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Réimaginer l’avenir : L’innovation pour chaque enfant.

Place publique, le 13/12/2014

Comment les innovateurs créent-ils un monde meilleur ? Extraits d’un rapport de l’Unicef qui met en évidence les expériences et les idées de ceux qui œuvrent activement en faveur d’un monde meilleur, pour le bénéfice de tous les enfants.

Est-ce qu’un changement rapide augmentera ou diminuera les écarts extrêmes qui séparent les enfants qui n’ont besoin de presque rien de ceux qui sont privés de presque tout ?

Dans un monde de plus en plus interconnecté, les problèmes se jouent des frontières - et les solutions doivent faire de même, en joignant ceux qui trouvent des solutions à l’échelle locale à ceux qui les trouvent à l’échelle mondiale, afin de repousser les limites du possible, d’essayer des démarches non conventionnelles en de nouveaux endroits et d’accélérer le rythme du progrès vers un avenir où tous les enfants pourront jouir de leurs droits. Alors que la communauté mondiale du développement trace la voie de l’après-2015, au-delà des Objectifs du Millénaire pour le développement, il nous incombe de choisir.

Alors que la communauté internationale marque les 25 ans de la Convention relative aux droits de l’enfant, La Situation des enfants dans le monde appelle à une réflexion originale et audacieuse pour résoudre les problèmes séculaires qui affectent encore les enfants les plus défavorisés. Le rapport demande en particulier que l’on fasse la part belle à l’innovation et que les solutions les meilleures et les plus brillantes issues des communautés soient transposées à grande échelle afin que chaque enfant en bénéficie.

En reconnaissant l’enfant comme une personne à part entière, disposant de droits devant être respectés au même titre que ceux des adultes,
la Convention elle-même constituait une innovation. Elle a permis d’accomplir des progrès remarquables au bénéfice de millions d’enfants, mais les laissés-pour-compte sont encore beaucoup trop nombreux.

Pour achever le travail en cours, nous devons innover. En créant des systèmes interconnectés et de nouveaux réseaux intersectoriels, intergénérationnels et transfrontaliers pour résoudre les problèmes. En déployant plus largement des solutions locales pour résoudre les problèmes mondiaux et en les adaptant à de nouveaux contextes. En structurant de nouveaux marchés et en stimulant la création dans le secteur privé pour le développement. En inventant des solutions inclusives en partenariat avec les communautés, afin que tous bénéficient de l’innovation, au même rythme. En faisant les choses différemment, afin de faire évoluer la situation des enfants.

C’est ce qui fait l’intérêt de l’édition du rapport La Situation des enfants dans le monde de cette année. Il s’inspire du travail remarquable mené dans de nombreux pays et communautés à travers le monde, et s’appuie sur le principe de l’innovation pour tous que l’UNICEF contribue à faire évoluer. Ce rapport est en grande partie alimenté par les expériences et les idées de ceux qui œuvrent activement en faveur d’un monde meilleur, pour le bénéfice de tous les enfants. L’année passée, dans le cadre de l’initiative Activate Talks, l’UNICEF a organisé une série de colloques internationaux réunissant entre autres de jeunes inventeurs, des créateurs, des hommes d’affaires ou des artistes pour parler de l’innovation, celle qu’ils observent, celle dont ils ont besoin et celle qu’ils essayent de promouvoir. Leurs expériences ont nourri une grande partie des idées et des essais présentés dans ce document. Le rapport 2014 comprend le plus grand nombre d’essais (par le plus grand nombre de jeunes) jamais publiés depuis 1980, année de la première publication par l’UNICEF de La Situation des enfants dans le monde.

C’est aussi la première édition entièrement numérique, avec un contenu interactif, multimédia et traditionnel. Les lecteurs sont invités à parcourir les différentes catégories ou à personnaliser le contenu au moyen d’une série de balises selon leurs préférences, chacun pouvant consulter les sujets qui l’interpellent. La plateforme numérique leur permettra également d’interagir avec une communauté d’innovation et de découvrir de nombreux autres contenus en accès libre, grâce à une carte interactive. Nous vous invitons à vous joindre à la discussion, à partager
vos idées et votre expérience et à créer des liens qui pourraient contribuer à faire évoluer rapidement la situation des enfants les plus défavorisés. Imaginez les projets que vous pourriez susciter, les actions que vous pourriez faire connaître, les collaborateurs que vous pourriez trouver, les changements que vous pourriez accomplir.

Ne considérez pas ce rapport comme celui de l’UNICEF, car il s’agit bien du vôtre.

Dans les pays et communautés du monde entier, les gens font des choses remarquables pour rendre le monde meilleur pour chaque enfant – en repoussant les limites du possible, en remettant en question les suppositions et en partageant leur solutions ingénieuses. La Situation des enfants dans le monde présente, avec leurs mots à eux, les expériences et les réflexions de nombre de ces innovateurs. En utilisant les catégories ci-dessous, les lecteurs du rapport en ligne pourront explorer le travail de ces innovateurs. Les pages suivantes présentent certaines des histoires figurant dans chaque catégorie dans le rapport numérique.

Les jeunes imaginent de nouvelles façons de s’engager et de revendiquer leurs droits.

Partout dans le monde, les enfants et les jeunes bénéficient d’occasions inédites de nouer des relations et de partager expériences et informations. Des projets innovants, parfois imaginés ou mis en œuvre par les jeunes eux-mêmes, contribuent à transformer ces échanges en vecteurs de changement. Les jeunes utilisent Internet et les technologies mobiles pour se tenir informés des questions qui les préoccupent et pour s’adresser directement aux décideurs. Les enfants qui vivent et travaillent dans la rue trouvent des ressources pour les aider à planifier leur avenir.

Pendant ce temps, les adultes commencent à réaliser qu’il
est important d’écouter les enfants. Les concepteurs de technologies reconnaissent que la contribution des enfants est essentielle à la fabrication de produits qui tiennent compte des souhaits et des besoins réels de ces derniers
et font appel à leur imagination et à leur créativité afin d’élargir les possibilités. De même, les enfants commencent à être consultés dans le cadre des initiatives humanitaires, même si l’adoption de cette approche est plus lente, afin de mieux adapter les procédures administratives, complexes et intimidantes, à leurs besoins. Le simple fait de leur demander ce qu’ils veulent et ce dont ils ont besoin permet d’obtenir de meilleurs résultats.

Nathanael Christenson, 19 ans, Kevin Chow, 17 ans, et Luke Schuster, 18 ans, , racontent comment ils ont créé Seeing Eye Pad, une application d’aide à la navigation pour les personnes ayant une déficience visuelle. Ils se sont d’abord demandé com- ment rendre l’expérience informatique plus réaliste et ont conclu que les résultats de leurs recherches pouvaient aider les personnes malvoyantes à se déplacer. Le logiciel analyse l’environnement grâce à la caméra d’une tablette et renvoie des sons pour alerter l’utilisateur de la présence de portes, d’escaliers, d’obstacles et d’autres dangers courants. Le logiciel est conçu pour fonctionner sur des ordinateurs de faible puissance que les personnes dému- nies pourront plus facilement se procurer.

Alison Druin, futurologue en chef et directrice de la Future
of Information Alliance à l’Université du Maryland, décrit son travail avec les enfants, considérés comme de véritables partenaires dans la recherche et le développement de nouvelles technologies. Comme l’a expliqué un garçon de 9 ans impliqué dans la recherche, concevoir des technologies pour les enfants sans leur donner la pos- sibilité d’exprimer leurs points de vue, c’est comme « fabriquer des vêtements pour quelqu’un dont vous ne connaissez pas la taille ». L’« enquête coopérative », utilisée par Alison Druin, donne lieu à toutes sortes d’idées, certaines farfelues, d’autres plus concrètes, d’où peut naître l’innovation.

Rita Panicker Pinto, fondatrice et directrice de l’ONG Butterflies, présente la banque coopérative Children’s Development Khazana (CDK), gérée par et pour les enfants qui travaillent et vivent dans la rue. La banque permet à ses clients d’économiser de l’argent, de toucher des intérêts et de financer leurs propres activités et leur scolarité. Pour aider les enfants à sortir de la pauvreté, la banque leur enseigne les compétences de la vie courante, leur apprenant à établir des priorités, à gérer leur argent afin d’atteindre leurs objectifs, et à administrer leur activité de façon efficace et éthique.

Viraj Puri, 14 ans, explique comment il a créé Bullyvention, un moyen de tirer parti des ressources humaines et de la puissance de la technologie pour surveiller et lutter contre le cyber-harcèlement. Basée sur des algorithmes analysant les messages qui circulent sur les réseaux sociaux, la carte des cas de cyber-harcèlement fait prendre conscience de ce phénomène en montrant, en temps réel, les lieux où celui-ci se produit, tandis que le partenariat avec le gouvernement permet ensuite d’intervenir de façon concrète.

Anna Skeels, directrice du projet Measuring Separation in Emergencies, hébergé par Save the Children, évoque la participation
des enfants réfugiés à l’élaboration de programmes de protection de l’enfant. Les procédures actuelles accordent peu d’attention aux besoins spécifiques des enfants. Elles peuvent avoir un aspect très formel et intimidant pour ces derniers, ce qui les empêche de partager ouvertement leurs préoccupations. Lorsqu’on leur a demandé leur avis, les enfants ont proposé des moyens simples pour que ces procédures soient plus adaptées aux enfants (par exemple, appui des enfants nouvellement arrivés par d’autres enfants, possibilité de jouer en attendant un entretien).

Les jeunes ont besoin d’aide et d’une éducation de qualité pour réaliser leur potentiel en tant qu’innovateurs.

Les enfants et les jeunes sont des innovateurs nés. Ils sont aussi profondément conscients des difficultés auxquelles se heurte leur communauté et en sont préoccupés. Il est important de nourrir leur créativité et leur esprit critique afin de les aider
à développer leur capacité à faire face à ces problèmes. De même, l’amélioration de l’accès à un enseignement de qualité leur permet d’acquérir des connaissances et des compétences concrètes dans des disciplines telles que les sciences et l’ingénierie, qui sont très demandées dans un monde axé sur
la technologie. Il est particulièrement important que les enfants maintenus par la société dans une situation défavorable (en raison du sexe, d’un handicap, de l’appartenance à une minorité ethnique ou de la pauvreté) bénéficient des mêmes possibilités d’apprendre et de participer au changement.

Partout dans le monde, des personnes testent des approches éducatives non conventionnelles, comme l’utilisation de jouets pour illustrer des principes scientifiques ou la mise en place de laboratoires d’innovation pour offrir aux enfants un espace où ceux-ci pourront bricoler des modèles et des machines. Ces initiatives permettent de transmettre des connaissances et des compétences essentielles, tout en donnant aux enfants la possibilité de prendre confiance en leurs capacités de réflexion, de décision et de résolution des problèmes. Ces expériences peuvent changer la vie des enfants qui, en retour, disposent du potentiel pour changer le monde.

Shubham Banerjee, 13 ans, raconte comment il a créé Braigo, une imprimante braille en pièces de Lego d’un coût de
350 dollars (contre 2 000 dollars pour un modèle classique). Pour concevoir une imprimante braille accessible à tous, il est essen- tiel de l’assembler soi-même. Le jeune inventeur a construit sept modèles différents avant d’en réaliser un qui soit capable d’im- primer six points dans l’ordre désiré, selon les normes du braille intégral. « Je fermais les yeux et j’utilisais mes doigts pour sentir les reliefs sur le papier », écrit-il. Le logiciel et les instructions de montage sont libres, ce qui offre une solution à coût modéré pour les déficients visuels.

Osama Brosh, jeune inventeur, explique comment il a conçu avec son camarade de classe Omar Turk une application pour télé- phone mobile qui alerte les personnes sourdes par des vibrations pour leur indiquer les sons qui se produisent dans leur environ- nement. Leur trouvaille a été inspirée par une scène télévisée, dans laquelle un enfant sourd n’entend pas frapper à la porte. Il raconte que cette scène a été l’étincelle qui a fait jaillir une mul- titude d’idées. L’essai retrace la concrétisation, progressive et exaltante, de ces idées et la création d’un logiciel avec le soutien de leurs professeurs puis la présentation du prototype au StartUp Weekend, où il a remporté le premier prix.

Emily Cummins, jeune inventrice, décrit son expérience et veut inciter les jeunes, notamment les jeunes filles, à devenir ingénieurs, scientifiques et experts en technologies. Elle explique sa décision de mettre tous ses plans en libre accès (open source), notamment un transporteur maritime pouvant acheminer de nom- breux containers en un seul voyage et un réfrigérateur durable alimenté par les eaux usées et le soleil, et souligne l’importance du libre accès pour que les personnes démunies puissent bénéfi- cier des produits qu’elle a créés.

Arvind Gupta, éducateur scientifique et inventeur à l’Uni- versité de Pune, explique comment des objets courants (cadre de vélo, sandales usées, pailles, boîtes d’allumettes, etc.) peuvent se transformer en jouets simples et passionnants qui permettent aux enfants d’apprendre les principes scientifiques de base. Dans de nombreux pays, l’enseignement des sciences met l’accent sur l’ap- prentissage par cœur, mais l’approche active, créative et concrète d’Arvind Gupta est bien plus susceptible de stimuler l’imagination des enfants et de les intéresser à la science.

Desmond Mitchell, PDG de Cornerstone Innovation et membre du Conseil d’administration de Global Minimum, explique l’intérêt pédagogique des laboratoires d’innovation grâce à l’apprentissage actif. Offrant la possibilité de bricoler, de fabriquer et de modéliser, ce programme d’enseignement favorise le déve- loppement cognitif, la créativité et l’esprit critique des enfants ainsi que la confiance en soi en leur donnant les moyens d’imaginer, d’expérimenter et d’élaborer des solutions aux problèmes qu’ils observent autour d’eux.

David Sengeh, président et co-fondateur de Global Minimum, décrit les expériences qui ont façonné sa vie de
jeune chercheur : sa fuite face aux rebelles lors de la guerre civile en Sierra Leone, à laquelle ont participé des enfants soldats,
sa rencontre avec des personnes amputées dans un camp de Freetown, qui a conduit à la conception de prothèses de pointe au Media Lab du MIT. Il considère que les enfants et les jeunes disposent du potentiel et de la passion nécessaires pour innover et résoudre les problèmes qui minent leurs communautés, à condition qu’ils soient dotés des outils, plates-formes et compé- tences requises, mais aussi qu’on leur ait enseigné à remettre en question le statu quo et qu’ils se sentent habilités à agir pour faire changer les choses.

Balazs Zsombori, jeune inventeur, raconte comment il a développé PictoVerb, une application pour tablettes et smartphones qui transforme
en phrases des symboles universellement reconnus afin d’aider les gens souffrant de troubles de la parole à communiquer. Le jeune homme a décidé de créer cette application après avoir rencontré une femme qui avait perdu
la voix suite à une maladie et constaté combien ce handicap la coupait du monde. À terme, il prévoit d’étendre son invention à une gamme de produits visant à répondre aux besoins des personnes handicapées.

Travailler avec les communautés

On voit apparaitre des solutions inclusives et durables, développées par les populations locales et pour elles. Enfants, familles et communautés sont des acteurs autonomes et il est essentiel de les reconnaître en tant que tels afin
de respecter leurs droits et de faire émerger des solutions efficaces et durables. Les projets qui naissent à l’initiative de membres de la communauté et sont mis en œuvre avec leur participation sont plus susceptibles de répondre à leurs besoins et d’être adaptés au contexte social, culturel et politique local que ceux à l’initiative d’intervenants extérieurs.

Plusieurs projets innovants obtiennent de bons résultats
en privilégiant la participation et la capacité d’action de la population locale. Dans certains pays, les programmes de protection sociale ont stimulé la demande de biens et de services en fournissant de l’argent en échange de changements de comportement (par exemple, achat d’aliments plus nutritifs, visites médicales régulières). Des évaluations rigoureuses ont montré que lorsque les parents sont en mesure d’investir dans leurs enfants, ces derniers en tirent des bienfaits durables. Cette leçon a été confirmée également par des projets humanitaires qui mettent l’accent sur la demande, en donnant directement aux parents les biens dont ils ont besoin pour aider leurs propres enfants. Lorsque les scientifiques nouent un partenariat avec une communauté, l’échange de connaissances est enrichissant pour chacune des deux parties et peut déboucher sur des solutions plus efficaces. Et l’adhésion des membres de la communauté ainsi que leur autonomisation accroissent les chances de produire des changements durables.

Mohamed Bangura, jeune inventeur, raconte comment il a inventé une machine à affûter bon marché pour les artisans de sa communauté après avoir remarqué l’usure régulière des outils qu’ils utilisaient. Mohamed s’est mis à leur place, en imaginant ce qu’il ressentirait si les circuits imprimés nécessaires à sa passion (la construction électronique) tombaient toujours en panne. Il a élaboré cette machine en collaboration étroite avec les artisans et le fait de les voir utiliser le produit fini a renforcé sa confiance en sa capacité à créer des solutions.

Steve Collins, co-fondateur et directeur de vALID Nutrition, nous parle de la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë (CMAM), un modèle de soins inédit éloigné du modèle tra- ditionnel coûteux et à faible couverture des centres d’alimentation thérapeutique pour patients hospitalisés gérés par des organismes d’aide. Ce modèle permet de traiter les personnes à domicile avec le soutien des cliniques locales en utilisant des aliments thérapeutiques prêts à l’emploi. En donnant aux parents les outils nécessaires à la prise en charge de leurs propres enfants, la CMAM a révolutionné le traitement de la malnutrition aiguë.

Olivier Nyirubugara, maître de conférence en journalisme et nouveaux médias à l’Université Erasmus de Rotterdam
et formateur principal à la Fondation voices of Africa Media, parle de son expérience de formation des jeunes à l’utilisation de téléphones portables dans huit pays africains, en vue de produire des documents audiovisuels sur les difficultés que rencontrent les enfants dans l’exercice de leurs droits (travail des enfants, violence, difficulté d’accès à une éducation de qualité). Les jeunes journalistes montrent les vidéos à des responsables et décideurs locaux, expriment leurs préoccupations et essayent de trouver des solutions. Voices of Africa les forme également à la déontologie journalistique, en abordant notamment les risques potentiels pour les enfants figurant dans les vidéos. Karen Macours, professeur associé à l’École d’économie de Paris et chercheuse à l’Institut national français de la recherche agronomique, étudie l’impact des programmes innovants de transfert monétaire assorti de conditions qui contournent l’approche traditionnelle axée sur l’offre de services pour s’orienter plutôt vers la demande en versant aux familles des communautés pauvres et vulnérables de l’argent en espèces en échange d’un changement de comportement en matière de nutrition et de santé. Ces actions de protection sociale permettent aux familles d’investir leurs res- sources en faveur de leurs propres enfants. Et cela fonctionne : des évaluations aléatoires rigoureuses ont montré une amélioration durable dans le développement cognitif des jeunes enfants.

Adapter les solutions

Les innovateurs du monde entier réduisent les disparités et élaborent des solutions adaptées aux besoins locaux. L’innovation fait tomber les frontières et réinvente les possibles, mais elle résout également les problèmes, en s’adaptant aux contraintes du contexte local. Les innovateurs ne peuvent travailler qu’avec ce qu’ils ont, et dans les pays ou communautés pauvres, il n’y a jamais assez. Les situations très contraignantes peuvent donner naissance à des solutions ingénieuses. Si des routes inondées empêchent les enfants d’aller à l’école, l’école peut être installée sur des bateaux à énergie solaire. Là où les bombes et les ruines rendent tout déplacement vers l’école dangereux, les SMS peuvent être utiles pour protéger les enfants. Lorsque des coupures de courant fréquentes augmentent la dépendance des familles à l’égard de générateurs et de combustibles coûteux émettant des fumées toxiques, l’urine (gratuite, non toxique et durable) peut constituer une alternative.

Les paramètres diffèrent d’un pays et d’une communauté à l’autre. Les innovateurs locaux sont obligés de savoir ce qui est faisable ou non. Pour savoir si une solution est susceptible de fonctionner dans un contexte particulier, il faut prendre en compte toute une série de facteurs (normes sociales et culturelles, caractéristiques de l’environnement et des infrastructures, niveau d’éducation et compétences de la population). Une solution qui fonctionne à merveille dans un endroit peut très bien échouer dans un autre. L’efficacité, l’acceptabilité et la durabilité d’une innovation dépendent de son adaptation à la vie et à l’environnement des enfants et des communautés qui l’utilisent.

Abiola Akindele, 16 ans, Zainab bello, 17 ans, Adebola Duro-Aina, 16 ans, er Oluwatoyin Faleke, 17 ans, racontent comment elles ont créé un générateur électrique fonc- tionnant à l’urine pour fournir une alternative abordable et sûre aux Nigérians n’ayant pas accès à un approvisionnement électrique fiable. Après avoir essuyé quelques revers, les jeunes filles ont pu présenter leur invention au salon Maker Faire Africa en 2012, où celle-ci a fait sensation. Depuis, elles ont présenté leur générateur au niveau national et international, remporté des prix et travaillent désormais avec le Gouvernement de l’État de Lagos afin de déve- lopper le projet pour une production à grande échelle.

Isamar Cartagena, 18 ans, relate l’invention du Vibrasor,
un dispositif mis au point avec sa camarade de classe Katherine Fernandez afin d’aider les personnes souffrant de déficience auditive à se déplacer en toute sécurité dans des zones urbaines très fréquentées. Malentendantes elles-mêmes, Isamar et Katherine connaissent bien les difficultés rencontrées par les personnes sourdes dans ce type d’environnement. Leur appareil transforme les bruits en vibrations et lumières et il est spécialement calibré pour réagir aux fréquences sonores des klaxons de voitures et
de motos. Bien que le manque de moyens les ait empêchées de dépasser le stade du prototype, elles continuent de mener des recherches dans l’espoir de développer leur produit.

Bisman Deu, 16 ans, parle du développement de GreenWood, un matériau de construction fabriqué à partir de déchets de riz, qui sont habituellement brûlés et produisent une pollution de l’air, tuant des insectes utiles aux cultures et rendant la couche superficielle du sol partiellement stérile en raison de la perte de nutriments. GreenWood crée des panneaux de particule imperméables et abordables qui peuvent être utilisés pour construire des logements durables sur le plan écologique et à faible coût ainsi que du mobilier scolaire robuste, ce qui permet de réduire dans le même temps la pollution atmosphérique et d’améliorer les moyens de subsistance en milieu rural par la création d’un marché pour les déchets de riz.

Gunther Fink, professeur assistant d’économie de la
santé internationale à l’Université de Harvard, et Stephanie Simmons Zuilkowski, professeur assistant d’éducation comparée et développement international à l’Université
de l’État de Floride, parlent de la création d’un nouvel
indicateur, adapté sur le plan culturel, et permettant d’évaluer le développement cognitif des enfants en Zambie. Ce projet s’est imposé lorsque les chercheurs ont réalisé que les tests mis au point dans les pays occidentaux étaient inutiles, tout simplement parce que les questions auxquelles les enfants devaient répondre concernaient des choses qu’ils n’avaient jamais vues auparavant (jeux éducatifs de chimie, igloos, etc.) ou les tâches qu’ils devaient effectuer étaient totalement inhabituelles (analyser des images bidimensionnelles). Les nouveaux tests, portant sur des tâches
et des objets familiers aux enfants zambiens, ont donné des résultats plus précis.

Nicola Jacobs, 17 ans, raconte comment elle a inventé le Lumo Board, un panneau fait d’un matériau réfléchissant sur lequel sont imprimés les numéros de maisons dans les quartiers d’implantations sauvages afin que les services d’urgence intervenant de nuit localisent plus facilement le logement d’où provient l’appel. Pour mettre au point son projet, Nicola a interrogé les habitants de ces quartiers, en Afrique du Sud, et a découvert qu’ils attendaient souvent des heures avant de voir arriver les services d’urgence. Elle a déclaré qu’il était essentiel de travailler avec les communautés concernées afin de créer une culture de l’innovation pouvant se transmettre de génération en génération.

Dean Karlan, professeur d’économie à l’Université deYale
et président d’Innovations for Poverty Action, et Nathanael Goldberg, directeur des politiques à Innovations for Poverty Action, expliquent l’importance d’adapter au contexte local les pro- grammes d’aide aux populations pauvres. Le même programme mis
en œuvre en Éthiopie, au Ghana, au Honduras, en Inde, au Pakistan et au Pérou a eu un impact totalement différent sur la consommation des ménages. Les succès et les échecs révèlent tout autant l’intérêt de l’ex- périmentation, suivie d’une évaluation rigoureuse. Les personnes qui mettent aujourd’hui en œuvre les programmes visant à développer les moyens de subsistance, encourager l’épargne et améliorer le bien-être à long terme des enfants ont beaucoup appris des premiers utilisateurs et intègrent les leçons tirées par ceux qui dirigent ces programmes à mesure que ceux-ci sont déployés à grande échelle.

Jacob Korenblum, co-fondateur et PDG de Souktel Mobile Solutions, évoque le recours à la technologie mobile pour créer un sys- tème d’alerte visant à prévenir les enfants et les parents vivant dans la bande de Gaza, État de Palestine, des risques survenant à proximité des écoles locales. Compte tenu du peu de fiabilité de l’accès Internet et de l’absence de réseaux sans fil à haut débit, le système recourt à l’envoi de SMS, une technologie simple et répandue qui permet au personnel scolaire, aux enseignants et aux parents de communiquer rapidement et efficacement et de mettre les enfants en sécurité en cas d’urgence.

Mohammed Rezwan, fondateur et directeur exécutif de l’ONG Shidhulai Swanirvar Sangstha, nous parle des « écoles flottantes » qui garantissent l’accès toute l’année à l’éducation des enfants vivant dans des régions du Bangladesh sujettes aux inondations. Comme l’explique un élève de neuf ans : « Nous étudions sur des bateaux-écoles. Ils sont là six jours par semaine, même s’il pleut beaucoup ou s’il y a des inondations. J’aime beaucoup étudier ici. J’apprends l’informatique et mon petit frère apprend à connaître la rivière, les poissons et les oiseaux de notre village ». Shidhulai ne disposait que d’un bateau en 2002 au commencement mais compte maintenant sur une flotte de 54 bateaux (écoles, bibliothèques, dispensaires, centres d’éducation pour adultes et ateliers solaires) pour les populations isolées par la mousson. L’éducation et l’approvisionnement en énergie renouvelable sont gratuits pour tous les enfants.

Manushi Nilesh Shah et Misha Patel, 17 ans, ont inventé Think Green, Go Blue, un appareil utilisant le mucilage d’un cactus pour purifier l’eau, un produit non toxique contrairement à l’aluminium utilisé couramment. Les jeunes inventrices racontent leur parcours, soulignant le rôle des enseignants et mentors qui les ont inspirées et les procédures d’expérimentation, longues et pénibles, pour obtenir les résultats escomptés. L’étape suivante ? Des recherches plus approfondies pour affiner le processus et l’espoir d’une mise en œuvre à grande échelle. Quoi qu’il arrive, Manushi et Misha conserveront précieusement en mémoire cette expérience qui a transformé des scientifiques en herbe en chercheuses passionnées.

Catherine Wong, une jeune inventrice, a construit deux proto- types d’appareils de télémédecine sans fil basés sur le téléphone portable : un stéthoscope Bluetooth et un électrocardiographe envoyant en temps réel les résultats numérisés de l’appareil sur un téléphone. Elle évoque les paramètres de conception des solutions technologiques pour les régions du monde où les derniers gadgets, comme les smart- phones, ne sont généralement pas disponibles. Les chercheurs doivent travailler avec ce qui est disponible localement, en l’occurrence, des téléphones basiques.


Vos commentaires

Posté le 18 juin 2015 à 02:33 , par Brady Emery

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