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Interview de David Edwards - L’art comme la science est un acte de recherche

propos recueillis par Estelle Leroy, le 12/03/2010

A travers le concept d’Artscience, David Edwards, scientifique reconnu, veut dépasser les barrières de l’hypersegmentation des savoirs qui nuisent au processus d’innovation et à une vision prospective de notre société. Sa démarche, à travers le Laboratoire, s’adresse aux jeunes générations.

Scientifique de formation et durant votre vie professionnelle, vous êtes aujourd’hui le chantre du concept « artscience », en quoi pensez vous qu’il est essentiel dans une vision prospective ?

Le mariage « art science » est particulièrement vif aujourd’hui . La spécialisation de la connaissance est inévitable, on oriente de plus en plus les tôt les créateurs dans la vie éducative et professionnelle vers des spécialisations de compétences. C’est peut être inévitable mais pourtant la création passe par le transfert d’informations et d’expérimentations d’un domaine à l’autre.
Actuellement il y a un besoin d’innover et pourtant on va dans le sens de la spécialisation. On assiste toutefois à de plus en plus de collaborations interdisciplinaires et même entre artistes et scientifiques pour éliminer les barrières. C’est ainsi que nous avons crée le Laboratoire à Paris en 2007- qui associe les démarches artistique et scientifiques dans un même projet en réunissant de grands artistes à de grands chercheurs- et au même moment d’autres initiatives similaires ont vu le jour comme la Welcom Collection à Londres – axée autour du concept Arts et Biologie, par exemple…

Etes-vous en cela en phase avec le sociologue américain Immanuel Wallerstein qui dénonce dans son livre « L’Universalisme » l’hypersegmentation des connaissances et des savoirs ?

Je suis en phase avec ses commentaires mais j’ajouterai que, au lieu de me battre contre l’hypersegmentation de la société, qui existe, sûrement, et qui a , d’ailleurs, sa propre logique, je me positionne, et je positionne le laboratoire, comme catalyseur de cette société hypersegmentée ...

Car je crois que la spécialisation des savoirs continuera à définir l’éducation, l’industrie, la culture, mais on a besoin de ’zones’ ou ’laboratoires’ où les créateurs (et nous tous) pouvons aller, afin de rêver, imaginer, créer sans contraintes, ou même simplement entrer dans le processus de création qui est si imperceptible dans un contexte de hyperspécialisation.

C’est - pour moi - moins la bataille contre la spécialisation que l’insistance pour qu’on accepte les limites de la spécialisation et notre besoin – en tant que personnes…- de projets ou laboratoires où la spécialisation n’existe pas, ou les rêves peuvent aller dans tous les sens ...L’art, comme la science, est un acte de recherche. Pourtant, comme pour la science, ce que l’on en dégage principalement c’est le résultat final, or les activités d’exploration, de découverte et d’innovation comptent parfois plus que les résultats qu’ils génèrent.

Vos actions à travers le Laboratoire, la Cloud Foundation, ou à Harvard sont en grande partie tournées vers la jeunesse, proposez-vous une sorte d’alternative ?

La jeunesse est précieuse, il ne faut pas aliéner sa passion. Les jeunes étudiants qui ont des désirs naturels voient l’avenir parfois de façon quasi simultanée du coté des arts ou des sciences. Eux savent que le monde demain ne sera pas comme celui d’aujourd’hui. Nous avons voulu créer un petit monde, à coté des grandes institutions de recherche ou d’éducation où agissent des catalyseurs. Nous avons bâti un champ d’expérimentations où l’ on peut construire des nouveaux mondes. Plus concrètement, le Lab de Paris est au centre d’un réseau qui a essaimé aux Etats-unis ou Afrique du sud, et permet de faire éclore les idées.
Quelque 150 étudiants sont concernés, 200 créateurs à travers les programmes que nous avons avec le Lab de Harvard et les écoles publiques de Boston ;Le Lab se présente un comme entonnoir pour avec plusieurs strates. Une couche éducative : 20 idées par an sont sélectionnées parmi des groupes d’étudiants qui développent leurs idées. Les idées sont parfois folles mais ciblent de vrais problèmes.

En quoi pensez-vous que le public voire le citoyen peut aussi être co-concepteur de l’innovation ou de la création ?

C’est la deuxième strate du Laboratoire, des expositions grand public, où la participation du public dans le processus de création et d’expérimentation est prise en compte. Nous abordons la philosophie de l’innovation en faisant rapidement entrer le public dans son processus. Dans notre laboratoire, le public est invité à connaître et à s’approprier l’ensemble du processus qui conduit à la naissance d’une oeuvre, d’un objet, d’un concept (1).
Le Laboratoire est tout à la fois un lieu de recherche expérimentale et un lieu de présentation des oeuvres. Il a pour vocation de susciter des évolutions dans la culture, l’industrie, la société.
Enfin, en bas de l’entonnoir il y a les produits qu’on a mis au point et comme Andrea (purification de l’air par les plantes) ou le Whif ( inhalation de chocolat, né du mariage de la cuisine et de la science de l’inhalation…) et dont les revenus nourrissent le reste de l’entonnoir

Considérez-vous votre démarche comme un engagement, comment la concilier avec vos recherches ?

L’ engagement , c’est aussi être utile à l’humanité, créer pour que la création serve à quelque chose, nous sommes dans une démarche proche en quelque sorte de celle du Bauhaus Et pour ce faire, avoir les coudées franches nécessite un modèle économique différent car ailleurs trop souvent quand vous arrivez à un point où vous pouvez faire quelque chose, vous butez sur un cahier des charges qui vous limite.
Il faut libérer les créateurs, les innovateurs pour qu’ils puissent avancer. Je poursuis mes recherches à Harvard , notamment avec l’Ecole de design. Cet automne la nouvelle exposition du Laboratoire portera sur l’avenir de l’eau, imaginer de nouvelles façons de transporter l’eau, basées sur le fonctionnement de la cellule …

(1) Jusqu’au 26 avril exposition-recherche « Une architecture des humeurs », articule plusieurs champs d’exploration au service de l’architecture liant neurobiologie, machinisme et protocoles mathématiques, au travers de différents modes opératoires, et relationnels. www.lelaboratoire.org

David Edwards : un parcours multiformes

Professeur de génie biomédical à Harvard, en parallèle à une carrière de chercheur, David Edwards a aussi fondé l’ONG Medecine in Need (MEND), dédiée notamment à la recherche de vaccins et de traitements adaptés aux contraintes économiques des pays en voie de développement, en utilisant notamment des technologies de pointe en matière de mode d’administration. Il a également créé, il y a une dizaine d’années, la Cloud Foundation qui développe et soutient des programmes éducatifs et artistiques avec les jeunes issus d’un milieu défavorisé notamment avec les Public School de Boston, en permettant à ces jeunes dans de développer des recherches basées sur l’art, le design et la science, et qui travaille conjointement avec le Laboratoire ; il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages autour du concept Artscience et du processus de créativité.

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