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Innovation sociale locale en Grèce- Est-ce possible de durer et se développer ?

par Annette Preyer, le 2/09/2015

Que sont devenus les marchés producteurs, les systèmes d’échange local (SEL, en anglais : LETS pour Local Exchange Trade Systems) et les banques de temps que les Grecs ont créé un peu partout en 2011/2013, à Athènes, à Thessalonique, à Corfou, en Crète et sur d’autres îles ? Surtout, où en est TEM, le réseau SEL de Volos, qui a été le plus sous les feux des projecteurs ?

Trois formes d’économie locale pour pallier un manque de liquidités

Marchés producteurs
En Grèce, cela a commencé avec des pommes de terre et des oranges. De petits groupes ont invité leurs amis et connaissances à passer commande en ligne. Quand les volumes atteints pouvaient justifier le déplacement, ils ont fait venir des agriculteurs sur un parking ou autre terrain vide pour que les vrais achats se fassent. Ces ventes sans intermédiaire se sont développées très rapidement. Aujourd’hui, ce sont de véritables marchés. Plus besoin de commander d’avance.

SEL – systèmes d’échange local
Un SEL est un système d’échange de produits et de services, comptabilisés avec une monnaie parallèle, la plupart du temps équivalent de l’euro pour les SEL européens. Les transactions monétaires sont presque toujours virtuelles, c’est-à-dire que les échanges se font dans un réseau de membres qui ont ouvert un compte SEL.

Banque de temps
Une banque de temps est un système d’échange de services où une heure vaut une heure, peu importe s’il s’agit de repassage, création de site internet ou leçon de guitare. Toutes les compétences sont ainsi valorisées. D’où l’utilisation des banques de temps dans certains programmes de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. En Grèce, des municipalités ont reçu des subsides du Fonds social européen pour lancer de telles banques de temps.

Le SEL de Volos : TEM créé en 2010
Volos, port de 150 000 habitants, à mi-chemin entre Athènes et Thessalonique, mais légèrement à l’écart de la route qui relie les deux principales villes grecques, a vu naître son SEL, baptisé TEM, dès 2010.

Ses fondateurs, en précurseurs, ont participé à la traduction en grec du logiciel Cyclos qui à travers le monde permet aux SEL de gérer leurs opérations d’échange. Ils ont habilement utilisé la presse pour lancer TEM. Puis les journalistes se sont bousculés au marché TEM de Volos au point d’être interdits d’entrée dans le petit bureau où les transactions des membres sont enregistrées (cf. photo). Les médias grecs, la BBC, Arte, The Guardian et moi-même ont rendu compte du développement enthousiasmant de TEM (par ex : https://www.youtube.com/watch?v=fcRQxXy-1FY ; http://www.bbc.com/news/world-europe-17680904).

« Les journalistes ont fait de la mauvaise communication », constate aujourd’hui d’un ton neutre Christos Papaioannou, leader informel de TEM, sur le pont depuis cinq ans. « Les gens comprenaient quelque chose comme ‘ici on rase gratis’ ». Pour faciliter l’entrée dans le système, chaque nouveau membre se voyait accorder un droit de tirage initial de 100 TEM (équivalent de 100 euros). Les gens ont compris qu’il s’agissait d’un cadeau, sans aucun retour ni engagement de leur part.

Les 45 minutes d’introduction sur les valeurs et les principes de fonctionnement du réseau prévues pour les nouveaux était insuffisante ou oubliée. Les membres n’étaient pas assez informés et formés. Résultat : des indélicats ont « dépensé » leur 100 TEM et se sont évanouis dans la nature, laissant un gros trou dans la caisse. Depuis le début de l’année, l’allocation de départ a ainsi été réduite à 20 TEM.

Pas de copier-coller pour bâtir un SEL

Plus généralement, Christos pense que les SEL se développent toujours moins vite qu’on l’espère. C’est un terrain vierge, inexploré. La tentation est grande de prendre le modèle et de croire qu’on puisse l’appliquer tel quel.

De fait, un SEL fonctionne différemment selon la population qui le crée. Il est impossible de faire copier-coller. Il ne suffit pas de l’installer, il faut accompagner son développement. Christos aime citer Giuseppe Littera, fondateur et CTO du SEL Sardex de Sardaigne (http://www.sardex.net), rencontré au cours du 3ème séminaire estival d’EINS (Network of Excellence in Internet Science) qui se sont tenues à Volos l’été 2014. Ce serait seulement après « trois années de galère » que Sardex a décollé. Il affiche 1600 membres professionnels et entreprises et des transactions annuelles supérieures à 14 millions de ‘crédits’ (= euros).

Lire aussi TEM de Volos - Son évolution de 2013 à 2015 : Liens resserrés, chiffres en recul

Les banques de temps en meilleure forme que les SEL ?

A priori, les SEL permettent des échanges plus flexibles que les banques de temps. Pourtant ces dernières semblent se porter mieux. Parmi les estimations quantitatives que j’ai pu trouver, l’une annonce une cinquantaine de banques de temps en Grèce en 2015, dont une bonne trentaine aidées par l’UE. C’est peut-être cette aide qui fait la différence. Par définition, la banque de temps reconnaît que (presque) toute personne a quelque chose à offrir dont la communauté a besoin. Ce système permet donc de valoriser des services qui sont vitaux mais ne peuvent pas ou difficilement être vendus sur le marché (présence auprès de personnes âgées, assistance à des personnes sortant de l’hôpital). Il vient compléter des services publics qui en retour peuvent financier l’infrastructure nécessaire.

C’est ce qui se passe en Grèce où le Fond Social Européen à travers le ministère du Travail grec finance des programmes municipaux de lutte contre l’exclusion qui incluent des épiceries sociales, des dispensaires … et des banques de temps.

L’infrastructure logicielle d’une banque de temps est facile à construire. Mais pour la lancer il faut une animation, de la pédagogie, des événements – et c’est là que les ressources européennes sont les bienvenues. Comme par exemple, dans la municipalité Dionysos au nord d’Athènes (http://trapeza-xronou.gr/), à Larissa (http://xronos.anthropomania.gr/), à Pavlos Melas dans les environs de Thessalonique http://xronos.koinwnikesdomes.gr/, sur l’île Leucade (http://lefkadatimebank.gr/). Dans certains cas, les municipalités semblent avoir privilégié l’aspect « création d’emplois » peu importe la compétence et la motivation de la personne. A voir ce qui se passera pour ces réseaux après l’arrêt du financement européen cette année. Parmi les réseaux citoyens, la banque de temps Syntagma (http://www.time-exchange.gr/) semble elle aussi se porter bien. Né dès l’été 2011 du mouvement des indignés de la place Syntagma devant le parlement grec à Athènes, elle revendique 3000 membres inscrits et 700 actifs.

Dossier Spécial Grèce

La Grèce innovante et sociale

La Grèce et ses jeunes entrepreneurs

Relire le reportage d’Annette Preyer en publié en 2013


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