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Il y a 70 ans, 2 millions de Français rentraient chez eux

Jean-Louis Lemarchand, le 14/09/2015

C’est une des pages (trop) peu traitées de la Libération de la France. Le retour sur le sol national de plus de deux millions de Français...

...ceux qu’Henri Frenay, figure majeure de la Résistance (mouvement Combat) et alors ministre des Prisonniers, Déportés et Réfugiés dénommait « les absents », tous ceux qui n’avaient pu participer aux fêtes populaires de 1944. Ils étaient encore dans les camps et ne foulèrent à nouveau la terre de France qu’en 1945. « Les cérémonies officielles du 70 ème anniversaire de la fin de la seconde guerre mondiale les ont superbement ignorés », estime l’historienne Annette Wieviorka en préface de « 1945, le retour des absents »*, œuvre du journaliste de l’AFP Alain Navarro.

Pour mener son travail éditorial, Alain Navarro, correspondant aguerri (il fut en poste à Téhéran, au Caire et à Athènes) s’est plongé dans les archives de l’agence de presse, textes et photos. Sur la base de ces documents d’époque, enrichis par une enquête personnelle, il retrace cette courte (printemps-été 1945) mais déterminante époque de l’histoire contemporaine : l’accueil en France de quelque deux millions de ses citoyens détenus en Allemagne durant le conflit- le million de prisonniers de guerre, le demi-million de requis du Service du Travail Obligatoire (STO), et les rescapés des camps de concentration et d’extermination dont 3500 juifs sur les 76 000 déportés de France ayant échappé aux chambres à gaz.

Œuvre de journaliste et d’historien, « 1945, le retour des absents » ne passe sous silence aucune des questions qui ont fait alors « la une » des journaux : l’enfer des camps (Auschwitz, Buchenwald, Ravensbrück, Mauthausen, Dachau…) connu seulement au printemps 1945, le combat des résistants pour faire reconnaître leurs droits (où l’on voit le rôle ambigu de François Mitterrand), la grande exposition au Grand Palais sur les crimes hitlériens (incluant un témoignage précieux d’un des organisateurs, Edgar Morin) avec nombreuses photos-choc sur les atrocités nazies(charniers, tortures, visages de suppliciés…), mention réduite au strict minimum de l’extermination du peuple juif et silence total sur la participation de la police française de Vichy, l’opération de communication sur le retour du « millionième prisonnier de guerre » Jules Garron, très photogénique (« un grand gaillard blond, au teint basané, avec un regard bleu très franc », selon la dépêche du 1er juin), l’accueil à Orly de Léon Blum, détenu deux ans à Buchenwald, par ses camarades socialistes, la Messe de la Réconciliation tenue sur le parvis du Trocadéro, animée par un jésuite rescapé de Dachau (Michel Riquet) et un abbé pétainiste et futur fondateur du Secours Catholique (Emmanuel Rodhain)…

Au-delà de cette chronique –volontairement sélective- de quelques évènements marquants de cette année 1945, ce sont les récits de ces « absents », leurs années d’enfer et leur retour à la « vie normale » qui donnent tout son intérêt historique à ce document rétrospectif sans complaisance empreint d’une grande humanité.

* 1945, le retour des absents. Alain Navarro. 235 pages. 24 euros. Afp-Editions Stock. Septembre 2015.


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