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Magazine Avril 2017

Et maintenant, voter et construire !

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Le constat Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle révèlent un véritable ouragan politique et générationnel dont il nous faut mesurer l’ampleur. La stratégie consistant à congédier « les sortants », souvent représentatifs de la génération d’après-guerre confortablement installée dans les lieux de pouvoir, n’a jamais connu pareil succès. La décomposition politique amorcée depuis longtemps s’accélère brutalement, ouvrant l’opportunité d’une recomposition et peut-être d’un renouveau démocratique. (...)

Le constat

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle révèlent un véritable ouragan politique et générationnel dont il nous faut mesurer l’ampleur. La stratégie consistant à congédier « les sortants », souvent représentatifs de la génération d’après-guerre confortablement installée dans les lieux de pouvoir, n’a jamais connu pareil succès. La décomposition politique amorcée depuis longtemps s’accélère brutalement, ouvrant l’opportunité d’une recomposition et peut-être d’un renouveau démocratique. Quelle époque passionnante, mais aussi exigeante !

Tirant les leçons d’une analyse perspicace de la situation, un mouvement politique neuf, incarné par un homme jeune sans long passé politique, réussit le tour de force d’accéder, après tout juste un an d’existence, aux portes du pouvoir. Du jamais vu ! Le Front national « dédiabolisé », même s’il n’atteint pas ses objectifs, poursuit sa progression (+4 points depuis 2012) et se qualifie pour le second tour. Plus grave encore, il se banalise et devient, aux yeux de trop nombreux compatriotes, « un parti comme les autres ». Les deux forces politiques qui se sont partagées le pouvoir depuis quarante ans sont éliminées :

• côté droit, le parti LR, ébranlé mais pas abattu, peut-il, après s’être débarrassé du handicap Fillon, retrouver des couleurs, s’il ne modifie pas profondément son fonctionnement et son rapport aux citoyens ? Rien n’est moins sûr.

• côté gauche, la désagrégation est déjà très avancée. L’avenir est incertain : quelle proportion du PS est prête à rejoindre l’attelage Macron, si celui-ci remporte le second tour ? Les « insoumis » vont-ils vouloir et pouvoir exploiter leur indéniable succès ? Une jonction avec ce qui restera du PS et des écologistes au sein d’un parti contestataire et/ou alternatif va-t-elle s’opérer ? Enfin, les premières analyses des votes du premier tour révèlent une France plus coupée que jamais en deux mondes antagonistes : un « peuple » plus pauvre, moins formé, résidant souvent dans des zones périphériques en déshérence , accumulant les frustrations et les souffrances, qui s’est exprimé à travers les candidats Mélenchon et surtout Le Pen ; une France optimiste, plus riche, plus instruite, mieux intégrée dans une économie et une culture mondialisées, résidant souvent dans les grandes métropoles, qui se retrouve souvent dans le candidat Macron,.

Comment réduire cette fracture pour rassembler et construire ? Question majeure posée au prochain gouvernement. Que faire ?

Le second tour et les législatives

Ne vendons pas la peau de l’ours ! Le Pacte civique ne doit aucunement ralentir sa mobilisation contre la montée du Front national, car le danger n’est pas écarté. Marine Le Pen va retourner à son avantage les multiples ralliements de la classe politique en faveur de son adversaire, en jouant à fond la carte du peuple contre les élites, de la nation contre la mondialisation, inspirée par la campagne de 2005 qui a vu les partisans du traité européen, partis à 60 % dans les sondages, se « crasher » à 45 %. L’abstention et le vote blanc, refusant de choisir entre extrême-droite et social-libéralisme, xénophobie et ouverture au monde, souverainisme et construction européenne, comme si les dangers étaient équivalents de part et d’autre, ne répondent pas à la gravité des enjeux.

La situation nouvelle créée par le phénomène Macron constitue évidemment une opportunité intéressante pour le Pacte civique comme pour l’ensemble de la mouvance citoyenne. Cet homme qui veut projeter la France dans l’avenir et réconcilier les Français entre eux peut apporter, s’il parvient au pouvoir, ce regain d’optimisme dont notre pays a tant besoin et, si on l’y encourage, favoriser une plus grande participation citoyenne.

Mais nous devons nous montrer exigeants, et d’abord alerter En Marche ! sur les insuffisances de son programme. Celui-ci doit en particulier préciser la façon dont il entend relever le défi démocratique pour mobiliser les énergies citoyennes et les mettre au service de notre communauté nationale. Ceci doit aussi nous conduire, durant la campagne législative, à demander aux différents candidats des engagements précis en matière de participation citoyenne (jurys citoyens, comptes rendus de mandat, débats en amont sur les projets de loi, éducation civique) et des pratiques respectant l’éthique du débat.

Et après ?

• Renforcer le Pacte civique : faire communauté civique, édifier notre société civique, rassembler autour d’un Pacte civique nécessitent de promouvoir l’esprit de fraternité et d’en faire un enjeu politique assumé : sortir de l’entre soi, écouter ceux qui souffrent, notamment les exclus de l’emploi, et ceux qui « n’en ont plus rien à foutre », dialoguer avec ceux qui ont des opinions différentes, délibérer entre adversaires politiques pour trouver des compromis constructifs, clarifier nos contradictions pour rendre cohérents nos actes avec nos convictions, multiplier les solidarités bienveillantes.

• Agir de manière transpolitique : dans ce moment historique crucial pour notre pays et pour l’Europe, le Pacte civique doit plus que jamais rester transpolitique pour favoriser les rassemblements constructifs et les coopérations : entre organisations de la société civile bien sûr, mais aussi entre celles-ci et le monde politique en reconstruction, incluant les mouvements citoyens récemment apparus. En nous appuyant sur le socle de valeurs et de propositions construit ensemble, notre vocation est d’être à la fois une démarche créative au service de nos concitoyens, un pôle autour duquel mobiliser des énergies citoyennes et un contrepouvoir exigeant et constructif vis-à-vis de ceux que nous élisons pour nous représenter.

Dérives de la post-vérité

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Le mentir vrai, les faits alternatifs, les hoax et les intox, les fausses nouvelles (« fake news ») et canulars viraux, l’inversion de la charge de la preuve, la post-vérité… ce langage nouveau qui se propage en quelques twits courts, en dit long sur le monde renversant qui nous bouleverse en ce début de millénaire. Négationnisme, révisionnisme, nihilisme débridé, conspirationnisme, autant de dérives malveillantes et pernicieuses témoignant, ad nauseam, du défi à l’endroit de la (...)

Le mentir vrai, les faits alternatifs, les hoax et les intox, les fausses nouvelles (« fake news ») et canulars viraux, l’inversion de la charge de la preuve, la post-vérité… ce langage nouveau qui se propage en quelques twits courts, en dit long sur le monde renversant qui nous bouleverse en ce début de millénaire. Négationnisme, révisionnisme, nihilisme débridé, conspirationnisme, autant de dérives malveillantes et pernicieuses témoignant, ad nauseam, du défi à l’endroit de la raison.

Mauvais présage : le terme de post-vérité (« post-truth ») a été élu « mot de l’année 2016 » par le dictionnaire Oxford Dictionaries. Le relativisme du « tout se vaut », la propension extrême à cultiver l’équivalence et le goût pour l’ambivalence s’en prennent désormais à ce qui se trouve au cœur de la démocratie et de la raison universelle : la vérité ! Elle a perdu sa valeur de référence. La versatilité des opinions, la banalisation du mensonge, la contagion des rumeurs et la profusion des doubles discours ont habitué nos contemporains à ne pas être choqué par tant de passions contradictoires. « Le monde est une caricature perpétuelle de lui-même : à chaque instant, il moque et contredit ce qu’il prétend être » (George Santayana. Soliloques en Angleterre). Bref, on n’en finit plus de s’en prendre à la vérité sous toutes les coutures et toutes les formes. Assistons-nous au retour des infâmies du régime soviétique et de ses faux procès ? Pourquoi donc le mensonge est-il si bien porté, au point de remplacer la vérité ? Cela veut-il dire que nous vivons dans des sociétés où la distinction entre le vrai et le faux n’a plus d’importance ? La raison est-elle désormais du côté des fous et des ignorants ? Plus généralement, comment est-il possible que l’ignorance parvienne à supplanter la connaissance ? Dans quel monde de déraison vivons-nous ?

Depuis longtemps, de Platon à Karl Jaspers, en passant par Descartes, Kant, Nietszche ou Bergson, le concept écrasant de vérité est au centre des débats philosophiques. Il appelle à faire preuve de modestie. Le but n’est pas ici de s’enhardir sur ce chemin compliqué. Au plus, autour de la vérité, se conjuguent, pour l’essentiel, la science, l’amour, l’art et la politique. Pourtant, on observe que la notion de vérité subit des revers importants, au moins depuis que le relativisme et le scepticisme contemporain lui taillent des croupières en tentant d’imposer une conception subjective de la vérité. Chacun sa vérité, une vérité pour A, une vérité pour B.

La question qui intéresse le propos ici est celle du rapport entre les faits de l’actualité et la vérité, à l’heure du world wide web et de Donald Trump. Il n’y a pas de faits en soi, seules les interprétations existent, dirait Nietszche qui parle de « fatalisme de petits faits » (Généalogie de la morale). Ainsi, au nom de cette assertion très controversée, certains peuvent dire qu’il fait jour alors qu’il fait nuit. Les faits seraient donc soumis à discussion contradictoire et la vérité une opinion comme les autres. On serait donc conduit à croire que les arrangeurs de faits alternatifs (Donald Trump et son équipe) n’ont philosophiquement pas tort puisque Nietszche lui-même dit qu’« Il n’y a que des interprétations ». Sauf que le philosophe n’est pas dans le registre où se trouvent les politiciens de Washington. Si on lit Nietszche jusqu’au bout, souligne Dorian Astor, un de ses commentateurs les plus fidèles, le philosophe allemand défend au contraire la rigueur et l’objectivité quand il observe qu’il faut « savoir déchiffrer des faits, sans les fausser par l’interprétation, sans perdre, dans l’exigence de comprendre, la prudence, la patience, la finesse ». Nous voilà rassurés !

Les maîtres menteurs et la post vérité

L’actualité de ce début de millénaire, nous offre ce débat sur un plateau tant l’époque est riche en bonimenteurs, falsificateurs et experts en intox. Les cyniques diront qu’en politique, tenir un discours de vérité, est une bien curieuse intention. Cela ne marche pas. Personne ne vous croit. Il vaut mieux mentir. Machiavel l’a bien compris. Mentir Oui mais, jusqu’à un certain point. On en a vu qui mentent « les yeux dans les yeux » mais finissent par craquer et avouer leur mensonge. Celui-là est fini. le mensonge a évolué. La complaisance à l’égard du mensonge est acceptée. Il y a 20 ans, les ¾ des français estimaient qu’un dirigeant politique ne doit jamais mentir. Les temps changent. A l’image de Donald Trump. Lui, ment différemment. Lorsqu’il prétend que le certificat de naissance de Barack Obama est un faux, il est dans la "post-vérité" et il est en cela représentatif de l’époque. Au mensonge pur et simple se substitue ainsi le « ce qui semble vrai ", le croyable. Il ne s’agit plus de travestir une réalité ou de dissimuler sa pensée mais de donner corps aux clichés.

Révolu le temps où les individus, comme Kant estimaient que " l’homme qui ne croit pas ce qu’il dit est moins qu’une chose ". Kant pense en effet qu’il n’y a plus de promesse possible si on tolère le mensonge. La sanction du menteur, c’est que plus personne ne le croit lorsqu’ il dit la vérité. C’est ce qui guette certains candidats aux élections présidentielles, lorsque l’un d’entre eux, candidat de la droite traditionnelle et ex-premier ministre, surnommé Monsieur Propre, fait la promesse (qu’il ne tient pas) de ne pas se présenter aux élections s’il est mis en examen. Il s’enfonce alors dans le mensonge et le parjure devant le peuple. Fustigeant le « gouvernement des juges » et le rôle nocif des médias, il en appelle au jugement du peuple qui doit être le seul juge, par son vote. Le fait de s’adresser à la foule pour juger de sa bonne foi montre qu’à ses yeux, le mensonge est légitime. Il sait que nombre de citoyens pardonnent les mensonges au nom de la cause. Ce « basculement démocratique » est décrit par Pierre Rosanvallon, comme un dévoiement de la République.

Il arrive même que le mensonge soit plus crédible que la vérité. En témoigne l’accession d’un menteur patenté, Donald Trump, aux plus hautes responsabilités des Etats-Unis. On croyait être vacciné avec George W. Bush et Berlusconi. Eh bien non, ces derniers font presque pâle figure à côté de l’outrancier magnat de New York qui les dépassent d’une tête en bêtise. Son seul nom Trump, suffit phonétiquement (trompe) à nous aiguiller. Significatifs aussi, les mensonges d’état de Vladimir Poutine ou de Recep Tayyip Erdogan, érigés en art de gouverner. Que dire des régimes qui font croire à la liberté et dont les murailles sont plus hautes que jamais comme celui de Xi Jing Ping ? Ou encore des politiciens démocrates et parangons de vertu qui n’hésitent pas à mentir impunément, en alléguant, les yeux embués de larmes, qu’ils sont victimes d’un complot, alors que leurs mensonges sont avérés. D’autres sont plus cyniques. Habitués à crier au complot, à défier la Loi, ils inversent les choses. Ils font croire, comme tout bon pervers qui se respecte, que les menteurs sont ceux qui représentent la justice et le « système », soit le pouvoir en place, le système, les élites, l’establishment. Eux se disent victimes, et s’ils trichent ou s’ils mentent, c’est pour le bien du peuple.

Comment expliquer tant de crédulité informationnelle ? Comment distinguer le vrai du faux si le faux a l’apparence du vrai, ou si le faux cache le vrai, comme l’ivraie cache le bon grain ? Dire la vérité ? Mais qui atteint ce point de vertu et peut se dire sûr de ne pas faillir ?

Le mensonge entraîne le soupçon

Qu’est ce qui fait que les publics soient à ce point aussi hermétiques aux faits, vérifications et explications fournis par les médias professionnels ? Cela a toujours existé, direz-vous. L’ignorance, la défiance à l’égard de la presse et des politiques, le gout du scandale, l’hypocrisie des élites constituent les premiers ingrédients. La technologie assure la suite et la grosseur du mensonge fait le reste. Plus il est épais, plus le virus des fausses nouvelles transmis par les réseaux sociaux s’emballe. Finalement, nous croyons davantage les mensonges qui nous plaisent que les vérités qui nous déplaisent. Du pain béni pour les publicitaires et opérateurs internet. La course à l’audimat, à l’émotion, l’info-minute véhiculée via les canaux de YouTube, les phénomènes de grégarité par le buzz, appelle à la surenchère dans les accusations portées. Le monde s’enflamme à la vitesse des twits avec son cortège de fausses nouvelles et de faits alternatifs. Une véritable industrie du mentir vrai s‘est installée en ligne, utilisant les ressorts de la technique et les tours de passe-passe rhétorique, informations tronquées, calomnies, rumeurs. La haine et le mépris forcent l’admiration des ignares, trop contents de voir des gens qui parlent fort. Au royaume des aveugles, la déraison des menteurs est une lumière qui permet aux ignorants de voir. Ce n’est plus seulement la raison du plus fort qui prime, c’est celle des histrions les plus fanfarons. Nier la réalité, mentir effrontément, et la modifier les faits sont aujourd’hui autant d’actes de courage. En utilisant l’art simplifié du montage, en manipulant les captures écrans et les liens hypertextes, il est relativement facile d’être persuasif. Avec un minimum de base informatique, il est simple d’administrer la preuve d’une omission, d’une contradiction, d’un mensonge. Une intention personnelle malveillante peut suffire. Pour faire le buzz, il suffit que les faits dénichés ou triés soient extravagants, ridicules ou choquant, que la cible soit connue, bizarre ou archétypique. Ces trucs pour créer le buzz constituent un impressionnant tribunal de l’opinion, où n’importe qui peut être moquée ou passé à tabac virtuel sans que personne ne bronche.

Internet est en passe de devenir la première source d’information des Français, juste après la télé. Facebook compte 1,8 milliard d’abonnés. Selon un sondage BVA réalisé
pour Orange 41 % des Français s’informent sur Internet, (contre 53% par la télévision, 35% par la radio, 24% par la presse écrite). Selon les spécialistes de l’univers du world wide web, nous ne parvenons à détecter que 50 % des mensonges auxquels nous sommes quotidiennement exposés à travers les sites en ligne. L’information mise au point par les professionnels est en compétition directe avec les fausses nouvelles. Le constat consternant est que les publics, électeurs, citoyens, internautes, doutent davantage de l’information que l’éthique journalistique impose de vérifier, que de l’information minute provenant de la vidéo anonyme et non vérifiée qu’on trouve sur les réseaux sociaux. Ces derniers servent de puissants relais de diffusion.

La diffusion des fake news par des hackers habiles dotés de logiciels malveillants est désormais massive. Elle compromet le déroulement de la vie démocratique. Et parfois à grande échelle. Ainsi les sites propagateurs de fausses news comme Ending the Fed, les sites adeptes de la théorie du complot (The Vigilant Citizen) ou encore les sites d’extrême droite comme Breitbart News ont largement influencé la campagne américaine Trump/Clinton. Selon une enquête du site BuzzFeed, les fake news ont généré au cours des trois mois précédant le scrutin américain de 2016 davantage de trafic sur Facebook que les articles écrits par des journalistes professionnels (8,7 millions, contre 7,8 millions). (Lire l’article de Aude Carasco et Alain Guillemoles dans le journal La Croix. « La démocratie au risque des réseaux sociaux » 26/12/16)

L’ingérence informatique et les fake news utilisés par certains pays contre d’autres pays font désormais partie des stratégies machiavéliques employées pour influencer les opinions publiques. En témoignent les cyber-attaques menées par les Russes contre les Estoniens, les Ukrainiens mais aussi contre la candidature Clinton. Les vols de fichiers pouvant atteindre la crédibilité des candidats, le blocage et le piratage de sites de partis politiques, l’intrusion dans les comptes de campagne ou les listings de sympathisants, les fausses pages Facebook, la création de mouvements d’opinions imaginaires, le dévoilement d’e-mails privés pour compromettre une personne, autant de tactiques expéditives pour confondre la cible et nuire à sa réputation. Outre le vol de données, les organismes publics et leurs infrastructures sont confrontés aux agressions stratégiques tels que espionnage, harcèlement, brouillage.

Il n’y a pas de gardes fous sur la toile et pas de limites dans l’outrance. On peut tout voir, tout dire, à tout le monde, en un rien de temps. Un vrai embrouillamini mental où maîtres menteurs, diffuseurs, plates-formes s’arrangent à qui mieux mieux pour créer la confusion. « On se laisse alors guider par des croyances étayées par des biais cognitifs auxquels notre cerveau est enclin, à commencer par le biais de confirmation, qui incite à aller rechercher d’abord les informations qui vont dans notre sens » explique Gérald Bronner, auteur de « La démocratie des crédules ». PUF. La vitesse à laquelle les informations non structurées arrivent rend leur tri difficile.

La prolifération de l’information pose une importante question : celle du trop plein. Certes, la richesse des applications du numérique forme un formidable vecteur de renforcement du savoir. Et sans doute, les élèves sont-ils désormais plus informés que leurs professeurs. Mais pour autant, ces internautes, capables de surfer à toute vitesse sur le savoir disponible, sont-ils cultivés ? Ont-il la capacité de trier l’information, de la traiter, de la tailler, de l’enrichir, comme le fait un horticulteur avec une plante ? Le développement de la forêt électronique planétaire n’est pas sans question. Certains évoquent la jungle dans laquelle on se perd sans rien retenir des chemins empruntés. Aussitôt lu, aussitôt vu, aussitôt disparu. D’où l’importance pris par le copié-collé dans les devoirs à rendre. Le risque est présent que l’hyperchoix qui existe sur le web ne soit qu’un « n’importe quoi », « hyperréactif », « dépêché ». Sans compter les questions de référencement qui orientent vers les sites les plus visités mais pas forcément les plus pertinents. Enfin, la prime va aux sites d’informations pré-mâchés correspondant à la norme du moment ou à la mode de l’époque. Se contenter de l’information prête à consommer avec tous les risques que suppose des contenus pas toujours vérifié et validés sont autant de chemins vers l’approximation, l’erreur, la rumeur.

Pour éviter de se noyer dans cet océan d’informations, il faudra bien des maîtres nageurs. Trop d’informations tue l’information, emportant avec elle la capacité de discernement des internautes. Une fausse information qui rentre dans ce cercle de communication peut se trouver propagée et amplifiée, sans que jamais un démenti efficace ne puisse lui être opposé. La puissance et la virulence des réseaux empêchent toute possibilité de corriger l’information fausse. L’addiction à internet ruine tout jugement critique. Naviguant de site en site, de blog en blog, enfermé dans sa bulle, l’utilisateur des réseaux ne connaît pas le temps long de l’exercice de la raison qui permet à la vérité de s’imposer. Le débat, l’échange de points de vue n’est pas le but. La somme grégaire des news suffisent à conforter ses croyances. Il ne cherche pas à se faire une opinion mais plutôt à renforcer ces certitudes. Ce qui compte, c’est se sentir en adéquation avec ses semblables, en quête d’un écho ou d’un miroir, partager une même façon de voir la réalité, avoir l’impression que le monde entier est sur la même longueur d’ondes. A l’évidence, nous préférons les informations qui vont dans notre direction qu’à celles qui nous contredisent. Le besoin d’appartenance, la recherche d’identité passe avant l’appétit de connaissance et la quête de la vérité. « Chaque utilisateur est exposé aux informations partagées par ses amis, et qui sont en résonance avec ce qu’il pense. L’algorithme de Facebook lui propose d’autres amis qui auront souvent la même vision. Enfin, si l’utilisateur s’abonne à la page d’un média, il se verra proposer d’autres contenus similaires. Cela crée une chambre d’écho qui donne crédit aux informations partagées », explique Tristan Mendès-France, enseignant au Celsa (École des hautes études en sciences de l’information et de la communication) et spécialiste des nouveaux usages numériques. Ce dernier parle de « zone de confort » intellectuelle.

Pas moyen dans ces conditions de conformité d’enrichir son sens critique. La rapidité avec laquelle le mensonge circule et se banalise, et le caractère incroyable des fausses nouvelles entretiennent le brouillage entre fiction et réalité. La raison et le réel se voient désormais décontenancés par l’émotion et l’idéologie. Il n’est plus de raison qui vaille. Le plus grave dans cette affaire est que la distinction entre mensonge et vérité laisse chacun insensible. « Le mélange de vrai et de faux est énormément plus toxique que le faux pur » observe Paul Valéry (in Croyances et religions). Ne faire aucune distinction, accomplir sa fonction sans sourciller est le propre de ce qui est totalisant puisque pour maîtriser tout il faut tout confondre afin de tout dominer. Dans un tel contexte, on finit par confondre homme et animal, homme et objet. Avec le contentement de nos ambivalences comme mode d’existence, nous voilà face au danger totalitaire de l’équivalence, de la bêtise et de la déraison. Nous voilà devant le risque de la banalité du mal, tel que l’a dénoncé Hannah Arendt en faisant remarquer que le mal est un phénomène de surface. « Plus une personne est superficielle plus elle est susceptible d’accéder au mal », dit- elle dans une interview TV.

Les institutions censées protégées la vérité se voient défiées par l’indifférence. « Le résultat d’une substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel – et la catégorie de la vérité relativement à la fausseté compte parmi les moyens mentaux de cette fin – se trouve détruit. » souligne Hannah Arendt ("Vérité et politique", Folio poche).

Telle est l’ère de la « post vérité » (Ralph Keyes), de « la démocratie des crédules » (Gérald Bronner) ou plus prosaïquement « l’art de dire des conneries » (Harry Frankfurt) dans laquelle la blogosphère et les média sociaux plongent l’humanité et ses 3,7 milliards d’internautes, soit 50% de la population mondiale. Avec twitter ou Facebook, « un mensonge peut faire le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures », comme dirait Mark Twain. Cette lenteur de la vérité est inquiétante.

Horizon 2020. le travail dans tous ses états

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L’espace de travail est en train de changer de forme. La désynchronisation du travail est à l’oeuvre et les robots arrivent.Une nouvelle classe de travailleurs indépendants s’organise.

Télécentre, co-working, travail à domicile Avec l'explosion des réseaux numériques, l’espace de travail n'est plus un mais multiple. La séparation entre vie privée et vie professionnelle est devenue preuse. Le temps du travail rigidifié, dans ses formes classiques de présence au bureau, diminue. La collaboration (...)

L’espace de travail est en train de changer de forme. La désynchronisation du travail est à l’oeuvre et les robots arrivent.Une nouvelle classe de travailleurs indépendants s’organise.

Télécentre, co-working, travail à domicile

Avec l’explosion des réseaux numériques, l’espace de travail n’est plus un mais multiple. La séparation entre vie privée et vie professionnelle est devenue preuse. Le temps du travail rigidifié, dans ses formes classiques de présence au bureau, diminue. La collaboration au sein d’équipes dispersées se répand. On travaille, selon ses besoins, chez soi ou en dehors dans des télécentres ou des espaces de coworking. Les tiers lieux où on peut faire une pause et installer son lap top pour travailler deviennent équipés. On peut ainsi travailler en se déplaçant , dans le train, dans un aéroport, dans un hôtel ou dans un café confortable équipé de Wi-Fi. La désynchronisation du travail est à l’œuvre. Les travailleurs nouveaux sont de plus en plus nombreux à rechercher une meilleure qualité de vie en conciliant travail et intérêt personnel.

Le desk-sharing (systèmes de bureaux partagés) ainsi que le télétravail se développent de manière irréversible. D’après Ryan Coonerty et Jeremy Neuner (« The Rise of the naked economy ». Palgrave Macmillan. 2013), 60 millions d’Américains n’iront plus travail en 2020. Cela représente 40% des employés. En Europe, 15% de citoyens travaillent au moins dix heures par semaine hors de l’espace de travail. Rien qu’au Royaume-Uni 70% des Britanniques affirment vouloir développer une activité chez eux. A l’heure actuelle en France, 17% d’individus pratiquent le travail à distance, multipliant ainsi les occasions de s’installer. D’où l’augmentation du nombre d’autoentrepreneurs ou de free lance.

Depuis 2005, dans les sillons creusés par la révolution numérique, une habitude profonde s’installe : le coworking. « Le succès croissant du partage du lieu de travail tient à peu de choses : une simple adhésion, un loyer mensuel, un bureau, une boite aux lettres, des services partagés. La formule permet aussi de bénéficier d’un effet réseau » explique un responsable de La Mutinerie, l’un des hauts lieux du coworking parisien. Les espaces de coworking se répandent à grande vitesse dans le monde. Leur nombre double chaque année. Il s’en créé 4 à 5 par jour. Adhérer à un tel espace est aussi l’occasion de collaborer avec d’autres et de s’épanouir en commun, selon la volatilité des occurrences. Au centre de cette transformation se trouve l’individu.

Le développement des travailleurs de la connaissance

Pour faire prospérer cette entreprise ouverte, dans un contexte de pénurie des compétences, les directions ont besoin de collaborateurs plus imaginatifs et autonomes, ayant confiance en eux, aimant le travail d’équipe, capables de faire preuve de responsabilité et de leadership. Aux employés remplissant une tache à la fois succèdent des personnes de plus en plus incitées à utiliser leur cerveau et capables de diffuser leur capacité d’invention autour d’elles. On les appelle les "Knowledge workers". L’économie de demain dépend ainsi de plus en plus de talents individuels difficiles à recruter et à fidéliser. Au sein de ces structures, l’individualité de chacun n’est pas étouffée par le collectif. Elle est même la condition de l’intelligence collective. Disposant d’une qualification intellectuelle poussée, ce « knowledge worker », - terme inventé par Peter Drucker pour définir une main d’œuvre du savoir qui applique ses connaissances pour développer de nouveau produits ou services - , est avant tout un manipulateur d’idées, doué de capacité créative, de motivation et d’esprit d’entreprise. Dans cette entreprise de la knowledge economy, où les « knowledge workers » sont rois, chacun peut exprimer son art de faire, vivre sa passion et diffuser son savoir. Aux yeux de Peter Drucker, l’enjeu est essentiel pour les entreprises. Rien moins que rompre avec l’ancien monde : « L’économie de la connaissance est en train de supplanter l’économie de la productivité. Elle dessine un nouvel espace et une nouvelle temporalité reposant sur l’idée de création de valeur par le partage du savoir. L’élément central, c’est l’individu lui-même ». Pour ce dernier, cela ne fait pas de doute : aux biens d’équipement qui représentaient l’actif clé des entreprises du XXème siècle succèdent les travailleurs intellectuels qui est désormais l’actif clé des entreprises du XXIème siècle.

Fini le temps des pyramides

Les entreprises féodales ont du souci à se faire. Les organisations dont les managers s’accrochent à leur pouvoir et se protègent des idées nouvelles qui perturbent leur confort ne pourront pas survivre longtemps. Internet met en danger les positions établies. Dans son livre « Le manifeste des évidences », David Weinberger écrit : « les hyperliens renversent la hiérarchie ». A son tour, Jon Husband, conseil en stratégie et co-auteur de « La société émergente » du XXIème siècle (2010) renchérit : « La mise en œuvre de réseaux horizontaux crée une certaine dissonance au cœur de l’entreprise verticale ». Le modèle pyramidal de l’entreprise a vécu. Déjà on assiste au sein des organisations à un meilleur partage des pouvoirs, comme l’explique Vineet Nayard dans son livre « Les employés d’abord, les clients en second » (« Employee first, customer second ». 2011. Ed. Diateino). Tout faire pour les clients, c‘est terminé. Il faut redonner le pouvoir aux salariés en inversant la pyramide organisationnelle. Sa vision managériale qui vise à instaurer un fonctionnement plus démocratique tient en quatre principes : favoriser la motivation et l’enthousiasme des salariés en apportant des visions positives du futur ; créer la confiance, la transparence et l’information entre employés et cadres ; travailler sur la durée ; et libérer l’énergie des salariés en transférant une partie du pouvoir et en responsabilisant ceux qui créent le plus de valeur.

L’abaissement des barrières hiérarchiques oblige à réinventer de nouvelles pratiques. A la hiérarchie qui passe trop de temps improductif à des taches de contrôle, l’entreprise organisée en réseaux préfère la démocratie participative où la responsabilité est partagée. Ce processus « d’innovation participative » est en cours grâce aux actions de « valorisation de l’humain », en phase avec les élans de développement durable et les exigences des normes RSE.

Le travail en « mode projet »

Le modèle managérial pyramidale ayant vécu, le mode « projet », en usage dans nombre d’entreprises depuis un certain nombre d’années, reprend tout son sens, donnant aux équipes de terrain plus d’initiative. Trois dimensions résument la logique « projet » : l’objectif à atteindre avec un périmètre déterminé et un cahier des charges précis ; les délais de réalisation avec un planning des étapes ; les moyens utilisés en finances, en ressources humaines et en capacités techniques. Le mode « projet » se développe aujourd’hui rapidement dans les entreprises car il est adapté aux exigences de réactivité. Les organisations conçues sur ce modèle s’avèrent plus efficace pour tenir les délais au cours d’opérations limitées dans le temps, nécessitant la coopération de plusieurs équipes.

Le dépassement de soi

Dans « Liberté et Cie : quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises » (Edition poche. Champs Flammarion. 2013), Isaac Getz et Brian Carney font l’apologie de l’empowerment et de la singularité. Selon les deux auteurs, l’initiative est le moteur de l’entreprise. Il faut donc, à leurs yeux, encourager le leadership libérateur. Une condition est nécessaire, rompre avec l’obsession du contrôle et de la procédure dont le monde du travail est curieusement encore encombré alors que tout le discours de l’entreprise tend au contraire à vanter la liberté et l’autonomie. Cette manie du contrôle est démobilisatrice. Les entreprises qui s’y plient ne sont pas comprises en interne. Elles ne suscitent guère d’enthousiasme auprès des salariés qui estiment qu’on ne leur donne pas les moyens d’exécuter les objectifs clés. Getz et Carney dressent un paysage des entreprises « libérés » où la liberté et la prise de risque sont érigées en méthodes de management. La résultat est là : dans ces entreprises qui symbolisent une nouvelle ère du management, la rentabilité a explosé. « Si, sur le terrain, dans une équipe les joueurs prennent toujours les initiatives, se font confiance, se respectent, tandis que, dans l’autre, ils ont peur de ne pas respecter les consignes du manager, pensent en priorité à leurs carrières personnelles, et s’accusent mutuellement, à votre avis, laquelle des deux équipes gagnera ? » questionne Isaac Getz (Conférence EFE 4 mars 2013).

L’esprit de coopération

Moins de hiérarchie ? Alors quoi d’autre ? Rien ne vaut la coopération. Chères au biologiste François Taddéi, les pédagogies coopératives trouvent leur terreau d’innovation dans les échanges permanent, les forums spécialisés et autres groupes tendances présents sur les réseaux sociaux. Dans le creuset de cette intelligence coopérative se développent les trouvailles des makers, designers, et autres geeks passionnés d’internet. Les entreprises qui en font leur pain quotidien ont saisi tout le bénéfice qu’elles peuvent tirer de ces compétences relationnelles et collaboratives des internautes, par exemple, à travers le « crowdsourcing ».

Dans « Wikinomics...comment l’intelligence collaborative bouleverse l’économie ? », (Editions Village Mondial. 2008) Don Tapscott, décrit ce qu’est le monde de la « Wikinomie ». A l’origine, une invention relativement simple, l’encyclopédie Wikipedia rédigée par des milliers d’internautes et régulièrement mise à jour. Il suffit alors d’appliquer ce modèle 2.0 participatif dans le domaine du business et d’associer les consommateurs aux processus d’innovation, de production et de diffusion. Quoi de plus évident que d’utiliser l’expérience des autres, en s’appuyant sur le puissant levier que forment les outils en ligne, wiki, mails, etc… L’idée n’est certes pas complètement neuve. Les expériences de co-production d’idées, de co-création avec les salariés ou les clients sont déjà appliquées depuis un certain temps au sein même de grandes compagnies et de PME. Exemple : les programmes de créativité développés auprès des employés de certaines entreprises pour inventer des pratiques génératrices d’économies. Autre exemple : l’ « open innovation », processus de cocréation de valeur, au sein duquel les clients contribuent à l’innovation de l’entreprise par l’entremise d’une sorte de start up unissant les idées des uns et des autres. L’apport du client, via le marketing vente, est essentiel dans ce processus. Les technologies permettent de développer un système d’informations « apprenant » qui s’enrichit au fur et à mesure des informations sur les besoins alimentées par les clients, avant même que ces derniers en soient conscients. Le management par les connaissances – est passé par là. Dans le Knowledge Management, les idées appartiennent à tout le monde. Chaque employé est libre d’aller chercher la technologie nécessaire pour faire aboutir une solution, sans que nul ne puisse lui opposer l’esprit de propriété.

Cette coopération intéresse également les entreprises entre elles. Un nouveau mot résume cet état des lieux : la coopétition, un mélange d’émulation et de coopération. Les entreprises ont désormais tout intérêt à nouer des liens de « coopétition » entre elles, selon le principe désormais admis que les logiques coopératives reposant sur la confiance valent mieux que les logiques compétitives assises sur la domination.

Le partage a de l’avenir

On parle d’économie collaborative (lire « le Positive Book n°1 ». Planète Finance 2013). Cette économie collaborative (on parle aussi de « share economy ») valorise des logiques d’échanges d’information, de services, de savoir faire et d’entr’aide. La valeur sous-jacente à cette économie est l’altruisme. Selon John Grant, co-auteur de « Co-opportunity », et l’un des tenants de la share economy, la « collaboration » détient un énorme potentiel d’amélioration d’organisation, permettant une plus grande implication des citoyens, offrant des carrières et des vies plus riches » (ITW. Positive Book n°1, p.45. 2013). Partager c’est, par exemple, le covoiturage - des individus se partagent une automobile –. Partager, c’est aussi créer des coopératives d’achat ou de consommateurs, rassembler des facilités de consommateurs, mutualiser des savoir-faire, redistribuer des biens ou des services grâce à internet, dépanner son voisin, ou encore bénéficier de plates-formes de prêts solidaires. Le modèle traditionnel de l’entreprise est aujourd’hui en demeure de tenir compte de ces nouvelles habitudes de collaboration. Depuis quelques années, réseaux sociaux collaboratifs, blogs multi-auteurs (HRM-today), entreprises peer to peer, coopératives, banking social, districts locaux et autres clusters véhiculent de nouvelles formes de capital social. Il est constitué d’un savoir-faire diffus, de relations de confiance et d’un esprit d’émulation.

…et l’intelligence collective

Howard Rheingold, auteur de "Foules intelligentes" en est convaincu : « La réciprocité, la coopération, la réputation, les entraides sociales et les dilemmes sociaux semblent tous être des pièces essentielles du puzzle des foules intelligentes ». Pour ce dernier, cette nouvelle forme d’organisation, apte à produire et à échanger des biens, à créer de la valeur, est la conséquence d’un nouvel imaginaire social, potentiellement susceptible de devenir le pilier d’un nouveau mode d’économie politique. D’après le sociologue Barry Wellman, « il est plus facile de se connecter à de multiples milieux sociaux avec une implication limitée dans chacun d’eux, ce qui, en retour, diminue le contrôle de chaque milieu sur l’individu et baisse son implication, selon le bien être de l’individu ». Contrairement à ce qu’on pense, ces réseaux ne sont pas que virtuels. Très vite, les intérêts et les désirs font cause commune. Les jeunes générations qui ont grandi avec le portable, imaginent des lieux où se construit une vie urbaine partagée qui combine le réseau social mobile, la communauté virtuelle, et l’organisation intelligente ;

Le bonheur au travail

Deux jeunes diplômés sur trois souhaitent mettre en avant des critères éthiques dans leur recherche d’emplois. La tendance est manifeste dans les lettres de motivation : le bien être au travail passe avant le bon salaire. Soucieux du respect des valeurs et de l’éthique, rompus au management collaboratif, avertis des enjeux de la RSE, sensibilisés à la notion de solidarité, les jeunes générations font bouger la vision souvent trop « manichéenne » de la responsabilité sociale et sociétale. Plus de confiance, moins de contrôle, leurs aspirations sont intégrées par un nombre grandissant de directions d’entreprise. Les jeunes plébiscitent des entreprises ouvertes sur l’avenir, des entreprises où l’on travaille autrement, en étant « happy », comme dans la chanson.

Plusieurs types d’entreprises correspondent à l’idée du bien être au travail. On les trouve dans des classements (Great places to work, Top Employers, Prix Ashoka …). D’autres s’inscrivent dans des traditions sociales : entreprises sociales, coopératives, mutuelles, fondations, associations. Nombre d’entre elles se fondent sur des principes de développement durable : les Green tech (les entreprises vertes), les entreprises à visage humain, les entreprises citoyennes, les entreprises éthiques et solidaires. Il peut s’agir de méta-organisations ou entreprises virtuelles organisées en réseau mondial, de réseaux sociaux collaboratifs, de centrales virtuelles, d’entreprises projets (entreprises culturelles ou provisoirement agrégées). Elles se trouvent parfois dans des groupes industriels qui développent des valeurs autour du « travailler autrement », « du bien être », ou de l’innovation sociale.

L’intermittence

Développement de soi, hiérarchie en berne, travail coopératif, les critères d’avenir sont déjà installés. Fini le rêve de l’emploi ad vitam aetrenam, révolus les plans de carrière. Chacun est en train de prendre la mesure des conséquences induites par le chômage de masse, l’épuisement des ressources énergétiques, le dérèglement climatique qui laisse présager une croissance moins forte que celle enregistrée au cours du XXème siècle. Le temps d’emploi à plein temps chute. Il faut désormais positiver le travail intermittent. Tel est la chanson qu’on entend aujourd’hui, non seulement parmi les chefs d’entreprise, mais aussi chez les sspécialistes du travail et parmi les jeunes générations. Selon une étude du CEREQ (centre d’études et de recherches sur les qualifications. Juin 2013), les 2/3 des recrutements se font désormais en CDD (contrat à durée déterminée). La nouvelle donne, c’est celle des formes précaires de travail qui prennent le dessus. Les jeunes précaires, qui ont appris à vivre avec les incertitudes de l’emploi, au gré des stages et des petits boulots, ont investi dans leur capital social (relations, collectifs, réseaux sociaux…). Ils sont conscients que leur début de carrière sera souvent, pour beaucoup d’entre eux, synonymes de précarité. La poussée des contrats à durée déterminée, la baisse du taux d’emploi, mais aussi l’augmentation des free lance, des auto-entrepreneurs et des intérimaires, ou des intermittents, sont autant de nouvelles conditions de la vie au travail où, à côté du sédentaire, se trouve désormais le nomade disponible.

Aussi bien l’enjeu est-il de positiver la précarité en transformant ses multiples formes en libertés économiques durables. En 100 ans, rappelle Bruno Marzloff (op.cit), le temps dédié au travail a diminué de 70% ; la durée de vie a augmenté de 50% et celle du temps libre de 300%, Il y a un siècle, nous consacrions 40% de notre existence au travail. Aujourd’hui, seulement 10 à 12%. Demain : les entreprises auront besoin de personnel formés qui puissent évoluer tout au long de leur carrière, pas seulement de façon verticale (prendre de plus en plus de responsabilités) mais aussi de façon horizontale (changer de société, de marché, de fonction). Dès maintenant, les nouvelles stratégies d’entreprise doivent compter avec l’inventivité sociale de ces ressources qui ont appris à miser sur elles-mêmes. Elles comptent presque plus sur les expériences accumulées collectivement que sur leur diplôme. A la marge, des parcours bis, marqués par le pragmatisme, les expériences personnelles, la pratique associative, l’apprentissage sur le terrain, la formation permanente, l’aspiration à l’autonomie. Ces perspectives sont de nature à redonner un peu d’optimisme en apportant des solutions souvent inédites.

Macron et Mélenchon sont les deux candidats auxquels les Français font le plus confiance pour réduire le chômage en France

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Début mars, les Français étaient 77% a jugé que la thématique de l’emploi n’était pas suffisamment traitée au cours de la campagne électorale. Un mois et demi plus tard et à quelques jours du premier tour, la tendance, bien qu’en baisse de 8 points, est toujours la même. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont les deux candidats auxquels les Français font le plus confiance pour réduire le chômage en France

Selon une enquête de Indeed/Harris Interactive*, 69% des sondés (...)

Début mars, les Français étaient 77% a jugé que la thématique de l’emploi n’était pas suffisamment traitée au cours de la campagne électorale. Un mois et demi plus tard et à quelques jours du premier tour, la tendance, bien qu’en baisse de 8 points, est toujours la même. Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron sont les deux candidats auxquels les Français font le plus confiance pour réduire le chômage en France

Selon une enquête de Indeed/Harris Interactive*, 69% des sondés trouve que l’emploi demeure un sujet sous-traité. Certains candidats aux élections présidentielles ont cependant réussi à tirer leur épingle du jeu.

● Jean-Luc Mélenchon enregistre la plus grande progression (+13 points) ce qui lui permet de se hisser au même niveau qu’Emmanuel Macron. Les deux hommes recueillent ainsi tous deux la confiance de 40% des Français en ce qui concerne la réduction du chômage en France

● Les « petits » candidats ont bénéficié de la visibilité offerte par le débat télévisé, notamment Philippe Poutou et Nathalie Artaud qui gagnent respectivement 11 et 10 points

● Les sympathisants du PS sont plus enclins à juger Emmanuel Macron capable de faire des propositions pour l’emploi (69%) par rapport à Benoît Hamon (66%) ou Jean-Luc Mélenchon (60%)

● A quelques jours du premier tour des présidentielles, 69% des Français ont toujours le sentiment que la thématique de l’emploi n’est pas suffisamment abordée par les candidats

« A seulement quelques jours du premier tour des élections présidentielles, l’emploi reste un sujet sous-traité aux yeux des Français, explique Arnaud Devigne, Directeur Général d’Indeed France. C’est certainement l’un des facteurs qui poussent les citoyens à manquer de confiance envers la classe politique lorsqu’il s’agit de la thématique de l’emploi. Les candidats ont encore quelques jours pour essayer de convaincre, peut-être prendront-ils plus de temps pour débattre des initiatives qu’ils comptent mettre en place pour réduire le chômage en France »

● Seulement 19% des citoyens estiment que les responsables politiques peuvent influer sur la courbe du chômage

En mars 2017, aucun des candidats ne recueillait la confiance d’au moins 40% des Français. C’est désormais le cas pour deux candidats qui atteignent précisément ce niveau de 40% de confiance : Jean-Luc Mélenchon qui enregistre une forte progression (+13 points) et Emmanuel Macron dont le score croît également mais dans une moindre mesure (+4 points). Ils devancent Benoît Hamon (29%, +2 points) et François Fillon (26%, stable). Marine Le Pen recule quant à elle de 2 points et est créditée de 24% de confiance.

Les « petits » candidats inspirent davantage la confiance depuis le débat télévisé du 4 avril qui leur a offert une exposition non négligeable : +11 points pour Philippe Poutou (23%), +7 points pour Nicolas Dupont-Aignan (23%) ou encore +10 points pour Nathalie Arthaud (20%).

Une confiance accrue mais toujours faible envers les responsables politiques pour relancer l’emploi

Seulement 19% des Français accordent leur confiance aux politiques à ce sujet (+3 points). Ils ont davantage foi dans les syndicats de salariés (31%, stable) dans les entreprises privées (59%, -1 point) ou bien dans les initiatives des citoyens eux-mêmes (72%, +5 points) pour réduire le chômage.

Des explications contrastées

Pour expliquer le taux élevé de chômage, les Français sont quasiment autant à incriminer un système d’aides sociales trop favorables (37%, -2 points) qu’à regretter une forme de précarisation du monde du travail (39%, stable). 36% citent la rigidité du code du travail (+1 point), et 34% un décalage entre les cursus de formation et le marché de l’emploi (+2 points).

Lorsqu’il s’agit de trouver des solutions concrètes pour réduire le chômage, les différents partis se démarquent. Les électeurs de droite pensent qu’il est nécessaire de mettre l’accent sur l’aide au recrutement pour les PME (64% des électeurs de François Fillon) tandis que ceux de gauche place la lutte contre le chômage des jeunes comme la plus grande priorité (65% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon). Les sympathisants du Front National sont plus enclins à placer la lutte contre les délocalisations et la concurrence étrangère en tête de la liste d’actions (61%).

Note : * Indeed est le premier moteur de recherche d’emploi au monde.Ce volet fait suite à une première enquête réalisée tout début mars 2017 et permet de voir l’évolution du sentiment de l’opinion publique sur les sujets liés à l’emploi, notamment suite au débat télévisé du 4 avril dernier opposant les 11 candidats à la présidentielle.

Résister à la tentation du pire

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Le paysage politique est dévasté. Un brouillard immense envahit tout, nous laissant sans repères. Le bruit assourdissant des affaires empêche toute réflexion, toute parole sensée. Qui croire, que faire, dans quelle direction aller au milieu de ce champ de ruines où nous ne voyons pas au-delà du pas suivant ?

Frustration Pour près de la moitié d’entre nous, électeurs, si l’on en croit les enquêtes, la question n’est même plus « pour qui voter ? » mais « pourquoi voter ? », dès lors que depuis (...)

Le paysage politique est dévasté. Un brouillard immense envahit tout, nous laissant sans repères. Le bruit assourdissant des affaires empêche toute réflexion, toute parole sensée. Qui croire, que faire, dans quelle direction aller au milieu de ce champ de ruines où nous ne voyons pas au-delà du pas suivant ?

Frustration

Pour près de la moitié d’entre nous, électeurs, si l’on en croit les enquêtes, la question n’est même plus « pour qui voter ? » mais « pourquoi voter ? », dès lors que depuis plusieurs décennies notre bulletin semble ne servir à rien qu’à reconduire toujours les mêmes politiciens professionnels qui reconduisent toujours les mêmes politiques inefficaces, quel que soit leur bord. Personnellement, et je pense que je ne suis pas le seul, aux trois dernières élections présidentielles, je n’ai fait que voter « contre » : contre Le Pen, le père, en 2002, puis contre Sarkozy les deux fois suivantes. Faut-il encore cette fois-ci choisir le vote utile plutôt que le vote d’adhésion ? Et faut-il s’obliger à voter quand aucun des candidats ne suscite vraiment l’adhésion, quand on sait d’avance qu’ils ne tiendront pas les promesses auxquelles eux-mêmes ne croient pas ?

Voici donc près de vingt ans que je vote par défaut, pour accomplir mon devoir démocratique, en sachant pertinemment que j’en ressortirai frustré. Dans la vie courante, si j’avais un psy et que je lui racontais que je continue inlassablement à faire des choses qui provoqueront inévitablement de la frustration, il mettrait en évidence l’irrationalité de mon comportement : « Arrêtez de vous faire mal, cher monsieur, changez vos pratiques ».

Enjeu moral

En effet, pourquoi voté-je chaque fois comme un bon petit soldat pour un candidat dont je me dis que ce n’est pas le bon, qui, s’il est élu, va rapidement me faire regretter d’avoir voté pour lui et que je vais critiquer durant les cinq ans qui suivent ? C’est une attitude folle. Le comportement rationnel serait l’abstention : quand ce qu’on nous propose ne nous convient pas, le plus sage est de sortir de la boutique sans rien « acheter ». Mais la participation démocratique relève-t-elle de la raison ou de la morale ? Si je n’achète pas un objet dont je n’ai pas envie, cela ne concerne que moi et le vendeur. Si je ne vote pas, et même, dans certains cas, si je ne vote pas « utile », je risque d’être coresponsable, avec tous ceux qui auront raisonné comme moi, d’une catastrophe pour le pays. Le vote est une action individuelle dont les conséquences sont collectives.

C’est bien l’enjeu moral auquel nous sommes confrontés dans cette campagne où rien ne se passe comme prévu. La situation est telle que ce sont, paradoxalement, les abstentionnistes ou ceux qui votent blanc qui décideront en réalité du résultat de l’élection présidentielle. Soyons clair, Marine Le Pen, quels que soient les efforts qu’elle fait pour adoucir son sourire carnassier et déguiser sa haine de l’autre en amour de la France, n’est pas en mesure aujourd’hui de séduire plus d’un tiers des électeurs. Mais elle sait mobiliser ses troupes. Si seulement 50 % desdits électeurs se présentent aux urnes, et si elle fait le plein de ses aficionados, elle peut mathématiquement gagner. Et nous n’aurons que nos yeux pour pleurer. C’est d’ailleurs en partie ce cas de figure qui a permis à Trump de l’emporter.

L’abstention peut ainsi devenir, en creux, un vote « pour », totalement déraisonnable, en transformant l’abstentionniste en allié objectif du Front National. Entre deux frustrations, il faudra finalement choisir la moindre et donc voter utile, c’est-à-dire pour le candidat qui a le plus de chances de renvoyer la Marine à ses navigations en eaux troubles.

Essayage dangereux

Pourtant, il m’arrive parfois d’avoir envie de céder à la tentation du pire. Cela fait quarante que l’extrême droite, de père en fille et en nièce, nous pollue l’atmosphère avec ses idées nauséabondes et occupe le débat avec autant de mauvaises réponses que de fausses bonnes questions. Et à chaque élection, in fine, notre choix politique se résume à faire obstacle au Front National, sans empêcher que la digue érigée par cet argument ultime devienne de plus en plus poreuse et fragile. Puisque tous les discours tournent aujourd’hui autour des slogans racistes et nationalistes de ce parti, serait-ce pour s’y opposer, puisqu’il a, en grande partie, cannibalisé les esprits de la droite traditionnelle voire de l’extrême gauche, alors, qu’il prenne le pouvoir ! Qu’on l’essaye, comme disent ses soutiens, puisqu’on a tout essayé sauf lui. Qu’on le mette devant son irresponsabilité.

On verra rapidement son incompétence et l’absurdité des solutions qu’il propose. On verra enfin en pleine lumière son incapacité définitive à gouverner, sa brutalité envers le peuple qu’il prétend défendre et sa précipitation à se distribuer les prébendes, comme on l’observe déjà dans la plupart des municipalités qu’il dirige. Et on sera enfin débarrassé de cette hypothèque qui pèse sur notre vie politique depuis trop longtemps.

Programme émétique

Malheureusement, cinq ans, c’est long et les dégâts risquent d’être irréparables : sortie de l’euro et de l’Europe, fermeture des frontières, protectionnisme outrancier, mise au pas de la presse et de la justice, exclusion d’une partie de la population, explosion des dépenses publiques entraveraient pour longtemps notre pays. Il faut d’ailleurs que Marine Le Pen n’aime pas beaucoup la France et les Français pour vouloir les soumettre à son programme émétique (j’ai pris la peine de le lire), d’une ahurissante démagogie, où sont promis tout et son contraire, et à un repli sur eux-mêmes dont il serait difficile de se relever. Non, quel que soit notre niveau de mécontentement envers les autres personnages politiques actuels, la stratégie du chaos n’est pas la bonne solution. Il faut résister à la tentation du pire et trouver d’autres moyens de mettre définitivement hors jeu les fauteurs de haine. La xénophobie et l’europhobie, les deux mamelles du FN, ne sont pas une fatalité. Un jour, pas trop lointain j’espère, on pourra parler d’autre chose et envisager l’avenir plus sereinement. En attendant, je continuerai à voter utile, quoi qu’il m’en coûte.

Sombre et… porteur d’espoirs, le monde en 2035

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La CIA n’est pas seulement un centre d’espionnage spécialisé dans les coups plus ou moins tordus. C’est aussi le siège de la « National Intelligence Council » (sic …) que les experts qualifient pudiquement en français de « Conseil National du Renseignement ». Ce conseil, avec une grande indépendance par rapport à la CIA et au pouvoir américain, est chargé, tous les quatre ans, de rédiger et de publier un rapport sur les grandes tendances de l’évolution du monde à long terme (« global trends ». Pour la (...)

La CIA n’est pas seulement un centre d’espionnage spécialisé dans les coups plus ou moins tordus. C’est aussi le siège de la « National Intelligence Council » (sic …) que les experts qualifient pudiquement en français de « Conseil National du Renseignement ». Ce conseil, avec une grande indépendance par rapport à la CIA et au pouvoir américain, est chargé, tous les quatre ans, de rédiger et de publier un rapport sur les grandes tendances de l’évolution du monde à long terme (« global trends ». Pour la sixième fois, ce rapport vient de paraître, et il est possible de le consulter sur Internet dans sa version anglaise (www.dni.gov/nic/globaltrends). La version française est disponible grâce à l’éditeur « Equateurs » qui la publie sous le titre : « Le monde en 2035 vu par la CIA ».

Les auteurs du sixième rapport, qui ont bénéficié du concours de 2 500 personnes provenant de 35 pays, insistent d’abord sur le fait que « notre histoire du futur commence et se termine par un paradoxe : les tendances mondiales présagent d’un avenir sombre, malgré les progrès des dernières décennies, mais sont aussi porteuses d’espoir ».

La démographie : urbanisation triomphante et forte baisse de l’extrême pauvreté

Là où la population vieillit (Chine, Russie, Allemagne, Japon …) la population en âge de travailler va diminuer de façon considérable, alors que la réalité est globalement inverse dans les pays pauvres, et notamment en Inde, au Nigeria et en Indonésie mais aussi en Egypte et en Tanzanie. Cela conduira à des migrations de plus en plus importantes de populations jeunes des pays pauvres qui viendront chercher du travail en Amérique du Nord et en Europe. Par ailleurs, l’urbanisation se poursuivra : alors qu’un peu plus de 50 % des habitants de notre planète vivent dans des villes aujourd’hui, ils seront environ 60 % en 2035. Quant à l’extrême pauvreté, elle touchait 2 milliards de personnes en 1970. C’est deux fois moins aujourd’hui et cette évolution va continuer dans le même sens.

L’économie : croissance moins élevée et hausses contrastées des revenus (courbe de l’éléphant)

Concernant l’économie mondiale, le mouvement vers une croissance plus faible est déjà enclenché depuis la crise de 2008. Il devrait se poursuivre dans les pays développés, entraînant une faible augmentation des revenus des classes moyennes des pays riches, alors que les « très riches » continueront à y prospérer. A l’inverse, les classes le plus défavorisées des pays pauvres, notamment en Afrique subsaharienne, verront leurs revenus stagner, alors que les classes moyennes des pays émergents (notamment Chine et Inde), verront leur sort s’améliorer. C’est ce qu’on appelle la courbe de l’éléphant : les pieds représentent les « perdants », c’est-à-dire les classes moyennes des pays riches et les classes les plus défavorisées des pays pauvres, alors que le dos et le sommet de la trompe représentent les « gagnants », c’est-à-dire les « très riches » des pays riches et les classes moyennes des pays émergents.

Les nouvelles technologies : faible visibilité à long terme

Les nouvelles technologies (automatisation, intelligence artificielle, technologies de l’information et de la communication, biotechnologies) et les énergies non conventionnelles bouleverseront l’économie mondiale. Les secteurs les plus touchés seront la santé, les transports, l’énergie et la production agricole, sans qu’on puisse savoir si les changements induits se traduiront par une plus grande productivité ou par de nouveaux défis que les collectivités humaines et leurs dirigeants risquent de gérer de façon inappropriée. Cela réduira le nombre d’emplois dans certains secteurs de l’industrie et des services, et en créera d’autres très différents, multipliant les « destructions créatrices » chères à Joseph Schumpeter, avec un solde qui risque d’être négatif. Face à cette évolution, les meilleures armes sont le développement de l’éducation et la mise en œuvre de régulations appropriées nourries par une éthique qui reste à inventer.

Le populisme : vague d’exclusions

Les groupes identitaires, fondés sur la nation, les ethnies ou la religion, gagneront en influence, grâce notamment aux réseaux sociaux. Cela conduira à un affaiblissement de la tolérance et des diversités, d’où une réapparition du populisme en Occident et dans certaines parties d’Asie. De la même façon, les mouvements migratoires recueilleront une hostilité croissante, et les leaders politiques seront tentés de consolider leur pouvoir en s’écartant de la démocratie et en rapprochant le monde du « choc des civilisations » cher à Huntington. Principaux grands pays potentiellement concernés : Chine, Inde, Russie, Turquie … Et les Etats-Unis ? (Le rapport ne le dit pas …)

La gouvernance : de plus en plus difficile

« Le fossé entre l’efficacité des gouvernements et les attentes des citoyens, combiné avec la corruption et avec les scandales dans les rangs des élites, risque de mener à un perte de confiance et un sentiment de frustration grandissants. Cela va accroître la fréquence des manifestations et l’instabilité, y compris gouvernementale ». Du coup, la démocratie elle-même pourrait reculer, et les organisations internationales, malgré tous leurs efforts, auront du mal à pallier cette évolution défavorable.

Les conflits : changement de nature

Le risque de conflits, y compris et surtout à l’intérieur des pays, augmentera, et leur nature évoluera du fait des avancées technologiques, des nouvelles stratégies et du contexte géopolitique global en pleine évolution. Des groupes perturbateurs, notamment terroristes ou activistes, auront de plus en plus de moyens meurtriers ; les cyberattaques et la guerre à distance deviendront monnaie courante ; les menaces liées aux armes de destruction massive risquent de s’aggraver ; de nombreux pays vivront dans une « zone grise », entre guerre et paix.

Le climat : le temps des menaces

Cette partie du rapport est la plus banale : elle se contente de rappeler les risques que font peser sur la planète le réchauffement climatique, la pollution croissante et la raréfaction supposée des ressources naturelles.

Globalement, et après avoir pris connaissance des cinq précédents rapports du même organisme, on peut estimer que ce sixième rapport est le plus « conventionnel ». Tous les quatre ans, et cela depuis vingt-quatre ans, les mêmes risques sont mis en avant, avec une gravité de plus en plus affirmée. Pourtant, dans le même temps, l’examen des chiffres et des faits publiés par les grandes organisations internationales traduit une amélioration de la situation du monde, dans presque tous les domaines. L’édition 2017 de l’indice du bonheur mondial, qui sera publiée dans quelques mois, en témoignera, mais il n’est pas facile de se battre contre les prophètes de malheur !

Une certaine idée de l’Europe

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« Ce qui manque à l’Europe, c’est une idée de l’Europe", rappelait, au cours d’un interview, le sociologue Ulrich Beck. Et ce dernier d’ajouter que la faiblesse européenne est son manque d’imagination. Enchâssée dans l’obsession monétariste et financière, elle soumet l’idée à la rationalité normative. On ne cesse de le dénoncer, par manque de vision, l’idée européenne s’abandonne à la bureaucratie. Elle devient calcul, classement, mise en case, codification. Exit la citoyenneté. C’est pourtant avec le ferment de (...)

« Ce qui manque à l’Europe, c’est une idée de l’Europe", rappelait, au cours d’un interview, le sociologue Ulrich Beck. Et ce dernier d’ajouter que la faiblesse européenne est son manque d’imagination. Enchâssée dans l’obsession monétariste et financière, elle soumet l’idée à la rationalité normative. On ne cesse de le dénoncer, par manque de vision, l’idée européenne s’abandonne à la bureaucratie. Elle devient calcul, classement, mise en case, codification. Exit la citoyenneté. C’est pourtant avec le ferment de l’initiative citoyenne que l’Europe se nourrit. Cette imagination des citoyens censée tonifier le projet n’est pas sollicitée. Sans imagination, sans vision, sans perspective, il n’est point de « joie » ni de « vie bonne » comme dirait Spinoza. Si la raison bureaucratique prévaut, l’entrain européen s’essouffle. Si la raison est un préalable, sans le sentiment, elle n’est que papier. Il convient donc de raconter une autre histoire que l’histoire officielle. Reconfigurer l’Europe à l’aune du sensible, de la chaire, de la langue, devient un impératif.

La grille de lecture cosmopolite est une clé pour relancer l’Europe. Une clef qui ouvre au moins deux serrures : le cosmopolitisme culturel d’un côté qui pousse à imaginer l’avenir européen ; le cosmopolitisme politique de l’autre, précieux pour régénérer le cadre démocratique dans lequel peuvent évoluer les initiatives citoyennes. Dans un monde globalisé où exclure les autres s’apparente à une déclaration de guerre, le cosmopolitisme ouvre la porte des temps à venir. Il rend visible. Il met en perspective. La citoyenneté est le ressort politique qui rend possible l’identification de l’européen, comme porteur de paix et de raison, dans la cité universelle. Encore faut-il avoir pouvoir régler la focale entre la communauté particulière et la communauté générale telle que l’idée européenne ?

« Je ne crois pas que nous devrions abandonner la démocratie nationale pour une démocratie européenne. Nous avons besoin d’une combinaison nouvelle de la démocratie nationale et de la démocratie européenne. C’est la même chose en ce qui concerne l’opinion publique : elle est européenne et nationale en même temps. Il s’agit de comprendre que l’Europe peut résoudre nos problèmes nationaux mieux qu’à une échelle nationale.../… Le cosmopolitisme permet d’exorciser l’idée qu’il faudrait se suicider culturellement pour devenir européen. Il faut cesser de toujours raisonner sur le mode du « ou bien… ou bien » pour saisir les pluralités d’appartenance », explique Ulrich Beck.

Mais peut-on appartenir politiquement à une idée ? Qu’en est-il d’une politique cosmopolite pour forger une identité européenne ? L’esprit cosmopolite européen, abondamment évoqué dans la littérature du XXème siècle, signe l’apparition d’une sensibilité humaniste au devenir du monde, à l’heure où le vieux continent était soumis au danger nationaliste. « La cosmopolitisation de fait serait, en outre, liée à la naissance d’une nouvelle affectivité, « l’empathie cosmopolitique » qui, sans se substituer à « l’empathie nationale », viendrait lui donner une autre teinte, une autre direction, en particulier en posant à nouveau frais la question du rapport aux autres » pense Yves-Charles Zarka, auteur de « Refonder le cosmopolitisme » (PUF. 2014).

L’expérience du programme européen Erasmus, après trente ans d’existence est un des symboles forts de cette cosmopolitisation. Le dispositif, étudié par le sociologue Vincenzo Cicchelli, donne la possibilité à 200 000 jeunes par an de se détacher de leur cadre de vie habituelle, d’étudier dans un pays de l’UE pour un séjour d’une durée de six mois en moyenne, d’élargir ses connaissances et in fine, par la sociabilité dans le pays d’accueil, d’être en adéquation avec d’autres cultures. Son enquête menée avec des étudiants qui ont bénéficié du programme Erasmus confirme que si une socialisation supranationale venait à s’instituer, une grande partie de ces jeunes ne revendiquerait aucune identité transnationale. Le poids des affiliations acquises à la naissance reste fort, y compris parmi ceux qui semblent le plus appartenir à la catégorie des « citoyens du monde ». Et pourtant la majorité de ces étudiants se vivent comme des citoyens européens. Pour eux, Erasmus représente une sorte d’apprentissage des « dimensions transnationales du monde ». Pascal Bruckner souligne le paradoxe quand il évoque dans son livre Vertige de Babel « un patriotisme paradoxal, qui nous demande de ne pas faire de notre renoncement à notre pays le prix de notre affection envers l’Europe, (…) le dévouement à ce qu’il y a de meilleur dans le passé et la prise en considération des apports étrangers les plus intéressants ». L’ingrédient, le composant de base moteur qui permet la transformation des atouts de l’Union européenne se joue pour une bonne part dans l’espace éthique et culturel du cosmopolitisme.

« Si l’Europe a jamais été unie et divisée en même temps, c’est bien aujourd’hui. Parce que l’Europe est tout à la fois un continent de nations et d’Etats constitués ou en cours de formation, et un continent ouvert à tous ceux qui sont en quête d’un nouveau lieu de vie ». Cette préface de Vaclav Havel issue d’un rapport du Conseil de l’Europe sur la diversité et la cohésion dit bien ce qui a fait la grandeur de la communauté des Européens : le « projet ». Que le projet européen ait permis à plus de 500 millions de citoyens de vivre en paix aussi longtemps alors qu’ils avaient connu les pires des déchirements au terme de deux grandes guerres est inédit dans l’histoire de l’humanité. Georges Steiner s’interroge bien à propos : « Où trouver, finalement, l’idée d’Europe ? Il se peut que l’avenir de l’“idée d’Europe”, si elle en a un, dépende moins des banques centrales et des subventions agricoles, des investissements dans la technologie ou des tarifs communs que nous soyons amenés à le croire. » (Lire : « Une certaine idée de l’Europe ». Acte Sud. 2004). La réponse est dans la question. La vie cosmopolite suppose des manières de faire qui se définissent moins par la participation aux structures de l’économie mondiale que par le dialogue exigeant des cultures dans les espaces de vie qui fondent, innovent, créent des langages nouveaux. Ce projet européen, on le doit pour beaucoup à tous ces gens remarquables que le temps a ingratement délaissé. Projet qui ne tient pas seulement de la raison universelle mais aussi d’un désir, comme le rappelle Paul Valéry « Il est remarquable que l’homme d’Europe n’est pas défini par la race ni par la langue, ni par les coutumes, mais par les désirs et par l’amplitude de la volonté » (« La crise de l’esprit ». 1919). Cette notion désirable du politique est unique dans l’histoire des nations. Oui mais, comment transformer la dimension du tragique en un espace dans lequel la part comptable s’estompe devant la part désirable ? Avec quoi créer un espace qui donne envie ? Refonder l’Europe en ce début de millénaire si tourmenté n‘est-il pas de transformer la dimension du tragique sans attendre Godot ?

C’est la culture qui doit tonifier l’Europe. Stefan Zweig, toujours lui, pointe la difficulté de la tache : « L’idée européenne n’est pas un sentiment premier ». La carte de la patrie où il suffit d’ébranler les émotions collectives et s’adresser à l’instinct grégaire est bien plus facile que celle des europhiles. L’idée européenne, il est vrai, est compliquée, intellectuelle. Elle fait appel à la raison individuelle. Le prérequis de l’idée cosmopolite est une vraie connaissance de sa propre culture et de son histoire. Souvent marqué par l’exil, le cosmopolitisme se fortifie dans l’épreuve, par l’ancrage affectif dans une autre nation que la sienne, au contact des autres dans les espaces de culture ouverts à l’universalité. L’expérience du dépaysement nous rend peut-être plus « européens » qu’on ne croit l’être, et plus sensible à la conscience de l’Europe. Les musées, les marchés, les cafés, les places publiques, les halls de gare, les espaces de conférences et autres lieux propices aux échanges, sont autant de refuges hospitaliers pour la formation de soi et la fabrication du cosmopolite. Nous retrouvons, dans ces tiers lieux, l’esprit des espaces publiques où se confrontent et s’estiment le singulier et le pluriel, que décrit Françoise Bonardel dans son livre “Des héritiers sans passé ». (op.cit. Essai sur la crise de l’identité culturelle européenne. La Transparence. 2010 ). Au sein de ces fabriques culturelles, la citoyenneté trouve ses plus solides ressources en termes d’héritage, de connaissance, d’éducation et de transmission. Sans ces ressources, difficile de faire tenir le social et l’économique. Pour l’Europe, connaître une seconde jeunesse suppose de passer par ces chemins.

Dans son livre « Les Pulsions du temps », Julia Kristeva visite avec bonheur l’universel et la singularité de ce vieux continent si jeune. « L’Europe est le seul endroit au monde où l’identité n’est pas un culte mais une question, grâce à la pluralité des langues et des cultures, mais aussi à la spécificité de notre héritage grec, juif et chrétien » souligne l’intellectuelle française, d’origine bulgare. A l’occasion d’un interview accordé au quotidien Libération, elle soutient que « les peuples européens, les Grecs, les Polonais, et même les Français, bien que tous choqués par la crise qu’ils identifient avec l’Europe, se sentent fiers d’appartenir à sa culture prestigieuse, ajoute-t-elle. Un trésor flou et peu rentable qu’ils ne sauraient définir mais qui les définit et fascine aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières ». Comme le souligne Kristeva, l’art et la culture constituent l’un des grands moteurs de l’Europe.

Force est de l’admettre, le souci de singularité est ce qui fait la distinction de cette culture cosmopolite. Pourtant, de nombreux préjugés veulent faire croire que diversité et singularité ne vont pas ensemble. C’est bien le contraire dont il s’agit. Cet alliage que d’aucuns jugent contradictoire est facteur de concorde et de sécurité. Il faudra bien dire tout haut que ceux qui s’évertuent à démontrer que la vie en commun est impossible sont ceux qui ne veulent pas vivre en commun. La ficelle est un peu grosse pour faire accroire l’idée auprès de l’opinion qu’il vaut mieux être chacun chez soi et qu’ainsi les vaches seront mieux gardées. C’est tellement plus simple. Mais sans profit. Car la richesse vient de la rencontre, de la mobilité et des échanges. L’Europe témoigne de cette coopération et de cette libre circulation. Les progrès en matière de droits sociaux comme la mixité hommes/femmes, la Garantie jeunes ont des impacts positifs. Une diversité fondée non pas sur le seul marché unique ou l’idéal consumériste mais sur une certaine idée de la culture associant singularité et pluriel. Revivifier le projet européen rend nécessaire de puiser dans la multiplicité de voix l’esprit européen qui a permis de soutenir un dialogue permanent entre les individus européens dans les moments les plus incertains. Bien que jeune, l’histoire n’est pas nouvelle. « Les capacités à créer des ponts et à transcender la différence culturelle prennent alors une place importante dans le fonctionnement de groupes de pairs et font émerger des règles générales de savoir-vivre en situation cosmopolite » écrit Vincenzo Cicchelli. (L’esprit cosmopolite. Presses de Science-PO. 2012). Le chantier éducatif et culturel à mener est un investissement humain considérable. Sans cet effort, la refondation est compromise. A l’heure actuelle, les secteurs européens de la culture et de la création, représentent jusqu’à 4,5 % du PIB de l’UE, emploient plus de 8 millions de personnes. Peut mieux faire.

En établissant des ponts entre jeunes, universités, cultures, langues, l’exemple du programme Erasmus est un formidable exemple de l’esprit européen qu’il convient de raffermir. Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé mieux que cette mobilité transnationale pour écouter les jeunes et restituer leur vision cosmopolite de l’Europe de demain. « Si elle peut se purger de son propre héritage ténébreux en affrontant cet héritage sans faiblir, l’Europe de Montaigne et d’Érasme, de Voltaire et d’Emmanuel Kant pourrait, une fois encore, servir de guide », soutient George Steiner. L’image des cafés est riche tant elle illustre pour les citoyens du monde, la place publique, à la fois intime et ouverte. « Dessinez la carte des cafés, vous obtiendrez l’un des jalons essentiels de la “notion d’Europe” », observe George Steiner. A titre d’illustration, ce dernier évoque le Milan de Stendhal, la Venise de Casanova, le Paris de Baudelaire, la Vienne de Freud, et le fait que le café ait toujours été le lieu par excellence où prenaient place débats politiques, intellectuels et culturels. Dans le domaine de la culture, l’UE a mis en place un programme important baptisé

Un programme baptisé « Europe créative » destiné à soutenir jusqu’en 2020 la culture européenne, le cinéma, la télévision, la musique, la littérature, les arts du spectacle, le patrimoine et des domaines connexes et doté d’1,5 Md d’€* permet à des milliers d’artistes européens d’atteindre de nouveaux publics en Europe, tout en favorisant la diversité culturelle et linguistique. Il offre aux petites entreprises culturelles un accès au financement rarement égalé. En profitent 250 000 artistes et professionnels de la culture, 2 000 cinémas, 800 films et 4 500 traductions de livres. « Europe créative » les aidera à contribuer encore davantage à tirer le meilleur parti des possibilités nées du passage au numérique. Il leur permettra aussi de surmonter des problèmes tels que la fragmentation du marché et les difficultés d’accès aux financements, et contribuera à améliorer l’élaboration des politiques en facilitant le partage de savoir-faire et d’expérience.

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Confrontations Europe : un think tank européen, un réseau, un lobby d’intérêt général Confronter les idées pour mieux construire l’Europe : Créée en 1992, Confrontations Europe, association non partisane, a pour but de peser sur le choix des décideurs nationaux et européens. Sa méthode est de rassembler de nombreux acteurs économiques et sociaux européens qui élaborent ensemble des propositions visant à (...)