobre. Il maintiendra toutefois une activité au sein du Samusocial international.


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