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Soutenir l’avenir de nos enfants par le levier fiscal

Opinion libre : Denis Ettighoffer, le 7/11/2013

Place Publique rappelle que la rubrique « Opinion Libre » n’engage que l’auteur de cette « opinion » et en aucune manière la rédaction du Magazine. Ces tribunes sont publiées parce qu’elles soulèvent des questions stimulantes pour l’esprit et témoignent d’une volonté d’engager un débat citoyen.

« La première fois où, en 1995, lors d’un congrès d’enseignants à Rennes, j’affirmais que la formation était entrée dans l’espace marchand, je me suis fait siffler. Depuis, le marché de la formation est devenu le quatrième poste d’exportation des Etats-Unis. En Australie, les industries de la formation représentent le premier poste des revenus devant tous les autres, y compris le tourisme. L’apport des étudiants étrangers y pèsera quelques 12,5 milliards euros par an à la fin de la décennie. Les universités et l’ensemble des établissements comptent sur ces étudiants étrangers (1) pour, par la même occasion, réduire les frais de scolarités de leurs étudiants australiens. Mais les nôtres, d’étudiants !? Comment ne pas s’interroger sur l’impotence de notre système à une époque où les industries de la connaissance doivent faire d’importants efforts de rénovation ?

La Cour des Comptes dénonce dans son rapport 2010 sur l’enseignement français un système devenu de plus en plus inégalitaire mais aussi inefficient. Un élève sur six sort du système scolaire sans qualification, c’est-à-dire sans bagage professionnel, et sur les 41% survivants diplômés, seuls 27% arrivent au niveau licence. Dans une chronique relative à notre système éducatif, Eric Le Boucher, des Echos (2), souligne le caractère élitiste des écoles de la république où ne survit qu’un étudiant sur deux. Des étudiants généralement issus de familles ayant un parent bien au fait des parcours et des pièges des cursus scolaires. Malgré de gros efforts budgétaires, le déchet est énorme et fait reculer la France dans les scores internationaux de réussite scolaire.

A l’incapacité de la République à créer une classe moyenne éduquée, première garante des conditions de sa future croissance, s’ajoutent les effets d’une austérité nécessaire. Les contraintes budgétaires, mais aussi un système éducatif renfermé sur lui-même, limitent ses capacités d’adaptation. Pour en contourner les insuffisances, les familles les plus aisées investissent sur leurs enfants en les envoyant à l’étranger ou en les finançant pour entrer dans les écoles les plus cotées, mais les autres ? Les plus déterminés feront appel à un prêt bancaire, souvent cautionné par leurs parents, mais les frais de vie sont toujours là, surtout pour ceux qui sont amenés à quitter le logis familial. Il me semble désormais indispensable de changer les orientations des financements relatifs aux grandes écoles. Il faut pour cela figer une partie des budgets alloués aux établissements pour les réorienter vers les aides aux familles.

L’Etat, en faussant l’offre de formation par ses allocations aux universités qui ne sont pas forcément les plus performantes, ne rend service à personne et surtout pas à des familles qui, n’ayant pas les moyens, doivent envoyer leurs enfants dans des écoles de mauvaise qualité quand elles ne doivent pas carrément leur faire abandonner leurs études supérieures. De leur coté les universités – notamment les plus à l’aise financièrement - rechignent à financer les boursiers des universités les moins riches.

En Angleterre, le gouvernement de Cameron conduit une politique d’austérité budgétaire jamais connue, y compris du temps de Thatcher. Mais, s’il a sévèrement réduit le budget des universités, il continue néanmoins d’aider les étudiants à financer leurs années universitaires à hauteur de 9000 livres par an, soit quasiment 10 000 euros. La solution est de soutenir directement les familles qui se privent et acceptent de faire d’importants sacrifices afin de voir leurs enfants profiter pleinement de l’ascendeur social des pays avancés. Les dépenses de formation supérieure doivent être totalement ou partiellement défiscalisées pour les familles qui soutiennent leurs enfants. Aujourd’hui nous voyons des emplois de services et des investissements dans la pierre soutenus par des avantages fiscaux. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas soutenir mieux les familles, parfois modestes, qui se privent pour rendre la vie meilleure à leurs enfants. Et que l’on ne vienne pas me parler des sommes actuellement susceptibles de déduction ou de défiscalisation, la défiscalisation pour les frais de scolarisation est pourtant d’un montant ridicule (183 euros pour un étudiant). Infâme !

L’Etat qui engloutit le premier de ses budgets dans l’éducation semble sourd à l’indispensable virage à faire pour aider réellement nos étudiants à faire face aux frais de scolarité, de vie, de logement alors qu’ils ne peuvent pas tous trouver un travail convenable et compatible avec leur cursus scolaire. Ne reste plus qu’à envisager de détacher l’enfant étudiant du foyer fiscal. Sa famille peut alors bénéficier de l’avantage de la pension alimentaire dont le maximum ne doit pas dépasser les 5 698 euros. Une option d’autant plus intéressante que la part fiscale de l’enfant aura fondu avec la réduction du quotient familial. Mais là encore ce sont ceux qui paient le plus d’impôts qui sont favorisés, une famille modeste ne peut en tirer avantage, sauf à ce que les pouvoirs publics envisagent le remboursement du déficit fiscal correspondant.

Durant des décennies l’enseignement supérieur a été le parent pauvre de l’Education Nationale (3). Pourtant le fait de soutenir indirectement, par le levier fiscal, les étudiants en mesure de fréquenter les meilleures universités françaises, permettrait de créer des internats nouveaux dans les régions, de soutenir l’immobilier local et les universités les plus dynamiques. Alors que notre siècle est celui de l’industrie des connaissances (4) et que la place économique d’une nation tient à la puissance de ses investissements immatériels. Encourager à poursuivre des études supérieures et former des ingénieurs et des techniciens dont nous manquons cruellement pour accompagner les exportations françaises est devenue une priorité.

Lecteurs, refusez de mettre vos enfants en perte de chance parce que faute de moyens vous ne pouvez leur offrir les possibilités dont bénéficient les enfants de votre député. Envoyez massivement à vos élus des lettres afin d’exiger une défiscalisation significative de l’investissement de la famille pour cause d’études supérieures. L’avenir de vos enfants désormais dépend de votre activisme pour obtenir un avantage fiscal au moins équivalent à celui obtenu par les services à la personne, incluant je vous le rappelle, les séances d’appui scolaires. Et n’hésitez pas à lui faire savoir que votre vote dépendra des réponses qu’il fera à vos demandes. »

NOTES

1 Selon Guillaume Mollaret. le Figaro du 17 septembre,

2 Les Echos du 31 mai 2010

3 Dans Netbrain, les batailles des Nations Savantes (Dunod 2007), j’observais que la France dépensait 4,7% de son PIB pour son enseignement, soit presque deux fois plus que les autres pays alors que notre enseignement supérieur ne disposait que de 1,1% de notre PIB ce qui nous plaçait derrière l’Angleterre, le Japon, l’Allemagne ou les Etats-Unis.

4 Dont la formation à distance dont on ne parle pas suffisamment. Un marché estimé à plus de 52,6 milliards de dollars en 2010. Une croissance attendue entre 15% et 30% par an (Etude Cegos 2009). Un chiffre d’affaires mondial de 1,5 milliard d’euros en 2010. Un taux de croissance annuel de 47% sur la période 2010-2015. Un chiffre d’affaires mondial prévisionnel de 10 milliard d’euros en 2015. Source : IDATE

Des liens pour en savoir plus et surtout voir cette vidéo qui présente une analyse des différents soutients des pays aux étudiants et à leurs familles.

http://www.ettighoffer.fr/322/la-fi... immaterielle http://www.journaldunet.com/ebusine... netbrain.shtml

http://www.ettighoffer.fr/809/bonjo...

http://www.clubic.com/actualite-858... immateriels-va-devenir-centrale.html http://www.jeune-dirigeant.fr/011-3...


Vos commentaires

Posté le 19 novembre 2013 à 14:06 , par Piquebof

Remettre en cause notre mammouth, sans faiblir. Tous les jours.
Face à la multiplication des avis souvent contradictoires sur les évolutions possibles, souhaitables… ou pas… de l’éducation nationale, de ses universités et de ses centres de recherches on se sent un peu perdu. Y ajouter son grain de sel parait vite illusoire sinon à rendre la soupe encore plus salée. Peut-être est-ce cela qu’il conviendrait d’envisager : mettre au chômage la quantité invraisemblable de bavards qui donne à tour de bras et de colonnes leurs recettes sur ce que devrait être une politique de la formation. Face à cet épouvantable bruit de fond qui vient de tous les coins de la société il n’existe, cela va en énerver plus d’un, qu’une solution : donner plus de liberté au secteur public et privé pour inventer les écoles et les universités du futur. Là où nous trouvons trop de politiques qui ne rêvent que de voir tout ce petit monde de l’éducation marcher d’un seul pas tels de bons trouffions, nous devons faciliter l’éclosion de formes alternatives d’universités ou d’écoles de la république. Rajeunir c’est mettre en cause les anciennes organisations. Nous devons casser le moule d’un monstre, d’un mammouth monolithique et monopolistique qui abrite trop de fonctionnaires et pas assez de professeurs bien payés. Il y aura de la casse, des malheureux, des injustices, certes, mais peu importe, c’est cela qu’il faut comprendre. La tâche est gigantesque. Ne subsisteront que les meilleures, les réussites qui ont plu aux élèves ou aux parents. Elles donneront des idées et susciteront l’émulation de toutes. Partout dans le monde on observe que les hommes inventent des systèmes, des organisations humaines d’un type nouveau. Pourquoi l’éducation ne serait-elle pas concernée !? Redonner le désir d’apprendre que nous trouvons parfois dans des pays qui veulent se sortir de la misère, et les hommes de leurs conditions, ne peut venir que d’établissements qui sauront redonner sens à l’apprentissage et à l’accès à la connaissance. Aujourd’hui, j’observe que par manque de pragmatisme, Vincent Peillon, avec les meilleures intentions du monde, en voulant se faire le chantre d’une modification peut-être utile aux enfants, il est en train de créer des embarras considérables aux finances et à l’organisation scolaire d’une majorité de communes. Ce faisant, il a surtout réussit à éviter par ce tour de passe-passe à ne pas s’attaquer au noyau dur de l’Education Nationale… l’université et la gestion de nos étudiants dont une majorité terminera mal ses études pour aller rejoindre la cohorte des chômeurs.


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