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Logement : un pied de biche pour la ministre

Association Jeudi noir, le 4/12/2012

L’hiver venant, le gouvernement a reconnu l’”urgence” de réquisitionner les immeubles de l’Etat et de grandes entreprises laissés vacants. Si cette idée est bel et bien appliquée, comme la ministre du logement Cécile Duflot s’y est engagée, de nombreux sans logis pourront passer une partie de l’hiver au chaud. Une partie seulement...

Ce n’est pas au mois de janvier que les préfets doivent se mettre au travail, mais dès maintenant. Les centres d’hébergement sont pleins, fautes de place suffisantes chaque soir des familles et leurs enfants se retrouvent à la rue. Si il n’y a déjà pas assez de place dès aujourd’hui, comme tous les acteurs de terrain en témoignent, pourquoi attendre demain pour réquisitionner ?

De plus, il ne faut pas seulement dépoussiérer les bâtiments propriété de “personnes morales” voués à l’inutilité sociale ou à la spéculation, mais également récupérer les clés des immeubles vides appartenant à des particuliers. Certains bâtiments, comme celui situé 1bis place des Vosges à Paris, inhabité depuis 1965 et pouvant loger une trentaine de personnes, ou encore celui 69 rue de Sèvres, vide depuis les années 70, sont aux mains de multi-propriétaires qui laissent des immeubles entiers totalement vides depuis des décennies. Il est temps de faire tomber les murs de parpaings bloquant les portes et les fenêtre, de donner des RTT aux vigiles et à leurs chiens, et d’utiliser enfin ces immeubles pour loger ceux qui en ont besoin.

La réquisition ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des renoncements. Quel est le sens de réquisitionner un immeuble cette année si dans le même temps l’Assemblée augmente la TVA sur le logement social de 7 à 10 %, comme elle s’apprête à le faire lundi ? Avec la hausse de TVA de 5,5 à 7% l’an dernier, cela représenterait un quasi doublement de la TVA sur ce bien de première nécessité, soit un milliard d’euros par an de manque à gagner au total pour les bailleurs sociaux.

Dans le même sens, nous regrettons que la majorité ait refusé de taxer les bureaux vides, alors que cette mesure aurait rapporté des recettes au budget de l’Etat et incité à économiser ce foncier si précieux en ville, plutôt que de laisser ces millions de m² de bureaux vides.

De même, il est possible de remettre sur le marché des logements vacants en amplifiant les dispositifs d’ “intermédiation locative”, c’est-à-dire de location par des associations ou des collectivités sur le parc locatif privé au bénéfice de ménages défavorisés. Tout le monde est d’accord sur le principe, alors où sont les campagnes d’affichage du gouvernement pour populariser ce principe ? Pour aller plus loin, pour mobiliser de vrais appartements, ici et maintenant, plutôt que des chambres d’hôtels sordides, dangereuses et hors de prix, l’Etat devrait même pouvoir capter des logements sur le marché locatif, autoritairement, en versant un loyer équitable au propriétaire et en assurant la gestion locative à sa place.

Et en attendant de mettre en oeuvre toutes ces bonnes idées, il est scandaleux que l’Etat poursuive sa politique d’expulsion, même pendant la trêve hivernale, qu’il s’agisse de squats comme celui de Pacé, à Rennes mardi matin, ou des campements de fortune des Roms. Ces actions, dénoncées encore cette semaine par Amnesty International, sont une honte pour ce gouvernement.


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