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Grèce : les jeunes sociétés se battent pour survivre

par Annette Preyer, le 2/09/2015

La Grèce avait rattrapé son retard en matière de création d’entreprise - A présent les jeunes sociétés se battent pour survivre

Pour mémoire L’été 2013, le tout récent monde de la création d’entreprise en Grèce est foisonnant avec une multiplication des start-ups et des organisations venant à leur soutien, lieux d’échanges d’idées, incubateurs, capital risque, mentoring etc. L’organisation internationale Endeavor quant à elle, dédiée au scale-ups (PME en rapide développement, ayant un impact fort dans leur environnement et pouvant jouer un rôle d’exemple) dans les pays émergents vient de s’implanter en Grèce, premier pays européen ciblé. Au cours de sa première année d’existence, Endeavor Grèce en a déjà réussi à faire coopter six PME scale-ups grecs par le jury de sélection international.

Eté 2015
Le monde des start-ups s’est consolidé. Les porteurs d’idées trouvent les lieux pour échanger (OpenCoffee, TEDx,.
.)

Les concours (organisés par les universités, les banques et autres sponsors) leur permettent d’obtenir les premiers fonds. Les espaces de co-working existent aussi bien dans la techno (Found.ation et Cube), que dans l’économie sociale et durable (ImpactHub) pour ceux qui veulent bénéficier de la dynamique que la cohabitation et la confrontation avec d’autres innovateurs génèrent. Les banques proposent des programmes d’investissement : PJ Tech Catalyst Fund (Piraeus Bank et programme européen Jeremie), Odyssey Venture Partners (Eurobank et Jeremie), NBG Business Seeds (National Bank of Greece) et OpenFund pour ne nommer que les plus en vus.

En avril 2014, Angela Merkel et Antonis Samaras, alors chef du gouvernement grec qui assurait la présidence de l’UE, s’expriment ensemble devant des start-ups à Athènes. Dans une étude publiée en juin de la même année, Endeavor estime que 144 start-ups ont été créés en 2013, contre 65 en 2012 et 16 en 2010. Le site annuaire http://greekstartups.com comptait 182 start-ups mi-2014. La tendance s’est poursuivie en 2015, malgré la conjoncture plus difficile. Jusqu’à l’instauration du contrôle des changes et des capitaux.

Aujourd’hui il s’agit tout d’abord de survivre … pour être encore là « après » et pouvoir éventuellement prétendre à un rôle de leader. La plupart des start-ups se créent dans les TIC (technologies de l’information et des télécommunications), c’est-à-dire créent peu d’emplois.

Impact Hub, start-up au service des start-ups

Un hôtel particulier pimpant, à quelques pas de la Plaka, le quartier touristique d’Athènes par excellence : c’est ici qu’Impact Hub s’est implanté – en septembre 2013. Il fallait du courage et de la foi pour créer une structure entrepreneuriale au service des entrepreneurs « sociaux et durables » en pleine crise. Sophie Lamprou et Dimitris Kokkinakis, les deux fondateurs, en ont à revendre. Ils ont aussi accumulé de l’expérience, ayant travaillé pendant quelques années dans l’Impact Hub de Madrid pour l’une et de Vienne (Autriche) pour l’autre.

Avec l’arrivée du gouvernement d’Alexis Tsipras la conjoncture s’est encore détériorée, l’instabilité politique venant se rajouter aux conséquences des politiques d’austérité. Pourtant la communauté de l’Impact Hub d’Athènes croît et embellit, avec 70 entrepreneurs, animée par une équipe salariée de 7 personnes (dont 2 à temps partiel). Les espaces de réunion et de co-working sont lumineux, chaleureux, recyclés et design. Au rez-de-chaussée on répare des vélos. Au sous-sol, une bibliothèque de BD internationales invite à la détente et à la créativité.

Alors qui sont les 70 membres de la communauté ?

Pour 90 % ils ont vécu et travaillé à l’étranger ou sont étrangers eux-mêmes. Parmi les entreprises, citons Dobios. C’est l’Uber des guides touristiques, une plateforme internet où tout Athéniens peut offrir des balades découvertes de la ville et de ses environs, culinaires, musicales, artistiques, sportives, … Son patron Alexandros Trimis récidive l’été 2014 et lance avec quatre nouveaux associés un service d’accueil à l’aéroport http://www.welcomepickups.com/ par des chauffeurs de taxi formés pour donner les premiers tuyaux sur la ville. Pas la peine, de se cramponner aux phrases suggérées par le « Routard ». Un accueil en toute sécurité, au forfait, le cas échéant, avec des services complémentaires, comme par exemple une carte SIM grecque.

Nannuka est une plate-forme fondée par trois mères de la blogosphère pour connecter les parents avec les professionnels qui les accompagnent depuis avant l’accouchement jusqu’à leur entrée à l’université : sages femmes, baby-sitters, cours particuliers, animateurs, centres de jeux créatifs, … Nannuka emploie aujourd’hui 22 personnes.

Pour son originalité, mentionnons aussi Filisia.

Filisia propose un dispositif de bulles colorées qui génèrent des sons quand on les touche, de la plus faible à la plus forte pression. Utilisé en musicothérapie, cela donne de bons résultats, notamment avec des handicapés incapables de contrôler leur force de frappe.

Les membres de l’Impact Hub Athènes sont enthousiastes, créatifs, gros travailleurs, mais au cours des jours précédents le référendum du 5 juillet ils se sont laissés gagner par l’inquiétude et la tristesse. Les discussions allaient bon train, pour comprendre les événements, y trouver un sens et pour essayer d’imaginer la suite, demain, en septembre, en 2016. Le fait est là : ils n’ont aucun rôle dans ce jeu qui se joue à Bruxelles et au gouvernement. En revanche, s’ils ne font pas ce qu’ils doivent faire – qui le fera ? Donc, malgré le cadre comptable mouvant, malgré l’instabilité à court et moyen terme, ils ont retrouvé leur détermination et vont de l’avant.

Incrediblue a le vent en poupe

Il y a deux ans, à Volos, j’ai rencontré Antonios Fiorakis, fondateur et CEO d’Incrediblue, une plateforme web qui met en lien propriétaires de bateaux et vacanciers désireux d’aller en mer. Ils étaient alors six dans l’aventure et validaient tout juste leur concept. Aujourd’hui Incrediblue emploie 18 personnes, dont la moitié dans leur bureau d’Athènes, ouvert cette année et pas encore dans ses propres murs. « En 2013 nous avons validé notre idée, en 2014 nous avons surtout appris. Nous avons affiné notre connaissance du marché, des envies des clients, dit Georgios Gatos, COO. Quand je regarde en arrière, je m’étonne des erreurs naïves que nous avons pu faire ! » Ainsi Incrediblue a exploré d’autres pays méditerranéens et a lancé une activité de location avec skipper/capitaine, voire avec conciergerie.

Ils ont aussi levé de nouveaux capitaux. Aux premiers 100 000 euros investis par OpenFund se sont rajoutés 500 000 par le même fond fin 2013, puis en janvier de cette année, 1,6 million d’euros par une association d’investisseurs menée par Connect Ventures (avec Seedcamp, Howzat Ventues, Firestartr et toujours OpenFund). Du coup, ils ont retravaillé leur business plan et ont pris une décision radicale : se concentrer exclusivement sur le marché du bateau avec skipper/capitaine. En avril 2015, ils se sont amputés de près de 60 % de leur chiffre d’affaires. Ils ont désormais un message unique : nous vous offrons une expérience en mer, peu importe si vous en avez la compétence. La cible : des voyageurs qui aiment les vacances actives en groupe ou en famille, qui louent un chalet à la montagne pour le ski, une villa au bord de la mer en été.

L’annonce du référendum et la possibilité d’un Grexit a semé la quasi panique dans l’équipe. Les discussions tournaient davantage sur « où vais-je émigrer ? » que pour savoir pourquoi telle client potentiel avait exploré toutes les possibilités offertes par leur site web sans conclure. Heureusement que la société mère est désormais un fond britannique !

Dossier Spécial Grèce

La Grèce innovante et sociale

La Grèce et ses jeunes entrepreneurs

Relire le reportage d’Annette Preyer en publié en 2013


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