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Europe : Encore un effort pour être vraiment européen !

par Yan de Kerorguen, le 4/09/2012

La crise de l’euro, la mésentente entre les états européens, les espérances trahies : l’Europe va mal. Et pourtant l’adhésion à l’idéal européen ne doit pas baisser pavillon. Au contraire.

Impossible de renoncer à ce que pourrait nous apporter l’Europe du citoyen. Impossible de laisser des états détruire l’idée européenne pour laquelle tant de citoyens se sont mobilisés, depuis le Traité de Rome, et de laisser végéter dans la médiocrité des relations franco-allemandes ce qui a été si difficile à mettre en place. L’Europe reste notre seul horizon, notre avenir. Le programme Erasmus d’échanges entre étudiant témoigne pour cet idéal. Aussi bien ne faut-il pas laisser s’enfoncer dans les errements procéduriers . Aussi bien faut-il empêcher de condamner à l’austérité à perpétuité la seule grande idée civilisatrice qui a mis au cœur de son projet la volonté de construire l’histoire au lieu de la subir. Car au-delà des échecs, et des erreurs et des insuffisances, l’Europe citoyenne reste le plus prometteur des projets. Et un combat encore à mener !
Dans un excellent livre (« Une autre vie est possible ») qui met en perspective l’espérance déçue que représente l’Europe du citoyen, Jean-Claude Guillebaud parle du « seul grand dessein collectif qui survécut aux profanations du XXème siècle ».

L’économiste américain Jérémy Rifkin serait-il le seul, parmi les experts, à croire en l’Europe ? Lui qui déclare dans une interview : « l’Union européenne a pris une longueur d’avance sur les États-Unis. Obama n’a pas compris la logique qui soutend la troisième révolution industrielle que le Vieux Continent, lui, a adopté dès 2008 avec son paquet climat-énergie » pour 2020. Nous sommes aujourd’hui à la veille d’une nouvelle convergence entre la communication par Internet et des énergies renouvelables » .
Grâce à son « éthos coopératif » et à sa conscience planétaire, l’Europe est selon l’économiste américain (auteur de «  la 3ème révolution industrielle  ») le modèle à suivre. A condition que l’UE ne sacrifie pas à l’idéal de confiance mutuelle qui devrait l’animer. « Inutile de regarder ailleurs pour trouver un modèle salvateur, il n’y en a pas », dit Rifkin. La Chine et les Etats-Unis sont des géants aux pieds d’argile L’un est terriblement endetté, l’autre connait une bulle immobilière qui pourrait conduire à la catastrophe.

Les dirigeants européens sont fatigués

Les dirigeants européens semblent bien loin de partager pareil enthousiasme pour le « nouveau continent à construire ». Pourtant, ils devraient donner le tempo. Bruxelles ne parait pas connaitre le potentiel de l’UE ou du moins ne pas savoir utiliser ses atouts.

L’impression de stagnation dont témoigne actuellement l’UE n’est pas fait pour rendre visible l’avenir. En mal de modèle, les autorités ne savent plus quel cap tenir entre l’austérité ou la croissance. Fachés avec le réel, les dirigeants sont incapables de dessiner des scénarii de relance ou transmettre des propositions nouvelles. La situation ressemble à celle des années 30. L’expertise aussi est en crise. Elle se confond avec la crise des élites qui a pris la mauvaise habitude de tourner en rond sur elle-même. Cela fait déjà quasiment trois ans que la zone euro est dans la tourmente. Sous la pression d’une austérité budgétaire excessive, conduite par l’intransigeance d’Angela Merkel la situation s’est en effet profondément dégradée dans la zone euro. Seule l’Allemagne a tiré égoïstement son épingle du jeu grâce aux taux d’intérêt exceptionnellement bas dont elle a bénéficié et à la baisse du taux de change de l’euro qui a boosté ses exportations. Où est l’intégration économique au coeur du projet européen ?

Cette austérité érigée en dogme plonge les économies dans la récession. Aggravant les déficits, elle contraint les États à toujours emprunter davantage sur les marchés financiers. Aveugles à cet engrenage mortifère qui pressurise les citoyens, les autorités européennes ont inventé le Pacte budgétaire et sa « règle d’or » pour annihiler toute tentative de réorientation des politiques. Le prix à payer est cher : pour n’avoir pas voulu encadrer la finance et revoir sa doctrine inscrite dans les traités, l’Union européenne et sa zone euro craquent. Au point qu’aujourd’hui, les banques de Wall Street conseillent de plus en plus aux entreprises de se préparer à une rupture de la zone euro.

Ce vide européen ne touche pas que les pays méditerranéens, il touche aussi les pays "modèles" comme les Pays-Bas dont les citoyens ne supportent plus cette austérité sans fin ni sens. Les Allemands eux-mêmes doutent. Outre-Rhin, le pessimisme est de rigueur. La précarité est plus importante qu’en France et le système bancaire est au bord de la faillite.

Comment briser la spéculation qui menace de terrasser les pays de l’Europe du sud ? Seule la BCE a les moyens d’entamer ce processus. Mais comment se fait-il alors que la commission européenne ne parvienne pas à lui accorder ce rôle majeur de prêteur aux états ?

La simple coordination entre Etats membres est devenue insuffisante. Il faut aller plus loin en mutualisant la dette et en redonnant des marges de manoeuvre aux pays mal en point. Nécessité aussi d’améliorer la coopération entre Bruxelles et les différentes comptabilités nationales, par exemple dans le cadre d’un Institut fiscal européen.
Une perspective : proposer une vision motivante de l’Europe, par exemple, en créant des "projects bonds", finançant des projets générateurs de revenus futurs et permettant de relancer la productivité dans des projets générateurs de croissance, comme le mixte énergétique, la mobilité numérique et l’open data, l’aéronautique, les nanotechnologies et la recherche cognitive. Pour cela, il est nécessaire de. La Banque européenne d’investissement pourra sans difficulté porter ces projets sur la base de propositions de la Commission européenne.
Autre idée : un nouvel impôt européen, composé d’un pourcentage de TVA, de Taxe sur les transactions financières, et de taxe carbone, susceptible de générer avec les Projects bonds plus de 1000 milliards d’euros pour investir dans des projets d’avenir. Pour créer ce moteur de croissance , encore faut-il la confiance entre les citoyens et l’UE et, de surcroit, la légitimité démocratique pour le décider. Il faut donc ajouter une dimension parlementaire à ce processus et s’engager en profondeur dans la réforme.

Malgré l’importance des efforts à déployer, l’économiste Pierre Larrouturou , dressant un constat effrayant des dangers possibles, reste optimiste. Dans un petit livre très stimulant, «  C’est plus grave que ce qu’on vous dit, mais on peut s’en sortir  », il souligne : « L’histoire montre qu’il est possible de s’extraire de « la spirale de la mort » dans laquelle nos sociétés sont en train de s’enfermer. L’Histoire montre qu’il est possible de sortir du burn out et de la dépression collective ». Et l’économiste de se référer à Roosevelt, quand il arrive au pouvoir en 1933. Alors que l’Amérique touche le fond de l’abîme, Roosevelt, succédant à Hoover, « agit immédiatement avec une détermination qui ranime la confiance. « L’activité législative est prodigieuse : en trois mois, Roosevelt fait adopter plus de réformes que Hoover en quatre ans. Le but de Roosevelt n’est pas de rassurer les marchés mais de les dompter » Les principes mis en avant par Roosevelt sont modernes : « dépasser ses peurs, dire la vérité, parler à l’intelligence des citoyens et agir. Agir avec force ! »

Une chose est sûre, l’Histoire humaine a souvent changé de voie. « Tout commence, toujours, par une innovation, un nouveau message déviant, marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains » dit Edgar Morin. Car il existe déjà, sur tous les continents, un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales, dans le sens de la régénération économique, ou sociale, ou politique, ou cognitive, ou éducationnelle, ou éthique, ou de la réforme de vie. Ces initiatives constituent le terreau fertile du futur. Il s’agit de reconnaître ces pistes, d’en faire l’inventaire et de les valoriser. Ces chemins multiples pourront, en se joignant former la voie nouvelle « vers l’encore invisible et inconcevable métamorphose ».

La métamorphose de la crise en espoir

En 1987, Edgar Morin écrivait dans « Penser l’Europe » : « Contrairement à l’insecte, l’Europe n’a pas le programme préalable de sa transformation, elle n’a pas de système central qui la gouvernerait. La métamorphose est inachevée. Nous ne sommes ni chenille ni libellule. Nous sommes encore dans la chrysalide. L’effort décisif reste à faire ». L’image de la crysalide à laquelle se réfère Edgar Morin dans son «  Eloge de la Métamorphose  », pour évoquer la mutation de société dans laquelle nous sommes, est la bonne. Tel est le paradoxe de la métamorphose. L’espoir est juste à côté du désespoir. La dégradation est juste à proximité du progrès. L’horizon est non loin du centre.
Dans la transformation de la chenille en papillon, il y a la difficulté de s’en sortir mais la promesse d’un envol. C’est pourquoi il faut rester optimiste. Les crises sont ainsi faites : elles juxtaposent la crainte de la fin et la renaissance. L’idée de métamorphose, est ainsi plus riche que l’idée de révolution. Elle en garde la radicalité subversive, mais la lie à la conservation (de la vie, de l’héritage des cultures).

Jérémy Rifkin en est convaincu, si les Européens étaient un peu plus volontaires, l’Europe serait en pointe. Ils doivent retenir les leçons de l’histoire. Reconnaissons à l’écrivain Romain Rolland («  Au-dessus de la mêlée  » et ses « Correspondances avec Stefan Zweig »), la capacité d’avoir su maintenir l’espoir européen, par-delà les guerres, et d’avoir su transmettre cet idéal à travers les tumultes de l’histoire.
Aux citoyens de permettre à l’Europe de muer. Aux consciences éclairées de se mettre au-dessus de la mêlée ?


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