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Les déplacements urbains suivis à la loupe

Par Muriel Jaouën, le 4/04/2011

En ville, les piétons se déplacent par grappes et en formant des figures géométriques. Toujours les mêmes.

Comment se déplacent et interagissent les piétons ? En bandes et en formant des figures. Des chercheurs du Centre de recherches sur la cognition animale (Université Toulouse 3 / CNRS), en collaboration avec l’École polytechnique fédérale de Zürich, se sont glissés dans nos pas pour observer la manière dont nous marchons dans les espaces urbains et aider à la compréhension des comportements collectifs.

Des petits groupes de deux à quatre personnes
Jusqu’ici, on faisait crédit aux piétons d’un certain bon sens pragmatique dans leurs déplacements : des déplacements autonomes, cherchant avant tout à éviter les interactions pour rejoindre le plus fluidement possible la destination visée. Totalement faux, nous apprennent les chercheurs de Lyon et de Zürich.
En décryptant les enregistrements vidéo réalisés en milieu urbain, ils concluent que dans 50% à 70% des cas, les piétons ne se déplacent pas isolément mais en petits groupes (majoritairement constitués de deux à quatre personnes). Mais surtout, ils se plaisent à dessiner des figures spatiales ! Et toujours les mêmes.

Figure en “V", figure en “U"
S’ils disposent de suffisamment d’espace, les membres du groupe vont marcher côte à côte. Lorsque le trafic se densifie, on voit ceux du milieu se mettre légèrement en retrait et ceux placés sur les côtés se rapprocher les uns des autres. Le groupe dessine ainsi une structure concave. Un groupe de trois personnes adoptera une configuration en forme de « V ». Avec une personne de plus, il adoptera une formation en « U ».
Or, ces configurations, si elles facilitent la communication entre les membres, limitent fortement la vitesse de déplacement. Les simulations numériques réalisées par les chercheurs montrent que la présence de groupes de piétons réduit l’efficacité globale du trafic d’environ 17%.

Ces études, dont les résultats ont été publiés dans la revue PLoS ONE, ont inspiré à leurs auteurs des modèles réalistes de déplacement des foules pour améliorer la gestion du trafic piétonnier.

Nos déplacements sont tellement prévisibles...
Une autre étude, celle-ci menée par le professeur Albert-László Barabási, directeur du Centre de recherche sur les réseaux complexes au New Scientist, éclaire également d’un nouveau jour la planification des trafics urbains et la modélisation des espaces publics. Si celles-ci misent souvent sur la dimension très aléatoire des déplacements humains, elles se trompent, explique le chercheur. Après avoir scruté les déplacements de 50 000 utilisateurs de téléphones mobiles, il montre que nos mouvements n’ont en effet rien de spontané. Ce, quelle que soit la distance parcourue.

Les grands voyageurs réguliers (jetsetters) comme les personnes évoluant dans un périmètre proche de leur domicile (homebodies) suivent des itinéraires prévisibles à 93% !
Ces conclusions viennent corroborer des recherches menées au MIT, selon lesquelles nous consacrons seulement 15% de notre temps à nous rendre dans des endroits inédits ou plus rarement visités. Et ces constats sont universels : les catégories sociales, l’âge, le sexe ou la densité démographique n’influent pas de manière significative sur ce côté “routinier” de nos déplacements. De quoi revisiter les systèmes de modélisation des espaces publics, de planification des trafics et d’ingénierie des communications.

Avec La Fabrique de la Cité


Vos commentaires

Posté le 4 avril 2011 à 12:29 , par 1MILITANTICRA

Que la recherche s’interesse a l’homme dans le cadre des sciences humaines est une bonne chose quand ce dernier est informe. Le probleme pour la recherche est qu’il risque de modifier son comportement. D’ou l’interet qu’il ne sache pas. Alors comment sortir de cette impasse ? Pourquoi pas en remunerant les personnes observees pour qu’elles acceptent qu’a des moments elles puissent etre observees a leur insu ? Vous me direz qu’il faut des sous... MAIS OUI, la recherche et le developpement vont de pair, sans elle pas de civilisation :-)


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