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Les ressources en eau : l’enjeu du siècle

par Yan de Kerorguen, le 2/08/2011

Le climat, les pollutions, la faim dans le monde, jamais la question de la gestion de l’eau sur la planète n’a été aussi impérieuse. Des rapports récents prennent la mesure des choses.

Avant 2024, deux tiers de la population mondiale va vivre dans des régions qui connaîtront des pénurie d’eau. L’avenir des ressources en eau et les conflits existants ou latents concernant le partage de cette ressource essentielle à la vie humaine, constituent aux yeux de la FAO (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), l’enjeu majeur du XXIème siècle. « Dans de nombreuses régions du monde, les fermiers qui tentent de vivre de leur production et de générer un revenu font face à des menaces supplémentaires dues aux sècheresses répétées et à la compétition pour se procurer de l’eau », soutient Pasquale Steduto chef du département « eau » de la FAO.

« Le monde pourra-t-il nourrir tout le monde quand il y aura 4 milliards d’habitants de plus sur la planète » se demandent B. Hubert et O. Clément dans un livre récent ?

Pour nourrir l’humanité dans quarante ans, il sera nécessaire d’accroître la production. Et sans polluer ! La consommation d’eau ne peut donc que croître. Le problème, c’est que les eaux sont inégalement réparties à la surface de la terre et que cette inégalité géographique est source de conflits existants ou latents. « Il y a de grandes disparités des bilans besoins-ressources » explique Jean Dercout, de l’Université Pierre et Marie Curie. Certains pays ou continents sont beaucoup moins bien lotis que d’autres. Il faudrait investir 1,5 milliard de dollars pendant 10 ans pour que les 300 millions d’Africains qui n’ont pas d’eau potable puissent y accéder.

Un autre problème est le gâchis des ressources par l’inconséquence des hommes. La déforestation a détruit 300 millions d’hectares en 20 ans. Elle chasse la pluie et amène la sècheresse. De même, la tendance à privilégier les biocarburants a des effets pervers. Un hectare de maïs requiert aux Etats-Unis au moins 5 millions de litres d’eau. 1 litre d’éthanol nécessite 3600 litres. Avec l’évaporation, il faut compter 8 millions de litres. Grosso modo, 70% de l’eau douce est absorbée par l’agriculture. Au manque de prévisions, s’ajoute la pollution qui touche les voies d’eaux au niveau mondial.

Un Rapport de l’Institut Français de l’Environnement sur l’état de la contamination des eaux par les pesticides en France indique qu’ « aucun fleuve, aucun cours d’eau ne semble aujourd’hui épargné par la présence de molécules toxiques ». « Nous sommes assis sur une bombe à retardement explique Eric Delhaye porte-parole de CAP21, car la dégradation des eaux est inexorable » Et rien ne semble aujourd’hui décidé de nature à enrayer cette évolution.

Devant cette situation, il n’y a pas de solution miracles s’accordent à dire les experts. « Nous avons constaté l’absence de scénarios déjà élaborés de l’adéquation besoins-ressources sur des durées allant de 10 à 50 ans, région par région » déplore Ghislain de Marsily, dans un rapport de l’Académie des sciences. Au-delà des incitations à mieux maîtriser les consommations par des mesures appropriés telles que l’instauration d’une taxe dissuasive sur les pesticides et le soutien à l’agriculture sans pesticides, un des grands défis est de trouver les moyens plus efficaces d’anticiper les difficultés à venir. Cela suppose de développer des outils pour capturer l’eau de pluie, diminuer les fuites des systèmes d’irrigation, lutter contre le gaspillage. L’enjeu de l’agriculture pluviale est de perfectionner l’efficacité de l’utilisation de l’eau de pluie pour avoir plus de récolte par goutte.

Les biotechnologies peuvent aussi améliorer la résistance des plantes à la sècheresse.

Tous les moyens sont bons. Une solution possible : désaliniser les océans qui représentent à eux seuls les 2/3 de la surface de la planète. Des projets d’usines de désalinisation de l’eau de mer commencent à se créer dans les pays les plus touchés, comme le Yémen (Projet TREC). Mais les techniques pour faire de l’eau potable restent très onéreuses en consommation d’énergie. Des experts songent au transfert d’eau virtuelle des pays sans problème hydriques vers ceux qui en ont, c’est-à-dire, les plus pauvres. Il faudrait pour cela trouver le moyen de la stocker. Mais déplacer de l’eau est aussi très cher. Autant de défis pour la science et la technologie. A condition d’investir . Pour éviter des erreurs fatales et mieux prévoir l’évolution des écosystèmes, sans doute est-il nécessaire, comme le recommande la FAO de mettre les nations autour de la table.

L’obligation est là : au lieu de faire de l’eau un motif de conflits, la maîtrise des ressources est au contraire l’occasion d’ « être un catalyseur pour la coopération ».


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