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Elections européennes : Stop a l’irresponsabilité. Il est urgent de se tourner vers la société civile.

Claude Fischer et Philippe Herzog , le 4/06/2014

Place Publique publie la réaction de Philippe Herzog et de Claude Fischer après les résultats des Elections européennes, avec l’autorisation des auteurs*

*Présidente et Président fondateur de Confrontations Europe

« Vingt-cinq ans d’engagement quotidien pour construire l’Europe nous ont appris la beauté et la difficulté de la tâche. Les élections du 25 mai renforcent notre détermination, celle de nos amis de Confrontations Europe. Elles sont un signal que tous les Européens de bonne volonté doivent saisir impérativement.

Elles témoignent du trouble profond et du manque de responsabilité de nos sociétés et de leurs partis nationaux, et non d’un rejet de l’Europe. Les europhobes ont progressé mais les sondages confirment qu’une large majorité de nos concitoyens reste attachée à l’idée que nous avons besoin de l’Union pour faire face aux défis actuels. Par contre, l’ampleur de l’abstention souligne une désaffection et une négligence, et la baisse des partis de gouvernement – sauf dans quelques pays comme en Allemagne ou en Italie – le désarroi face à la médiocrité ou l’indigence de leur offre politique. Nous enrageons de voir le potentiel humain et civique être aussi étouffé par les carences de la représentation politique et, en sous-jacent, des systèmes éducatifs et informationnels nationaux.

La France apparait comme l’enfant malade de l’Europe. Le Front national en tête : c’est une honte autant que la confirmation de la crise de notre démocratie. Personne n’attendait vraiment de réponse de nos partis aux enjeux actuels de construction de l’Europe ; et malheureusement sur ce point et pour la plupart nous n’avons pas été déçus. Pire, au soir des résultats ils persévèrent. L’UMP en morceaux se hâte de s’interroger : comment se préparer à la présidentielle de 2017. Les grands medias font la mouche du coche et détournent l’opinion vers cet horizon. Le secrétaire général d’un Parti socialiste qui s’est contenté d’appeler à voter pour Martin Schulz, et que les électeurs ont violemment sanctionné, a le culot de continuer à faire de l’Union européenne le bouc émissaire des politiques d’austérité, et de ce fait, de la montée du Front national. Plus digne, le Premier ministre, choqué, reconnait la responsabilité des gouvernants successifs mais sans appeler à approfondir la réflexion. La décomposition de la représentation politique et la crise institutionnelle sont graves, et l’immaturité de la jeunesse et de la société appellent aussi l’attention. Nous envoyons au Parlement européen une vaste fournée de gens qui veulent détruire l’Union. Avec qui va travailler l’Allemagne ? Comment prétendre donner des leçons aux autres ? Même les candidats europhiles qui ont pu avoir accès à la parole médiatique n’ont pas su faire comprendre et aimer l’Union.

La grande nouveauté proposée aux électeurs, contribuer indirectement au choix du futur président de la Commission, est un échec. Les projets n’étaient pas là. La formule ne séduit pas et elle débouche sur l’indécision. Tant mieux. Faire appel au clivage gauche-droite, alors que l’Union repose sur la pluralité et l’esprit de coopération, alors qu’elle est si fragile, c’est un leurre dangereux. L’obsession gauche-droite est une paresse de l’esprit et une confusion entretenue entre démocratie nationale et démocratie européenne plurinationale. D’ailleurs celle-ci, qu’il faut certes conforter par la participation, vaut bien en l’état avec sa recherche de compromis, celle de nations comme la nôtre, où les postures exacerbent terriblement les divisions et l’irresponsabilité du public. Souhaitons que le Conseil soit sage et propose des hommes d’envergure et de responsabilité non partisans comme Michel Barnier ou Pascal Lamy, capables de coaliser les forces démocratiques sur une perspective. Car demain nous avons besoin d’une Commission réhabilitée et réformée pour servir l’intérêt général.

Cette Europe en danger de stagnation économique et de crise institutionnelle va plus que jamais avoir besoin de tous ceux qui dans la société civile sont engagés. Les partis et leurs élus doivent impérativement se tourner vers eux pour affronter les défis, éduquer et impliquer les jeunes et les citoyens. Dans l’immédiat mobilisons les Européens de bonne volonté pour que les institutions communautaires adoptent un plan d’action ciblant sans détours les grands chantiers : construire les fondations et les moteurs d’investissement pour mobiliser les sociétés vers la formation, l’emploi et une croissance durable. Briser la fragmentation dont sont victimes de nombreux pays d’Europe notamment au Sud et à l’Est. Renforcer l’eurozone mais aussi l’Union à 28 par un nouvel acte d’intégration du grand marché, une politique extérieure, des solidarités nouvelles.

Ces tâches exigent la participation. Celle-ci exclut toute complaisance envers une représentation nationale abimée, au contraire elle nécessite une détermination sans faille pour les réformes. Elle fait plus que jamais appel à une volonté ardente d’entente nationale et européenne ».

* * Ce texte est paru sur le site de Confrontations Europe http://www.confrontations.org


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