Magazine Octobre 2013

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La transition énergétique : le défi sociétal

Yan de Kerorguen

La France et les pays d’Europe sont devant des choix énergétiques majeurs : le passage d’un monde dominé par les énergies fossiles et le nucléaire vers un nouveau monde économe, préservant l’environnement et tourné vers les sources d’énergies renouvelables. On appelle ce mouvement « la transition énergétique ». Mais ce chantier phare des gouvernements d’Europe est-il partagé ?

On ne peut pas dire que, en France, l’enjeu de la transition énergétique suscite l’intérêt des foules. Le débat national qui a duré près de 9 mois n’a pas été l’occasion d’une adhésion populaire. La transition énergétique manque de citoyenneté. Et l’environnement reste un sujet qu’on évoque par intermittence, selon les humeurs du moment et le bulletin météo. Pourtant, le réchauffement climatique n’est plus une prévision mais bien une réalité. Il a déjà commencé. Le GIEC, dans son rapport publié le 27 septembre dernier confirme encore une fois la responsabilité de l’activité humaine dans le réchauffement climatique mondial, et alerte les gouvernements et l’opinion sur les effets irréversibles d’une augmentation de plus de 2°C des températures d’ici 2050.

Lors des deux Conférences sur l’environnement qui se sont tenues en juillet et en septembre 2013, le gouvernement français a rappelé sa détermination à lutter contre les effets désastreux des atteintes à l’environnement, en affichant ambition et pragmatisme. Une détermination qui n’a pas convaincu les militants écologistes.

Pour les Verts qui aimeraient que tout aille plus vite, le verre du gouvernement est à moitié plein. Les intentions sont bonnes mais rien de nouveau sous le ciel de l’environnement laissent-ils entendre. Et certains, parmi les plus radicaux de qualifier l’ambition du gouvernement de « bricolage », « pas de recommandations majeurs », « texte alambiqué qui constate les dissensus », « débat pour rien », « timidité des propositions formulées par le Conseil national »... Si François Hollande a annoncé de bonnes orientations concernant la transition énergétique (baisse de la TVA sur les travaux de rénovation thermique de l’habitat, politique d’économie d’énergies d’ici 2050 pour réaliser entre 20 et 50 milliards d’euros d’économies sur la facture d’énergie, lutte contre l’étalement urbain et contre la précarité énergétique qui touche 8 millions de Français, nouveaux transports plus sobres, soutien à la création de filières industrielles, lancement d’un appel d’offres pour l’installation de parcs d’hydroliennes pilotes sur les côtes françaises ….) cette conférence a, pour les écologistes, été l’occasion d’éviter les sujets qui fâchent. Rien sur le diesel dangereux pour la santé, aucune proposition forte sur l‘agriculture, rien sur les vieilles centrales nucléaires. Peu de détails sur le recyclage des déchets, sur le développement des nouveaux secteurs d’emploi (énergies renouvelables notamment) ou la préservation de la biodiversité face à l’explosion urbaine. Et manque de précisions sur l’Agenda de la future Loi sur la transition énergétique et sur la manière dont la filière nucléaire et les énergies fossiles seront mises à contribution.

Pas facile de tenir le cap entre les écologistes qui réclament la fermeture des centrales nucléaires et les syndicats, comme la CFE-CGC, qui demande que soit évité toute fermeture dogmatique des centrales. La CFE-CGC est persuadée qu’un des rôles de l’État stratège est bien de définir une politique industrielle forte et de long terme. Et le syndicat de prôner « un véritable partenariat entre les grands groupes et le tissu des petites et moyennes entreprises qui permettra à la France de créer un véritable effet d’entraînement, de relancer la dynamique industrielle, de favoriser l’innovation et de lutter contre le déficit commercial tout en stimulant l’emploi ». Sans compter le MEDEF qui rêve d’un Eldorado de gaz de schiste.

Mais où sont les citoyens ? Force est de constater que, hormis les organisations, comités et associations, directement concernés, l’opinion publique et les médias semblent se désintéresser de cette grande cause nationale qu’est la transition énergétique. La faible mobilisation de l’opinion sur un sujet aussi important pour engager une nouvelle forme de croissance, contraste avec l’entrain dont nos voisins allemands mènent leur politique en prenant à bras-le-corps la « Energiewende » avec la participation active des citoyens. L’Allemagne s’est fixé trois buts : sortir du nucléaire d’ici 2022, se fournir à 80% en énergies renouvelables d’ici 2050 et réduire de 95% ses émissions de gaz à effet de serre, aussi d’ici 2050. De quoi faire des envieux dans l’hexagone ! Et déjà, les Allemands ont réussi à faire 20% d’économie d’énergie. Les citoyens et les élus allemands participent pleinement, dans les villes et les Landers, à la politique locale de l’énergie. Ce mouvement participatif ne peut plus être stoppé, souligne Peter Heck directeur de l’IFAS, (Institute for Applied Material Flow Management) : « Dans les campagnes allemandes les politiques ont compris que c’est une formidable opportunité. Quelque soit leur parti, quelque soit le résultat des élections, ils veulent que la transition énergétique continue. »

François Hollande en ouverture de la Conférence a eu beau rappelé l’urgence de la lutte contre le réchauffement climatique et affirmé la nécessité d’une politique énergétique européenne dont la France serait le moteur, il lui faudra ténacité et dextérité pour relever les défis. Il lui faudra aussi de la persuasion pour imposer le schéma énergétique de demain et faire de la transition énergétique un moteur de croissance, de création d’emplois et de renouveau industriel. L’enjeu est d’intéresser les Français dans leur ensemble. Cette transition vers le nouveau monde, l’État ne peut, seul, la mener à bien.

Car les obstacles sont nombreux multiples. Obstacles d’abord politiques. Le calendrier des municipales rend compliqué l’alliance des Verts et des socialistes. Obstacles au niveau de l’Europe avec la bataille de la réduction du C02. Contraintes économiques aussi : « l’Allemagne nous montre que tout changement de stratégie énergétique est d’abord coûteux avant d’être rentable », soulignent les économistes. Problèmes de communication publique enfin : comment créer une audience sur un sujet aussi crucial ? L’enjeu est de taille. Il est encore temps de stimuler le débat citoyen pour permettre de préparer au mieux la future loi sur la transition énergétique qui devrait être conclue d’ici la fin de l’année 2014.

Une autre échéance, la Conférence mondiale sur le climat, accueillie par la France en 2015, sera l’occasion d’estimer la capacité française à devenir « le pays de l’excellence environnementale » voulue par François Hollande et à porter cette révolution énergétique pour aboutir à « un pacte mondial sur le climat ».

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