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La guerre en Bosnie : les déraisons d’une violence nationaliste qui mène à Srebrenica

Yan de Kerorguen, le 4/07/2015

L’agression nationaliste serbe en Bosnie ne commença pas, comme l’histoire le retient, en avril 1992, lorsque l’indépendance de la Bosnie fut reconnue internationalement. Non, elle débuta concrètement plus tôt. En fait, elle commença, bien avant… dans les esprits ! La guerre en ex-Yougoslavie et ses conséquences meurtrières sur les populations civiles de Croatie et de Bosnie&Herzégovine sont en réalité l’expression volontaire d’un scénario digne de Machiavel, pensé longtemps à l’avance, par les dirigeants serbes. Slobodan Milosevic, l’homme qui domina la vie politique en Serbie depuis 1987, en fut le principal instigateur.

Il faut se replonger dans l’atmosphère qui régnait, ce jour du 28 juin 1989, au 600ème anniversaire de la bataille de Kosovo que les armées serbes avaient perdu sur « le Champ des Merles », contre les Ottomans. Devant un million de Serbes, le président de la Serbie, Slobodan Milosevic fait un discours enflammé et vengeur : « La Serbie fait face à de nouvelles batailles, ce ne sont pas des batailles armées mais celles-ci ne peuvent être exclues ». Deux ans auparavant, le 24 avril 1987, l’ex-banquier s’était rendu à Kosovo Polje, lieu historique où la minorité serbe du Kosovo manifeste contre la majorité albanaise (90% de la population). La minorité serbe avait demandé des armes pour empêcher la volonté d’indépendance des Kosovars de s’exprimer. Conspué par la foule qui l’accuse de ne pas défendre les Serbes, le maître de Belgrade, vexé, avait retourné la situation en déclarant : « Personne n’a le droit de battre le peuple serbe. On ne vous frappera plus jamais ».

Pendant trois ans, le chauffage des esprits fut intense. Une mise en scène presque parfaite. On sort la choubara, la cocarde et le poignard, levant bien le drapeau de la Serbie incomprise, depuis des siècles. Les rassemblements populaires (narodni skup) organisés par les partisans de Milosevic, les déplacements massifs de militants par cars entiers devaient semer dans les cerveaux l’idée du peuple en danger de mort imminente. La victimisation du peuple serbe fut le moyen le plus efficace pour préparer l’agression. Il s’agit de montrer que la Serbie est la victime du complot de la mondialisation. En Bosnie, le refrain de la grandeur serbe est repris sur un air de guzla, par un obscur psychiatre, flambeur et poète à ses heures, Radovan Karadzic. Aux yeux des nationalistes serbes royalistes (les Tchetniks), c’est l’occasion où jamais pour la nation serbe de reprendre sa revanche sur l’histoire, une histoire qui, selon eux, ne lui a jamais été favorable.

Le 9 mars 1991, mis à mal par une grande manifestation de l’opposition à Belgrade, le leader de la Serbie, Milosevic en profite pour se faire plus menaçant encore : « si nous devons nous battre, alors mon Dieu, nous le ferons et j’espère que personne ne sera assez fou pour se battre contre nous ». Peu de temps après, à l’occasion d’une réunion tenue secrète, il annonce à ses partisans que la Serbie va passer à l’offensive contre tous ses ennemis non Slaves, mauvais Slaves et Slaves impies. Entre les lignes sont désignés, les Kosovars albanais, les Croates et les Musulmans de Bosnie. Les premiers ont le gros défaut de faire énormément d’enfants et de vivre en majorité dans le berceau de l’âme serbe : le Kosovo. Avec les seconds c’est l’occasion de régler un vieux compte datant de la dernière guerre. Les Croates d’aujourd’hui ne seraient, selon eux, que les héritiers des massacreurs oustachis. Quant aux troisièmes, les Bosniaques, « les Turcs » comme disent les nationalistes serbes, c’est l’occasion de réduire et tenter de purifier ethniquement cette république batardisée par l’empire Ottoman durant cinq siècles. Un homme qui ne parle que de batailles à venir ne peut avoir qu’un projet : faire la guerre !

Une lecture analytique des discours et déclarations de Slobodan Milosevic, publiés dans la presse pendant cette période critique offre certainement une bonne entrée en matière criminelle. Son biographe, Slavoljub Djukic confirme cette inclinaison guerrière : « Milosevic semble avoir le besoin intrinsèque d’entrer en conflit et de défier de nouveaux ennemis, comme si cela lui faisait plaisir de voir que tout le monde est contre lui. Il voit dans la multiplication des ennemis et dans l’isolement de la Serbie la preuve de la justesse de sa politique. »

Face à cette poussée nationaliste serbe qui secoue la Yougoslavie et face aux volontés d’indépendance des républiques croates et slovènes, le jeu de l’armée fédérale yougoslave, la JNA, apparaît comme majeur, pour ne pas dire décisif. L’armée est, par définition, conservatrice. Encore plus en Yougoslavie qu’ailleurs où elle définit traditionnellement son rôle comme une armée de résistance nationale, défenseur du socialisme. Dès que les hommes politiques font un mouvement vers une libéralisation et une démocratisation des rapports sociaux, l’armée est là pour rappeler sa fonction de protecteur de l’ordre communiste. Elle s’identifie donc à l’ordre politique existant. Pour elle, il n’y a pas de différence entre le socialisme et la patrie. Aussi bien, la présidence de Yougoslavie a-t-elle pris la décision, en 1990, de transférer les armes de la Défense Territoriale vers les casernes de la JNA. « En Bosnie, 90% des armes ont été restituées à la JNA ! », précise le général Divjak, seul gradé d’origine serbe à être resté fidèle à la Bosnie, quand la guerre éclate à Sarajevo. Il avoue alors, « en bon commandant, bête et discipliné » avoir livré les armes dont il avait la responsabilité à la JNA sans comprendre que le jour où la guerre éclaterait, il n’aurait plus rien pour se défendre. Erreur fatale ! « Ce n’est que beaucoup plus tard que tout le monde a compris ce que cela signifiait : l’armée désarmait les républiques de Slovénie, Croatie et Bosnie, propriétaires de ces armes – une mesure partiale puisqu’elle ne concernait ni la Serbie ni le Monténégro », ajoute-t-il. Pendant l’été 1991, les Serbes de la république de Bosnie ont les coudées franches. Ceux de l’Herzégovine constituent une communauté de communes. Plus tôt, au printemps, le parti serbe de Bosnie, le SDS, avait déjà constitué une vingtaine de communes de la région de Banja Luka en province serbe. Au mois de mai, deux autres régions autonomes furent créées en Romanija et en Semberija. A la fin de l’été, 6 provinces autonomes échappaient à l’autorité de Sarajevo et devenaient l’espace privilégié des milices serbes, comme celle des Tchetniks commandés par un nostalgique des « voïvodes », un ultranationaliste d’extrême droite, Vojislav Seselj.

En invoquant la défense de la patrie yougoslave, Milosevic n’eut pas beaucoup de mal à s’attirer les faveurs des généraux de la JNA à majorité serbe. Il n’était pas non plus difficile de sensibiliser l’armée aux risques d’une désintégration qui aurait mis en danger le système de retraite avantageux de tous ces militaires et policiers. En outre, les chefs de l’armée sont encore imprégnés de cette culture militaire « stalinienne », une culture de communisme de guerre qui a largement soufflé sur les braises de la « question nationale », l’internationalisme prolétarien ayant toujours gardé sous le manteau la bombe nationaliste. Aussi bien, « toute manœuvre dirigée contre la Yougoslavie et le socialisme trouvera en moi une opposition décidée » a pu déclarer le chef d’état major de l’armée yougoslave, le Général Veljko Kadijevic, un communiste pur et dur.

Lors d’une séance du gouvernement, le 19 septembre 1991, Ante Markovic, le premier ministre yougoslave, un libéral non nationaliste, mentionne une bande enregistrée où on entend clairement les voix de Milosevic et Karadzic parlant d’un Plan « Ram » (« cadre » en serbo-croate, terme désignant les zones qui seront intégrées dans la « Grande Serbie ». Il s’étonne d’apprendre l’existence de ce projet. Il met alors directement en cause la JNA, l’accusant d’avoir choisi son camp…le camp serbe. Lorsque la JNA procède au bombardement du Palais présidentiel de Zagreb la capitale croate, le 7 octobre 1991, au moment précis où s’y trouve le premier ministre fédéral de Yougoslavie d’origine croate, Ante Markovic, les faits deviennent soudainement plus clairs. La JNA n’est donc plus au service de la Yougoslavie fédérale puisqu’elle fait feu sur son Premier ministre fédéral. Elle est au service d’une autre Yougoslavie, la Yougoslavie serbe de Milosevic. La JNA devient dans les faits une armée serbo-fédérale et la défense de la Yougoslavie ressemble de plus en plus à une volonté de créer une Grande Serbie. Le lendemain le « Sabor », le Parlement croate proclame l’indépendance de la Croatie. Le 15 octobre 1991, la Bosnie-Herzégovine jugera bon de proclamer sa souveraineté. Le SDS-Parti démocrate serbe de Bosnie quitte le Parlement en signe de protestation. Quelques semaines plus tard, peu avant Noël, Ante Markovic annonce sa démission du poste de Premier ministre fédéral, dernière instance fédérale yougoslave, ne pouvant accepter un budget qui "finance la guerre, la mort et la destruction."

Le plan Ram fournit la « partition » principale de cette vaste mise en scène de guerre visant en fait à réaliser un vieux rêve, « la Grande Serbie ». Tout le monde n’est pas d’accord sur l’historique de ce plan Ram. Certains affirment qu’il fut conçu en février 1991. Jovica Stanisic, l’homme lige des services secrets de Milosevic en aurait été le principal artisan. D’autres comme Vladimir Srebrov, fondateur du parti SDS (Parti Démocratique Serbe), qui s’opposa par la suite à la ligne dure de Karadzic, explique au journal de Belgrade « Vreme » du 30 octobre 1995, que ce Plan Ram a été en fait médité bien plus tôt, dès 1980, au sein de l’armée yougoslave, par le Général Staff, dans le but de détruire économiquement la Bosnie et d’exterminer les Musulmans. Ce programme secret, déjà très radical, envisageait la division de la Bosnie en deux : une partie pour les Croates et l’autre pour les Serbes, avec pour frontière la rivière Vrbas. Il était prévu de liquider la moitié de la population. Une petite partie devait être convertie à l’orthodoxie et le reste chassé de Yougoslavie vers la Turquie, via ce qui était appelé « le corridor vert » (c’est-à-dire musulman).

Le quotidien de Sarajevo, Oslobodjenjé, sur la foi de confidences faites par un officier de Belgrade, publie, le 2 octobre 1991, le scénario de ce Plan avec forces détails. Il prévoit ainsi de former à l’ouest de la Serbie, les nouvelles frontières d’une Yougoslavie à la dimension des Serbes, par le nettoyage de l’espace ainsi reconfiguré et par la connexion des enclaves serbes entre elles, au nom de la défense des populations serbes disséminées. D’abord en Croatie, puis en Bosnie avec les deux opérations « Drina » du nom de la rivière-frontière séparant la Bosnie de la Serbie et « Most » (qui signifie : pont ). Un des objectifs est la mise en scène d’incidents interethniques et l’occupation de points stratégiques. Il planifie la fourniture d’armes pour 250 000 personnes et s’appuie sur la collaboration des milices paramilitaires. Ce Plan fut presque parfaitement appliqué avec la plus rigoureuse inhumanité, jusqu’à l’épisode tragique de Srebrenica en juillet 1995.

Au Plan Ram fut ajouté un Plan « Brana » (qui signifie : barrage). Il fut décidé en août 1991 par les plus hauts dignitaires de l’armée et de la police serbe, notamment le Général Blagoje Adzic et le ministre de la défense serbe Marko Negovanovic. La police slovène qui prit connaissance de son contenu, en révéla l’essentiel au très sérieux journal Delo, l’équivalent du Monde à Ljubljana. Que dit-il ? « Quand la guerre éclatera en Bosnie, il faudra s’attendre à une attaque des sécessionnistes croates et des fondamentalistes musulmans contre le peuple serbe. C’est la raison pour laquelle il faut associer au Plan Ram le Plan Brana pour contrer leurs actions subversives là où les Serbes sont en minorité. Il est donc nécessaire d’occuper tous les territoires des limites (les Krajinas) et d’associer les forces serbes présentes dans ces régions à l’armée fédérale ». La direction de la propagande pour l’action psychologique de l’armée fédérale avait déjà prévu, dans le cadre du Plan Ram, une liquidation des notables Musulmans et la destruction des objets sacrés de l’Islam. Une chose est sûre, malgré l’impossibilité, presque vingt ans après, de vérifier l’authenticité de ces sources, les informations contenues recoupent les récits faits par les témoins : d’abord les victimes interrogées (lire le Rapport Bassiouni et le Rapport Mazowiecki), mais aussi des officiers bosniaques restés fidèles à la Yougoslavie et qui ont tardé à comprendre que la JNA n’était plus l’armée de la patrie yougoslave mais celle du clan serbe. Enfin, ces plans sont légitimés par une autorité morale : l’Académie serbe des arts et sciences. Cette dernière publie, en 1986, un « Memorandum » qui représente en quelque sorte le volet spirituel du plan Ram. Ses plumes furent l’écrivain Dobrissa Cosic et l’historien Milorad Ekmecic, celui-là même qui déclara en 1992, lors d’une interview, que « la construction de la Grande Serbie valait bien 100 000 morts Musulmans ».

Pendant cette même période, les médias de Serbie montraient des programmes de massacres de Serbes par les Oustachis durant la Seconde Guerre mondiale. « Ces programmes insinuaient qu’un nouveau génocide était en préparation dont les Bosniaques, ainsi que les Croates, étaient les instigateurs. Ces médias tentaient de créer un climat de peur entre les différentes nationalités yougoslaves. En outre, les Bosniaques étaient diabolisés sinon décrits comme des sauvages primitifs par certains journaux de Belgrade » explique Laurence Robin-Hunter (Revue géographique de l’Est. Mars 2005). L’Église orthodoxe joua un rôle important dans cette propagande par l’intermédiaire de son journal officiel, Glas Crkve (La voix de l’Église) :« Ce journal représentait la communauté musulmane comme une maladie, une gangrène dont l’existence même menaçait les autres communautés. Il s’agissait bien sûr de déshumaniser les Bosniaques ».

La Grande Serbie est en fait une vieille antienne. En 1937, un membre de l’Académie serbe, Vasa Cubrilovic, programme « le déménagement des Albanais dans un texte constituant un véritable bréviaire du nettoyage ethnique. Dans un texte intitulé « le Génocide des Musulmans », les auteurs Antun Miletic et Vladimir Dedjer décrivent le programme de « Serbie homogène » pensée en 1941 par Stevan Moljevic. Ce projet préconise la restauration d’une Grande Serbie sur tous les territoires où vivent les Serbes. Il propose l’expulsion et le transfert des populations. Le mouvement tchetnik de Draza Mihajlovic en reprendra l’essentiel, de manière radicale, en 1941, en massacrant de nombreux Musulmans de Bosnie. Les instructions données à ses hommes sont les mêmes que l’on retrouvera 50 ans plus tard. « Les moeurs n’ont guère progressé depuis le temps où ce n’est pas seulement de leurs maîtres turcs que les Serbes voulaient se débarrasser, mais aussi de toutes les populations indigènes non serbes _ non orthodoxes, _ avec lesquelles ils avaient cohabité pacifiquement pendant des siècles. Dans l’esprit des protagonistes de la Serbie moderne, comme Ilija Garasanine, qui dès 1844 rêvait à la reconstitution de l’empire médiéval de Dusan, la Serbie nouvelle devait être " homogène et pure " » écrivent Mirko Grmek, Marc Gjidara et Neven Simac, dans « Le nettoyage ethnique » (Fayard. 1993). Les Serbes considèrent ainsi que la Bosnie doit devenir leur champ d’extension naturel et qu’il s’impose de la nettoyer par tous les moyens. De plus, une grosse partie de l’industrie militaire se trouve en Bosnie&Herzégovine. Impossible pour les nationalistes serbes, partisans d’une Grande Serbie de laisser pareil arsenal aux mains des « Turcs ». C’est ainsi que sont surnommés les Musulmans de Bosnie qui n’ont rien de Turcs puisqu’ils sont des Slaves comme les autres Serbes, Croates ou Slovènes. Le problème pour eux est que dans cette république bosniaque « peau de léopard », les « communautés » sont étroitement imbriquées. Et qu’avant que l’ouverture de la boite de Pandore nationaliste ne fasse son effet sur des catégories plus dociles, des Croates, des Serbes, des Musulmans n’aspirent qu’à une chose : vivre bien ensemble ! Comme ils l’ont toujours fait. Si dans les villages et certaines bourgades, on compte des majorités serbes ou, croates, ou musulmanes, dans les grandes villes, la question ethnique ne se pose pas tant la mixité est réelle. A vrai dire, peu de gens raisonnent en termes d’identité ethnique. En particulier, à Sarajevo.

Cette période hivernale 1991-1992 consacre la phase de la distribution des armes aux civils serbes. On leur explique qu’ils seront les premières victimes des « Turcs » s’ils ne se protègent pas et que leurs femmes seront violées. En décembre, Slobodan Milosevic et des fidèles de Karadzic mettent au point un maillage méthodique des territoires à « serbiser », avec la création de véritables états majors de crise pour préparer la prise des communes concernées. Cette étape inaugure aussi les premiers massacres de masse en Bosnie-Herzégovine, après ceux de Croatie. Elle témoigne enfin de l’intégration progressive des soldats yougoslaves avec les milices, acteurs des sales besognes qu’il s’agisse des Tchetniks de Seselj, des Tigres d’Arkan, des Aigles blancs de Bokan, des « Souris » à Doboj, des milices supplétives de « Frenki » Simatovic ou de la brigade Panthère de « Mauser » Ljubisa Savic. Zeljko Raznjatovic, dit « Arkan » sera présent sur la plupart des scènes de massacres. Le 1er et 2 avril 1992, à Bijeljina, les Tigres d’Arkan assassinent de nombreux civils musulmans sous les yeux de la JNA, normalement censée intervenir pour arrêter les combats entre groupes armés. A Zvornik où vivent 49 000 Musulmans Bosniaques (la majorité des habitants) se déroulent des meurtres massifs accélérés de civils. La besogne est accomplie par les Bérets rouges, commandos spéciaux des services secrets de l’état yougoslave qui composent les unités de combat les plus efficaces, sous la direction d’un certain « Kapetan Dragan » (Dragan Vasiljkovic). Ce dernier a également tué des civils et torturé des prisonniers de guerre dans les villes croates de Glina et Knin à la mi-1991, et à Bruska en février 1993. Il est encore en liberté en Australie.

Ces différents « Plans » ont pour objet d’anéantir psychologiquement la force vitale des populations, de saper en profondeur le moral de la société locale et de forcer les rescapés à la fuite. On détruit aussi ses symboles spirituels. Les intellectuels et les enseignants sont les premiers sur la liste des prisonniers qui seront ensuite massacrés dans les camps. Le butin du pillage du patrimoine « ennemi » est revendu par les criminels de guerre sur les marchés de Podgorica. Les mêmes faits se produisent de la même façon, au même moment dans des lieux éloignés de plus de 100 kilomètres. Aussi bien, ce constat incite-t-il les enquêteurs à admettre que le processus génocidaire est pensé, programmé, ordonné par une direction centrale des opérations et qu’il s’agit bien d’une opération criminelle à grande échelle. Tout indique en effet que la machine de guerre fut huilée et préparée à l’avance. Un signe ne trompe pas dans la préparation du terrain bosniaque et des crimes de masse à venir : la transformation de l’ancienne mine d’Omarska en « camp de concentration » a commencé en janvier 1992, soit quatre mois avant le début « officiel » de la guerre, alors que les deux puits principaux étaient fermés.

On ne le souligne pas assez, les leaders nationalistes serbes du Parti Démocratique Serbe de Bosnie (SDS) auraient très facilement pu organiser un putsch militaire et prendre le contrôle de la Bosnie-Herzégovine. Mais ils ne le souhaitaient pas, car cela ne résolvait pas leur problème de fond : se débarrasser des Musulmans pour prendre possession de l’ensemble des territoires ainsi purifiés et s’arranger ensuite, si possible, avec les nationalistes croates. Dans de nombreuses petites villes à majorité musulmane comme Vlasenica, les membres du SDS n’avaient même besoin de rien faire pour prendre le pouvoir local. Déterminés à conserver la paix chez eux, les Musulmans étaient prêts à leur offrir les clés des administrations locales, à condition de pouvoir rester chez eux. C’est précisément ce que ne voulaient pas les Serbes. Seule la guerre leur permettait de procéder à la purification ethnique et créer la Grande Serbie. Mais pas n’importe quelle guerre, une guerre éclair, en utilisant l’arme la plus destructrice qui soit : l’émasculation des hommes et le viol des femmes Musulmanes, centre de gravité symbolique de cette Bosnie démographiquement défavorable aux Serbes.

Le massacre de Srebrenica est le point culminant de cette entreprise criminelle.


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