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L’agilité : la capacité à établir du lien *

Place publique, le 8/10/2014

Déficit d’innovation, augmentation des procédures et des coûts de contrôle, compétition interne énergivore et génératrice de stress, hiérarchie pesante, perte de motivation des personnels…force est de constater : l’entreprise est encore très attachée à l’esprit de la pyramide, raide et cloisonné. Pourtant, les réseaux et les NTIC sont peu à peu en train de changer la donne. Du moins dans certaines entreprises. Réveiller les logiques coopératives reposant sur la confiance contre les logiques compétitives basées sur la domination, c’est l’un des aspects de l’entreprise « intelligente » dont Michel Hervé est un des promoteurs*.

Cela fait 40 ans que le Groupe Hervé (2500 personnes) est rompu à la démocratie participative. Son Pdg, Michel Hervé, est un précurseur. Ex-maire de Parthenay, la première ville numérique de France, c’est lui qui a introduit dès la fin des années 80 les usages d’internet dans l’hexagone. C’est encore lui qui prône depuis longtemps un autre gouvernement des entreprises, reposant sur l’intra-entrepreneuriat, avec, à la clé, la dé-hiérarchisation du pouvoir et l’organisation en réseaux. « La capacité à respecter le lien à l’environnement, à établir du lien avec les autres, et à satisfaire le dépassement de soi, telles sont quelques unes des caractéristiques de l’entreprise agile, soutient M. Hervé. Dans le mot « entre-prise », il y a cette idée de lien dont le web a facilité l’émergence. L’explosion d’internet et des réseaux sociaux fait que nous évoluons en interaction permanente ».

Le dépassement de soi

Pour M. Hervé, le XXème siècle qui a mis en place le « capitalisme de la marque » dans lequel domine la figure du communicant et le savoir faire, a débouché sur un XXIème siècle où il n’y a plus de centre. Tout est disséminé. « Le capitalisme de l’innovation qui caractérise notre époque suppose donc une adaptation permanente où ce qui compte, c’est le « savoir être », le dépassement de soi, le besoin de singularité. Dans cette « organisation 2.0 » de l’entreprise, la prise de risque individuelle et l’innovation sont des éléments centraux » souligne-t-il. Cette organisation « intégrative » se construit non pas hiérarchiquement mais avec des acteurs individualisés et des multicommunautés cultivant de nouveaux modes d’échange en réseaux : le don contre don, le pair à pair, la gratuité.. Le pouvoir est ainsi partagé. Les employés sont autonomes. Chaque acteur tient compte des stratégies de ses pairs au niveau d’un métier, d’un territoire ou de l’entreprise entière pour construire sa propre stratégie. Chacun peut exercer plusieurs fonctions au sein de l’organisation.

L’intelligence collective

Grâce à son appartenance à de multiples communautés fonctionnelles, professionnelles, locales, l’individu apporte sa créativité au groupe. « Ainsi, coopérer, c’est travailler à la création d’une œuvre commune, poursuit M. Hervé. L’avantage : toute personne qui a accès à la création n’a pas besoin de dominer ». Aussi bien la hiérarchie n’est-elle plus de mise. Il suffit alors de miser sur l’intelligence collective. L’esprit du collectif est une dimension importante de l’agilité. Dans l’intra entrepreneuriat que développe le Groupe Hervé, les fins et les moyens sont co-décidés. Il s’agit de créer de véritables espaces de liberté offrant la possibilité d’élever le niveau de conscience des équipes. Les unités sont composées de vingt personnes maximum. « A cette taille, la communauté est plus solidaire et permet de supporter les échecs. Elle est plus forte et plus agile. Quand un groupe est soudé, chacun peut plus facilement utiliser l’expérience de l’autre » précise M. Hervé. Cette intelligence collective est facilitée par le puissant levier que constituent les outils de co-construction (wiki, mobiles, mails..). Mais pour qu’une telle intelligence collective soit pleinement opérante, il faut un personnage pivot. Présent à tous les niveaux, au sein de la communauté, du territoire ou de l’organisation globale, la figure du chef d’orchestre est nécessaire pour faciliter les avancées. Sa fonction n’est pas de dominer le groupe mais de viser le consensus, l’harmonie, la synthèse. Il est à la fois l’harmonisateur et l’animateur, l’accoucheur et le passeur d’informations. Il possède aussi une fonction de « balancier » qui rassure le groupe si ce dernier est en manque de confiance. Pivot de l’agilité, sa performance dépend de celle des autres. Il est un éducateur d’entrepreneur.

Etre en prise avec son environnement

L’esprit de coopération dépasse le cadre de l’entreprise. Aussi est-il nécessaire d’être en phase avec l’environnement, qu’il soit territorial ou professionnel. « Il s’agit de s’ajuster en permanence avec un environnement évolutif . L’une des agilités consiste à intégrer la contrainte du client dans l’intelligence collective, en co-construisant avec lui le processus d’innovation. C’est le processus qui créé la confiance avec le client, pas seulement le résultat ou le produit » fait observer M. Hervé. L’objectif est d’arriver à dépasser les contraintes du milieu , au niveau du territoire ou au niveau de la filière métier. « On peut comparer le comportement agile à celui des Tibétains qui, lorsqu’ils vont en montagne, intègrent naturellement l’idée d’un environnement difficile et se donnent des règles pour y circuler au mieux, indique M. Hervé. La menace ou l’échec, faisant partie de l’ordre des choses possibles ou probables, devient alors supportable ».

* Michel Hervé est l’auteur, avec Thibaud Brière, de « Le pouvoir au-delà du pouvoir ». (François Bourrin Editeur),

* Cet article rédigé par Yan de Kerorguen est paru dans le magazine Dirigeant


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