Magazine Eté 2016

diminuer augmenter Bookmark and Share

Témoignage : Quand Michel Rocard évoquait la « malchance » de l’Europe et son « savoir-faire »

Jean-Louis Lemarchand

Ce n’est pas la période la plus spectaculaire ni la plus connue de sa carrière. Michel Rocard(1930-2016) aura pourtant consacré quinze ans au Parlement Européen avec un investissement personnel intense. Démis par François Mitterrand de ses fonctions à la tête du gouvernement en 1991, l’ex-fondateur du PSU rejoint en 1994 le Parlement de Strasbourg (la liste socialiste doit se contenter de 14,5 % des voix, freinée par la liste de Bernard Tapie, encouragée en sous-main par le chef de l’Etat et qui obtient 12,3 %). "Bien qu'étant ancien Premier ministre, il se présentait comme un simple député et a gagné l'admiration de ses collègues par son travail et sa personnalité avant de devenir successivement président des commissions Développement(1997-99), Emploi et Affaires sociales (1999-2002) et Culture et Education (2002-2004)", a témoigné Martin Schulz, actuel président du Parlement européen.

En juillet 2009, alors qu’il venait de quitter son mandat de député européen, Michel Rocard avait évoqué la situation de l’Union Européenne dans un entretien, que nous avions recueilli, avec Dirigeant, la revue du Centre des Jeunes Dirigeants. Un avis qui n’a pas perdu de son perspicacité sept ans après.

Dirigeant  : L’Europe est mal aimée. Comment restaurer sa confiance ?

Michel Rocard  : L’Europe a une malchance : les traités qui la constituent lui ont donné comme mission ce que le général de Gaulle appelait l’intendance. Elle est réputée technique et ennuyeuse. Quand on parle intendance, les gens zappent. Quand il y a une grande cause mondiale, la souffrance humaine, les guerres, les grands malheurs, l’Europe n’est pas compétente. Une politique de commandement unique ne peut s’exercer dans les domaines où joue la règle de l’unanimité pour la prise de décision : toute la politique étrangère, l’essentiel de la politique judiciaire, tribunaux de commerce compris, la fiscalité, le droit social… Mais finalement est-ce si grave que l’UE n’ait pas, à cause des Britanniques, de politique étrangère commune ? Sur la scène mondiale, l’autoritarisme et la force ne font plus la loi. La seule chose qui marche c’est la négociation. Et là l’Europe est experte et dispose d’un savoir –faire dans l’art d’extraire de la décision publique dans le chaos.


Vos commentaires

Moteur de recherche

Recherche simple
SOMMAIRE du magazine