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Pierre Concialdi : « Retraites, en finir avec le catastrophisme ».

par Yan de Kerorguen, le 5/09/2010

Que les retraités soient obligés de se mettre au régime sec n’est pas une fatalité. C’est ce qu’explique Pierre Concialdi, dans un livre important, « Retraites en finir avec le catastrophisme », paru aux Editions Lignes de repères.

Nos gouvernants se comportent comme des comptables. Or chacun sait que les comptables comptent, mais ne gouvernent pas. Tel est le constat fait par l’auteur de ce livre, économiste à l’IRES. S’opposant à l’approche alarmiste du gouvernement actuel, qui évoque un manque de 100 milliards par an à l’horizon 2050, Pierre Concialdi se veut nettement plus engageant.

Au fil des pages, il démontre que la réforme de 2010 utilise des dés pipés, qui sont de nature à fausser la donne. Par exemple, il explique que ce qui compte en matière de retraite n’est pas l’espérance de vie à la naissance, mais l’espérance de vie à l’âge de retraite. Et là les chiffres ne sont plus les mêmes.
Depuis 1950 , cette espérance de vie n’a pas augmenté d’un trimestre par an comme le dit le gouvernement mais de moitié moins (1,5 mois), comme le corrige le COR (Conseil d’Orientation des Retraites). Une réforme injuste qui ne tient pas compte du fait que les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres et qu’ils passent plus de temps qu’eux avec un handicap ou une incapacité. En moyenne, un homme ouvrier souffre d’incapacité à partir de 59 ans. Autrement dit, la vie de retraité d’un ouvrier est courte et en mauvaise forme.

« On grossit à outrance les données pour lancer dans l’opinion des chiffres choc et l’on dissimule soigneusement les bonnes nouvelles », écrit l’auteur. S’il est vrai que la population française va vieillir, c’est parce que les hommes et femmes seront en meilleure santé. Et donc il faudra bien, reconnait l’auteur, cotiser davantage pour financer les pensions et préserver le système. Mais pas comme s’y engage le gouvernement. Car si elle est appliquée, la réforme réduirait les pensions et accroîtrait les inégalités, sans rétablir pour autant l’équilibre financier des régimes de retraite.

Dressant l’état des lieux du système de retraites actuelle, prône un débat raisonné. Il propose un scénario alternatif solidaire basé sur la satisfaction de besoins sociaux prioritaires et sur la nécessité de réduire la durée du travail pour parvenir au plein emploi, avec un mode de croissance différent.

Son argumentaire tient dans le fait que « les scénarios du futur en matière de démographie et de croissance sont plutôt rassurants ». Le vieillissement de la population n’est pas la conséquence d’un déficit de naissances. Avec un taux de fécondité autour de 2 enfants par famille, la France est au premier rang de l’UE. « Avec une fécondité dynamique, la population devrait continuer à croître, explique Concialdi. D’une part en raison de flux d’immigration positifs et d’autre part parce que l’espérance de vie va continuer à augmenter ». Les revenus par tête seront en moyenne plus élevés que ceux pratiqués aujourd’hui, car les gains de productivité auront fait leur oeuvre.
La question est alors de décider de l’usage et du partage que la collectivité fera de ces gains de productivité, sachant que depuis 150 ans, la production a été multipliée par dix et la durée de travail divisée par deux. On gagne donc plus en travaillant moins.

A court terme, Concialdi avance qu’il est tout à fait possible de mobiliser les ressources nécessaires en retirant les cadeaux fiscaux aux très riches, en puisant dans les réserves existantes dans les principaux régimes des salariés et en augmentant les taux des cotisations sociales.

La question des retraites cache en réalité celle des choix qui s’offrent à une société qui s’enrichit. C’est là qu’on juge les bons gouvernants qui gouvernent, et les mauvais gouvernants qui ne font que compter. En réalité le déficit est, selon l’auteur, un déficit démocratique. Le débat sur la réforme n’a pas eu lieu. Et les idées alternatives n’ont pas pu s’exprimer.

Au moment où l’Assemblée nationale commence l’examen de la réforme et où la mobilisation nationale contre le manque de débat s’exprime dans la rue, cet ouvrage plein d’ « idée neuves contre un déclin programmé » est une contribution utile.

« Retaites, en finir avec le catastrophisme. Idées neuves contre un déclin programmé ». Pierre Concialdi. Editions LIGNES DE REPERES. (Collection des débats qui dérangent) . Juin 2010


Vos commentaires

Posté le 3 octobre 2010 à 11:17 , par Guyard Daniel

Tout le monde se focalise sur les retraites mais ce n’est qu’un élément en réalité c’est toute notre vision de la société qui a terme est remise en cause !
Les différents politiques ( PS comprit ) veulent sous couvert d’économie, de réalisme nous pousser vers la capitalisation ( " il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier") et les assurances privées au détriment de la sécurité sociale.
Le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux déshabille l’éducation nationale au profit du privé ( en prime c’est moins de policiers, moins de pompiers, moins d’éducateurs, moins d’infirmières...etc).
Les amis de nos politiques, qui ont les dents qui rayent le parquet, en bavent d’avance, c’est que la gâteau est fabuleux, des milliards d’euros qu’ils verraient bien dans leur poche.
Il suffirait de revenir sur les avantages accordés aux nantis et aux entreprises ( avantages sans aucune contrepartie et sans effet sur l’emploi) de supprimer les niches fiscales qui permettent aux plus grosses fortunes de France de payer moins d’impôt qu’un petit salarié.
Pourquoi ces questions sont elles occultés ? A quand un débat traitant de ces sujets avec les "experts" en économie, les sociologues et les représentants de la société civile ?
Aucun mot de tout ça sur les chaines de télé, aucun mot dans les journaux !
Collusion ou autisme ?


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