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Transmission et solidarité : les mots clés de l’intergénération

Place publique, le 14/01/2013

Selon une enquête qualitative menée par le Campus Lab sur l’évolution des liens intergénérationnels *, sous la direction de Marion Vuillaume, Doctorante en Philosophie Politique et Ethique à Paris 4-Sorbonne, les relations entre jeunes et seniors sont perçues comme étant de bonne qualité, surtout par les plus de 60 ans. Les « actifs » eux, sont plus pessimistes. Les jeunes également.

Ainsi, près d’1/3 des jeunes jugent la situation mauvaise – contre à peine 1/5e pour les plus de 60 ans. Cette disparité s’explique peut-être par le profil des répondants. « Les répondants âgés sont souvent investis, dans les réseaux mutualistes comme dans des associations de toutes natures – associations sportives, loisirs divers, associations de soutien aux handicapés ou autres –, ils ont également acquis une certaine sécurité de revenus, avec des retraites, qui, certes, parfois, sont peu élevées, mais qui tombent régulièrement.
Ce double critère, « investissement et sécurité », a donc une valeur explicative forte en termes de jugement optimiste ou pessimiste porté sur la qualité des relations intergénérationnelles. Quand investissement et sécurité sont absents, ou ressentis comme tels (comme c’est le cas pour les répondants actifs, qui souffrent de la conjoncture économique difficile créant un fort sentiment d’insécurité, et qui sont, globalement, peu investis dans des réseaux extérieurs), le pessimisme général, se répercutant ensuite sur la qualification des relations intergénérationnelles, se développe.

Mais les plus de 60 ans sont pessimistes sur leur évolution

En dépit de leur appréciation positive, les plus de 60 ans sont cependant sceptiques sur l’évolution des relations intergénérationnelles. Affichant leur pessimisme, plus d’un répondant sur deux juge que les relations se sont détériorées, fortement ou doucement. « Les réponses plus optimistes (amélioration nette ou légère), mais même, aussi, les réponses neutres (privilégiant la stabilité, réponse intermédiaire), sont très loin derrière » note l’enquête. Du côté des jeunes ayant répondu, c’est l’hypothèse de la stabilité qui est davantage affirmée. Mais qui dit stabilité ne veut pas dire optimisme. L’écart entre les réponses privilégiant la stabilité et les réponses pessimistes (détérioration forte ou légère) est faible, laissant toute perspective optimiste loin derrière.
Alors d’où vient ce pessimisme ambiant ? Dans les effets de la conjoncture actuelle, marquée par les crises, qu’elles soient économique, politique, ou sociétale, répond le Campus Lab. L’air ambiant morose se reflète donc sur l’appréhension de l’évolution des liens intergénérationnels .

La famille reste le lieu de l’intergénérationnel par excellence

Qu’en est-il des lieux où se côtoient les générations ? Les différents moments de l’intergénération que sont la vie familiale, le voisinage, l’action associative sont-ils affectés par le pessimisme ambiant. C’est la famille qui se trouve être le lieu par excellence de l’intergénérationnel, souligne l’enquête, avec une note moyenne, plutôt bonne, de 7,41 sur 10. Le milieu associatif arrive en seconde position avec une note moyenne de 6,69. « Les retraités ont mieux noté le milieu associatif que les actifs, fait remarquer le Campus Lab, ce qui s’explique très certainement par leur degré d’investissement respectif dans des associations ».
Jeunes et moins jeunes partagent ensuite une vision optimiste de la campagne, troisième lieu de l’intergénérationnel, avec une note moyenne de 6,37. « Difficile ici de distinguer entre le fantasme d’une ruralité solidaire, où tous se connaissent et s’entraident, et la réalité des pratiques effectives » précise l’enquête.
Les relations de voisinage se placent en quatrième position, avec un écart de plus d’un demi-point distinguant les réponses d’individus actifs et inactifs. « Cet écart s’explique par le fait que les actifs, davantage investis dans leur propre cercle familial souvent réduit à l’extrême (parents-enfants), ont peu l’occasion et sont peu disponibles pour nouer des relations fortes avec leurs voisins ». Peut-être en ont-ils aussi moins envie, dans la mesure où les liens affectifs sont très développés au sein du cercle parents-enfants, ces liens se suffisant simplement à eux-mêmes.
Quant au monde professionnel, il apparaît comme un lieu peu créateur de liens entre les générations. Avec une note de 5,58, il occupe l’avant-dernière position. Pour Campus Lab, sa vocation de transmission de savoirs et de savoir-faire est assez peu reconnue, et ce sont surtout les difficultés liés au monde professionnel qui se trouvent révélées par l’appréciation générale des répondants : chômage des jeunes, chômage des « seniors », dont l’appellation désigne ainsi toute personne de plus de 45 ans, valorisation de l’efficacité au détriment de la possession de savoir-faire, réduisant drastiquement la période de pleine activité et, puisqu’une seule génération, celle des trentenaires est valorisée, niant en fait toute possibilité même de créer des liens entre les générations.
Enfin, c’est la ville qui prend la dernière place, avec une note moyenne de 5,1. Les répondants de plus de 60 ans ont à peine mieux noté le milieu urbain que les jeunes, qui, eux, ne lui donnent même pas la moyenne. « Là encore, comme pour la campagne, difficile de démêler fantasme et réalité ; toujours est-il que la ville apparaît à la fois comme le lieu de l’individualité exacerbée, où les gens se croisent sans se parler, et comme un lieu offrant des possibilités de liens entre les générations – c’est en effet souvent en ville que sont proposées des activités ou des associations, avec une offre plus grande et plus diversifiée qu’à la campagne ».

Culture, sport et loisirs : tiercé gagnant pour favoriser l’intergénérationnel

Un autre segment fournit des réponses intéressantes, celui des différents secteurs où s’exprime l’intergénérationnel (culture, habitat, santé, loisirs…). Ainsi, la culture et, surtout, le sport et les loisirs, apparaissent nettement comme les secteurs les plus dynamiques de l’intergénérationnel. Cela confirme l’analyse de la question précédente, où le milieu associatif, permettant de développer des loisirs divers, se plaçait en seconde position. A l’inverse, il n’est pas surprenant que l’économie soit considéré comme un des secteurs les plus fragiles. « L’engagement personnel, ici, n’a été que très peu mis en avant, certainement pensé comme impuissant face à la crise économique et au fonctionnement des entreprises survalorisant l’efficacité » note l’enquête.

Les différences sont moins affirmées dans les domaines comme l’habitat, la santé et l’éducation. Ces derniers occupent des positions plutôt fragiles où l’engagement personnel n’a guère de sens. La politique apparaît également comme un secteur fragile, tant pour les actifs que pour les inactifs. Ce sentiment s’explique pour partie par le discrédit jeté sur les hommes politiques. La crise de le représentativité entretenue par les médias ne facilite certes pas les choses. L’environnement, quant à lui, est un secteur jugé plutôt dynamique. Mais à l’évidence, il reste peu mobilisateur quand il s’agit des relations jeunes et vieux, n’apportant pas de réponse sur le sujet.

Intergénérationnel : l’important est d’agir pour l’autre

Concernant cette fois les moments où les relations entre les âges sont amenées à jouer un rôle majeur, l’enquête fait observer que l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle, la maladie et le handicap, et la perte d’autonomie sont les trois périodes clés, tant pour les plus de 60 ans que pour les plus jeunes. Pour autant, le critère par l’âge n’est pas nul et non avenu. Les plus âgés ont mis en avant l’entrée des jeunes dans la vie professionnelle – donc quelque chose qui ne les concerne pas directement. Les plus jeunes, à l’inverse, placent au premier plan la maladie, le handicap, puis la perte d’autonomie. On remarque qu’il s’agit de moments ne les concernant pas directement. D’où on peut conclure que les individus souhaitent davantage être les sujets de l’intergénérationnel, plus que son objet. « Ils veulent avant tout être compris comme agissant, et non comme passifs, recevant simplement l’aide des autres générations ».
La retraite et l’accès au premier logement, sont notés comme les moins dynamiques en termes de liens entre les générations. Pour les plus âgés, c’est l’accès au premier logement qui est mis en avant comme nécessitant des relations intergénérationnelles : la retraite, au contraire, ne comptabilise qu’un nombre très faible de points et est donc davantage comprise comme un moment pour soi. A l’inverse, pour les jeunes, c’est la retraite qui, parmi les secteurs les moins mobilisateurs, est mise en avant ; l’accès au premier logement, qui pourtant les concerne davantage, apparaît en dernière position.

Transmission et solidarité : les mots clés de l’intergénération.

« Aide », « transmission », « affection » et « solidarité » sont les termes qui ont été connotés positivement par les personnes questionnées. Le mot transmission est celui qui apparait le plus souvent dans la bouche des jeunes. Le mot solidarité vient en second. Ce fait est révélateur du désir de partage entre les générations que les jeunes peuvent avoir. « Ce qui est donc mis en avant, c’est moins un sentiment, un ressenti – comme l’affection, qui n’arrive qu’en troisième position chez les jeunes comme chez les plus âgés – qu’une attitude et une manière d’agir avant tout, privilégiant de manière concrète le partage et la réciprocité » indique le Campus Lab. De la même manière, ce qui apparaît primordial pour les plus âgés, c’est la solidarité, immédiatement suivie de l’aide puis de la transmission, ex aequo avec l’affection. « C’est donc en acte que se manifeste l’intergénérationnel : l’affection ressentie doit pouvoir être manifestée, concrétisée, rendue visible, et placée sous le signe de l’échange et du partage : chacun, en effet, apprend de l’autre et accepte de l’aider et/ou de se faire aider ».

Les termes plus négatifs, comme guerre des places, indifférence, étouffement ou abandon, sont très minoritaires, voire quasi nuls. « Pour autant, si l’optimisme caractérisant la situation actuelle des relations intergénérationnelles se trouve ainsi corroboré par cette question plus personnelle, il reste relatif : les difficultés liées au vieillissement et à la solitude sont ainsi soulignées – davantage par les plus âgés, qui en souffrent plus directement, que par les plus jeunes, même si eux aussi en ont conscience » conclut l’enquête.

* Enquête Campus Lab/MACIF, menée à Rennes le 20 novembre 2012 300 questionnaires ont été recueillis lors de l’atelier de réflexion au sein de « l’espace Simone de Beauvoir » et à l’issue de la conférence « Faut-il craindre une guerre des générations ? »


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