L'Observatoire

Economie et social

diminuer augmenter Bookmark and Share

Les associations tirent les salaires de l’économie sociale vers le bas

Par Muriel Jaouën, le 13/05/2012

Si les disparités salariales sont moins fortes dans l’économie sociale que dans l’économie dominante, la moyenne des rémunérations y est également plus faible.

L’économie sociale regroupe 2,3 millions de salariés en 2009, soit 10 % des emplois en France. Les associations représentent 1,8 million d’emplois, les coopératives bancaires, agroalimentaires et de commerce 300 000 salariés et les mutuelles d’assurance 120 000. Quant aux fondations, elles emploient 70 000 salariés. Dans une récente note (*), l’Insee montre que ces chiffres cachent des rapports de rémunération à double tranchant.

12,8 euros bruts de l’heure dans le monde associatif
En 2009, 10 % des salariés de l’économie sociale gagnent moins de 8,8 euros bruts de l’heure et 10 % gagnent plus de 24,2 euros. L’échelle des salaires d’avère donc plus resserrée que dans le privé (entendu ici hors économie sociale), rappelle l’Insee, qui indique un rapport entre les deux seuils de 2,7 dans l’ESS contre 3,1 dans le privé.
Si le constat vaut pour toutes les familles de l’économie sociale, les associations, qui regroupent plus des trois quarts des salariés du secteur, révèlent un salaire médian sensiblement plus faible : 12,8 euros bruts de l’heure, contre 14,8 euros à 16,8 euros dans les fondations, mutuelles et coopératives et 13,8 dans le privé.
Compte tenu du poids des associations dans l’emploi global du secteur, les salariés de l’économie sociale gagnent en 2009 en moyenne 16 % de moins que dans le privé et 7 % de moins que dans le public (en équivalent temps plein).

69% de femmes
Avec une moyenne annuelle de 26 300 euros, les rémunérations associatives sont inférieures à celles du privé. Ce qui n’est pas le cas dans les entreprises mutuelles et coopératives. Bref, le tissu associatif tire les salaires de l’ESS vers le bas. Parmi les facteurs d’explication de ce moins disant salarial : l’implantation sectorielle, l’âge des salariés et la féminisation des emplois. Les associations emploient en effet 69 % de femmes, qui sont aussi, dans le monde associatif comme ailleurs, plus mal payées que les hommes.

Autre facteur en cause : la pratique du temps partiel. En 2009, dans les associations, précise l’Insee, on travaille en moyenne 1 280 heures, contre 1 400 dans les fondations et autour de 1 500 dans les mutuelles et les coopératives. Dans le privé, la moyenne du temps travaillé est de 1 450 heures. Le secteur de l’aide à domicile figure parmi les moins bien lotis, avec moyenne de 1 100 heures par an.

(*) “L’échelle des salaires est plus resserrée dans le secteur de l’économie sociale”, Insee Première, Laurent Bisault, direction régionale de Midi-Pyrénées, Insee.


Vos commentaires

Posté le 14 mai 2012 à 15:08 , par Béatrice DELPECH

Il manque un élément d’analyse important me semble-t-il pour analyser cette tendance. C’est le financement même des activités associatives : de plus en plus incertain, avec une contraction des budgets publics et, peut-être plus impactant encore, un délaissement de la traditionnelle subvention au profit d’un recours de plus en plus systématique à la commande publique. Dans ces conditions, les associations ont de plus en plus de difficultés à assurer leurs frais de fonctionnement, à avoir une vision à moyen terme de leurs ressources et ont beaucoup de mal à constituer des fonds propres (nombre de leurs partenaires publics considérant encore que si elles arrivent à constituer des excédents c’est qu’elles sont trop financées). Dans ces conditions, et nonobstant d’autres éléments qui jouent également bien entendu (y compris sans doute un manque de culture associative de la GRH), il peut s’avérer incertain de créer des charges élevées et permanentes qu’on n’est pas certain de pouvoir assurer. La situation économique globale des associations n’est pas un facteur anodin dans la nature et la qualité de l’emploi associatif. C’est d’autant plus regrettable que les emplois associatifs, ancrés dans les territoires, sont porteurs de sens et, ce n’est pas négligeable, non délocalisables. Des caractéristiques à mettre en rapport avec l’étude conduite par Nadine Richez-Battesti sur l’emploi dans l’ESS en PACA qui montre que, bien que tous les indicateurs classiques de mesure de la qualité de l’emploi soient au rouge (niveau de rémunération, perspectives d’évolution, recours au dialogue social, accès à la formation professionnelle....), les salarié-e-s du secteur (pour l’essentiel des emplois associatifs" sont contents de travailler là !


Moteur de recherche

Recherche simple
Soutenez Place Publique

Dans la même thématique (Economie et social)