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Paris 2015, Platon utopia

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Nouvelle de science-fiction mettant en scène la ville de Paris devenue le modèle utopique décrit par Platon dans La République. Quelle serait la vie dans une telle ville ? Voyage dans le futur...

21 mars 2015 : Bureau des Régulations - 08h33 : Quarante informaticiens, huit statisticiens, et trois mathématiciens examinaient les calculs des progiciels de la cité. Galnor, Grand Superviseur, responsable du Bureau des Régulations, avait du mal à dissimuler son impatience. L'analyse avait pris (...)

Nouvelle de science-fiction mettant en scène la ville de Paris devenue le modèle utopique décrit par Platon dans La République. Quelle serait la vie dans une telle ville ? Voyage dans le futur...

21 mars 2015 : Bureau des Régulations - 08h33 :

Quarante informaticiens, huit statisticiens, et trois mathématiciens examinaient les calculs des progiciels de la cité. Galnor, Grand Superviseur, responsable du Bureau des Régulations, avait du mal à dissimuler son impatience. L’analyse avait pris quarante-huit heures de retard. Le personnel recruté était-il réellement le meilleur ?

Le statisticien Marovitch brandit une feuille de calcul :
- "Nous sommes sûrs de nous. Notre ville ne doit compter que 5 000 âmes".

L’informaticien Legoff déposa sur la table le dernier document imprimé :
- "Nous détenons enfin le schéma final des répartitions professionnelles de la cité. Les grands travaux de construction ont été menés à terme. La muraille d’isolement entoure tout Paris, et les bâtiments de vie publique et commune sont terminés".

Galnor intervint :
- "Les maçons, charpentiers, détenteurs des savoirs de construction, sont à présent trop nombreux. Les trois-quarts devront quitter la ville. D’autres catégories présentent-elles aussi un surnombre ?

- Le nombre d’artisans, de techniciens et d’ingénieurs correspond aux besoins de la cité. Les deux mille gardiens pour la sécurité interne et externe de la ville seront prêts en trois ans. En revanche, le nombre de femmes pose problème. Elles représentent trente-deux pour cent de la population totale de la ville, et cela va augmenter.

- La phase III d’édification d’une cité saine ne peut commencer avec ces problèmes d’encombrements", compléta Galnor.

Sphère organique des dirigeants - 09h15 :

Galnor pénétra dans la sphère organique. Au fond, étaient éclairés trois longs tubes de verre contenant chacun un cerveau. Le Grand Superviseur enviait les trois dirigeants, devenus esprits, parvenus à la Sagesse suprême, la seule capable d’amener la cité dans la voie du Juste et de la Vérité, en se libérant de la soumission au corps et des désirs qu’il impose.

- "Ô sages hommes de vérité, les hommes de calcul ont établi que 5000 âmes devaient vivre dans la cité. Par quels moyens devons-nous expulser le surplus ?"

Le tableau lumineux, traducteur vocal des pensées de Paexidon, se mit à vibrer :
- "Des hommes inutiles à la cité deviendraient inoccupés. Leur oisiveté serait-elle juste par rapport à la vie active des autres ? Serait-il juste qu’ils reçoivent de la nourriture comme ceux qui œuvrent pour la ville saine. En notre cité, un nombre élevé de femmes est inacceptable. Leurs aspirations mènent à des rivalités qui dérangent les convenances et le sens de l’ordre".

La sonnerie d’un cor retentit, annonçant l’arrivée d’un gardien.

- "Gardien 1200, secteur H3".

- "Ta venue nous indique un problème, 1200, intervint Paexidon sans préambule. Parle".

- "Le secteur G3 ne réagit plus selon les convenances. Les esprits sont troublés".

- "Il ne serait pas bon que tu sois obligé d’en voir trop, et de devoir en parler. Conduis Galnor là-bas. Il saura nous rendre compte de ce qui se passe".

Secteur G3 - 10h01 :

Bien des dérèglements pouvaient toucher la cité tant que la phase III d’assainissement ne serait pas atteinte. Galnor, parvenu au secteur G3, tomba des nues. Une large brèche avait endommagé la fortification. L’extérieur avait envahi la cité, y introduisant mollesse et paresse.

Plus personne ne travaillait à la tâche que lui imputait le privilège de vivre dans la cité. Des couples discutaient, riaient, buvaient du vin. Les tenues vestimentaires étaient de toutes les formes, avec des couleurs hétéroclites. Des étrangers avaient pénétré dans la ville. De nombreux détails montraient l’ampleur des dégâts : une femme marchant en tenant le bras d’un homme, une autre tenant un bébé dans ses bras. Tout indiquait que le secteur G3 était contaminé.

Sphère organique des dirigeants - 11h23 :

- "Ô, heureux Paexidon, comme tu le conçois, ces comportements individualistes n’auraient pu exister si des gens extérieurs n’avaient franchi l’enceinte. Les gardiens ont laissé faire, et beaucoup plus inquiétant, se sont mêlés aux autres, pour rire et boire".

- "Tu as isolé le secteur ?"

- "Comme il se devait".

- "Nous devons agir au plus vite. En un premier temps, Grand Superviseur, découvre les causes de défaillance des gardiens".

Centre d’élevage 3 des gardiens - 11h52 :

Le Grand Superviseur pénétra avec ses cinq superviseurs dans le centre d’élevage n°3 duquel provenaient les gardiens des secteurs G à K. Ils longèrent les chambrées vitrées des bébés de 1 à 730 jours, pris dès le premier jour à leur procréatrice. Ainsi, la cité évitait le risque que le futur gardien ne soit affaibli par l’affectif.

Soudain, un des superviseurs découvrit que les bébés pouvaient se poser sur des couvertures, ou en entourer leurs corps nus.

Les nourrices apparurent bientôt. Galnor fut frappé par l’impudence de leurs regards. Elles examinaient les superviseurs avec défiance. L’une d’elles, plus craintive, s’échappa dans les salles de verre, et s’empara d’un bébé pour le serrer contre sa poitrine.

- "Que fais-tu femme ? As-tu perdu la raison ? Et vous autres, êtes-vous les nourrices auxquelles la cité a accordé sa confiance ?"

Galnor ne parvenait pas à dissimuler sa colère. Ce centre d’élevage n’avait-il jamais été contrôlé auparavant ?

Un des superviseurs empoigna la femme qui avait saisi un bébé :

- "Approches, toi. Ne crois-tu pas que les enfants sont assez gâtés comme cela par vos douceurs ? De quel droit prends-tu un futur gardien dans tes bras ?"

La femme se jeta aux pieds de Galnor :
- "Je vous en supplie. Laissez-moi le bébé. C’est le mien".

- "Quoi ! Que dis tu, parvint à articuler Galnor. Cet enfant, tu dis que tu en es la génitrice. Par la Justice, comment est-ce possible !"

Temple de Justice de la cité - 15h07 :

Paexidon présidait le tribunal. Jamais la cité n’avait été secouée par des troubles comportementaux aussi graves. Vingt personnes enchaînées se tenaient debout devant un parterre de dix autres assises et attentives.

- "Regardez, injustes, dit Paexidon, à quoi votre inconvenance a conduit. Par votre faute, vingt membres de la cité parmi les plus soucieux à remplir leurs tâches, sont enchaînés. Ils doivent juger votre inconduite, et aucun n’aurait accepté d’écouter ces atrocités sans y être obligés.

- Galnor, décris ce que tu as découvert".

- "Nous avons trouvé l’origine du désordre dans le centre d’élevage 3 des gardiens. Les nourrices ne respectaient pas les règles d’éducation. On a trouvé des berceuses et des livres proscrits dans la cité. Ce centre produit des gardiens trop faibles pour servir la cité".

Les juges prononcèrent la sentence sans vouloir en entendre plus :

- "Des hommes qui veulent vivre de façon juste dans une cité saine ne peuvent avoir les comportements que nous avons été obligés d’entendre. Ils doivent être mis hors de Paris".

Secteur G3 - 16h53 :

Les nourrices du centre d’élevage 3 et les âmes amollies du secteur G3 furent regroupées. Jeter ces gens hors de la cité aurait constitué une menace.

17h00 :
La bombe explosa, anéantissant toute vie dans le secteur.
La phase III pouvait commencer pour l’intérêt suprême de la cité.

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Date de création : 1950 Objectif : Organiser des échanges de correspondance entre des détenus et des personnes prêtes à leur apporter une écoute et un soutien moral (National). Activités : Créé en 1950, le Courrier de Bovet, du nom de sa fondatrice Madame de Bovet, est une association nationale loi 1901 qui propose aux détenus un accompagnement épistolaire afin de faciliter leur (ré)insertion (...)