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Promesses, réformes… faut-il perdre courage ? (Inventaire)

Yan de Kerorguen, le 8/10/2014

C’est un serpent de mer : les Français ne croient plus aux promesses. Ils voient le verre à moitié vide. Dans un pays où il est impossible de réconcilier les contraires, gouverner semble impossible ou du moins tenir d’un exercice d’équilibriste.

Critiquée par la Commission européenne pour son manque de rigueur, vilipendée par la gauche précisément pour son excès de rigueur, la marge de manœuvre de l’autorité nationale est réduite. Diminuer la dette publique et en même temps vaincre le chômage, comment faire ? Un coup de pouce aux patrons et c’est les syndicats qui s’emportent. Un avantage social accordé aux salariés Et c’est le patronat qui se bloque. Il y a toujours plus à gauche, et toujours plus à droite. Quand un gouvernement, assiégé par les sondages, vise le rassemblement pour mener la bataille de l’emploi, évidemment, il se heurte aux conservatismes idéologiques. Personne ne veut jouer le jeu. Ouvrir les professions à de nouveaux publics et c’est le corporatisme des pharmaciens, des notaires, des huissiers, et des pilotes qui s’enflamme. Donner des droits aux homosexuels avec le mariage pour tous et c’est la France catholique qui descend dans la rue pour supprimer des droits à d’autres Français. Pour faire passer la réforme territoriale, controversée, aussi bien à droite qu’à gauche, le gouvernement est dès lors invité à appliquer la recette du juste milieu : un savant mélange de ténacité et de consensus.

Force est de constater : le gouvernement passe beaucoup de temps à tenter de désamorcer des conflits, à essayer de se faire comprendre. Le dialogue social reste la méthode privilégiée du président de la République. Il s’est engagé dans son programme à inscrire dans la Constitution l’obligation de consulter les partenaires sociaux sur les textes qui les concernent. Faut-il y voir une force ou une faiblesse ? Réponse : 60% des partenaires sociaux n’ont pas répondu à l’invitation. Une chose est sûre, en deux ans et demi, malgré son volontarisme et l’énergie déployée, il ne réussira pas dans un pays où le conflit est culturel à faire ce que le gouvernement Schroeder, en Allemagne, a mis dix ans à faire. Que faire ? Faut-il être patient ? Faire la révolution ? Changer de cap ? Ou bien unir toutes les énergies et assumer ?

A quoi cela rime-t-il de faire croire que les actuels responsables de l’état sont des amateurs, sinon à démotiver les bonnes volontés ? La bonne foi oblige à admettre que, malgré les couacs et quelques reculades, le gouvernement de Hollande essaye de bien faire. Dans le tumulte des critiques, on oublie les bonnes idées, les initiatives courageuses et les réformes en passe d’être réussies, pour peu qu’on fasse les comptes. La grande faiblesse du gouvernement, c’est de ne pas savoir faire l’inventaire de ce qui marche.

Malgré l’annonce d’un chaos, la réforme de l’éducation sur les rythmes scolaires ne s’est pas si mal passée. La rentrée a été plutôt calme. Le budget de l’école a enregistré une hausse de 1,1 md supplémentaire. C’est le premier budget de l’état. 9000 postes ont été créés. La France est le pays où il y a le plus de crèches et de solutions de garde d’enfants pour les femmes au travail. 20 000 places ont été ouvertes. 3 millions de français pauvres ne paieront plus d’impôts. L’introduction de l’action de groupe (équivalent français de la Class action américaine) dans la Loi Consommation permet aux clients lésés d’obtenir la réparation du préjudice économique subi. Question logement, le projet de loi instaure notamment une garantie universelle des loyers (GUL) et un dispositif d’encadrement des loyers. La trêve hivernale a aussi été allongée jusqu’au 31 mars. Enfin, le texte comprend des mesures contre les copropriétés dégradées et l’habitat indigne, vient réglementer les professions immobilières et veut faciliter l’accès au logement social. Autre avancée sociale, l’alignement de la taxation du capital sur le travail dans le projet de loi de finance 2013. Les intérêts, dividendes et autres plus-values sont désormais tous soumis au barème progressif.

La moralisation de la vie publique est une autre avancée. Une autre loi rend aussi incompatible le mandat parlementaire avec un mandat exécutif local. En clair, les parlementaires ne pourront plus exercer de mandat exécutif local en même temps, à partir de 2017. Ce texte a pour but d’améliorer la représentativité et de renouveler la classe politique française.

Sur le plan économique, la loi compétitivité prévoit un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros pour les entreprises, pour relancer l’investissement et l’emploi est un pas important. De même, la baisse des cotisations sociales de 30 milliards des entreprises à travers le pacte de responsabilité, bien que décriée par la gauche, est un effort historique dans la lutte pour l’emploi. Ce sont deux mesure clés qui reposent sur la confiance. Avec en contrepartie un recrutement significatif d’emplois par les patrons et les d’investissements qui vont avec. La France est aussi en en pointe dans la lutte contre la fraude fiscale. Plusieurs milliards ont déjà été rapatriés de l’étranger. En outre, les établissements financiers ont désormais pour obligation de placer, d’ici 2015, leurs activités les plus spéculatives dans des filiales, financées de façon autonome. Encore, sur le plan fiscal, l’invention de la taxe sur les transactions est surtout diligentée par la France.

Ne parlons pas de la politique internationale de la France qui reste leader dans nombre de domaines. Là où les Européens restent relativement passifs, la France bouge. Ne boudons pas notre patriotisme. Elle est, en Europe, une exception de courage politique que même les mauvais esprits ont du mal à critiquer. Prenons l’Euro et l’Europe. C’est la France qui appelle ses voisins à réorienter l’Europe, où "l’austérité a fini par décourager les peuples". Et de réaffirmer au Conseil européen la priorité de la croissance et de l’emploi pour le continent. Le gouvernement appelle l’Europe à assumer leurs "responsabilités" pour relancer l’économie du continent notamment pour que l’Euro baisse et que les taux d’intérêts devenus bas facilitent les programmes d’investissement chiffrés à plus de 300 milliards d’euros.

Bien sûr il y a l’emploi, au cœur de tout. C’est la plus grande difficulté, et il faut bien l’avouer, peu de résultats sont probants. Des initiatives ont été prises. Le texte sur la sécurisation de l’emploi accorde plus de flexibilité aux entreprises (accord de maintien dans l’emploi, mobilité interne, refonte des procédures de licenciements...) tout en créant de nouveaux droits pour les salariés (accès élargi aux mutuelles, droits rechargeables au chômage, formation... « Etudiants entrepreneurs », « contrats de génération », les 150 000 « emplois d’avenir », « service civique » “Contrat d’apprentissage (APC)”, “Contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE)”, “Contrat insertion activité (CIA”). Sans doute faut-il faire beaucoup plus, mais le chômage des jeunes s’est stabilisé. Il est surprenant que les médias en fassent si peu de cas. Ou bien, ces derniers considèrent que les jeunes ne comptent pas beaucoup ou bien que ces réformes sont « peanuts ». Ou bien encore le gouvernement qui a mis en place ces dispositifs ne sait pas les promouvoir.

Manque de charisme, trop de promesses, et un manque d’inventaire, à deux et demi du bilan du quinquennat, il faudra mieux faire.


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