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L’économie sociale face à sa pyramide des âges

Par Muriel Jaouën, le 3/10/2011

Les employeurs du secteur de l’économie sociale et solidaire doivent se préparer à des départs massifs à la retraite à très court terme.

Il y a urgence. Le secteur de l’économie sociale et solidaire (ESS) en France va rapidement se trouver confronté à des départs en retraite massifs. Selon l’Observatoire national de l’ESS du Conseil national des Chambres régionales de l’économie sociale et solidaire (CNCRES), 13,3% ses salariés de l’ESS auront atteint 55 ans et plus en 2015 et, pour la quasi-totalité d’entre eux, cessé leur activité. Avec seulement 8% des effectifs âgés de moins de 25 ans en 2008, La pyramide des âges dans l’ESS est très proche de celle du secteur public (6% de moins de 25 ans), dont 13,7% des salariés devraient partir en retraite à l’horizon 2015. La situation est moins critique dans le privé (8% de départs en 2015).

La structure des âges se construit différemment en fonction des formes juridiques des entités employeuses. Selon l’Observatoire national de l’ESS, les coopératives sont moins fortement concernées par les vagues de départs à venir que les mutuelles, les fondations et les associations.

L’aide à domicile particulièrement touchée
L’action sociale, les activités financières et d’assurance, la santé et l’enseignement sont les quatre secteurs les plus touchés par le vieillissement de leurs salariés. A eux quatre, ils regroupent 75% des salariés de plus de 50 ans de l’ESS. Au sein de l’action sociale, l’aide à domicile et l’accueil d’enfants handicapés, avec 32% et 36,% de leurs effectifs ayant plus de 50 ans en 2008, sont les deux secteurs les plus concernés. Les activités sportives et de loisirs sont à l’inverse celles qui emploient le plus de jeunes.

Coup dur supplémentaire pour les stuctures de l’ESS : les départs en retraite seront sur-représentés chez les cadres. Dans l’ensemble du secteur, près de deux cadres sur cinq avaient 50 ans et plus en 2008, et un sur cinq plus de 55 ans. Les coopératives et les mutuelles étant les plus menacées au niveau des postes stratégiques.

Grandes disparités régionales
Par ailleurs, la proportion des seniors parmi les salariés de l’ESS varie du simple au double selon les régions. En 2008, les plus de 50 ans représentaient 16% des effectifs à la Réunion, contre 29% en Ile-de-France. « C’est aussi en Ile-de-France que les départs à la retraite d’ici 2020 seront les plus nombreux en volume puisque les organisations et entreprises de l’ESS comptaient plus de 100 000 seniors au 31 décembre 2008 », précise l’Observatoire national de l’ESS.

Plus on avance dans les ranches d’âge, plus les disparités s’accentuent. Les plus de 55 ans représentent entre 6% et 16 % des effectifs d’une région à l’autre. A court terme, les régions les plus concernées par les départs à la retraite sont le Centre, la Bourgogne, Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Ile-de-France (ainsi que Rhône-Alpes si l’on prend en compte les volumes). A noter : ce n’est pas dans les régions où la part de l’ESS dans l’emploi global est la plus forte (Bretagne, Pays-de-la-Loire, Poitou-Charentes), que les départs seront les plus massifs.

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Vos commentaires

Posté le 5 décembre 2011 à 18:54 , par Claudec

Raisonner autrement :

Monstrueuse pyramide sociale

La pyramide des âges synthétise et représente graphiquement la manière dont se répartissent les individus constitutifs d’une structure, telle une nation par exemple et cette représentation à des moments successifs rend compte de l’évolution de la répartition qui y règne, mettant en évidence les effets inéluctables à attendre de son vieillissement, tel qu’il résulte de celui des individus qui la composent. Il en est en effet d’un organisme, quel qu’il soit, comme de n’importe lequel d’entre nous, et au-delà comme de tout ce qui existe : à la naissance fait suite la croissance (ou développement), puis le déclin (ou régression) et enfin la mort.
Pour tout individu comme pour toute nation et pour l’humanité entière, il s’agit dès lors de repousser autant que possible cette échéance fatidique, avec un certain succès à en juger par le spectaculaire allongement de notre espérance de vie, même si ce dernier demeure aussi infime qu’illusoire au regard de l’éternité à laquelle certains aspirent. Quoi qu’il en soit, la solution aux problèmes que pose ce vieillissement à l’espèce humaine, en termes de banale organisation, semble résider dans le maintien de son taux de natalité à un niveau assurant le remplacement de ses actifs, tout en tenant compte du fait qu’en dépit de l’allongement de leur durée de vie ils finiront par être incapables de la moindre contribution à l’effort collectif puis disparaîtront, remplacés par de nouveaux venus, dont le nombre est hélas d’un ajustement des plus problématiques. Alors que ces remplaçants naissent en surnombre là où ils ne le faudrait pas, ils manquent là où ils sont d’une nécessité criante. Monumental casse-tête à la complexité duquel s’ajoute des aspects éthiques, religieux, idéologiques, etc. qui, pour aussi respectables qu’ils soient, le rendrait insoluble s’il ne l’était de lui-même.
Une autre représentation pyramidale existe, dont l’objet n’est plus l’âge des hommes mais leur rapports sociaux. Cette pyramide sociale exprime la répartition des êtres humains, non plus en fonction de leur âge mais selon leur richesse (ou leur pauvreté) et leur pouvoir (ou leur dépendance) ; pouvoir sur autrui et pouvoir de changer leur propre destin ; dépendance par rapport à ceux qui, par un euphémisme ne manquant pas de cynisme, sont présentés comme leurs semblables.
A l’époque du franchissement du cap des 7 milliards d’êtres humains et d’une mondialisation qui, par la réduction des distances et des différences, tend à réduire à une seule les pyramides sociales de toutes les nations, le sujet ne vaut-il pas d’être évoqué ?
La misère n’est pas, comme la pauvreté, un état relatif trop souvent confondue avec l’inconfort. Qu’a en effet de commun une petite minorité d’exclus (même si son utopique éradication doit être tentée jusqu’à ce qu’il n’y en aie plus un seul) à Paris ou au fin fond de la banlieue la plus déshéritée de n’importe quelle grande cité occidentale, avec ces milliards d’indigents absolus qui peuplent le Sahel, la Somalie et tant d’autres pitoyables États comme les tas de détritus des faubourgs du Caire, de Calcutta et de trop nombreuses métropoles surpeuplées ?
S’il est possible de relativiser la pauvreté au point de l’assortir d’indices et autres outils d’évaluation statistique, il n’en est pas de même pour ce dénuement total qui règne là où la question du chômage ne se pose même pas, faute d’activités industrielles ou autres. Cette misère n’aurait-elle pas dès lors d’autres causes qu’économiques ? l’absence du minimum de ressources qu’elle traduit ne résulterait-elle pas plus simplement d’une prolifération livrée à elle-même, d’autant plus monstrueuse qu’elle y condamne la progéniture de ceux qui en sont issus ?
Pour comprendre, plutôt que de considérer courbes et tableaux de chiffres, la pyramide – ce volume que les anciens, qui étaient peut-être meilleurs observateurs que nous, ont pu déjà considérer comme représentatif de tous types d’organisation hiérarchisés – peut nous aider. Appliquons-en la structure, avec sa base et son sommet, à l’ensemble des hommes peuplant la planète. Une telle pyramide sociale ou des richesses matérielles, puisque là est désormais l’aune à laquelle se mesure le bonheur des hommes, avec l’opulence à son sommet et la misère à sa base, met bien en évidence le rôle de la démographie dans nos rapports sociaux, actuels comme prévisibles.
Dès lors que cette pyramide croît en volume, ce qui est le cas du simple fait de l’augmentation constante de la population, sa base se développe, proportionnellement, toujours davantage que son sommet, alors que se livre à tous ses niveaux une lutte ininterrompue pour la conquête d’au moins une part des richesses accaparées par les occupants des étages supérieurs, ou leur illusoire partage. Il s’agit pour chacun de se hisser aussi peu que ce soit vers le haut, en dépit du poids qui l’écrase. À noter au passage le confort bien relatif de ceux qui occupent une situation médiane, comprimés entre la poussée venant du bas et le poids qui les domine.
Parfois, une secousse est provoquée par une base insurgée ; c’est la révolution. Celle-ci peut entraîner quelques changements pour les mieux nantis, aussi bien que des bouleversements profonds, touchant toutes les étages de la pyramide sociale, mais quelle que soit la nature de ces bouleversement, qu’ils soient d’origine politique, sociale, financière, religieuse, philosophique, etc, la pyramide n’abdique en rien son rôle représentatif et s’applique comme si de rien n’était au nouvel état de choses avec toujours un sommet et une bases. La structure d’ensemble de la société née de la dernière révolution reste immuablement représentée de la même façon, avec les plus riches et plus puissants au sommet et les autres s’entassant, toujours plus nombreux, à la base. Après toutes les mutations qu’a pu connaître la société des hommes depuis ses origines, et à travers toutes les formes de civilisation qu’elle a pu traverser et connaître au cours des millénaires, en 2011, sur 7 milliards d’êtres humains, cette base en compte 3 qui vivent avec moins de deux dollars par jour – l’un d’entre eux mourant de faim toutes les 3 secondes –, alors qu’au sommet logent les 500 personnes les plus riches et les plus puissantes du monde. Or chaque jour voit croître la population mondiale de plus de 220 000 individus, chacun allant se ranger à la place que lui assigne le sort dans une pyramide qui s’atrophie d’autant. Hormis les arguments sans plus de fins que d’efficacité de ceux qui promettent aussi bien le prochain arrêt de la progression qu’une explosion, le constat est ce qu’il est, et puisqu’il nous semble interdit d’envisager une autre structure que pyramidale, des questions se posent, appelant des réponses chaque jour plus urgentes :
- Jusqu’à quel point se développera cette pyramide et s’atrophiera sa base ? En d’autres termes, par quels moyens le cours des choses est-il susceptible de changer ? Une façon existe-t-elle, autre que vainement utopique, d’irriguer cette base des richesses du sommet qui la domine ? . Par la révolution ? Quelles que soient leurs raisons, leur ampleur et leur violence, les révolutions n’ont jamais rien changé à la structure pyramidale de la société, en dépit de ceux qui s’obstinent à nier son caractère représentatif du monde dans lequel nous vivons, refusent d’en reconnaître le caractère incontournable, ou veulent la contraindre à une platitude aussi égalitaire qu’utopique, quand ils ne prétendent pas la faire reposer sur sa pointe.
. Par la fraternité ? Il suffit d’en considérer les acquis au cours de l’histoire et spécialement durant le siècle écoulé, pour se faire une idée de ce qu’il y a lieu d’en attendre.
. Par le progrès scientifique et technique ? Il n’est qu’un outil aux mains des hommes, qui en font ce qui motive l’observation du point précédent. Quel que soit le régime en vigueur : politique, financier, intellectuel, ... Ce serait la négation même de l’incontournable rapport entre sa base et son sommet qui serait aboli. Il est bien entendu toujours possible de rêver, mais il en est ainsi et il paraît aussi improbable que la pyramide puisse un jour sortir de notre univers, et du champ des perceptions qu’elle nous impose.que d’arrêter le mouvement des astres et l’alternance du jour et de la nuit.
En tout état de cause, concernant la pyramide sociale, en attendant le partage auquel seuls les saints consentent, l’individu est condamné à la simple prise de conscience et au mieux à des vœux ou à des gestes sans grande portée réformatrice. C’est donc à l’élite et en particulier aux politiques, dont le rôle est de prévoir, de s’en préoccuper. Après avoir pris eux-mêmes la mesure d’une situation aux conséquences aussi désastreuses que prévisibles, il est de leur responsabilité d’identifier nos vrais problèmes de société et de leur affecter un ordre de priorité. Or qui se soucie réellement de démographie, au-delà du constat de sa progression, dans le meilleur des cas ? Pourtant le développement durable et le respect de la planète qui en est la condition première, ne sont que de vœux pieux, en l’absence de sa prise en compte.
Si rien n’est fait pour ramener la population du globe à un niveau maîtrisable, dans les meilleurs délais et conditions possibles, l’humanité ne fera qu’accroître ses maux jusqu’au pire. Prendre conscience d’une évidence aussi criante, le plus largement et le plus rapidement possible ne peut plus suffire. Le pragmatisme dicte de procéder d’urgence à un investissement massif en vue de réguler le niveau de la population mondiale et de cesser de s’en remettre aussi stupidement qu’hypocritement à la providence quand ce n’est pas aux saignées aussi barbares que passagères opérées ici et là par les guerres, les famines et la maladie.
Alors que chaque pays en est encore à ergoter sur son cas particulier, en cherchant à concilier taux de natalité et âge de cessation d’activité solvable, le problème de la pauvreté est mondial et tend chaque jour davantage à s’imposer comme tel. Rien d’utile ne pourra se faire autrement qu’à cette échelle et par la démographie, sans s’arrêter aux considérations d’ordre idéologique, religieux, etc. qui ne manqueront pas d’y faire obstacle.
Les tenants d’une croissance démographique dont les conséquences sont laissées au secours de la providence se sont-ils jamais demandé où vont se loger, dans la pyramide sociale, les dizaines de millions d’individus qui viennent chaque année augmenter la population mondiale ? ils doivent être conscients qu’ils vont à la place que leur assigne leur appartenance à l’une ou l’autre des catégories qui peuplent cette même pyramide, avec une probabilité d’échouer à sa base – c’est -à-dire de rejoindre les miséreux –, proportionnelle à la place que ceux-ci y occupent déjà.
Quant à secouer sous le nez de ceux qui s’en plaindraient le hochet de la promotion sociale, selon lequel chacun a ses chances d’échapper à son sort, il en est comme de leurs chances de remporter le prochain loto, à la différence près qu’il ne s’agit pas ici d’un jeu mais d’un drame. Un drame qui nous concerne tous et encore davantage nos propres enfants. Que ces généreux irresponsables aillent donc en parler aux cohortes d’affamées qui peuplent tant d’endroits de notre planète et la submergeront bientôt, poussées par leur simple instinct de survie, si leur nombre et leur proportion continuent de croître.


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