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Demain, le tourisme sera écolo, bio et… sidéral

par Estelle Leroy, Yan de Kerorguen, le 14/05/2010

Bien être, environnement et plus tard, l’espace... l’industrie touristique invente mille nouvelles façons de passer des vacances dépaysantes et bonnes pour les neurones

Vacances-santé

Santé et tourisme deviendront les industries les plus importantes du monde dès 2022, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « Plus les pays sont riches et ont une population âgée, plus celle-ci veut rester jeune. La nouvelle façon de voyager sera liée à la santé, au bien-être dans son acception large, cela deviendra sans doute la première raison de se déplacer » affirme Ian Yeoman, prospectiviste auteur d’un rapport sur le tourisme en 2030 (1)..
L’allongement de l’espérance de vie, les progrès de la médecine, la sensibilisation aux questions de santé et de bien-être sont évidemment des facteurs qui entrent en ligne de compte. Quelqu’un de 65 ans sera en droit d’espérer vivre encore 25 ans. Une prise de conscience générale est en train de gagner les esprits sur les méfaits de la vie sédentaire.

Combiner des techniques médicales de pointe, à des coûts accessibles en passant des vacances agréables : le tourisme médical est déjà en vogue sur plusieurs destinations. Mais aujourd’hui, les deux principaux facteurs sont le prix des soins et les listes d’attentes trop longues. En Europe, la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne ou la république Tchèque se sont mis sur les rangs ; il faut compter aussi avec la Tunisie, le Maroc. Le Brésil a de longue date une tradition dans l’esthétique, rejoint depuis peu par l’Afrique du sud (qui propose des packages esthétique et safari). Sans oublier la Malaisie, devenue une destination pour des classes moyennes des pays asiatiques y compris la Chine. Ou encore la Thailande ou l’Inde –qui accueille 150 000 touristes-patients dont de nombreux anglais – où l’on vient se faire opérer des quatre coins du monde y compris de problèmes cardiaques.

Nutrition, médecines alternatives, médecine chinoise, homéopathie, yoga , méditation… aux cotés de la médecine traditionnelle- qui continue à faire des progrès exceptionnels – sont une réponse aux maux du corps mais aussi de l’esprit, y compris à titre préventif.

Tourisme bien être et coup de jeune

Le bien-être va devenir une quête généralisée et partagée , avec la volonté qu’on ne s’adresse pas uniquement au corps mais que l’on considère la personne dans son intégralité , ce sera une approche holistique de la santé, l’esprit et l’âme en font partie. L’éloignement et l’isolement seront les principales façons de traiter le stress et les maladies qui en découlent.
Plus la société devient complexe, plus l’authenticité devient une tendance majeure : la simplicité et la nature vont dominer. « La marche dans les montagnes va devenir une thérapie plutôt que la gym », prévoit Ian Yeoman. Le Bouthan ou les Iles du nord de l’Ecosse deviendront des lieux où se faire chouchouter. Mais toutes les destinations seront concernées, chacune d’elle mettant en avant ses qualités « bien être ». Même Amsterdam, qui pourrait devenir une destination santé en s’appuyant sur les bienfaits du cannabis pour des gens souffrant de douleurs aiguës récurrentes !

On séjournera dans des complexes hôteliers « santé-bien être » qui n’ont rien à voir avec un hôpital. A l’instar du projet de « Dubai Health City » qui doit ouvrir en 2010, où les terrains de golf jouxtent les spas dédiés à certains traitements, non loin des salles d’opération…Dans ces lieux de séjour, on proposera aux clients des room- service santé , des maîtres d’hôtel diététiciens, des menus basses calories , des beauty-bars et l’eau minérale aura ses sommeliers .

Passer ses vacances dans le Kerala dans le sud de la péninsule indienne, pour se donner un coup de jeune sera très tendance. C’est une région agréable qui regorge de plantes médicinale et qui est le berceau de la médecine ayuverda ou "science de la vie, qui repose sur la notion de karma. Elle profite de son séjour tout d’abord pour se faire mettre une prothèse à son genou droit mal en point, bénéficiant ainsi des dernières innovations de la chirurgie dans ce domaine. Ensuite Caroline suivra une cure de « Purma Karma », thérapie par les huiles, puis de « PanchKarma », qui agit à titre préventif et curatif sur les processus métaboliques à travers l’alimentation et la médecine par les plantes, afin que le corps retrouve son équilibre avec la nature. Cela sera accompagné de séances de yoga, de relaxation mais aussi de méditation. A la clef, le renforcement des défenses immunitaires, un traitement anti-âge mais aussi anti–stress... Le tout dans un centre de jouvence paradisiaque.

Demain, on partira en vacances et on reviendra transformé. « Ce ne sera pas uniquement une question de coûts comme aujourd’hui mais davantage une philosophie, une façon de concevoir autrement les vacances, pour revenir comme après une nouvelle naissance » explique Ian Yeoman.

Vacances écolo

En même temps, le tourisme de masse va devoir être sans doute repensé sous l’impulsion des changements climatiques, de nouvelles règles du jeu vont se faire jour, liées à la préservation de certains sites. Le Kilimandjaro a perdu ses neiges éternelles. Le parc naturel des Everglades en Floride subit des ouragans réguliers. Quant au bassin méditerranéen, la canicule y est quotidienne avec des températures avoisinant les 50 degrés. Il n’ y a quasiment plus de plages à Goa. On annonce la destruction prochaine des barrières de corail, et la fonte progressive des glaciers comme le « pito Moreno » en Argentine. Aussi, cette année la famille Mercier fait vraiment partie des élus : elle a gagné le droit de se rendre en Australie, et de visiter la Grande barrière de corail –protégée depuis 2008 par des parasols géants disposés sur des pontons flottants- dans des conditions très règlementées. Après un trekking cette famille française va conclure son séjour en effectuant volontairement un travail de nettoyage environnemental, et ainsi elle va reconstituer sa réserve de point carbone consommée par ce voyage en Australie.

Science fiction ? Pas forcément. Selon les travaux du climatologiste britannique David Viner, chercheur au sein de l’université d’East Anglia, en 2080, les touristes anglais et allemands trouveront de meilleures conditions climatiques l’été dans leur propre pays plutôt qu’en Méditerranée. Alors que le tourisme est influencé par le climat, quelles seront les destinations phares dans 30 ans ? Le flux important de touristes allant du nord vers la Méditerranée n’existera probablement plus dans les mêmes proportions. Le MTCI (Mieczkowski Tourism Climatic Index) permet de déterminer le potentiel touristique d’une zone. Il prend en considération des facteurs climatiques qui déterminent le « bien-être » (ensoleillement, température, humidité, précipitation, vent) et du coup va devoir élire de nouvelles zones de villégiature.

Car l’industrie du tourisme ne cesse de progresser notamment sous la pression de la Chine : on estime les voyageurs, à 100 millions par an en 2020. Alors, entre les destinations moins attrayantes à cause du climat et les zones qui risquent d’être surpeuplées de visiteurs… il va falloir mettre de l’ordre dans la planète tourisme. Les gouvernements vont sans doute réagir. Car on estime que les loisirs et le tourisme sont responsables de 5 % environ des émissions de CO2. Peut-être faudra-t-il gagner son droit au voyage sur certaines destinations à travers un tirage au sort, ou celui-ci sera-t-il déterminé en fonction d’indicateurs « verts » comme l’émission personnelle de CO2… ou encore s’acquitter de taxes très élevées afin de préserver les destinations les plus prisées.
Bref, le droit de séjourner dans tel ou tel endroit ne sera plus acquis. « Certaines destinations long-courriers nécessiteront un crédit de miles liés aux besoins personnels et aux dépenses en énergies, ce qui se traduira par une contribution financière aux communautés qu’on a visitées », explique David Viner. En effet, selon un rapport du Center for future Studies, plusieurs sites comme la Grande barrière de corail australienne ou Katmandou auront atteint leur capacité maximale de visiteurs dès 2020.

Ces changements climatiques auront aussi des conséquences sur la conservation hauts lieux touristiques naturels, culturels ou archéologiques. À l’instar de la mosquée de Chinghetti au cœur du désert saharien qu’une désertification accrue risque d’ endommager, ou des temples mégalithiques de Malte menacés de vents violents. Rien n’assure que les futures générations puissent y avoir accès dans les mêmes conditions que nous, convient un membre du programme « environnement » de l’Organisation des Nations unies. Certains pays en Afrique ont des scénarios de déplacement de leur parc naturel en fonction de la migration nécessaire des animaux pour des raisons climatiques. L’Unesco a ainsi déjà identifié une dizaine de sites du patrimoine mondial menacés directement par l’évolution climatique, dont Venise ou la région florale du Cap.

Tourisme sidéral

Finalement, il ne sera peut être pas plus compliqué de prendre un ticket pour passer ses vacances dans l’espace que de visiter un site archéologique protégé. L’espace pourrait devenir un lieu de voyages et de villégiature pour des sensations inédites.« En 2030, les Gleneagles abriteront l’hôtel le plus chic du monde qu’on rejoindra à partir de la station Virgin Galactic de Auchterarder », scénarise le prospectiviste Ian Yeoman. L’espace sera-t-il un luxe plus expérimental et individualiste qui distinguera le touriste, un luxe qui se place plus encore sur le registre des émotions ?

Ceinture bouclée et voilà les touristes partis dans la stratosphère. Du délire ? Virgin Galactic veut mettre en place un service régulier de vols à 50.000 dollars d’ici deux trois ans, avec la possibilité pour les touristes européens de s’envoler depuis la Suède, à Kiruna Airport. Trop cher ? On peut espérer que d’ici à 2030 les prix auront un peu baissé. Pour le moment, il s’agit simplement d’un vol à 360.000 pieds d’altitude (plus de 100 km).
Le Spaceship 2 pourrait emmener six passagers et deux pilotes. Un entraînement de trois jours est prévu, avec des tests de sélection, des exercices sur l’apesanteur… À la clef deux heures et demi de bonheur dans l’espace. Le premier prix démarre à 200.000 dollars, la liste est close pour les cent premiers touristes, les mille premiers, eux, paieront entre 100.000 et 175.000 dollars… Aujourd’hui, les touristes de l’espace se comptent sur les doigts d’une main. A l’instar de Charles Simonyi qui a déboursé 25 millions de dollars pour rester quatorze jours dans l’espace. Plusieurs projets d’hôtels dans l’espace sont à l’étude. Ainsi la société américaine Bigelow Aerospace a lancé un prototype à échelle réduite Genesis 1 (un tiers de la taille définitive), qui est en orbite, et doit lancer prochainement Genesis 2. Il s’agit de stations spatiales légères à partir de modules gonflables. Elles pourraient héberger neuf touristes.

Mais d’autres ont travaillé sur des projets de véritables hôtels dans l’espace à l’instar de l’agence d’architecture américaine WATG (Wimberley Allison Tong & Goo). Celle-là est spécialisée dans la conception d’hôtels dans le monde entier et coorganisatrice d’un concours d’étudiants d’architecture sur les hôtels en 2055. Son projet est un space resort dans l’espace où seraient recréées à l’intérieur de façon artificielle les conditions de gravité de la Terre, pas de problème donc pour prendre une douche. Mais en revanche, il serait possible de se promener en apesanteur.

1 -“Tomorrows tourists in 2030 , scenarios and trends”,ed Elsevier, Oxford

- www.futurefoundation.net


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