L'Observatoire

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Liberté publiques en Egypte : we don’t Caire !

par Christophe Deshayes co-auteur des Révolutionnaires du Numérique, le 27/09/2010

Christophe Deshayes a écrit en collaboration avec Michel Berry "Les Révolutionnaires du numérique" publié aux éditions Autrement (mars 2010).

Il est conférencier d’entreprise sur les Technologies de l’Information et de Communication. En 1989, Christophe Deshayes crée Documental, l’observatoire "im-pertinent" des TIC.

Ce billet a été posté sur le site de Révolutionnaires du Numérique le 17 septembre 2010

Liberté publiques en Egypte : we don’t Caire !

La plus grande campagne activiste en ligne du monde arabe

Rédigé par un journaliste tunisien, un billet daté de septembre 2010 publié sur le blog readwriteweb analyse le très intéressant phénomène de la campagne connue sous le nom "Nous sommes tous Khaled Said", lan­cée sur Facebook et considérée par les observateurs comme la plus grande campagne d’activisme en ligne du monde arabe à ce jour. Rappel des faits : battu à mort par des policiers en civil le 6 juin, Khaled Saïd est devenu le nouveau symbole de la brutalité de la police égyptienne. Les autorités égyptiennes ont tenté de présenter l’affaire comme un banal fait divers (Khaled Saïd y était dépeint comme un toxicomane, mort par asphyxie en voulant ingérer un sachet de cannabis afin de le dissimuler aux policiers venus l’arrêter). Les réseaux sociaux Facebook et Twitter ont permis de présenter le drame dans une version moins édulcorée, photos à l’appui du visage méconnaissable de Khaled Saïd. Une page de soutien a rapidement été créée sur Facebook, puis Twitter a pris le relais… Sur les réseaux sociaux, la fédération de sympathisants s’est faite plus imposante de jour en jour : diffusion de messages, changement de photo de profil (en mettant celle de Khaled Said), upload de photos personnelles avec des pancartes affichant leur soutien… L’information rapidement relayée ainsi sur Internet a enclenché un mouvement citoyen dans le monde « réel » (soutien d’artistes, manifestations pacifiques (silent stands) auxquelles ont participé des personnalités).

Un pouvoir pris de court par une contestation sociale qui fait tâche d’huile

La situation est vite devenue incontrôlable pour le gouvernement égyptien qui a alors tenté d’apporter une nouvelle version des faits très différente de la première et toujours aussi peu crédible. Bien entendu, cela n’a fait qu’empirer les choses et d’autres témoignages sur d’autres dérapages de la police se sont alors multipliés. Le 25 juin, des milliers de personnes ont défilé à Alexandrie pour dénoncer les violences policières du régime de Hosni Moubarak et exiger la fin de l’état d’urgence, en vigueur depuis l’assassinat d’Anouar El Sadate en 1981. L’Union européenne, elle, a réclamé le 28 juin une enquête impartiale sur les circonstances de la mort de Khaled Saïd, alors que le département d’État américain s’était déjà dit "préoccupé" par cette affaire. Le 30 juin, les deux policiers mis en cause dans l’affaire ont été placés en détention.

La puissance des réseaux en question

Indiscutablement, l’image du pouvoir égyptien sort écornée de ce drame ; la guerre de l’information menée contre lui étale au grand jour sa grande violence. Mais les rapports de force sont-ils pour autant en train de changer de façon durable ? N’annonce-t-on pas trop facilement que le pouvoir change de mains ? S’il est vrai, dans une démocratie, qu’une campagne médiatique prenant à témoin l’opinion publique exerce un véritable pouvoir auquel aucun homme politique ne peut résister, qu’en est-il d’un système politique totalitaire comme c’est le cas en Egypte, sans parler de cas extrêmes comme l’Iran.

On remarquera que ce n’est pas la première fois que le système juridico-policier égyptien se retrouve en face d’Internautes, de blogueurs et d’utilisateurs habiles de Twitter et malgré cela, la situation ne va pas en s’améliorant... On peut citer, entre autres exemples, l’arrestation en avril 2008 de Carl Buck, étudiant de l’Université de Berkeley (Californie), alors qu’il couvrait une protestation anti-gouvernementale en Egypte. Par chance, le jeune homme qui avait pu conserver son téléphone était parvenu à lancer sur Twitter, le mot "arrested" lors de son interpellation et avait alerté ainsi ses followers. La pression exercée par les médias – et les médias sociaux en particulier - a permis de faire libérer Buck, mais son traducteur, Mohammed Maree, n’a pas eu cette chance et n’est toujours pas réapparu depuis son arrestation.

S’il est incontestable que l’activisme en ligne décuple les forces des gens ordinaires, ce n’est pas toujours suffisant pour réussir une bascule ou un renversement du pouvoir. Il est indispensable de bien estimer les forces en présence avant de lancer ce genre de campagne, ce qui est loin d’être aisé pour une foule d’anonyme armée de sa seule capacité d’indignation.

Une habile campagne Internet peut ébranler le pouvoir. La chose est désormais certaine. Mais attention, seuls les pouvoirs fragiles s’effondrent. Les pouvoirs forts qui sentent parfaitement la menace, en profitent eux pour se renforcer, quand bien même au regard du temps, au long de l’histoire, ce renforcement ne serait que provisoire.

- Retrouvez Christophe Deshayes sur le blog : les Révolutionnaires du Numérique


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