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Internet redéfinit l’espace publique

Yan de Kerorguen, le 7/01/2011

« Tiers lieux », « 5ème écran », « mediaspace », de nombreux concepts d’espaces, à mi-chemin du public et du privé, sont, depuis quelques années, en train de vitaliser la sociabilité urbaine. Internet est le fédérateur de cette mobilité d’intérêt général.

Alors que l’espace public semble se banaliser dans la foule anonyme, raréfiant les moments de rencontre, des initiatives se développent pour produire des espaces d’un genre nouveau ici dans des gares, là dans des centres commerciaux, plus loin sur les terrasses de café. Certains de ces espaces profitent des avancées numériques et de la créativité urbaine proposées par des artistes, des architectes, des designers mais aussi des citoyens, pour recomposer des cités mobiles et durables. Les professionnels qui planifient l’expérience des utilisateurs — qu’il s’agisse des architectes de l’information, des spécialistes en design de l’expérience, ou des innovateurs sociaux, sont confrontés à une exigence nouvelle : la rencontre de l’environnement, de l’esthétique et de la technologie numérique. De nombreux spécialistes montrent que ces nouvelles mobilités appuyées sur le progrès d’internet te des télécommunications ont une incidence concrète sur l’organisation des territoires. Elles doivent inspirer les décisions politiques afin de tirer le meilleur parti de ces transformations socio-urbaines.

Dans ce paysage urbain de demain, un phénomène se généralise : ce que les Américains appellent « The third place ». Ces 3ème espaces ou « tiers lieux » sont des endroits de haltes improvisées où les citadins ont la possibilité de s’affranchir du rythme pendulaire domicile/lieu de travail. Il peut s’agir d’une terrasse de café, d’un hall de gare, d’une librairie, d’un marché, ou de tout autre lieu public. Ces lieux accueillants et connectés forment un mixte de privé et de public pour se poser, travailler, improviser des réunions. « On peut y utiliser son temps en se branchant sur le réseau, pour travailler, se divertir, remplir ou chercheur un service, en attendant un rendez-vous ou transport » explique le sociologue Ray Oldenburg ; inventeur du concept de « third place ». Dans son livre « The Great, Good Place », Ray Oldenburg indique que ces lieux informels de rencontres, « à mi-chemin », jouent un rôle essentiel autant dans nos vies que pour la société.

Ces tiers lieux favorisent la rencontre et la connexion avec des inconnus. Ils produisent une forme de familiarité « faible » avec ceux que les Anglo-saxons appellent les « familiar strangers » (les étrangers familiers). Les amis occasionnels, les habitants d’un quartier, les professionnels d’un secteur, les membres d’un réseau, les voisins, enfin, tous ces gens que nous cotoyons mais que nous ne connaissons pas, avec qui ne nous parlerons peut-être jamais, s’y retrouvent et en font le noyau de leur communauté.

Ces nouveaux points cardinaux de la sociabilité urbaine sont aussi importants pour la société civile, la démocratie, l’engagement civique. Ils permettent aux membres d’une communauté de tisser des liens inattendus, d’échanger des points de vue et de s’organiser pour éventuellement mener des actions citoyennes ou envisager de possibles partenariats.

Pour Oldenburg, ce tiers lieu est un lieu neutre dans lequel les relations hiérarchiques de travail sont abolies et où les réseaux peuvent se relier les uns aux autres. La conversation est le centre des activités. Les rencontres informelles et familières dans ces lieux n’ont pas à être planifiées entre les individus, les personnes s’y croisent et s’y retrouvent, sans formalisme, pour le plus grand plaisir d’ une « chimie sociale bénéfique » au bien être humain.

Certains de ces lieux se formalisent et permettent à des réseaux de développer de véritables stratégies de culture urbaine ou l’on repense la ville. Les cafés-librairies, les « squats », et les « friches » en sont les symboles. D’autres se professionnalisent et deviennent des plates-formes de travail ouvertes, destinés aux travailleurs nomades, aux microentrepreneurs et aux amateurs du numérique qui cherchent un coin de bureau pour quelques temps, dans un lieu propice aux échanges.

Internet est au cœur de ces espaces publiques de proximité. Sous l’effet des médias de communication, ces lieux se transforment en « mediaspace » , (Nick Couldry et Anna McCarthy). Grâce aux possibilités qu’ils offrent, l’urbain devient médiateur d’information, indique le Bruno Marzloff, fondateur du Groupe Chronos. « La mobilité, ce n’est pas que du déplacement, rappelle le sociologue. On voit bien que la mobilité numérique s’étend à de nombreux usages avec les baladeurs MP3, les réseaux GSM, WIFI et autres téléphones mobiles intelligents capables de fournir du web, des e-mails, de la géolocalisation . Ces outils permettent d’accéder « à la volée » à de nombreux services ou évènements spontanés. En croisant les réseaux sociaux et les cartes de la ville, on peut se créer un parcours sur mesure ». Marzloff appelle cela le 5ème écran. Le 1er écran dans l’histoire des technologies est public, c’est la grande toile du cinéma. Le second est collectif, mais il est privé : c’est le poste de télévision. Le 3ème est personnel et reste partageable : c’est l’écran de l’ordinateur. Le 4ème, c’est le mobile. Il est sur soi, intime, je ne le partage pas et il m’accompagne partout où je vais.

Le 5ème écran est le prolongement de ce jeu des écrans qui marque l’avènement de l’informatique ambiante et la somme des dispositifs publics technologiques (panneaux, bornes et autres), des supports publics sans écrans, mais qui dialoguent avec les terminaux personnels dotés d’écran (mobiles, smartphones, iPod et autres lecteurs, audio-vidéo, consoles de jeux…), du jeu des mobiles eux-mêmes..

Bref, le 5ème écran de Marzloff est une sorte de « twiter », donnant la possibilité à des gens, par téléphone mobile interposé, de partager des informations en permanence, de manière quasi instantanée. Pour le sociologue, cette réflexion sur la mobilité d’intérêt général pose la question de la gouvernance de la ville, demain. « L’objectif de ce 5e écran, est de rendre la ville familière, de servir l’information et la transaction utilitaire, d’instaurer des dialogues entre citadins, de permettre à la foule d’accéder à l’information participative, sans oublier de faire place à l’imaginaire. Il s’agit de donner aux gens les moyens de leur autonomie, de leurs navigations et de leurs arbitrages. Le 5e écran, c’est la ville, une ville où tout change et bouge tout le temps. C’est le pouls de la ville qu’on peut saisir en temps réel et auquel on peut participer. Ce sont des ondes, des marques, des signes, des écrans, des traceurs, des capteurs… »

Ce réseau social de moyens de communication mobiles rejoint le pouvoir de traitement de l’information des ordinateurs en réseau. Pour le spécialiste des interactions sociales en ligne, Howard Rheingold, auteur de « Smart Mobs », « les plus grands succès des NTIC viennent ni d’un matériel ou d’un logiciel mais de nouvelles pratiques sociales qu’ils rendent possibles. Les équipements portables reliés à Internet sont plus nombreux que les PC. D’ici dix ans la plupart des pays seront saturés de trillions de puces et de capteur capables de communiquer entre eux, source de liberté individuelle et de coopération sociale. Le Web serait ainsi en train de devenir le nouveau troisième lieu dominant de nos sociétés, largement utilisé pour y connaître plusieurs types d’interactions sociales.

Nous entrons dans l’ère de la ville-réseau. Au lieu de reposer entièrement sur les modes fixes de la circulation physique, la ville-réseau s’appuie sur les technologies de l’information. Le temps devient plus structurant que la distance physique. Dans ce nouveau paysage urbain, la gestion des déplacements passe d’un système centralisé à un système où chacun peut choisir son itinéraire en fonction des informations qu’il collecte. Les déplacements de proximité en mode non routier constituent aussi un enjeu d’urbanisme.


Vos commentaires

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