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Le digital intensifie l’apprentissage à distance

D. Sabo, le 5/05/2016

Quel élève n’a pas rêvé de suivre un cours sans bouger de son canapé ? L’écran n’est pas qu’un objet de loisir, il est aussi, au-delà de cette vision paresseuse, un objet d’apprentissage et de recherche.

Internet, jeux, vidéos… autant de pratiques permettant de développer des qualités qui allient à la connaissance de contenus des compétences de logique, de rapidité, d’habileté et de résolution des problèmes. Avec la prolifération des smartphones et des tablettes tactiles, on peut même se passer de souris et de clavier. Il suffit de caresser l’écran du bout des doigts pour se promener dans sa formation, chapitre après chapitre, sans être contraint par un ordre prédeterminé. L’enseignement à distance trouve dans ce foisonnement d’outils

Cette évolution donne raison à Dave Snowden, fondateur de Cognitive Edge et spécialiste du Knowledge management. Ce dernier affirmait en 1988, que « l’apprentissage d’aujourd’hui devait être personnel, social et mondial et que cet objectif pouvait être atteint grâce à la technologie ». Parce qu’elles facilitent le développement d’habitudes collaboratives et ludiques, parce qu’elles accompagnent l’évolution des attentes individuelles, parce qu’elles servent plus concrètement l’intelligence collective à une échelle massive, les technologies digitales permettent de définir des processus éducatifs sans frontières dont le world wide web incarne l’essence.

« Ce que l’on apprend le plus solidement et ce que l’on retient le mieux, c’est ce que l’on apprend en quelque sorte par soi-même », écrit en 1784, le philosophe allemand Emmanuel Kant (« Traité de Pédagogie ». Hachette. 1981). Les individus sont en effet plus facilement accessibles à un contenu dès lors qu’il est pratiqué ou qu’on est obligé. Notre capacité d’apprentissage par adaptation est énorme pour peu que ce qu’on apprend nous est utile quotidiennement.

Qu’il s’agisse de l’intégration des NTIC, du développement de la conscience critique, de l’apprentissage autonome, de telles compétences supposent de s’adapter à la complexité et à la richesse de l’environnement mouvant dans lequel nous évoluons et de se familiariser avec les applications et outils numériques qui peuplent notre temporalité ( twits, blogs, wikis, réseaux sociaux, smartphones, tablettes...). Un apprentissage actif est donc requis afin de se perfectionner en permanence et d’avoir le contrôle sur l’accès à la connaissance ainsi que sur son partage. Dans ce contexte ouvert pour chacun, l’éducation devient peu à peu une affaire privée que chaque personne peut gérer de façon autonome, « tout au long de sa vie ».

En l’espace de quelques années, l’enseignement ouvert et l’éducation à distance se sont imposés, parmi les solutions déterminantes pour l’avenir, comme des éléments indissociables de l’orientation générale des systèmes pédagogiques. Au point que le gourou du management moderne, Peter Drucker juge bon d’annoncer, en 1997, dans un de ses ouvrages (Management challenges for the 21st century. Harper Business 2001) que « les universités présentielles n’existeront plus ».

Dans une époque marquée par la crise économique et la rigueur budgétaire, l’enseignement ouvert et à distance est un moyen économique pour accéder au savoir. C’est l’occasion de confier au secteur privé une plus grande marge de manœuvre dans l’offre de ce service. Ouvert à tous, aux étudiants comme aux salariés, aux chômeurs, comme aux handicapés, aux pauvres des pays en développement comme aux entrepreneurs des pays riches souhaitant augmenter leurs compétences, il permet à chacun de se former à son rythme, et cela à un coût moindre.

Nous sommes en 2016. Vingt ans ont passé. Peter Drucker s’est trompé. En effet, les universités n’ont pas disparu. En Europe, par exemple, 90 % des sessions de formation sont encore effectuées en salle. Mais les choses ont bien avancé. Après des erreurs de jeunesse, une explosion anarchique des méthodes, et de nombreux projets abandonnés à cause d’une évolution trop rapide des technologies, l’enseignement en ligne est désormais mûr et intégré. En débarrassant les apprenants des contraintes de temps et de lieu, les solutions d’apprentissage en ligne imposent peu à peu leur rythme. Révolus le monopole de l’amphithéâtre, du tableau noir et des polycopiés. Et le stage ? Il est en fin de carrière. Le format de la session de trois jours est à réinventer car le tout présentiel ne correspond pas forcément au timing des entreprises. Mais il aura fallu une bonne dizaine d’années placées sous le signe de l’innovation pédagogique (coaching, formations alternées, apprentissage expérientiel…) pour freiner la « stagification » .

De plus en plus nombreux sont ceux qui intègrent la formation à distance dans leur quotidien. Le e-learning, qui est un sous-ensemble de l’enseignement à distance, s’affirme désormais comme un ensemble de nouveaux usages qui bouleversent le champ de l’éducation. Au point que certains s’accordent à penser que l’enseignement à distance par internet devient un passage obligé pour la diffusion des connaissances et des compétences. L’intensification de la mondialisation, grâce aux nouveaux réseaux mondiaux de communication, permet de développer des modes de coopération institutionnelle et intergouvernementale dans lesquels apparaît la notion de « salle de classe mondiale ». L’utilisation des nouvelles technologies multimédia, puis les outils basés sur l’Internet, ont favorisé l’accès de tous au droit fondamental à l’enseignement, dans les pays tant développés qu’en développement.

Il existe aujourd’hui des centaines de projets de formation par internet dans des entreprises de tailles et de secteurs très variés et des centaines de témoignages d’expériences lancées par des dirigeants d’entreprise, des directeurs de ressources humaines, des directeurs formation de grands groupes ; et bien sûr un nombre important d’études menées pour comprendre la valeur stratégique qu’elles prêtent à la formation et aux politiques de développement de la compétence. Cette révolution digitale dans l’enseignement a permis d’inventer de nouveaux modèles et d’envisager la création d’un monde de la connaissance partagé par le plus grand nombre. L’heure est à des utilisations plus mûres et plus réfléchies, s’appuyant sur des premières expériences réussies.


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