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Avenir : polyphonie du nouveau monde

Yan de Kerorguen, le 8/05/2012

Face à la crise économique que nous traversons, deux attitudes s’expriment. Faire d’une part, comme si de rien n’était. Suffirait-il ainsi de « moraliser le capitalisme », de resserrer ses règles par exemple et le tour serait joué ? Ou bien, d’autre part, rentrer de plain-pied dans la transition et s’engager résolument dans une mutation profonde.

Il faut l’avouer, par les temps actuels, nous sommes plutôt enclins à dire des mots définitifs comme « catastrophe » ou « déclin ». D’autres mots ne résonnent plus beaucoup dans nos esprits. Et pourtant, ils continuent de nous parler. Le mot « utopie », par exemple.

Il y a cent vingt ans, le musicien tchèque, Antonin Dvorak, dans une symphonie magistrale, célébrait le nouveau monde, émerveillé par l’Amérique des chemins de fer et des bateaux à vapeur, mais aussi par la découverte des danses indiennes et le rythme des musiques des noirs. Il nous invitait aux trépidations de la vie moderne. Le fait que cette symphonie ait été revendiquée par de multiples cultures est révélateur. Comme Dvorak, rêvons d’un monde nouveau qui pourrait être un chef d’oeuvre. Il est à notre porte.

Polyphonique ! Tel sera le paysage sonore de nos espoirs, pour autant que nous voudrons bien laisser derrière nous les peurs entretenues par les pères la rigueur. Le monde vers lequel nous allons sera un monde hybride, mixte et coopératif. Il faut le construire dès maintenant, se confronter aux exigences qu’il impose, exigences écologiques et sociales surtout. Il faut s’en emparer pour ne pas être enfermé dans la spirale mortifère de la finance spéculative qui poursuit sa course folle en circuit fermé et qui, associée à la bureaucratie, cultive finalement le principe d’inertie pour le plus grand bénéfice des rentiers.

Polyphonique ! Tel est le mix énergétique. Jamais les ressources en énergie n’ont été aussi variées. Les choix énergétiques pour demain se feront à la carte selon les besoins, avec tout ce qui est disponible ou s’invente aujourd’hui. Il n’y aura pas de solution unique mais un panel de pistes plurielles, décentralisées, renouvelables et durables. Les choix se feront aussi en fonction des usages des industries, de l’habitat, des transports, des situations locales.

Polyphonique ! Tel est l’internet libre et ouvert. Avec les usages nés de l’open data et des logiciels libres, le champ des possibles est ouvert . Nous entrons dans le siècle du partage. Il préfigure un nouvel âge de l’économie. Avec la maturation des usages et des technologies, la toile est désormais un espace de référence, pour le plus grand nombre. Une quinzaine d’années d’existence ont vu émerger des sites en ligne de qualité et des système d’échanges locaux de plus en plus sophistiqués. De ce fait, le temps long, la durée, la réflexion, la concentration, ont pris position sur la toile, accompagnés de coopérations inédites. La réciprocité, la coopération, la réputation, les entraides socio économiques et les dilemmes sociaux forment les pièces essentielles de cette économie du partage.

Polyphonique ! Telle est la démocratie partagée. La vitalité et la diversité de la vie associative, productrice de lien social, restent le ferment de nouveaux services collectifs telles que des coopératives sociales dans des secteurs comme la santé, l’éducation, l’habitat. Les associations forment aussi l’élément dynamique de toutes les solidarités et le lieu d’expression des singularités. Une des qualités du monde associatif est sa créativité et sa capacité à défricher de nouvelles solutions. Les associations sont les premières en ligne pour l’animation de la vie des quartiers. Elles interviennent sur le logement, l’intégration des personnes à handicap, le développement solidaire et les services de proximité. Aussi bien faudrait-il repenser la nécessité de la participation des citoyens à la décision politique pour bénéficier d’une démocratie délibérative pleine et entière qui conjugue représentation et participation.

Polyphonique ! Telle est l’Europe pluriel. L’Europe, cette idée magnifique ! Sans doute le projet le plus exigeant, le plus difficile mais le plus prometteur pour la stabilité et l’harmonie des peuples. N’oublions jamais que l’Europe est le socle de la paix, de la circulation des idées et des personnes. Il lui manque notre énergie de citoyens pour qu’elle corresponde davantage à ce que nous en attendons, plus de social et d’échanges économiques. L’Europe citoyenne reste notre horizon politique.

« Nous entrons dans une phase de « synthèse créative » où les technologies s’agencent entre elles (développement des interfaces, hybridation) de manière à mieux correspondre aux besoins des individus, et rencontrent une demande de masse solvable. La consommation de biens et services à forte teneur technologique résiste à la crise » explique l’économiste Daniel Cohen. Certains domaines issus de l’hybridation des champs scientifiques sont riches de promesses (biotechnologies, sciences cognitives, écotechnologies). La plupart de ces technologies hybrides répondent à des besoins sociaux, en matière de santé et d’environnement notamment.
Pour l’économiste Jérémy Rifkin, après la 2ème mondialisation, née dans les années 80 avec Internet, la chute du mur de Berlin, et la libéralisation des marchés financiers, d’ici 2025, nous serons dans la 3ème mondialisation. Ce sera celle des énergies renouvelables et des nanotechnologies, ouvrant la voie à une extraordinaire révolution économique et énergétique. Cet écodéveloppement serait ainsi le garant d’une recherche de qualité pour l’être et une recherche de la mesure dans l’avoir.

Dans son livre « La condition de l’homme moderne », Hannah Arendt affirme vouloir redonner une place de choix à la « vita activa ». Dans cette expression, elle évoque le travail, l’œuvre et surtout l’action. Elle considère ces activités humaines comme essentielles « parce que chacune d’elles correspond aux conditions de base dans lesquelles la vie sur terre est donnée à l’homme ». Avec la « vita activa », la philosophe entend redonner à l’action l’attention qu’elle mérite. « Il convient de réaffirmer la dimension humaine de la pluralité, redonner tout son sens à l’action politique » explique-t-elle, soucieuse que l’époque ne cède à l’inertie et n’aboutisse à la disparition progressive de toute volonté d’agir. Pour elle, le progrès scientifique doit nous aider à comprendre « ce que nous sommes en train de faire à la condition humaine ».

Le chantier est immense. C’est la planète à redécouvrir et la société polyphonique à bâtir. Comme le dit Edgar Morin : « il ne suffit plus de dénoncer, il nous faut maintenant énoncer ». Et agir !

Lire aussi :

- "Elections : vers une révolution sociétale"

- "Place-publique.fr : le goût de l’avenir"

- "Prenons le temps de l’avenir...et de la lecture"


Vos commentaires

Posté le 18 mai 2012 à 07:47 , par Jean Mourain

La propension au changement est depuis longtemps un sujet de préoccupation dans les entreprises. Il a été constant que seule une proportion assez faible des employés s’engage naturellement dans un changement, quelqu’il soit (disons un quart). Une moitié suit avec un peu de retard, un peu moins d’enthousiasme, mais éclaire aussi les risques que les pionniers doivent prendre en compte ; un quart résiste, par caractère personnel, par principe et par peur de tout. Evidemment ce sont des chiffres "à la louche", mais cela a toujours conduit à organiser et gérer le changement, il ne réussit pas sans vision, sans précaution, sans formation, sans motivation ni sans succès et partage du succès. L’Internet et les TIC n’y ont rien changé. On oublie probablement trop cela à l’échelle de la France. Seul un quart fera basculer le pays dans un nouveau repère, et tirera tout le reste, à son rythme. Tout le monde n’y trouvera pas son compte. Dans une entreprise, on peut toujours envisager de se séparer de résistants. Dans un pays on ne peut pas les "bannir". La solidarité doit jouer, en même temps, quand elle est trop extrême, elle parait injuste à ceux qui doivent partager. Tout cela nécessite une "amélioration continue" de toutes les strates. Il serait trop facile pour les résistants de trouver une rente de situation dans leur attitude. Sauf que bien sûr ils sont la clientèle de choix des populistes...


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