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Jeudi noir à Matignon ! Eva Joly fait reculer la maréchaussée

Caroline de Hugo, le 7/01/2011

Joli coup médiatique : À peine expulsés de la Marquise, place des Vosges, ses habitants remettent le couvert en occupant un immeuble de 2500 m2, au 22 avenue Matignon !

Squat Matignon : La situation au 15 Janvier 2011

"J’appelle la police ! Eva Joly fait reculer la maréchaussée "

Les CRS qui montent la garde devant le 22 avenue Matignon avaient reçu des ordres "d’en haut" : Ceux de ne pas laisser passer ni nourriture, ni médicaments, afin de "faire craquer les squateurs", dixit un CRS en tenue. http://www.dailymotion.com/video/xg...) Idem pour la presse, tenue à l’écart du bâtiment pendant 48 heures. Pourtant, en France, interdire le droit de circuler est encore, que je sache, illégal. La liberté de la presse est censée être garantie par la loi, contrairement à la Hongrie.

Mais visiblement, ces derniers temps, sortir de la légalité n’est plus un problème pour les forces de l’ordre. A moins qu’elles n’aient une lecture très restrictive de leur rôle de protection des citoyens ? Les habitants du 22 avenue Matignon ne représentent pas, pourtant un réel danger pour la population du 8e arrondissement de Paris ?

A moins que ce ne soit l’impunité de leur ministre de tutelle, Brice Hortefeux, premier ministre de l’intérieur de la Ve république condamné et maintenu à son poste, qui leur donne des idées ? Il aura fallu l’arrivée d’Eva Joly, venue apporter son total soutien à Jeudi Noir et accompagnée d’une énorme galette des rois, pour que nos anges gardiens carapaçonnés lâchent enfin du lest.

Après quelques bousculades et moultes pourparlers, certains journalistes purent rentrer dans le bâtiment pour faire leur travail, accompagnés par la candidate de Génération écologie et les élus locaux venus en renfort. Le temps de faire une visite des 8 étages, de distribuer des victuailles aux habitants et de tirer les rois ! Eva Joly s’est ensuite proposée comme médiatrice entre Axa et les habitants afin d’obtenir un bail précaire. La fête continue...

Certains actes ont valeur de symboles. Face au silence de plus en plus assourdissant des pouvoirs publics et des partis politiques en matière de lutte contre le mal logement, les jeunes militants de Jeudi Noir ont décidé une fois encore d’appliquer à la lettre la loi de réquisition des logements vides.

C’est le lendemain de la parution de l’enquête Insee qui confirme les chiffres catastrophiques du mal logement en France qu’ils ont officialisé leur installation, depuis le 27 décembre, dans un immeuble de bureaux vide. Ce matin, 7 janvier 2011, le collectif a pendu la crémaillère du 22 avenue Matignon et présenté ses vœux à la presse, à un jet de pierre de l’Élysée et un tir de snipper de l’ambassade d’Israël, derrière une haie fournie de RG et de CRS, périmètre protégé oblige.

De nombreux soutiens étaient de la fête, comme l’inoxydable Monseigneur Gailllot ou Augustin Legrand, le cofondateur des Enfants de Don Quichotte. Aujourd’hui conseiller régional, il a insisté sur la supercherie que représente « la France des proprios de Sarkozy et a rappelé que face au concours de super menteurs de la droite et au problème crucial du logement social, la région Île de France dont ce n’est à priori pas le rôle, a voté un budget d’1 milliard d’euros pendant 4 ans ». Bel effort, quand on sait que seulement 2,5% du PIB finance la politique du logement en France.

5 millions de m2 de bureaux vides à Paris.

Il y a deux mois, lors de l’expulsion de la place des Vosges (voir Place Publique du mois d’octobre 2010) la veille de la trêve hivernale, les Marquisards avaient promis de ne pas en rester là. « L’occupation de cet immeuble de 2500 m2 propriété des assurance Axa et vide depuis 2006 est un juste retour des choses. Une trentaine de militants et jeunes précaires y sont logés depuis le 27 décembre, ainsi que deux familles, avis d’un huissier de justice faisant foi. Nous avons l’eau et l’électricité. La topographie des lieux (de vastes plateaux de 250 m2) permet également d’imaginer des espaces de travail ou des ateliers d’artistes.

"Grâce à sa proximité avec la Place Beauvau, et sa vue directe sur le palais de l’Elysée, nous espérons qu’il rappellera les 3 millions de mal logés (enquête de l’Insee parue le 6 janvier) au bon souvenir de nos dirigeants », a ironisé Julien Bayou. Et de rappeler que nous sommes tous concernés par la bulle immobilière : « Les prix des logements ont triplé en 12 ans à Paris, les loyers ont augmenté de 50%. Se loger décemment est devenu totalement inabordable pour les précaires et pour les jeunes et difficile pour la classe moyenne ».

2 millions de logements vides en France

Clémentine Autin, la codirectrice du mensuel Regards a enfoncé le clou : « Rien n’est fait pour juguler la spéculation immobilière. Pourtant les solutions simples existent. Il suffit par exemple d’affirmer que le droit au logement est supérieur au droit de propriété. Et autour de ce problème crucial du logement, il serait grand temps que les partis de gauche agissent. Et affirment clairement qu’une société qui progresse, c’est une société qui élargit le socle de ses droits. En France, nous sommes en totale régression ! » Jean-Baptiste Heyraud, du Droit Au Logement a rappelé que le propriétaire des lieux, AXA, est l’un des organismes d’assurances qui pratiquent un lobbying intensif afin d’obtenir la suppression des délais d’expulsion.

La transition était toute trouvée pour attirer, s’il en était besoin, l’attention de l’auditoire sur le caractère liberticide de la loi LOPPSI 2 qui passe dans 15 jours à peine en seconde lecture au Sénat. Une journée d’action nationale a été décidée pour le 15 janvier. Les politiques présents sur les lieux comme Yves Contassot des Verts, Martine Billard, co-présidente du parti de gauche, Karima Delli eurodéputée Europe Écologie, ou Aurélie Filipetti, députée PS de Moselle ont ensuite apporté leur soutien aux Jeudi Noir. À midi, les CRS faisaient toujours blocus à l’entrée de l’immeuble. A l’intérieur, sono à fond et café chaud, une ambiance de fête et de saine révolte régnait… de quoi réjouir Stéphane Hessel et tous les démocrates, forcément indignés.


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