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Michel Crozier, modeste, modéré, moderne

Bruno Tilliette, le 27/05/2013

Le sociologue Michel Crozier vient de mourir. D’autres, je l’espère, rendront hommage au penseur. Je voudrais, personnellement rendre hommage à l’homme.

Nous nous sommes rencontrés il y une vingtaines d’années grâce à une éditrice, Lydie Arslan, elle aussi disparue. J’ai eu la chance et le plaisir de travailler avec lui, depuis, à la rédaction de trois de ses livres, deux sous forme d’entretiens et un d’une plume commune. Cela a été pour moi une grande rencontre intellectuelle mais aussi humaine, car l’homme, ce n’est pas si fréquent, essayait en permanence d’accorder son comportement à ses idées et à ses valeurs, profondément humanistes.

Il était modeste, et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas eu toute la reconnaissance qu’il méritait dans son pays. Car, il a, à mon sens, bien mieux contribué à la compréhension de nos mécanismes sociaux que beaucoup d’autres sociologues plus médiatiques.

Il était modéré, cherchant toujours à rapprocher les points de vue, prônant l’écoute et le dialogue, refusant toutes les positions extrémistes qui semblent aujourd’hui s’emparer de notre société.

Il était moderne, car il avait compris, depuis longtemps, la complexité de notre monde et la nécessité de bien poser les problèmes avant d’y apporter des solutions, toujours temporaires, toujours à interroger et à remettre en cause en fonction des évolutions. C’est pourquoi, il pensait que les élites technocratiques, toujours promptes à apporter des solutions abstraites à des problèmes trop vite analysés, étaient une des causes principales du blocage de la société française. La réalité de ces dernières années lui donne encore une fois raison.

J’écrivais, dans la préface de notre dernier livre d’entretiens, Nouveau regard sur la société française (Odile Jacob, 2007) : « Il est pour moi, non un maître, mais un ami, si on entend par amis ceux qui vous écoutent et vous font progresser dans votre compréhension du monde et des relations humaines. Un passeur d’idées qui ne vous impose rien, accepte les vôtres pour vous aider à découvrir la réalité de ce que vous pensez vous-même. (…) Ainsi, en nous disant ce à quoi il croit, Michel Crozier ne nous dit surtout pas ce qu’il faut penser, mais il tente, par l’exemple, de nous montrer comment essayer de penser par nous-mêmes, comment trouver des repères dans un monde opaque et troublé, dans une société moderne que sa complexité rend confuse. »

Merci, Michel, pour l’homme que vous avez été, pour tout ce que vous m’avez appris et pour votre pensée dont nous avons plus que jamais besoin pour affronter les mutations que nous traversons.


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