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Le numérique transforme la condition éducative

D. Sabo, le 6/03/2015

Les changements divers qui interviennent dans la société, au premier plan desquels se trouvent la mutation numérique et le développement durable, impliquent d’apprendre en permanence. Difficile pour le monde éducatif de ne pas prendre la mesure de ces bouleversements structurants.

Eduquer au temps du numérique ? Le philosophe Michel Serre parle de « printemps de l’humanité » (« Petite poucette ». Editions Manifestes. Le pommier. 2012). Internet et les réseaux sociaux sont à la base de cette transformation. Désormais une grande partie de la connaissance est accessible par la toile, accessible en tous lieux par le GPS, et diffusables à tous ses semblables par le smartphone. Avec le numérique, les frontières entre les individus divers et les institutions deviennent poreuses. La connaissance se démocratise peu à peu, comme en témoigne l’explosion de l’enseignement à distance. Des nouveaux modèles éducatifs apparaissent. Les expériences et les initiatives poussent. Grâce aux technologies, la démocratisation de l’école est en marche, notamment dans les pays émergents. Et l’avenir laisse présager d’incroyables bénéfices pour le monde de la connaissance, grâce à la multiplication des échanges et de la mobilité. Une pédagogie virtuelle ouverte fait ses premiers pas réduisant la profondeur du fossé qui entre les pays riches et pays pauvres

Plusieurs caractéristiques définissent cette bouffée d’oxygène. Les compétences deviennent obsolètes beaucoup plus vite qu’avant. La créativité concurrence le diplôme. Le plaisir d’apprendre l’emporte sur le bachotage. La formation se confond avec l’information. La réputation sociale, la visibilité personnelle prennent le dessus sur le curriculum vitae. La formation tout au long de la vie est en passe de devenir un droit universel.

Des portables pour les écoliers

Des initiatives, encore méconnues, militent pour cet accès facilité au numérique. Outre les Moocs (Massives open online courses), enseignement à distance développé par des universités dans de nombreux pays, se trouvent des projets qui prennent les problèmes à la racine et prônent une démocratisation de l’école.

Tel est le projet OLPC (One Laptop Per Child – « un PC portable pour un enfant ») initié par Nicholas Negroponte, l’ancien patron du MIT Media Lab. L’intérêt principal du projet OLPC réside dans son interface très particulière, appelée « Sugar ». Conçue à l’encontre de l’industrie high tech, « cette interface ne représente pas des dossiers posés sur un bureau mais plutôt un ensemble d’acteurs avec lesquels on est naturellement invité à interagir et à collaborer ». Autre particularité, cette interface est développée par une communauté mixte, composée de développeurs open source et d’enseignants. On comprend dès lors que la collaboration intime, à long terme, de pédagogues et d’informaticiens constitue le deuxième apport du projet OLPC. Ces deux caractéristiques étant évidemment entremêlées. Cette philosophie à vocation universelle est encore mal comprise dans nos pays. Au lieu de se lamenter sur l’Education Nationale, coupable à leurs yeux de ne pas assez préparer les jeunes (futurs salariés) au numérique et à la collaboration, nos institutions seraient sans doute mieux inspirées de s’intéresser à ce type d’initiative, trop souvent perçue de manière erronée comme un programme de fabrication de masse, de diffusion et de financement de laptops, alors qu’il s’agit en fait d’un véritable projet éducatif. Ces petits ordinateurs en plastique vert, peu onéreux, sont distribués aux écoles, en Uruguay, au Paraguay et dans certains pays en voie de développement

Dans un entretien, le créateur de Sugar, Walter Bender, revient sur la philosophie mal comprise de Sugar Labs. "A travers Sugar, nous nous efforçons de procurer à chaque enfant une chance d’apprendre et d’apprendre à apprendre, dans un contexte qui va lui permettre à la fois d’entamer un échange dynamique avec d’autres et de développer des moyens indépendants pour atteindre ses objectifs personnels". Le projet Sugar est nourri du travail collectif de deux communautés, celle des développeurs de la plate-forme très axés sur la culture du logiciel libre et celles des enseignants. Tous ensembles, ils ont réfléchi à créer un "contexte favorable au développement humain" et un changement de culture scolaire. Ils ont tenté de trouver des réponses autour de questions comme : que devraient apprendre les enfants et comment devraient-ils apprendre ? Devraient-ils avoir accès aux idées qui nourrissent leur culture locale de même qu’aux idées puissantes qui constituent l’héritage global de l’humanité. Devraient-ils aussi s’exercer à l’exploration et à la collaboration, s’approprier des connaissances en menant une démarche authentiquement ouverte de recherche de solutions ? A travers les lignes de cet entretien, on peut lire à la fois des pistes pour l’éducation de demain mais aussi un hymne à la collaboration.

Eduquer : la théorie et la pratique

Les différents classements et enquêtes sur la qualité des universités et des institutions éducatives montrent depuis plusieurs années que les nations qui affichent les meilleures résultats à l’école sont celles qui font bien plus qu’éduquer. La capacité d’adaptation, l’habileté numérique, la résolution de problèmes complexes se développent en parallèle avec des compétences fondamentales nécessaires pour faire son chemin dans la vie active (lecture, écriture, calcul…). En Finlande, par exemple, l’école complète utilement l’acquisition de connaissances théoriques par des pédagogies fondées sur la pratique, la citoyenneté, la responsabilité et le bonheur d’apprendre. Les enseignants sont considérés comme des “facilitateurs” qui ont pour tâche de varier les approches et susciter l’intérêt de chacun. D’où il apparaît avec une belle évidence que plus un enfant est épanoui, plus il sera à même d’apprendre dans la facilité. Comme le soutient Edgar Morin, « l’enfant est naturellement apte à saisir les liens entre les choses et l’école lui apprend à disjoindre celles-ci. Il faudrait dès les premières classes, enseigner à relier et non à séparer. (« Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur ». Le Seuil, septembre 2000) Cette nouvelle donne est largement amplifiée par la transformation numérique qui représente la chance des démunis. Dans un univers de réseaux en ligne où le marketing de soi fait fureur, les personnalités les plus agiles, capables de se faire remarquer par leur expérience personnelle, marqueront de plus en plus de points. Un chercheur du CNRS, Bruno Suchaut, a ainsi observé que les compétences numériques dont se prévaut un étudiant à son entrée en fac déterminent en partie sa réussite.

Des « sans diplômes fixes », capables d’apprendre vite et de s’adapter, concurrencent déjà des diplômés de l’enseignement supérieur dont la rigidité formative déconcerte parfois les cabinets de recrutement. Se distinguer en arborant un portefeuille de compétences, revendable immédiatement, accompagné d’une valorisation sociale, pèse, dans certains cas, plus lourd qu’un CV bien fournii. Un service internet comme le « klout score » prouve à quel point la mesure de l’influence que l’on peut exercer sur les réseaux en ligne est essentiel. Comme le souligne la sociologue Nathalie Heinich (« De la visibilité ». Gallimard. Mars 2012) « il existe des points communs entre les personnes dotées d’un capital de visibilité et les marques commerciales ». Avec les réseaux FaceBook, Viadeo ou Linkedin, les moyens techniques d’accéder à la reconnaissance et de promouvoir son image se sont considérablement accrus, permettant à un grand nombre de personnes de se composer, qui un personnage, qui une histoire, qui un carnet d’adresse déjà bien rempli. Une démarche autonome qui ne laisse pas indifférent les DRH, souvent rebutés par les profils formatés, carriéristes avant l’heure. Cette formation globale ne s’arrête pas à l’école et à l’université, elle se poursuit tout au long de la vie.

L’arbre des compétences

L’encadrement bénéficie également de la formation tout au long de la vie. Préparer la génération des cadres de demain, tel est le sens de la réflexion prospective menée par l’Association Pasc@line dans le cas des formations d’ingénieur. Avec son « Arbre des Compétences », elle illustre l’approche interdisciplinaire nécessaire aujourd’hui aux salariés pour évoluer dans leur profession. Cette approche, repose sur une formation décloisonnée, développée tout au long de la vie, intégrant les compétences et connaissances liées au numérique. Cet arbre possède trois parties : les racines, le tronc, la ramure. « Les racines s’ancrent dans l’enseignement secondaire et la formation traditionnelle des ingénieurs, tout en s’ouvrant à d’autres formations portant des compétences et des univers de pensée différents. Le tronc représente les expertises propres aux différents profils de métiers d’ingénieurs et de managers, aussi bien en connaissances, en compétences et en savoir être. La ramure porte les compétences pluridisciplinaires que chacun, après sa formation initiale, va développer au cours de sa vie professionnelle. Cette approche innovante, fondée sur le numérique, repose sur plusieurs critères : des aptitudes transverses, une fertilisation croisée entre connaissance technologique et sciences sociales, une hybridation des projets pédagogiques entre écoles d’ingénieurs et de management ».

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Posté le 14 juillet 2015 à 01:12 , par Matthias Wimmer

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