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Le surchômage des jeunes : problème n°1 en Europe

Place publique, le 19/05/2011

Un regard comparatif du CAS (Centre d’analyse stratégique) montre que le taux de chômage a augmenté de 6 points dans les pays de l’OCDE (2,5 fois plus que l’ensemble des actifs), effaçant l’amélioration des dix années précédentes.

La crise financière de 2007-2009 a confirmé la sensibilité particulière de l’emploi des jeunes aux retournements de conjoncture. Cette dégradation, observée en France, a été encore plus prononcée chez certains de nos voisins européens. Ce constat masque toutefois une transition école-emploi très différenciée selon les pays (durée des études, cumul emploi-études, etc.).

Si le nombre de jeunes actifs (15-29 ans) s’est réduit en France de 2,1 millions en trente ans, la démographie n’y a contribué que pour moitié (- 1,2 million). La différence s’explique par un puissant mouvement de poursuite d’études qui s’est opéré jusqu’au milieu des années 1990. Pourtant, l’élévation rapide du niveau de diplôme n’a guère relâché les tensions à l’entrée dans la vie active des jeunes dont les difficultés demeurent (chômage, statut d’emploi, salaire).

Les mesures prises par les pouvoirs publics ont varié, mais s’ordonnent en quelques catégories relativement stables (formations courtes, alternance, réduction du coût du travail dans le secteur marchand, contrats aidés du secteur non marchand) qui font l’objet des propositions qui suivent. Pour être efficaces, les politiques d’emploi des jeunes doivent s’inscrire dans une démarche globale qui s’appuie sur un réseau mettant en œuvre une politique d’accompagnement transversal et qui repose, à l’échelle territoriale, sur un système d’acteurs mieux coordonné. Le marché du travail serait trop rigide : le coût du travail excessif au regard de la productivité et la protection trop rigoureuse de l’emploi stable concentreraient le poids des ajustements sur les plus jeunes et les plus récemment embauchés ;

Les qualifications des nouveaux entrants ne répondraient pas aux attentes des employeurs, l’inadéquation pouvant tenir au niveau comme aux spécialités des formations suivies. À l’inverse, ces jeunes peuvent être avantagés dans un contexte de changement technologique et organisationnel qui renouvelle rapidement les compétences requises ;

Les jeunes seraient structurellement placés en mauvaise position dans la “file d’attente” pour l’emploi sur des marchés du travail où la main-d’oeuvre est excédentaire.

Structurel, ce surchômage des jeunes est particulièrement marqué (ratio compris entre 3 et 4) dans sept pays dont quatre européens (Danemark, Finlande, Italie et Royaume-Uni). Avec un ratio de seulement 1,5, l’Allemagne est le pays qui a le taux de chômage des jeunes le plus faible du fait de l’usage très répandu des formations en alternance. Si la France l’a subie comme les autres, la dégradation a été plus prononcée encore chez certains de ses voisins européens. L’Espagne et l’Irlande ont été les plus durement touchées (respectivement 24,6 et 18,5 points de plus), mais elle n’a pas épargné les pays scandinaves dont le modèle de flexicurité était vanté pour sa capacité à enchaîner créations et destructions d’emplois. Le chômage des jeunes, pourtant très éduqués, a ainsi atteint des niveaux record de 20,6 % en Finlande ou 22,6 % en Suède. Or les jeunes Scandinaves participent davantage que les jeunes Français au marché du travail, c’est donc une proportion plus élevée de la jeunesse qui y est touchée par le chômage. Seule l’Allemagne a enregistré une baisse durant la crise.

Le taux de chômage des moins de 25 ans demeure élevé en 2011 (20,6 % en janvier) dans l’Union européenne à 27 (19,9 % dans la zone euro). Avec 23,2 % (+ 4,3 points), la France dépasse cette moyenne de 3 points, à michemin entre les pays qui affichent des taux deux à trois fois inférieurs, comme les Pays-Bas (7,8 %) et l’Allemagne (8,3 %) et ceux où ils approchent du double de la moyenne, comme l’Espagne (43,1 %) ou les pays baltes.

Les propositions du Centre d’analyse stratégique :

1. Développer une large gamme d’outils alternatifs à la scolarité pour les jeunes “décrocheurs” (alternance, filières de “deuxième chance”, accompagnement renforcé vers l’emploi...), en lien avec les plateformes locales de suivi et d’accompagnement.

2. Veiller à ce que le développement de l’alternance concerne tous les niveaux de formation et s’appuie sur une amélioration de l’accueil et des conditions de vie des jeunes en alternance (logement des apprentis dans le cadre des investissements d’avenir, aides au permis de conduire, etc.).

3. En réponse à la surexposition de l’emploi des jeunes aux chocs conjoncturels, faire davantage des contrats aidés du secteur marchand (hors alternance) un outil de gestion contra-cyclique et de soutien aux jeunes les plus en difficulté.

4. Valoriser l’expérience des jeunes dans le secteur non marchand en transformant une part des emplois aidés du secteur public en contrats d’apprentissage.

Les mesures proposées ont vocation à s’appliquer dans une période de stabilisation, voire de recul de la population active des jeunes. Selon les projections tendancielles de l’INSEE, le nombre des 15-24 ans actifs devrait baisser de près de 100 000 durant les cinq années à venir, sauf nouveau développement de l’apprentissage qui ne viendrait pas en substitution d’autres formes d’emploi. L’expérience passée enseigne cependant que le recul du nombre de jeunes actifs ne garantit pas celui de leur taux de chômage. Plus généralement, le vieillissement de la population requiert en France, comme ailleurs en Europe, une augmentation des taux d’emploi, en particulier en début d’âge actif. À ce titre, réduire les difficultés d’insertion professionnelle des jeunes tout en continuant à élever leur niveau de qualification répond à l’impératif de développement économique autant qu’à celui de cohésion sociale.


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