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Nouvelles formes d’emploi : vers une remise en cause du CDI ?

Par Muriel Jaouën, le 10/03/2015

L’émergence d’expériences professionnelles hybrides, conjuguant salariat, travail indépendant et multiactivité, traduit un nouveau rapport de la jeunesse au travail et à l’employeur.

Auto-entrepreneurs, managers de transition, intérimaires, indépendants en portage salarial, salariés-entrepreneurs au sein de coopératives d’activité et d’emploi, “open contributeurs”, “home-shorers”, travailleurs à temps partagé, “slashers”... En l’espace de quelques années, le paysage de l’emploi a vu se multiplier de nouvelles formules professionnelles, tant dans les figures contractuelles ou les statuts que dans l’expérience de travail ou dans le rapport employé-employeur.

Si le salariat représente aujourd’hui près de 90% du marché de l’emploi, si CDI y fait figure de référence centrale, difficile de ne pas voir dans ce phénomène d’hybridation une mise en question de ces deux figures emblématiques de l’emploi en France.

Le plein emploi appartient au passé
Entre 2003 et 2013, le nombre de déclarations d’embauche en CDD a augmenté de 80 %. Cette précarisation aux portes de l’emploi s’explique bien sûr en grande partie par un environnement économique dégradé, où la multiplication devenue structurelle des plans de départ volontaires et des licenciements ne laisse plus guère d’espérance de retour à l’emploi traditionnel. Mais elle acte également un basculement dans les ressorts de la sécurité professionnelle. « Si le CDI reste globalement l’étalon en matière de stabilité, c’est de moins en moins vrai en début et en fin de carrière. Sans formation tout au long de la vie, le CDI peut vite devenir un piège, notamment en fin de carrière, où l’on peut vite se retrouver à occuper des fonctions inadaptées à ses compétences, sans aucune chance de bénéficier des programmes de remise à niveau ou de reconversion professionnelle », développe Michael Hoffman Hervé, directeur général de Randstadt. « La meilleure sécurité reste bien sûr le plein-emploi. Mais le plein emploi appartient au passé. Il faut donc inventer de nouvelles formes de sécurité. Plutôt que de protéger les emplois, il convient d’accompagner les individus tout au long de carrières professionnelles qui ne seront pas nécessairement ascensionnelles du début à la fin, mais comporteront des ruptures et des transitions », souligne Denis Pennel, directeur général de la Confédération mondiale des services privés pour l’emploi (Ciett).

La fragilisation du CDI est aujourd’hui largement intégrée par la population, même dans les tranches les plus “protégées”. 65% des cadres estiment ainsi que le CDI ne sera plus la norme d’emploi dans le futur, selon le Baromètre 2014 de la Fondation ITG. Ils sont même 87% à penser devoir expérimenter plusieurs statuts dans leur carrière : entrepreneur, salarié, chômeur.

Dans les années 50, 30% des travailleurs étaient indépendants
Aujourd’hui en France, plus de 50 % des jeunes de 15 à 24 ans travaillent en emploi temporaire. Si cette situation tient majoritairement à un contexte social, elle traduit aussi de profondes évolutions sociétales, de nouvelles aspirations, de nouveaux comportements et usages. La globalisation a chamboulé toutes les équations économiques et sociales. Le rapport au travail a changé, la vision de l’entreprise a évolué, le pacte social entre patrons et salariés, qui reposait sur un échange “protection contre subordination” a vécu. La subordination subsiste, mais la sécurité, elle, est très largement remise en cause. S’ensuit, très légitimement, l’émergence d’une nouvelle relation au travail et une remise en question de sa forme statutaire dominante depuis plus d’un demi-siècle. Le salariat, qui concerne 24 millions de personnes en France, a sans doute atteint son point culminant. Mais après tout, il n’aura peut-être été qu’une parenthèse dans l’histoire. Dans les années 50 en effet, les indépendants représentaient 30% des travailleurs.

En 2013, selon le baromètre jeunesse de l’Ifop, plus de 40% des jeunes de 16 à 19 ans souhaitent travailler comme indépendants. Cette mutation du rapport à l’emploi est profondément générationnelle. On a beaucoup décrit et commenté les marqueurs de la génération Y, celle des jeunes trentenaires d’aujourd’hui. La génération qui suit est encore plus franchement demandeuse d’autonomie et à l’autoréalisation. Puisque l’État providence n’existe plus, puisque la société a renoncé aux idéaux, puisque de l’entreprise ne protège plus, quitte à être précaire, autant y trouver des satisfactions. Et avant tout du sens.

Multiplication des “cumulards”
Le succès de l’auto-entreprise est symptomatique. On dénombrait au total 1,2 millions d’auto-entreprises à la fin 2012, soit plus de la moitié des entreprises créées sur la période. Un auto-entrepreneur sur trois cumulant ce statut avec une activité salariée. Graphistes/créateurs de bijoux, journalistes/éditeurs/producteurs, magasiniers/profs de yoga... Les jeunes sont de plus en plus nombreux à opter pour le “slashing”, ou multi-activité. En 2011 selon la Dares, 16,5 % des 4,2 millions de salariés à temps partiel, soit près de 700 000 personnes, avaient plusieurs emplois : les deux tiers d’entre eux exerçaient le même métier chez plusieurs employeurs , le tiers restant cumulant plusieurs métiers.

Si la nature des expériences professionnelles est incontestablement en train de muter, cette émergence de nouvelles formes d’emploi ne préfigurent en aucun cas la fin du travail. De nombreux rapports, comme l’enquête Eurofound, montrent au contraire que le travail continue d’occuper une place essentielle dans nos sociétés et dans les représentations individuelles. En outre, la flexibilité statutaire et contractuelle n’est pas nécessairement synonyme de dérégulation sauvage. Les Pays-Bas et les pays scandinaves, qui ont fait des efforts d’adaptation règlementaire aux évolutions du marché du travail, ne sont pas nécessairement les pays qui ont fait le choix de plus de flexibilité. Dans certains cas, les mutations du marché de l’emploi peuvent au contraire générer plus de réglementation. « Le droit du travail n’est pas si en retard que ça. L’auto-entreprise, le portage salarial sont encadrés par la loi. Il existe en France 38 contrats de travail différents. Le problème n’est pas juridique. Il s’agit plutôt de savoir comment maintenir un bon niveau d’accès à la protection sociale », soutient Denis Pennel.

Vers une portabilité des droits sociaux ?
Si les diverses formes de comptes individuels (compte personnel de formation, compte épargne-temps) permettent de recréer de la stabilité et de la sécurité, une réflexion doit être menée sur la portabilité globale des droits sociaux. Celle-ci n’existe encore nulle part dans le monde, mais des initiatives se font jour, qui s’inscrivent dans ce sens, comme les droits rechargeables à l’allocation chômage. À cet égard, le statut de l’intérim en France est plutôt précurseur : quelles que soient l’entreprise “utilisatrice” et l’entreprise de travail temporaire qui emploient le salarié intérimaire, ses droits sont transférables.

Imaginé en 2003 par le récent prix Nobel d’économie Jean Tirole, le contrat unique de travail, s’il se heurte depuis dix ans à des oppositions diverses (voir interview de Bernard Gauriau), s’inscrit également dans cette logique. Avec un triple objectif : simplifier un marché de l’emploi qui compte près de quarante formes de contrats de travail ; favoriser la continuité des droits des salariés en évitant les effets de rupture entre CDD et CDI ; alléger les contraintes pesant sur l’employeur en cas de licenciement.

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Vos commentaires

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