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Tunisie : Les médias alternatifs rejetés de l’espace publique obtiennent la bande FM

Place publique, le 4/07/2011

Après des mois d’attente et plusieurs manifestations revendiquant le droit d’avoir une fréquence FM pour pouvoir émettre à une audience plus large, Radio Kalima a obtenu finalement une autorisation pour diffuser sur la bande FM selon nos confrères chez Madwatch.net. 12 nouvelles radios ont obtenu leur autorisation de diffuser sur la bande FM dont radio Kalima.

Rappel des faits :

Le directeur de la radio tunisienne Kalima, dissidente sous le régime Ben Ali, Omar Mestiri, avait entamé une grève de la faim illimitée le 21 juin 2011, pour protester contre ce qu’il a qualifié de "déni d’existence légale". Il faut libérer la presse audiovisuelle de la censure qui continue à exister après la révolution. Nous réclamons notre droit de diffuser sur la bande FM » avait-il fait savoir en signe de protestation.

Né en 2008, la radio Kalima, qui était auparavant un magazine électronique Kalima, diffuse ses programmes sur internet. Sous le gouvernement Ben Ali, cette radio a du s’exiler à l’étranger, son équipement ayant été confisqué et son local fermé par les autorités. Opposante au régime de Ben Ali dont elle dénonçait les atteintes aux libertés et aux droits de l’Homme, la fondatrice de cette radio, Sihem Ben Sédrine, a été emprisonnée et longtemps en butte aux harcèlements de la police du président déchu.

Kalima est revenue en Tunisie après le 14 janvier 2011 à la faveur du soulèvement populaire tunisien et de la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite . Cinq mois plus tard, le directeur Omar Mestiri observe une grève de la faim. Dans un communiqué transmis à l’Associated Press, Radio Kalima s’élève contre la non obtention de l’autorisation devant lui permettre d’accéder aux fréquences, malgré une promesse faite par le gouvernement. Elle déplore également "l’inertie" de la nouvelle instance de réforme de l’information et de la communication (INRIC). Le plus inquiétant aux yeux de la station Kalima est l’absence des confrères des médias audiovisuels pour les soutenir. En outre, depuis la révolution, la scène publique a vu apparaître plus de 90 nouveaux partis politiques, mais aucun média audiovisuel.

« Nous subissons des campagnes de diffamation de tous genres dans presque tous les supports médiatiques, souligne Omar Mestiri. On essaye de nous conduire vers des élections avec des médias conditionnés Personne ne pourra nous convaincre qu’il est normal que les procédures prennent autant de temps pour l’obtention de la bande FM. Nous avons tout fait pour avoir ce droit. Les autorités concernées ne nous laissent pas le choix. C’est pour cela que je suis en grève de la faim, même si je n’adhère pas à ce type d’action. La possibilité de s’adresser à des instances internationales ? Ce n’est pas encore d’actualité. En Tunisie, nous n’avons pas besoin d’une instance de contrôle mais d’une agence pour gérer les fréquences radios. Les médias post révolution ? Ils ne sont pas dignes du Tunisien de 2011. Le citoyen est bien plus intelligent. Il n’a pas été dupé par le système Ben Ali et il ne le sera plus jamais ". Et Omar Mestiri de demander que tout le monde soit traité sur le même pied d’égalité.

La direction de la radio estime que "six mois après la révolution, l’audiovisuel est toujours accaparé par les mêmes monopoles mis en place par la volonté de l’ancien président" tunisien. Pour Faten Hamdi, journaliste de Radio Kalima, " l’ancien système est encore là. Nous sommes quotidiennement harcelés par la police politique qui nous rend visite dans nos locaux. Ils nous mettent encore la pression, mais nous leur disons que malgré tout, nous continuerons à lutter et que nous couvrirons avec le peu de moyens que nous avons, les prochaines élections. Nous n’avons pas craqué sous Ben Ali. Ce n’est pas maintenant que nous allons plier ".

Plusieurs mois après la révolution tunisienne, "les médias alternatifs qui ont combattu l’appareil" du régime "et contribué à le discréditer, en payant le prix fort, semblent ainsi rejetés hors de l’espace médiatique légal". Mais l’entêtement a payé. Le président, M. Kamel Laabidi, a annoncé que 12 nouvelles radios ont obtenu leur autorisation de diffuser sur la bande FM dont radio Kalima.

* Radio Al Karama – Sidi Bouzid * Chaanbi FM- Kasserine * Ouaha FM – Gabes * Ulysse FM – Medenine * Sawt Al Manajem – Gafsa * Sabra FM – Kairounan * CAP FM – Cap Bon * Oxygène FM – Bizerte * Radio Kalima – Tunis * Radio 6 – Tunis * Kif FM – Tunis * Ibtissama FM – Tunis

Sources : AP, Selim Slimi

Un Comité régional a été créé, lundi 27 juin 2011, au gouvernorat de Gabes, pour soutenir M. Omar Mestiri le directeur de radio Kalima qui mène une grève de la faim depuis le mardi 21 Juin 2011. Ce comité est composé comme suit : Coordonnateur général, le poète Nasser Redissi Les autres membres du comité sont : - Habib Behi : de l’Observatoire Tunisienne pour les droits et les libertés d’association - Mongi Slim : de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, section de Gabès
- Nebrass Chamem : Chef du groupe de musique « Elbaht » de Gabès
- Abdul Wahab Amouri : le Parti Démocratique Progressiste(PDP)
- Burhan Al Qassimi : du Parti Ouvrier communiste tunisien (POCT) - Abd al-Razzaq Nasrallah : Mouvement « Ennahdha »,Gabes
- Khalil Mokhtar : le Mouvement Populaire, section de Gabès
- Muhammad Ali Okacha : journaliste


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