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La gratuité des transports, une solution d’avenir ?

par D. Sabo, le 1er/06/2010

En dehors de l’aspect écologique et de la popularité de la mesure pour les usagers, en particulier les jeunes, la gratuité aurait un impact non négligeable sur la vie sociale.

Les faits sont là : Un an après la mise en place d’un service de transports en commun totalement gratuit dans toute la communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile, l’heure est au bilan. Les édiles locaux observent une fréquentation record et un service apprécié par les usagers. En dehors de l’aspect écologique, la gratuité aurait un impact non négligeable sur la vie sociale. C’est ce qui ressort des résultats d’une enquête sociologique*, rendus publics le 18 mai, qui tente de mesurer l’impact qualitatif du passage à la gratuité, pour savoir ce que les habitants en pensent vraiment.

Réunis au pôle transport d’Aubagne pour fêter l’anniversaire du passage à la gratuité dans toute la Communauté d’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile (CPAE), le président de la communauté, Alain Belviso, et son vice-président et maire d’Aubagne, Daniel Fontaine, rappelaient qu’il y a un an la décision de gratuité suscitait autant d’inquiétudes que d’enthousiasme.

Aujourd’hui, le bilan de l’étude menée par les instituts Wei et Carniel* donnent raison aux enthousiastes. « On pense souvent que ce qui est gratuit n’a pas de valeur, remarque le sociologue Alain Mergier. Or, pour les habitants que nous avons interviewés, la gratuité produit un effet de valorisation des tran
sports en commun et du territoire de l’agglomération. » Désenclavement des villages, stimulation des activités marchandes et non marchandes, présence de piétons dans les centres-villes : le sociologue évoque la mise en place d’un cercle vertueux. Comme les transports sont gratuits, on les prend plus, ce qui permet de réanimer le territoire, en invitant les habitants à se mélanger plus souvent. Ainsi, 80% des usagers considèrent que la gratuité a rendu l’utilisation des bus plus conviviale.

De manière générale et la chose semble évidente, rendre les transports gratuits est très populaire. Surtout chez les jeunes qui représentent près de 32% des nouveaux usagers. Pour les sociologues qui ont suivi l’expérience d’Aubagne, « les jeunes ont l’impression que cette mesure a été prise pour eux et que c’est un cadeau qui a un impact immédiat en termes financiers et en termes d’autonomie ». C’est peut-être aussi une solution aux incivilités dont sont victimes les transports. Si aucun chiffre ne peut être avancé, les conducteurs d’autobus n’ont constaté aucune augmentation des problèmes. Par ailleurs, les élus peuvent se réjouir : l’enquête révèle que le choix de passer à la gratuité est vu comme une manifestation de « courage politique », avec une sensation de « savoir où va l’argent public »

Six autres villes françaises pratiquent la gratuité totale des transports en commun. Colomiers (près de Toulouse) et Compiègne (Oise), la pratiquent depuis les années 70. Plus récemment, les municipalités de Vitré (Ille-et-Vilaine), Châteauroux et Issoudun (Indre), ainsi que Mayenne (Mayenne) se sont lancées dans l’aventure.

Pour les spécialistes, la gratuité n’est pas une politique en soi, mais un outil parmi d’autres. Plus un réseau est grand, plus il est complexe, plus les investissements sont lourds, plus la gratuité est difficilement envisageable ", affirme Jacques Donati, du réseau lyonnais de transports (TCL). En revanche, ce qui est vrai pour une transporteur l’est peut-être moins à l’échelle d’une collectivité. L’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) met ainsi en évidence les couts cachés que font subir à la collectivité les nuisances automobiles. « Par exemple, si un particulier pose du double-vitrage sur ses fenêtres pour atténuer le bruit de la circulation, c’est un coût externe, qui n’est pas supporté par l’automobiliste » explique Nathalie Martinez, économiste au département organisation des transports de l’Ademe.
Le coût des assurances, des accidents, de la pollution…toutes ces dépenses militent pour la gratuité. En outre, la billetterie qui est une dépense improductive ne constitue qu’une petite partie des recettes de la régie, les 70 à 80% sont déjà couverts par la fiscalité de l’état. Plusieurs possibilités existent pour rendre la gratuite équilibrée. : fiscalité locale, augmentation de la part payée par les employeurs, vignette auto, création d’une taxe sur l’essence, augmentation des tarifs publicitaires justifiée par l’augmentation de la fréquentation.

Pour les écologistes, la gratuité permettrait de diminuer le coût global des transports publics collectifs urbains pour la collectivité, par la suppression de tout le système d’émission et de contrôle des billets ; d’encourager l’utilisation par tous de ces moyens de transport au détriment de la voiture écologiquement beaucoup plus coûteuse ; de faciliter l’accès des poussettes, des handicapés et des cyclistes du fait de la suppression des tourniquets ; de développer le système vélo + rail et tout un maillage de circulations douces ; de cesser de mettre en situation de marginalité les plus faibles et de fabriquer des « délinquants pour rien » (les jeunes qui passent pardessus les tourniquets) ; de diminuer le climat de violence dû aux contrôles.

A Aubagne, les 2/3 des personnes interrogée estiment que la gratuité est possible grâce à la bonne gestion de l’agglomération et à l’accroissement des ressources provenant des entreprises. Du côté des élus, on assure d’ailleurs que la mesure n’a pas eu d’impact sur l’imposition des contribuables, le passage à la gratuité étant en partie financé par le versement transport entreprise. Certes, les PME de la ville ont du faire face à une forte augmentation de leur taxe. Mais cette augmentation accompagne en fait l’évolution démographique de l’agglomération, qui a récemment dépassé les 100 000 habitants. Celle-ci est compensée par une baisse de la taxe professionnelle.

Après l’analyse sociologique, une étude sur l’impact écologique devrait suivre. A priori, on pourrait déjà noter une réduction du trafic automobile, car 18% des personnes interrogées expliquent qu’elles n’auraient pas pris le bus s’il n’était pas gratuit, et parmi elles, 63% auraient utilisé un moyen de transport « polluant ».

La gratuité en chiffres :

- 2 968 650 voyageurs transportés entre le 15 mai 2009 et le 31 mars 2010
- + 90% de fréquentation au premier trimestre 2010 (par rapport au premier trimestre 2009)
- 88% des usagers satisfaits de la gratuité des transports
- 20% de nouveaux passagers
- 18% des usagers n’auraient pas pris le bus s’il n’était pas gratuit, 63 % choisissent d’abandonner un véhicule plus polluant
- 12 millions d’euros consacrés aux transports en commun dans le budget de la CPAE, contre 10 millions avant la gratuité 5 millions d’euros de taxe « Versement transport » prélevée sur les entreprises de plus de 10 salariés, contre 2 millions avant la gratuité

*l’Institut Carniel a distribué 913 questionnaires à bord des bus. Ensuite, du 8 au 10 avril, l’institut Wei a organisé six tables rondes de trois personnes, réunissant des jeunes de 16-25 ans, des actifs de 25-50 ans et des commerçants. Enfin, une enquête par téléphone a été réalisée du 20 au 24 avril et du 18 au 22 mai, auprès de 600 personnes.


Vos commentaires

Posté le 17 juin 2010 à 17:18 , par Christine Lassalle

Pour compléter la réflexion sur le sujet de la gratuité et prendre en compte l’ensemble des points de vue, il convient également d’élargir le champ de vision. Bruno Cordier, spécialiste des études de mobilité depuis 1997 a tenté de répondre aux questions suivantes : quels sont les effets de la gratuité totale sur la fréquentation d’une réseau ? est-ce la meilleure solution pour doper la fréquentation ? peut elle s’appliquer à tous les réseaux ? si oui de quelle manière ? si non, selon quels critères ? Il a analysé pour cela les résultats obtenus par les communes de taille moyenne qui se sont lancées dans l’aventure., et passé au crible l’exemple de Châteauroux.
Résumé de l’article paru dans ville rail et transport du 7 avril 2010 :
En gros , ses conclusions sont les suivantes :à Vitré la fréquentation est de 5 voyages par an et par habitant du fait d’une offre très faible. A Chateauroux (77000 habitants), certes la fréquentation a doublé en deux ans, mais cette hausse de fréquentation s’est vite arrêtée, le gain de nouveaux utilisateurs est marginal même si le report modal a permis le report de 3000 déplacements voiture vers buset surtout , la gratuité a également été accompagnée d’une modification substancielle de l’offre de trnasport.
Impacts financiers limités en effet : l’augmentation du versement transport et les éconmies de gestion ont perms de compenser la perte des recettes. Mais une fois le VT au maximum, il n’y a plus de marge de manoeuvre pour étendre l’offre.
Hausse minime de l’insécurité, avec un vandalisme qui reste modéré (14% des utilisateurs estiment que la sécurité s’eset dégradée).. mais des mesures de renforcement de la présence humaine rsont prises.
Pas d’impact sur la vistesse commerciale (on auriat pu imaginer que de ne plus vendre de tickets aurait permis d’améliorer les tesmps de parcours)
La gratuité est une mesure difficilement réversible !!Aujourd’hui, passer à la gratuité des tnrasports dans les agglos de 50 000 à 100 000 habitans conduirait à doubler leur financement par la collectivité pour atteindre entre 20 et 45 euros par an et par habitant. Ce qui selon l’auteur est important mais possible.
Dans les agglos plus grandes, où le taux du versement transport peut atteindre jusqu’à 1.05% (contre 0.6% maxi dans les villes moyennes) la dépense moyenne pour les TC est de 77 euros/an/hab . Sur ces 77 euros 45 euros sont financés par les recettes commerciales.
Il faudrait donc trouver des financements ailleurs que dans la seule augmentation des impôts locaux, (supportés assez peu à la mode actuellement.)

Rapport complet adetec (180 pages):sur www.adetec-deplacements.com/...
ou
principaux résultats(17 dias) sur www.adetec-deplacements.com/...

commentaire personnel :
De mon point de vue, la gratuité des transports publics est un concept à manier avec précaution, car il fait croire que c’est le seul levier d’augmentation de la fréquentation, ce qui est faux, et prive rapidement les collectivités des ressources nécessaires aux investissements nouveaux pour faire face à une augmentation de la fréquentation.
Quand on voit l’écart de fréquentation dans les autres villes européennes (Allemandes et Suisses notamment) pour des tarifications bien supérieures à nos grilles françaises, on est en droit de s’interroger sur les autres leviers activés par nos voisins (fermeture des villes à la voiture, stationnement très cher, fréquences attractives, couvertures géographique et horaire exemplaires etc..)
Et plus largement je m’interroge toujours sur les raisons qui poussent à ne poser la question de la gratuité que sur le seul sujet du transport, à l’exclusion de tous les autres services (eau, électrcité, courrier postal, téléphone)


Avec la gratuité, du fait du léger sur-coût pour les communes, plus que de demander plus aux entreprises, il faut surtout doubler le prix des places de stationnements :

Ainsi, comme une solution alternative est proposée (les transports co), il n est pas injuste de demander plus à ceux qui refusent d utiliser cette solution alternative.


Jean-Marc - 2010-10-19 19:24:09

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