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L’Islande aussi fait la révolution

Place publique, le 24/01/2011

Personne n’en parle. Et pourtant ce qui se passe en Islande est aussi important pour la démocratie que ce qui se passe en Tunisie. Comme l’indique le blog SOS-crise, une véritable révolution démocratique se déroule en ce moment même au nord, et aucun média ne relaie l’information. La population a chassé la droite au pouvoir en assiégeant pacifiquement le palais présidentiel. Une gauche libérale de remplacement qui ne répondait pas aux aspirations des gens a, elle aussi, été écartée des « responsabilités ». Un référendum imposé par le Peuple pour déterminer s’il fallait rembourser ou pas les banques qui ont plongé par leur irresponsabilité le pays dans la crise, une victoire à 93% imposant le non-remboursement des banques, une nationalisation des banques, et, point d’orgue de ce processus par bien des aspects « révolutionnaire » : l’élection d’une assemblée constituante le 27 novembre 2010, chargée d’écrire les nouvelles lois fondamentales qui traduiront les aspirations du Peuple à une autre société. L’article écrit par Jean Tosti ci-joint est un des rares articles relatant cette « révolution » méconnue (ndlr)

Quand l’Islande réinvente la démocratie

Jean Tosti

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.

Depuis cette crise dont elle est loin d’être remise, l’Islande a connu un certain nombre de changements assez spectaculaires, à commencer par la nationalisation des trois principales banques, suivie de la démission du gouvernement de droite sous la pression populaire. Les élections législatives de 2009 ont amené au pouvoir une coalition de gauche formée de l’Alliance (groupement de partis composé des sociaux-démocrates, de féministes et d’ex-communistes) et du Mouvement des Verts de gauche. C’était une première pour l’Islande, tout comme la nomination d’une femme, Johanna Sigurdardottir, au poste de Premier ministre.

Très vite, le nouveau gouvernement se trouve face à un problème épineux : le règlement aux Pays-Bas et au Royaume-Uni d’une dette de 3,5 milliards d’euros suite à la faillite d’Icesave, banque en ligne dont les opérations étaient tournées principalement vers ces deux pays. Sous la pression de l’Union européenne, à laquelle les sociaux-démocrates souhaiteraient adhérer, le gouvernement fait voter en janvier 2010 une loi autorisant ce remboursement, ce qui reviendrait, pour chaque Islandais, à débourser pendant huit ans une somme d’environ 100 euros par mois.
Mais le président de la République refuse de ratifier la loi, dont le texte est alors soumis à un référendum. À plus de 93%, les Islandais votent contre le remboursement de la dette (6 mars), et depuis le problème reste en suspens.

C’est dans ce contexte que l’Islande décide de modifier sa constitution, qui en fait n’a jamais été vraiment rédigée : lorsqu’en 1944 la république avait été proclamée, on s’était contenté de recopier dans les grandes lignes la constitution du Danemark, pays dont l’Islande dépendait depuis plusieurs décennies, en remplaçant simplement le terme de “roi” par celui de “président de la République”.
C’est donc une nouvelle constitution qu’il s’agit d’écrire entièrement, et pour cela on a décidé de faire confiance au peuple souverain. Il y a eu d’abord un appel à candidatures (tout le monde pouvait se présenter à l’exception des élus nationaux, à condition d’avoir dix-huit ans révolus et d’être soutenu par au moins trente personnes) auquel ont répondu 522 citoyennes et citoyens. C’est parmi eux qu’ont été élus les 25 constituants. Ces derniers commenceront à se réunir à la mi-février et rendront leur copie avant l’été. Parmi les propositions qui reviennent le plus souvent, on peut noter la séparation de l’Église et de l’État, la nationalisation de l’ensemble des ressources naturelles et une séparation claire des pouvoirs exécutif et législatif.

Certes, l’Islande n’est qu’un petit pays d’environ 320 000 habitants. Elle donne cependant là une belle leçon de démocratie aux grands États dont la France : songeons que, dans notre pays, la réforme constitutionnelle de 2008 a été entièrement rédigée à l’Élysée, et que les parlementaires ne l’ont adoptée qu’à deux voix près après avoir été soumis pendant des semaines à des pressions intolérables de la part du chef de l’État.


Vos commentaires

Posté le 29 janvier 2011 à 02:30 , par Saisissez votre nom

Sous la houlette de la mondialisation néo-libérale-paternaliste-autoritaire et sécuritaire l’Islande était devenu un pays furieusement néo-puritain où il était presqu’impossible de fumer une clope sans aller se geler les pieds dehors.
Pour cette raison j’ai toujours refusé de m’y rendre en vacances malgré la beauté des paysages et les vertus thérapeutiques des sels des geisers...
Ont-ils trouvé la force de remettre en cause ce moralisme étouffant et cette abjecte politique d’ostracisation des fumeurs ?


Je trouve inconcevable que le seul commentaire à cette article soit d’une inconsistance terrible et d’un égo-centrisme déconcertant. Ranges ta cigarette, laisse vivre les autres sans imposer ta fumée dégueulasse.


Saisissez votre nom - 2011-02-03 20:58:49
Posté le 8 février 2011 à 20:37 , par Desman

"Personne n’en parle." C’est faux ! Par contre c’est vrai que cette info n’a pas été relayée autant qu’elle aurait du l’être. Elle aurait dû faire les gros titres !


Le Parti de Gauche en parle dès le 3 décembre :
http://www.lepartidegauche.fr/inter...

La Révolution citoyenne, en Europe aussi c’est possible !

Suivant les exemples latino-américains du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur, l’Islande a entamé, ce samedi 27 novembre un processus populaire de refondation républicaine.

Depuis l’effondrement du système financier islandais en octobre 2008, l’Islande traverse une grave crise économique, sociale et politique. Alors que le pouvoir politique islandais a prouvé son incapacité à faire face aux conséquences de ce naufrage, 25 citoyens ont été élus au suffrage universel direct, parmi plus de 520 candidats de tous âges et conditions sociales, pour rédiger une nouvelle constitution.

Outre l’organisation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, l’Assemblée Constituante devra se prononcer sur les modes de participation des citoyens au processus démocratique, notamment par voie référendaire. Elle traitera aussi de l’espace accordé aux institutions internationales dans l’exercice des pouvoirs souverains et de la question de la propriété et l’utilisation des ressources naturelles.

Déjà, en mars dernier, les islandais prenaient leur destin en main en se prononçant par referendum contre tout remboursement de la dette de 3,9 milliards d’euros contractée par les banques du pays, estimant à raison que ce n’était pas au contribuable de payer un telle somme pour les erreurs de gestion d’une entreprise privée.

Aujourd’hui, partout en Europe, les parlements nationaux sont soumis aux chantages d’institutions internationales soumises aux intérêts financiers de la classe dominante et votent des plans d’austérité qui rationnent les populations, pillent les fonds publics, aggravent les inégalités et laissent le pouvoir aux mains de ceux qui ont provoqués la débâcle financière. Cet évènement indique, une fois encore, que seule la souveraineté du peuple permettra de trouver une issue politique à la crise économique et sociale. Un exemple à suivre !


et là : http://www.pouruneconstituante.fr/s... dès le 29 novembre

Il fallait vraiment chercher, le samedi 27 novembre, pour savoir que les électeurs islandais étaient appelés à élire leur Assemblée Constituante.

523 citoyens s’étaient portés candidats pour être membres d’une assemblée de 25 à 31 constituants élus au suffrage universel direct et représentant les 320000 habitants de l’île.

Une première pour les islandais qui s’étaient contenté de « déroyaliser » la Constitution danoise après la déclaration de leur indépendance en 1944.

On avait presque oublié l’effondrement économique de l’île, l’année qui a suivi le krach boursier de New York en 2007 et la faillite des trois principales banques islandaise en défaut de remboursement de leurs clients britanniques et hollandais.
S’en étaient suivis une chute du niveau de vie de la population, la nationalisation de ces banques, de nouvelles élections générales, la succession de gouvernements à majorité gauche-vert et d’interminables négociations avec les institutions bancaires internationales.

Tout cela sans pour autant satisfaire les citoyens islandais qui se prononcèrent par referendum contre tout remboursement des dettes des banques dont les dirigeants étaient poursuivis pour fraudes et enrichissement illicites.

Plusieurs thèmes sont maintenant proposés au débat des constituants, correspondant aux sujets les plus fréquemment évoqués, même si cette Assemblée Constituante peut aussi se saisir de thèmes supplémentaires.

En particulier, seront soumis à la décision de cette Assemblée :

- les bases de la constitution islandaise et ses concepts fondamentaux ;

- l’organisation des branches législatives et exécutives et les limites de leurs pouvoirs ;

- le rôle et la place du Président de la République ;

- l’indépendance de la magistrature et leur surveillance des autres détenteurs de pouvoirs gouvernementaux ;

- les mesures pour les élections et les circonscriptions électorales ;

- la participation des citoyens au processus démocratique, y compris l’organisation de référendum, y compris un référendum sur une loi constitutionnelle ;

- le Transfert des pouvoirs souverains aux organisations internationales et conduite des affaires étrangères ;

- les affaires environnementales, y compris la propriété et l’utilisation de ressources naturelles.

Il s’agit donc de l’élaboration d’un nouveau contrat social et, pour un tel objectif, il faut, ce que beaucoup, ici, semblent ignorer, la participation de toute la nation.

Aujourd’hui où, partout en Europe, les parlements sont soumis aux chantages d’institutions essentiellement soumises aux intérêts financièrs pour voter des plans de rationnement des populations et de pillage des fonds sociaux et publics, où on donne de plus en plus le pouvoir à ceux qui amplifient les dégâts en profitant d’un système de privilèges et d’inégalités, cet évènement indique, une fois encore, que seule la souveraineté du peuple permettra de trouver une issue politique à la crise économique et sociale.

Pas étonnant, alors, que l’affirmation de ce principe par les Islandais se heurte à un profond silence.


CADTM en a parlé aussi dès le 16 décembre 2010 :
Quand l’Islande réinvente la démocratie

Depuis le samedi 27 novembre, l’Islande dispose d’une Assemblée constituante composée de 25 simples citoyens élus par leurs pairs. Son but : réécrire entièrement la constitution de 1944 en tirant notamment les leçons de la crise financière qui, en 2008, a frappé le pays de plein fouet.
la suite sur : http://www.cadtm.org/Quand-l-Island...


Desman - 2011-02-12 13:13:04

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