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SPECIAL PARIS Ils agissent pour continuer à faire de la capitale la ville des Lumières

Yan de Kerorguen, le 1er/12/2015

L’architecte Jean-Michel Wilmotte, Jean-Louis Missika, maire adjoint de Paris chargé du développement économique et du Grand Paris, Jonathan Curiel. Directeur général de Paris Première, Alexia Fabre. Conservateur en chef du Mac Val, Jean-Baptiste Douin. Responsable des activités de la banque privée J.P.Morgan, installée depuis 1868 dans la capitale. Ils sont des acteurs du Paris qui bouge.

Jean-Michel Wilmotte, architecte

Positif, optimiste, enthousiaste, l’architecte Jean-Michel Wilmotte déteste le French bashing. Encore moins ceux qui dénigrent Paris. Car pour lui, « la capitale de la France est l’une des villes au monde qui possède le plus fort potentiel. » « L’architecture joue un rôle essentiel dans cette réécriture de la ville. Elle doit fabriquer des signaux vivants de notre époque. Je me promène à vélo et je découvre chaque jour, avec merveille, en passant d’un lieu à l’autre, des places, des rues, des marchés, qui m’étaient inconnus. Des nouvelles identités urbaines sont en train de se valoriser avec des commerces de proximité et des populations nouvelles. Ce sont des milliers de dynamiques qui s’instaurent. Autant d’opportunités pour créer de la vitalité économique. Le métro aérien de la Chapelle, les casernes un peu délaissés, les anciens hôpitaux peuvent se transformer en nouveaux quartiers. La ville se requalifie ».

Trois projets résument l’attachement de J.M. Wilmotte à Paris. D’abord, la rénovation de l’hôtel Lutetia. « C’est un lieu unique. Des milliers de personnes s’y retrouvent. Il représente le lieu mythique d’un quartier de Paris, avec une identité forte, connu pour son impact artistique et littéraire. Le 6ème arrondissement est un quartier très parisien. L’objectif est de réécrire ce haut-lieu de l’ histoire de Paris ». Le deuxième symbole est la construction de la cathédrale orthodoxe sur le quai Branly, en plein cœur de Paris. « C’est inédit. Un symbole d’ouverture magnifique ! »

Troisième projet : la halle Freyssinet, « C’est l’avenir des jeunes générations, de nos enfants qui s’écrit ». Bienvenue au futur paradis des Geeks ! Peu de gens connaissent le nom de cette friche ferroviaire de 310 mètres de long, datant de 1927, située dans le prolongement de la Gare d’Austerlitz, en contrebas de la Bibliothèque François Mitterrand dans le 13ème. Il y a fort à parier que d’ici quelques années, la Halle Freyssinet sera l’un des emblèmes du Paris intelligent de demain. Et pour cause, pas moins de mille start up innovantes, FabLabs, espaces de co-working seront installés sous les trois nefs parallèles de l’édifice dont la rénovation est confiée à l’architecte Jean-Michel Wilmotte qui décrit « une ruche où va s’inventer la société de demain ». L’ensemble comprendra environ 35 000 m2 et plus de 3000 postes de travail. Vitrines numériques, commerces, parvis au nord, jardin paysager au sud, les abords seront requalifiés. “Ce sera le plus grand incubateur du monde” fait savoir Xavier Niel, le fondateur de Free et maître d’ouvrage. Livraison prévue : décembre 2016. Le projet de rénovation de la Gare du nord est également dans les cartons. « Il y a une vraie volonté des acteurs, qu’il s’agisse de la Mairie de Paris ou de la SNCF de faire de ce lieu d’entrée dans la capitale par les visiteurs étrangers un lieu d’exception. En réalité, Paris est une ville qui se découvre chaque jour. Il y a plein de Paris différents. Des rues se réveillent, des populations nouvelles arrivent. Je crois aux nouvelles valeurs d’usage des lieux. »

Alexia Fabre. Conservateur en chef du Mac Val

L’Ecole du Louvre, l’Institut du patrimoine, le Musée de Gap dans les Hautes Alpes, puis la voilà chargée en 1998 de mettre en œuvre des mécanismes de soutien aux artistes. Le ministère de la Culture lui parle alors d’un projet incertain, non abouti : un musée en banlieue, à Vitry, dans le Val de Marne. Alexia Fabre préside aujourd’hui aux destinées du Mac/Val, ouvert en 2005. Un bâtiment blanc et transparent, ouvert sur l’espace urbain et sur de vastes espaces verts. Tout un symbole, car il inaugure une certaine idée de la décentralisation muséographique. La vocation du Mac/Val ? Offrir au grand public un équipement exclusivement consacré à l’art contemporain des années 50 à aujourd’hui. « Le Musée Mac Val rentre dans la perspective de requalifier ces territoires du fait de l’exode urbain, et de la pression immobilière sur Paris » indique la Conservateur en chef. Depuis sa création, des projets immobiliers sont nés dans l’environnement proche : la Villa des arts, le Contemporary, les allées du Musée. « Le territoire a changé de nature, souligne-t-elle. Avec le Tram tout s’apaise. Le mot banlieue change de sens ». Pour elle, ce qui était auparavant subi devient aujourd’hui revendiqué. « Il y a une vraie volonté de la Ville de Paris et des acteurs de la périphérie de prendre leur place et de s’unir pour créer un espace plus fort : une métropole. Grâce aux lignes du Grand Paris Express, le musée va nous faire appartenir à un territoire commun » souligne Alexia Fabre.

Un signe : L’équipe du musée a été invitée par la Mairie de Paris à assurer la direction des Nuits blanches de Paris en 2009 et en 2011. « C’est Paris qui vient vers nous, ce n’est plus un Paris conquérant mais un Paris partenaire » conclut Alexia Fabre.

Jonathan Curiel. Directeur général de Paris Première

Plus parisien que Jonathan Curiel, tu meurs… Eh bien non, tu ne meurs pas, tu vis. Une naissance à Créteil et plus de 30 ans de vie à Paris dans les 19ème, 20ème, 12ème, 17ème, et 1er arrondissement, avec toutefois une escapade de deux ans à New York. Mais quel parisien n’a pas entrepris le voyage initiatique en « Newyorkie » Autant dire, le directeur général de Paris Première est un parisien authentique et vibrant. La chaîne du « spectacle vivant » qu’il dirige l’est aussi. Elle aura 30 ans en 2016. « Paris est au cœur de notre identité avec quelques émissions qui témoignent de l’esprit parisien, comme la revue de presse « style chansonnier » et des émissions phares comme « ça balance à Paris », ou « Paris Dernière », explique Jonathan Curiel. Les défilés de mode, la gastronomie, les coins branchés, la street food, les pièces de théâtre, Paris Première agit comme prescripteur de Paris au quotidien. « C’est vrai, en vingt ans la nuit parisienne s’est affadie, par rapport à New York ou Londres », reconnait-il Mais on mange bien mieux qu’ailleurs ». Et Jonahan Curiel d’énumérer les atouts de la capitale : Une ville belle et chic, un rapport qualité-prix est exceptionnel, une scène théâtrale unique et un cinéma français en bonne santé, avec des salles pleines, et des expositions très populaires. « Les commissaires d’expositions déploient des efforts colossaux pour organiser des expos » précise-t-il. Et puis la sociologie des quartiers bouge. « Hier encore délaissés, certains se développent grâce à des brasseries ou des bars nouveaux, drainant de nouvelles populations. L’équilibre entre populations est maîtrisé. Un dosage qui permet par exemple de ne pas trop ressentir l’énorme afflux touristique. La mixité s’installe avec des phénomènes de gentrification. C’est le cas du XIX ème et du XXème. Le canal Martin, le square Trousseau, sont ainsi devenus sur le long terme des endroits très prisés où les loyers grimpent ». Ce qui manque à son avis ? « Les espaces verts ». Le Grand Paris ? « C’est encore embryonnaire. Il est difficile de percevoir le projet au quotidien, car il n’y a pas encore de lieux émergents. Il y a sans doute un gros effort de communication à faire. Le public ne s’est pas encore emparé du sujet. Il n’y a pas encore de débat.

Jean-Louis Missika, maire adjoint de Paris

Jean-Louis Missika est universitaire et entrepreneur mais il est surtout un passionné de politique et particulièrement de politique urbaine. Il a trouvé chaussure à son pied : « Etre aujourd’hui chargé de l’urbanisme , du développement économique et du Grand Paris est exactement la mission qui me convient ». Son premier combat en tant que « second » de la Mairie de Paris, c’est de réinventer la ville, « une ville-monde polycentrique avec plusieurs centres ». Un combat qu’il qualifie de combat pour la mixité et la diversité.

La méthode ? Substituer au couple urbaniste/architecte une approche plus ouverte de « co-création » avec tous les acteurs de la ville. Une façon de faire qui s’est concrétisée par un appel à projets « Réinventer Paris » lancé par la Mairie de Paris. L’idée est de proposer à des équipes de créateurs du monde entier de réinventer 23 sites parisiens, pour qu’ils deviennent des modèles de la ville du futur en matière d’architecture, de nouveaux usages, d’innovation environnementale et de co-construction. « Paris possède une identité très puissante. Le Paris de l’avenir, depuis plusieurs années, se bâtit sans que les parisiens eux-mêmes s’en aperçoivent. C’est la ville la plus connue dans le monde et la plus attractive. Le désir de visiter Paris ne se dément pas. Première en nombre de visiteurs, Paris est n°1 des villes de Congrès et des Salons.

Jean-Baptiste Douin. Responsable des activités de la banque privée de J.P.Morgan en France

Cela fait 21 ans que Jean-Baptiste Douin, 45 ans et 5 enfants, travaille au sein de J.P. Morgan, place Vendôme. Une fidélité et une expertise qui lui valent d’être depuis 2009 à la tête de la banque privée à Paris. J.P. Morgan se flatte d’être la plus française des institutions financières étrangères. Il faut dire, la banque américaine, leader mondiale de la gestion de fortune, n’est pas une nouvelle venue. Elle est installée depuis 1868 dans la capitale. « Paris est une marque emblématique, avec une aura impressionnante que les Parisiens eux-mêmes ne soupçonnent pas, soutient Jean Baptiste Douin. City of Light, elle attire, comme un aimant, les gens du monde entier.

En interne, nos collaborateurs du monde entier sont toujours très excités lorsqu’ une conférence a lieu à Paris. Nos clients étrangers aussi d’ailleurs ». La banque privée de J.P. Morgan s’est développée historiquement sur un segment de clientèle dont le patrimoine était supérieur à 30 millions d’euros. Aujourd’hui, elle déploie ses services auprès des grandes fortunes privées et accompagne également des entreprises familiales dans leur réflexion actionnariale et stratégique. Entre 2009 et 2013 dans un contexte de croissance terne, l’activité de la banque privée J.P. Morgan en France a doublé. Et c’est naturellement sur la place la plus riche, place Vendôme, qu’elle est installée, depuis 1916. « Nous sommes fiers d’être la première filiale ouverte en dehors des frontières américaines et de voir à travers notre métier que les liens historiques entre la France et les Etats-Unis ont toujours été très forts également sur le plan financier ». Au cours de son histoire, la banque américaine a toujours répondu présent, en temps de guerre comme en temps de paix. A la différence de Londres qui est exclusivement financière, Paris fait le lien entre culture et économie. C’est ce qui plaît aux esthètes de tous les pays.

« Le premier atout de Paris, c’est sa notoriété, souligne Jean-Baptiste Douin. C’est une ville qui suscite l’admiration. Sa capacité d’accueil permet d’organiser de grands événements artistiques autour de la peinture, du cinéma, de la photo. Parce qu’elle suscite le rêve, certains pensent qu’elle a tendance à être une belle endormie. Il ne faut pas s’y fier. La ville surprend. Les entrepreneurs Français sont très innovants. »


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