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"Memorial", la conscience citoyenne russe.

par Yan de Kerorguen, le 5/04/2010

Cela fait vingt deux ans que l’association Memorial œuvre pour la défense des droits de l’homme en Russie. Une longévité qui en dit long sur la ténacité de ses militants, confrontés à la brutalité du pouvoir et des mafias russes et soumis aux actions illégales entrepris contre eux.

L’année dernière, le nom de Natalia Estemirova (photo ci-contre) militante de Memorial, est venue s’ajouter sur la liste des assassinat non élucidés.* Natalia Estemirova enquêtait sur les nombreux crimes commis par la mafia tchètchène au pouvoir de Ramzan Kadyrov, le puissant président tchetchène, allié de Poutine.

Autant de crimes qui nourrissent, depuis des années, le désespoir de la population tchètchène et alimentent un sentiment de vengeance de certains rebelles se traduisant le 29 mars 2010 par les attentats du métro de Moscou, hier par la prise d’otages au théâtre Dubrovka (en 2002). "Une nouvelle génération de combattants a poussé dans le Caucase où deux nouvelles écoles de kamikazes ont été récemment ouvertes" explique Oleg Orlov, président de Memorial, "les combattants caucasiens pratiquent depuis 2007 l’islam le plus extrémiste (...) mais leur terrorisme canalise un mécontentement" général de la population.

Fondée juste avant la chute du mur de Berlin par Andreï Sakharov, l’ONG Memorial est exemplaire de la conscience démocratique qui anime encore des citoyens russes dans un pays où tous les jours, les droits sont bafoués, les dissidents harcelés, menacés et les médias censurés.

Lorsqu’au mois de décembre, Sergueï Kovalef a reçu en compagnie de Lioudmila Alexeieva et d’Oleg Orlov, le Prix Sakharov, il a rappelé aux parlementaires européens présents à la cérémonie que « la liberté de pensée est à la base de toutes les autres libertés ». Un rappel qui en Russie prend un relief particulièrement évident, au moment où Staline, le bourreau du goulag et de Katyn, est peu à peu réhabilité, en passe de redevenir un héros national.

Méconnue en France et en Europe, Memorial mérite d’être soutenue. Elle réunit des artistes, des intellectuels qui interviennent régulièrement pour dénoncer la montée des nationalismes prospérant dans la plupart des ex-pays du bloc de l’est et le système de terreur mis en place dans le Caucase du nord. Une bonne partie des informations sur la Tchétchénie, pays oubliée par l’Europe, vient des militants de Memorial.

Memorial est aussi un centre de recherche qui a donné une nouvelle vigueur à l’historiographie russe, jusqu’ici essentiellement consacrée à l’appareil soviétique.

En 2008, l’association a lancé l’idée d’un Forum international historique en vue de regrouper les associations, les centres de recherche et les institutions culturelles qui veulent débattre sur les conflits historiques qui ont jalonné l’histoire de la Russie et de l’Europe centrale et orientale.

Lors de la remise du Prix Sakharov, le 16 décembre, Serguei Kovalef a demandé à l’Europe de ne pas rester silencieuse devant les autorités de Moscou. « Les menaces gouvernementales prennent diverses formes, comme des contrôles sans fin, qui nous obligent à produire des quantités de rapports et nous empêchent de faire notre travail. De tels contrôles peuvent mener à la fermeture d’une organisation ou au lancement d’une procédure judiciaire pour extrémisme, cela afin de faire taire les critiques » a-t-il indiqué, précisant qu’une petite fenêtre existe avec le président Medvedev. « Il parle de démocratie et dit des choses intelligentes. Cela donne de l’espoir à certaines parties de la société russe et à certaines personnes en Europe. Malheureusement, ces mots sont rarement suivis d’effets » conclut Oleg Orlov.

*après ceux de Anna Politkovskaïa, Youri Chtchekotchikhine, Stanislas Markelov, Anastasia Babourova, Nikolaï Girenko, Farid Babayev, ou Paul Khlebnikov.


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