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2010, échec sur l’emploi

Gilles Bridier, le 7/01/2011

Le marché du travail ne s’est pas redressé en 2010, contrairement aux prévisions.

Fin novembre 2009, le nombre de chômeurs sans emploi ou de travailleurs en activité réduite et en recherche d’un autre emploi, en France métropolitaine et dans les Dom, dépassait tout juste 4 millions de personnes. Et pour la seule métropole, on comptait 2,63 millions de demandeurs d’emploi sans aucune activité.
Un an plus tard, fin novembre 2010, la Dares (direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques) livre une photographie un peu plus sombre du marché de l’emploi : 4,27 millions de chômeurs sans emploi ou travailleurs en activité (y compris les Dom), dont 2,7 millions de chômeurs sans aucune activité en métropole. Soit, pour la première statistique, une progression de 5,2% en un an. Et, concernant le nombre de sans-emploi (chômeurs de catégorie A) en métropole, 2% en plus.

L’année devait être celle du reflux du chômage, au moins au 2e semestre. En réalité, par rapport aux statistiques de fin juin, il s’est encore aggravé. La conclusion générale est brutale : 2010 se solde sur un échec au niveau de l’emploi. Certes, le chômage des jeunes de moins de 25 ans qui semble illustrer en France le manque de confiance dans l’avenir, a baissé de 7%. Mais celui des seniors de plus de 50 ans a augmenté de plus de 15%, ce qui laisse planer un doute sur les effets de la réforme de la retraite qui doit entrer en vigueur cette année.

Une reprise avare d’emplois

Parle-ton de reprise ? On pourrait l’espérer dans la mesure où, pour éviter le naufrage et relancer la machine économique, la dette publique s’est encore alourdie de près de 117 milliards d’euros en un an pour atteindre 1.575 milliards fin septembre 2010 (soit 81,5% du PIB contre 76% un an plus tôt). D’aucuns, effectivement, perçoivent un retour de la croissance. Mais à quel prix pour la dette de la nation… et l’effet sur l’emploi n’est toujours pas visible. Car le miracle n’a pas eu lieu. Avec une croissance de l’ordre de 1,6%, l’économie ne peut globalement pas être créatrice d’emplois. C’est bien le constat que l’on fait aujourd’hui.

L’activité des banques s’est-elle redressée, stimulée par les activités off-shore ? Leurs bons résultats n’irriguent pas le reste de l’économie. Le marché de l’immobilier retrouve-t-il un certain dynamisme ? C’est le fruit du déplacement d’une épargne qui déserte la bourse pour se loger dans la pierre, mais la flambée des prix sur certains micros-marchés ne traduit pas reprise d’ensemble de l’économie. Les ventes de voitures ont-elles été meilleures que prévu ? La fin d’une prime à la casse déjà réduite depuis un an a d’autant mieux stimulé le marché que les réseaux des constructeurs en ont triplé ou quadruplé le montant. Malheureusement, l’effet d’aubaine profite surtout à des voitures économiques fabriquées hors de France. Par exemple, Renault ne fabrique plus en France que 27% des voitures au losange produites dans le monde, et les plus économiques sont toutes réimportées. Autant dire que cette stimulation des ventes automobiles participe peu au redémarrage de la machine industrielle.

Réviser les stratégies industrielles

La tendance qui a vu disparaître 500.000 emplois industriels en dix ans et ne fournit plus de travail qu’à 13% de la population française, contre 16% en 2000, n’a aucune raison de s’inverser si les stratégies industrielles ne sont pas elles-mêmes remises en question. Le secteur manufacturier ne représentait plus, fin 2009, que 16% de la valeur ajoutée en France, contre 30% en Allemagne pour une moyenne européenne à 22%.

Quand fera-t-on le lien entre la destruction de l’outil industriel et l’emploi en France, au lieu de clamer que les services doivent prendre relai de l’industrie ? D’ailleurs, les deux ne s’opposent pas et se prêtent au contraire à une fertilisation croisée. Mais il est vrai que pour relancer l’industrie en France, il faudrait prendre du recul par rapport aux stratégies low-cost (pour lesquelles un pays comme la France part perdant) au bénéfice d’autres modes de production et d’autres objectifs mieux adaptés au coût du travail. Ainsi, l’Allemagne a pris des options qui lui permettent de demeurer au deuxième rang mondial des exportateurs, derrière la Chine. L’industrie n’est pas dépassée en Europe ; mais il manque en France, pour ce secteur, une vision et une ambition.


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