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TRIBUNE LIBRE : Europe : du courage  !*

Djémila Boulasha-Meziani,Françoise Gaudron Rutherford, Pierre Barge,Olaf Deussen, Vicent Garcés,Salam Kawakibi,, le 11/03/2011

Les Chefs d’Etat et de gouvernement des 27 se sont réunis le 11 mars 2011 à Bruxelles pour discuter de la situation en Libye et dans la région.

L’enjeu : dissiper le malaise de l’Union face aux « printemps méditerranéens » et donner une réponse ambitieuse de l’Europe aux bouleversements historiques de ses voisins  ? Au vu des hésitations de ces dernières semaines, rien n’est moins sûr  !

Face aux vibrants et pacifiques hommages des manifestants aux valeurs de dignité, de liberté et de démocratie, qui constituent le socle de l’Union européenne, l’Europe est restée sans voix  ! Ces événements lui offrent pourtant la chance de jouer un rôle autre que celui d’éternelle figurante dans les mutations mondiales. Ils ont en tout cas permis de mettre à nu les limites de sa politique extérieure et de révéler les peurs profondes qui la traversent. Plus que son manque de leadership c’est son ambiguïté malsaine qui a rendu l’Union impuissante.

Au titre du rempart contre l’islamisme, l’Union a conforté des régimes viciés, super gendarmes chargés de sécuriser la rive sud de la Méditerranée en endiguant les flux migratoires. Cette complaisance a nourri l’autoritarisme des pouvoirs en place, contribué au lit des extrémismes tout en faisant fuir des milliers de personnes vers l’Europe : 15 638 immigrés (toutes nationalités confondues) sont morts aux frontières de l’Europe entre 1988 et

2010  ; 6 566 ont disparu en mer (1). Doit-on rappeler que fin 2010, l’Union envisageait de récompenser la Tunisie, pays sans « difficultés spécifiques », avec le partenariat avancé  ; qu’elle n’a interrompu ses négociations avec la Libye vers un accord global de coopération que le 23 février dernier  ? Dans ce théâtre d’ombres, son jeu diplomatique, s’est révélé politiquement et moralement contreproductif. A signer un pacte avec le diable, on ne peut qu’y perdre son âme  !

Les signataires, issu(e)s de la société civile et se sachant porté(e)s par un courant d’opinion fort, en appellent à une Europe sans peur et sans reproche. Les 27 doivent envoyer un message fort de courage et d’éthique pour rejeter toute compromission de l’Union avec ses partenaires extérieurs. Ils doivent s’engager à utiliser les outils qui existent déjà dans l’arsenal européen et explorer de nouveaux instruments dissuasifs pour sanctionner avec fermeté les violations graves des droits de l’Homme de leurs partenaires. Les 27 doivent rééquilibrer l’attention de l’Union vers le Sud sans que cela soit au détriment de l’Est  ! L’idée d’une Banque euroméditerranéenne d’investissement (comme la BERD pour l’Est) va dans ce sens. A condition que les financements, conséquents, ne servent pas à alimenter la chaîne de corruption mais dynamisent l’intégration et la paix de cette région condition sine qua non d’un développement économique. La transparence dans les relations contractuelles est indispensable. Le Parlement européen, doté du pouvoir de contrôle démocratique, pourrait s’assurer de l’utilisation éthique des fonds. Vigie de l’Union en matière de droit de l’Homme, il doit servir plus que jamais d’aiguillon contre les dérives des partenaires extérieurs.

Les 27 doivent surtout changer radicalement le regard de l’Union, sortir de sa démarche sécuritaire et privilégier une vision à long terme d’un co-développement durable partagée avec le Sud. Seule cette voie conduira à une zone de stabilité, de prospérité et de paix au bénéfice des populations des deux rives de la Méditerranée. Les printemps méditerranéens le prouvent : l’aspiration à la justice et à la dignité est universelle et les dictatures ne sont pas une fatalité pour la région.

Ces révolutions doivent interpeller l’Europe sur ce qui se passe chez elle. C’est le moment ou jamais pour les 27 de se montrer lucides et courageux, de dépoussiérer la si belle devise fondatrice de l’Union « Unis dans la diversité », de s’extraire enfin de cette peur qui les tétanisent et d’envisager différemment l’immigration méditerranéenne. Plutôt qu’un risque, que l’Union tente obsessionnellement d’endiguer à tout prix, n’est-elle pas un atout pour sa démographie vieillissante et son économie  ? A l’heure où certains n’hésitent plus, dans une Europe où le populisme gagne du terrain, à proposer de repousser en pleine mer les « Harragas » maghrébins, n’est-il pas temps de promouvoir véritablement les synergies avec les immigrés  ?

Les peuples du Sud ont montré qu’ils sont « des citoyens », dotés du désir ardent de vie, de rêves, d’enthousiasme et de courage qui ne demandent que le respect de leur humanité pour vivre au même titre que d’autres dans cette grande cité qui nous rassemble. L’Union ne peut plus être sourde à cela au risque d’être fossoyeur des valeurs qui la façonnent.

* Tribune libre paru dans Europolitique du mercredi 09 mars 2011

Djémila Boulasha-Meziani est fondatrice et Présidente de l’association EuropAnous, juriste Françoise Gaudron Rutherford est membre de Linknet Mentoring (UK) Pierre Barge est président de l’AEDH, Association européenne pour la défense des droits de l’Homme Olaf Deussen est Fondateur et Président d’EuroArab Forum Vicent Garcés est ancien député européen et membre du Conseil Consultatif de l’Assemblée de Citoyens et Citoyennes de la Méditerranée Salam Kawakibi est Directeur de recherche à L’initiative arabe de réforme (Arab Reform Initiative)

(1) « Traversée interdite » de Virginie Lydie

Tous les soutiens à cette tribune sont aussi les bienvenus car ils permettront que la tribune devienne un véritable manifeste des citoyens qui vivent en Europe et ailleurs, à transmettre aux instances européennes pour plaider pour une autre Europe, plus courageuse, lucide qui doit changer de positionnement par rapport à la Méditerranée et à ceux qui en sont issus, pour s’orienter vers plus de convivience que de crispations ou peurs comme c’est le cas actuellement.

Si vous souhaitez apporter votre soutien , vous pouvez envoyer à l’adresse suivante :

uemediterranean yahoo.fr en précisant : Je soutiens le manifeste des citoyens européens/ société civile européenne "Europe : du courage/ take heart" en précisant bien sûr le nom, prénom, titre/fonction, ville, pays.


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