A TRAITER - S’informer

L’appel des Assises du journalisme

diminuer augmenter Bookmark and Share
Au moment où l'on dénonce la toute-puissance des médias, le journalisme n'a jamais paru aussi fragile. Libertés bafouées à travers le monde, pressions économiques, précarité croissante, bouleversement technologique, et surtout défiance grandissante d'une majorité de citoyens envers l'information qu'on leur propose. Les journalistes et les organisations professionnelles, réunis lors de leurs Premières Assises du 7 au 9 mars à Lille et Arras, affirment leur volonté d'associer les citoyens à la réflexion (...)

Au moment où l’on dénonce la toute-puissance des médias, le journalisme n’a jamais paru aussi fragile. Libertés bafouées à travers le monde, pressions économiques, précarité croissante, bouleversement technologique, et surtout défiance grandissante d’une majorité de citoyens envers l’information qu’on leur propose.

Les journalistes et les organisations professionnelles, réunis lors de leurs Premières Assises du 7 au 9 mars à Lille et Arras, affirment leur volonté d’associer les citoyens à la réflexion sur le rôle de l’information dans la société.

Dans le flot de nouvelles et d’images qui nous inondent chaque jour, comment restaurer la crédibilité d’une information ? Pour nous, la première urgence est de redéfinir devant l’opinion les droits et les devoirs des journalistes.

Parmi les pistes retenues lors de ces Assises, les journalistes ont décidé de privilégier les objectifs suivants :
- Réaffirmer qu’une information de qualité nécessite du temps et des moyens.
- Reconnaître le droit des rédactions dans les entreprises de presse (sociétés de journalistes, reconnaissance juridique de l’équipe rédactionnelle).
- Instaurer une formation tout au long de la carrière.
- Mettre en œuvre enfin les outils qui peuvent contribuer à la restauration de la confiance avec les citoyens (médiateurs, conseil de presse, etc.).

Sans attendre, les journalistes et les organisations s’engagent solennellement à élaborer une charte d’éthique commune à toute la profession. Inspirée des textes existants en France et en Europe, elle définira les droits et les devoirs des journalistes, aux fins d’être annexée à la Convention collective des journalistes. Les journalistes ont l’intime conviction que c’est là l’intérêt des citoyens, des journalistes et des éditeurs de médias. De la démocratie.

(Lille, le 9 mars 2007)

Sites :
- www.assisesdujournalisme.com (site officiel)
- http://blog.assisesdujournalisme.com (blog des étudiants de l’ESJ de Lille)

Quelles mesures envisager pour assurer une information de qualité et des médias responsables ? Les partis politiques répondent

diminuer augmenter Bookmark and Share
Quelles mesures envisager pour assurer une information de qualité et des médias responsables ? Les partis politiques répondent. Le système médiatique a développé depuis plus de vingt ans des pratiques et des comportements qui conduisent à des dérives importantes, mettant en cause la crédibilité des médias et des journalistes. Inexactitudes, mensonges, tromperies, mise en spectacle de l'information au détriment des questions réelles qui se posent aux Français, atteintes à la vie privée des personnes, (...)

Quelles mesures envisager pour assurer une information de qualité et des médias responsables ? Les partis politiques répondent.

Le système médiatique a développé depuis plus de vingt ans des pratiques et des comportements qui conduisent à des dérives importantes, mettant en cause la crédibilité des médias et des journalistes. Inexactitudes, mensonges, tromperies, mise en spectacle de l’information au détriment des questions réelles qui se posent aux Français, atteintes à la vie privée des personnes, etc. La qualité de l’information est nécessaire à la qualité du débat politique et au bon fonctionnement de la démocratie. Elle ne peut être assurée qu’en favorisant les comportements responsables parmi les journalistes et dans les médias.

Des chartes déontologiques existent chez certains d’entre eux, une douzaine de médiateurs ont été nommés dans des quotidiens, des hebdomadaires, et dans l’audiovisuel public. Mais l’expérience montre que l’autodiscipline des journalistes et des médias a ses limites. Du « réseau pédophile » d’Outreau à l’affaire Alègre-Baudis, de la campagne présidentielle 2002 à la crise des banlieues 2005, de l’affaire Abderazak Besseghir, le « bagagiste de Roissy », à celle dite du « RER D », on voit bien que le dispositif d’auto-régulation est insuffisant pour limiter les bavures et les emballements médiatiques.

Nous avons interrogé, en janvier et février 2007, six responsables politiques des principaux partis (PCF, Verts, PS, UDF, UMP, FN), proches des candidats à l’élection présidentielle. Les entretiens ont été menés par Yves Agnès, ancien rédacteur en chef au Monde, ancien directeur général du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes. Les questions étaient les mêmes pour tous. Les interviews sont publiées in extenso sur ce site. Elles concernent les dispositifs structurels à mettre en place, par les pouvoirs publics ou encouragés par eux, pour améliorer les pratiques déontologiques des journalistes et des médias et favoriser une relation de confiance entre eux et les citoyens.

Les partis politiques ont explicité d’abord la manière dont ils abordent ces questions, puis précisé leurs positions sur sept points.
- La nécessité d’une charte déontologique nationale acceptée par tous (patrons de médias et journalistes).
- La création d’une instance d’éthique de l’information (médiateur national, commission nationale, conseil de presse, etc.), maintes fois proposée depuis plus d’un siècle et toujours repoussée.
- Le développement de postes de médiateurs pour tous les médias « d’information générale et politique ».
- La reconnaissance par la loi du rôle, dans chaque entreprise, de la collectivité des journalistes à côté des actionnaires.
- La nécessité d’une formation minimale au droit et à la déontologie pour l’obtention de la carte professionnelle.
- Le mode de désignation du Conseil supérieur de l’audiovisuel.
- L’ouverture aux citoyens de la Commission paritaire des publications et agences de presse (composée de représentants des syndicats d’éditeurs et des ministères concernés), qui sélectionne les journaux pouvant obtenir les aides publiques à la presse.

Un tableau synoptique des réponses, simplifiées, à ces sept questions permet une comparaison des positions.

A lire également sur le site de l’Alliance internationale de journalistes le détail des réponses de chaque parti :
- PCF
- Verts
- PS
- UDF
- UMP
- FN

Télévision du monde

diminuer augmenter Bookmark and Share
Un forum est organisé le 3 mars à Namur pour rassembler toutes personnes intéressées par le projet (voir programme sur le site). 1. Contexte Au début de l'été 2004, Patrice Le Lay, patron de TF1 a déclaré : « le métier de ma chaîne de télévision est de vendre à Coca-Cola "du temps de cerveau humain disponible" »... Compte tenu de ce que la télévision est le média le plus présent et le plus utilisé dans les foyers, se poser la question de l'opportunité d'une autre approche de la communication télévisée (...)

Un forum est organisé le 3 mars à Namur pour rassembler toutes personnes intéressées par le projet (voir programme sur le site).

1. Contexte

Au début de l’été 2004, Patrice Le Lay, patron de TF1 a déclaré : « le métier de ma chaîne de télévision est de vendre à Coca-Cola "du temps de cerveau humain disponible" »...
Compte tenu de ce que la télévision est le média le plus présent et le plus utilisé dans les foyers, se poser la question de l’opportunité d’une autre approche de la communication télévisée semble important et... nécessaire !
Evaluant ensuite le contexte international avec les inquiétudes relatives à la mondialisation, à l’énergie, à la solidarité, à la paix, au réchauffement climatique, à la détérioration des conditions de vie, à l’approfondissement du fossé Nord-Sud... l’idée d’envisager un média qui puisse devenir « la voix de tous ceux qui portent le rêve d’un autre monde » est née.
Projet innovant, à finalité non lucrative et dont l’objet social se distingue de ceux des médias actuellement présents dans le paysage télévisuel de la Communauté française de Belgique (télévisions locales, télévisions généralistes privées ou publiques, chaînes thématiques ou à péage), « Télévision du Monde » peut se définir comme suit...

2. Définition et Objectif

Télévision du Monde est une chaîne de télévision axée sur trois pôles majeurs :
- l’information,
- l’éducation,
- la promotion des mobilisations citoyennes, d’associations ou d’Etats pour la démocratie et l’épanouissement des peuples.

Son objectif est de soutenir toute démarche de prise de conscience des enjeux du monde actuel et d’engagement à les résoudre par la voie démocratique. Elle cherche donc à valoriser toute initiative citoyenne, individuelle ou collective, tendant à mieux garantir le respect des droits de l’homme, des conditions du développement durable équitablement réparties, de la solidarité, de la justice et de la paix.

L’information :
Télévision du Monde accompagne l’évolution de l’actualité relative à son objet et diffuse ces informations, au sein d’un magazine ou d’un journal télévisé, comme éditeur de service. Personne morale, elle assure la responsabilité éditoriale de sa chaîne de télévision.

L’éducation :
En dehors de la production ou de la coproduction et de la diffusion de programmes destinés à la formation du public via des séquences consacrées à la culture, à la rencontre d’acteurs sociaux ou encore à l’organisation de grands débats, Télévision du Monde constitue l’archivage de ses programmes au profit des réseaux de formation et des autres Télévisions du Monde qui auront accès aux émissions.

La promotion des mobilisations citoyennes, d’associations ou d’Etats :
Télévision du Monde produit ou coproduit et diffuse des programmes destinés à la valorisation des initiatives originales, porteuses de réflexion et de changement via des reportages et des rencontres avec leurs auteurs. Enfin, toujours dans le cadre de la promotion de ces mobilisations, Télévision du Monde organise une manifestation annuelle pour la reconnaissance de la qualité d’oeuvres audiovisuelles concernant l’une des matières liées à ses objectifs.

3. Un concept mobilisateur et un apport social important

La création d’une plate-forme de communication dynamique, permanente et indépendante des organisations sur le plan éditorial ainsi que sa mise à la disposition des acteurs du changement sont une plus-value significative.

Média alternatif et ouvert à tous les publics, Télévision du Monde se positionne pour redonner aux téléspectateurs le goût du « savoir libre », pour privilégier le contenu par rapport au contenant tout en construisant une image vivante ainsi que des émissions séduisantes.

L’originalité de la démarche repose donc sur la nouveauté du concept dans le secteur de la communication mais aussi sur la mobilisation culturelle qu’elle peut engendrer tant au niveau belge qu’au niveau international.

Dans ce sens, Télévision du Monde ambitionne de rassembler toutes les associations et tous les citoyens engagés dans l’action pour les droits de l’homme, la solidarité, le développement durable, le commerce équitable, les relations Nord-Sud... Elle sollicitera la participation de ces derniers tant sur ses plateaux de télévision que dans ses structures de reconnaissance et de fonctionnement.

4. L’inscription dans un réseau international

Télévision du Monde adhérera au futur réseau qu’elle suggérera lors d’une réunion internationale et qui adoptera une plate-forme des Télévisions du Monde. En effet, la dynamique du projet transcende les frontières et peut rayonner sur les cinq continents...

A cette fin, l’association porteuse du projet Télévision du Monde en Communauté française de Belgique prend l’initiative de la création du réseau des Télévisions du Monde qui permettra de produire, coproduire, échanger et diffuser tout programme pour agir en commun et solidairement, tant dans les pays respectifs qu’au niveau européen et international.

LES SIGNATAIRES
- Paul WATTECAMPS. Réalisateur, concepteur du Projet « Télévision du Monde ».
- Pierre GALAND. Sénateur.
- André SERVAIS. Avocat.
- Jean-Jacques JESPERS. Journaliste, professeur.
- Josy DUBIÉ. Journaliste, sénateur.
- Julos BEAUCARNE. Poète et chanteur.
- Raphaël GÖBBELS. Editions L.-H. FRANCE
- Riccardo PETRELLA. Professeur.
- Arnaud ZACHARIE. Directeur de recherche au CNCD.
- Benoît DERENNE. Directeur de la Fondation pour les Générations Futures.

Site : www.televisiondumonde.be

Une action pour favoriser la création d’un Conseil de presse en France

diminuer augmenter Bookmark and Share
Un groupe de journalistes, soucieux de l'avenir de leur profession confrontée à une grave crise de crédibilité, a décidé de réfléchir à la faisabilité d'un Conseil de presse en France, en créant en décembre 2006 l'Association de préfiguration d'un Conseil de presse (APCP). Un Conseil de presse, instance de médiation sur le modèle existant en de nombreux pays démocratiques, pourrait se saisir des doléances des lecteurs, du public ou des journalistes eux-mêmes, victimes directes ou personnes désireuses de (...)

Un groupe de journalistes, soucieux de l’avenir de leur profession confrontée à une grave crise de crédibilité, a décidé de réfléchir à la faisabilité d’un Conseil de presse en France, en créant en décembre 2006 l’Association de préfiguration d’un Conseil de presse (APCP).

Un Conseil de presse, instance de médiation sur le modèle existant en de nombreux pays démocratiques, pourrait se saisir des doléances des lecteurs, du public ou des journalistes eux-mêmes, victimes directes ou personnes désireuses de dénoncer les dérives de la profession. Il étudierait ces litiges, en interrogeant aussi les médias mis en cause. Puis il publierait des avis sur son site Internet et, idéalement, par les médias ou autres moyens d’information acceptant de jouer le jeu de la transparence. Le Conseil de presse ne serait ni un tribunal ni un « conseil de l’ordre » professionnel, mais bien plutôt une plateforme publique de réflexion, de débat et de propositions sur l’éthique du métier, à partir de cas concrets et pas seulement dans les discussions des colloques.

La légitimité d’une telle instance sera fondée sur la qualité et la rigueur de son travail mais surtout sur sa nécessité. En démocratie, le socle de la confiance, c’est : pas de liberté sans responsabilité, pas de pouvoir sans contre-pouvoir. Or, nombre de dérives journalistiques (affaire Grégory, Timisoara, scandale d’Outreau, bidonnages, atteintes à la vie privée, non-respect de la présomption d’innocence, mais aussi publicités clandestines, omissions et inexactitudes quotidiennes...) échappent aux sanctions. Les recommandations et engagements formulés par les médias après différents scandales n’ont pratiquement jamais d’effet.

Ni les politiques, ni les éditeurs, ni les journalistes dans leur ensemble, n’étaient favorables jusqu’à ce jour à une instance de médiation. Mais la demande croissante du public pour plus de transparence et d’équité dans les pratiques journalistiques pourrait faire évoluer les choses.

L’Association de préfiguration d’un Conseil de presse se propose d’étudier, en l’expérimentant, la validité de la démarche, afin de préparer l’éclosion d’un tel Conseil de presse. Ses fondateurs invitent tout journaliste mais aussi lecteur/citoyen, sociologue, juriste ou autre expert, sensibles aux enjeux démocratiques de la qualité de l’information, à les rejoindre.

Les journalistes à l’origine du projet sont réunis au sein de l’Alliance internationale de journalistes, créée avec la Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme et soutenue par elle. L’APCP est basée à l’EMI-CFD (Ecole des métiers de l’information). Les critères de qualité de l’information qui serviront à l’analyse des dossiers qui seront examinés à titre expérimental par l’APCP seront extraits des différentes chartes déontologiques existantes, de diverses réflexions en cours, ainsi que des travaux d’auteurs ayant étudié la question.

Une réunion d’information est organisée le 16 janvier à 17 h, à l’EMI-CFD, 7-9 rue des Petites Ecuries, Paris 10e. Toute personne intéressée à s’investir dans ce projet est invitée.

- Président : Yves Agnès, ancien journaliste au Monde, auteur de Le grand bazar de l’info ; pour en finir avec le maljournalisme, Michalon, 2005.
- Secrétaire : Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste, enseignant, auteur de L’information responsable ; un défi démocratique, ECLM, 2006.
- Dossier de presse et contact : Manola Gardez (tél. : 01 43 14 75 75) manolag gmail.com

Déclaration finale de la première session des Etats Généraux pour le pluralisme

diminuer augmenter Bookmark and Share
Lire l'appel : Etats généraux pour une information et des médias pluralistes POUR DES MÉDIAS SOUSTRAITS À L'EMPRISE DES POUVOIRS ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES Plus de 150 associations, syndicats, médias associatifs, soutenus par de nombreuses forces politiques, ont appelé, dès octobre 2005, à des Etats généraux pour une information et des médias pluralistes. Une première session nationale des États Généraux s'est tenue à la Bourse du travail de Saint-Denis le samedi 30 septembre 2006. A quelques mois de (...)

Lire l’appel : Etats généraux pour une information et des médias pluralistes

POUR DES MÉDIAS SOUSTRAITS À L’EMPRISE DES POUVOIRS ÉCONOMIQUES ET POLITIQUES

Plus de 150 associations, syndicats, médias associatifs, soutenus par de nombreuses forces politiques, ont appelé, dès octobre 2005, à des Etats généraux pour une information et des médias pluralistes. Une première session nationale des États Généraux s’est tenue à la Bourse du travail de Saint-Denis le samedi 30 septembre 2006.

A quelques mois de l’élection présidentielle et des élections législatives, nous en appelons aux mouvements syndicaux, associatifs et politiques, aux mouvements d’éducation populaire, à toutes celles et à toux ceux qui entendent résister à l’information et à la culture mercantiles, pour qu’ils soumettent au débat démocratique nos exigences et que les candidats prennent des engagements précis sur nos propositions.

Sans anticiper sur l’adoption d’une plate-forme soumise à tous les participants lors d’une prochaine session des Etats Généraux, les associations, syndicats et médias associatifs signataires ayant contribué à la tenue de cette première session, livrent au débat les pistes suivantes sans préjuger des discussions ultérieures.

Pour garantir les droits d’informer et les droits à l’information contre toutes les tentatives politiques et économiques de les confisquer.

Des dispositions doivent être prises contre les effets conjoints de la concentration et de la financiarisation des médias, qui menacent non seulement la pluralité des médias et l’existence de certains d’entre eux, mais aussi l’expression du pluralisme des informations et des opinions. S’imposent en particulier : un renforcement de la législation anti-concentration ; une refondation des aides publiques à la presse, pour que celles-ci bénéficient prioritairement aux médias sans but lucratif, aux médias d’information généraliste et à faibles ressources publicitaires.

Des dispositions doivent être prises pour que les médias soient soustraits aux pressions et aux chantages du pouvoir politique, national ou local, ainsi qu’aux appétits financiers et aux options éditoriales de leurs propriétaires. S’imposent en particulier : l’interdiction pour des groupes bénéficiant de marchés publics de posséder des entreprises médiatiques ; la création d’une nouvelle instance de régulation des médias qui, démocratique celle-là, doit se substituer au CSA ; l’attribution de nouveaux droits collectifs aux rédactions et aux syndicats des salariés des entreprises médiatiques.

Pour préserver et développer le service public de l’audiovisuel.

Le secteur public de l’audiovisuel doit être en mesure de remplir ses fonctions de service public. Son animation et sa gestion doivent être largement démocratisées. Sa créativité doit être libérée des enjeux commerciaux qui l’incitent à se battre avec les mêmes armes, les mêmes programmes que les médias privés. A cette fin, il doit bénéficier d’un financement indépendant de la publicité à la hauteur de ses missions et de garanties démocratiques qui le soustraient au chantage politique des gouvernants.

Non seulement toute nouvelle privatisation d’une chaîne publique doit être impérativement écartée, mais un coup d’arrêt doit être porté à la privatisation des activités du secteur public et à la réduction progressive de son périmètre. Il faut au contraire que le service public reconquière toutes ses capacités d’innovation, de production et de diversification. La concession des chaînes privées à des groupes dépendants de marchés publics doit cesser. La déprivatisation de TF1 doit être mise en débat. Le secteur public doit être constitué en pôle public des médias (incluant l’AFP), et pouvoir trouver dans les médias sans but lucratifs des partenaires privilégiés.

Pour favoriser l’essor des médias associatifs et doter les médias à but non lucratif du statut et des moyens dont ils ont besoin.

Les revendications des médias du tiers secteur, consignées dans l’Appel de Marseille, doivent être satisfaites : leur représentation dans toutes les instances concernant les médias ; la pleine reconnaissance professionnelle des personnes contribuant à les faire vivre. Pour les radios associatives : le renforcement et la démocratisation du Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER) ; la protection du quota des fréquences associatives (30%). Pour les télévisions associatives : l’extension du FSER pour qu’elles en bénéficient, notamment par une augmentation du montant et de l’assiette de la taxe sur la publicité qui l’alimente ; un quota équitable de fréquences hertziennes aux plans local, départemental, régional et national. Pour la presse écrite et l’édition indépendante et sans but lucratif : des aides spécifiques à la diffusion et la révision des conditions d’accès aux points de vente ; l’extension et la reventilation des aides publiques à la presse, afin qu’elles en bénéficient équitablement. Pour l’internet solidaire et non marchand : le retrait de la Loi de confiance dans l’économie numérique (LCEN), attentatoire à la vie privée et à la liberté d’expression ; la levée de toutes les entraves à la libre circulation des contenus dans le respect des droits humains et des droits d’auteur ; la promotion des logiciels libres et des formats ouverts, avec des aides spécifiques pour la formation à ces outils.

Pour défendre et développer la diversité de l’information et de la culture, étendre les droits des créateurs et renforcer les moyens de la création.

Les pouvoirs publics doivent garantir le droit des citoyens d’informer et d’être informés, indépendamment des audiences moyennes évaluées en fonction de critères strictement marchands, au mépris de la diversité des publics, des obligations des journalistes et de la qualité de l’information. Parmi les mesures qui iraient en ce sens : une nouvelle autorité de régulation des médias, de nouveaux droits pour les journalistes, les documentaristes et les associations, le renforcement du secteur public et du Tiers secteur associatif.

Ce qui est vrai de l’information l’est également de la culture. Les conditions de production et de diffusion des œuvres documentaires et culturelles dans les médias doivent être modifiées. Un Projet de loi pour les intermittents doit être voté conformément aux propositions du Comité du Suivi.

Pour doter les journalistes et, plus généralement, les producteurs d’information indépendants de nouveaux droits, pour leur assurer des conditions de travail à la mesure de leur rôle.

La Charte des droits et devoir des journalistes et la Charte de Munich doivent être reconnues et respectées par l’ensemble des journalistes, par les propriétaires des médias, par les directions des rédactions, par les pouvoirs publics. Elles doivent être intégrées à la Convention Collective Nationale de Travail des Journalistes.

Les producteurs de l’information, qu’ils soient ou non des journalistes professionnels, qu’ils travaillent pour des entreprises médiatiques ou pour des associations, ne peuvent assurer leur responsabilité sociale quand ils exercent leurs activités dans des conditions précaires et sans droits collectifs garantis.

C’est pourquoi doivent être obtenus : la pleine reconnaissance professionnelle des personnes qui font vivre les médias associatifs ; le respect des droits existants pour tous les journalistes, notamment la protection de leurs sources ; l’application de toutes les dispositions légales et conventionnelles concernant les pigistes ; la résorption des emplois précaires. Chaque équipe rédactionnelle doit être dotée d’une personnalité juridique qui assure son indépendance vis à vis des propriétaires et/ou des actionnaires.

Conclusions provisoires

Pour remplir leur fonction démocratique, les médias doivent être soustraits à l’emprise des pouvoirs économiques et politiques. Or ce n’est manifestement le cas ni des médias privés, ni des médias publics. Les logiques financières qui prévalent dans les premiers ont désormais gagné les seconds. Les pouvoirs publics, loin de garantir l’égalité du droit d’accès aux médias, le pluralisme de l’information et l’indépendance des journalistes, laissent faire et se contentent d’un pluralisme de façade. Il est urgent que cela change.


Liste des signataires (sauf omission), Lundi 2 octobre 2006

Action-Critique-Médias (ACRIMED), Association pour la Coopération des radios libres (Corali), Association der Cyberjournaliste (ACJ), Fédération Nationale des Vidéos de Pays et de Quartier (FNVDPQ), Information impartiale et pluraliste, Les pieds dans le Paf, Metazone, Observatoire français des médias (OFM), Syndicat National des Journalistes (SNJ), Syndicat National des Journalistes (SNJ-CGT), Sud Culture Solidaires, Zalea TV.

Des mesures pour refonder l’information

diminuer augmenter Bookmark and Share
[La] "réhabilitation des journalistes est un combat qu'eux-mêmes doivent mener, avec le soutien de la partie du public apte à s'engager dans cette voie". Ce voeu, Yves Agnès le fait à haute et distincte voie dans son livre "Le grand bazar de l'info" (Editions Michalon). Fort de ses 35 années de journalisme (1), Yves Agnès, aujourd'hui en retraite, ne se prive pas de stigmatiser les nombreuses dérives auxquelles la presse s'expose : marchandisation à outrance, copinages, inexactitudes, déformations, (...)

[La] "réhabilitation des journalistes est un combat qu’eux-mêmes doivent mener, avec le soutien de la partie du public apte à s’engager dans cette voie". Ce voeu, Yves Agnès le fait à haute et distincte voie dans son livre "Le grand bazar de l’info" (Editions Michalon).
Fort de ses 35 années de journalisme (1), Yves Agnès, aujourd’hui en retraite, ne se prive pas de stigmatiser les nombreuses dérives auxquelles la presse s’expose : marchandisation à outrance, copinages, inexactitudes, déformations, manipulation, clonage de l’information... Stigmatiser... mais aussi regretter cette situation qui ne peut que discréditer et menacer une profession pourtant essentielle à l’épanouissement de la démocratie.
Et c’est bien au nom de cette conviction qu’Yves Agnès, refusant d’abdiquer face aux lois du marché et "au triomphe de la médiocrité", propose une série de mesures pour refonder une information au service des citoyens.

Ces mesures, les voici :
- Multiplier les médiateurs : "les médiateurs peuvent avoir une heureuse influence sur la qualité de l’information comme sur les réflexes déontologiques des journalistes et de leur hiérarchie".
- Rédiger une charte nationale : "un nouveau code déontologique, accepté par l’ensemble de la profession, constituerait une référence solide sur laquelle pourraient s’appuyer aussi bien les journalistes eux-mêmes que les entreprises médiatiques, les pouvoirs publics, les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs "consommateurs" d’information".
- Réviser la loi de 1935 (loi relative au statut professionnel des journalistes) : "la loi du 29 mars 1935 doit être actualisée, en tenant compte des bouleversements qu’a connus l’univers médiatique depuis 70 ans".
- Reconnaître la responsabilité des journalistes : "il faut rééquilibrer le "pouvoir du capital" (public ou privé) par une forme de "pouvoir rédactionnel"".
- Créer une commission nationale d’éthique : "instituer une instance de contrôle et la rattacher à un organisme légal et légitime de la profession, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels [...]. [Cette instance] comprendrait des représentants des organisations patronales et de salariés des différents types de médias, mais aussi des représentants de l’Etat, des universitaires, des magistrats, ainsi que des personnes qualifiées de la "société civile" et de la profession journalistique".
- Proposer une formation de base : "[...] une formation minimale sur les "fondamentaux" des comportements journalistiques doit être rendue nécessaire pour l’attribution de la carte professionnelle".
- Créer un lieu fédérateur : "il manque à cette profession un lieu de rassemblement, de rencontres, d’études, de débat, accepté par tous".

Yves Agnès tire un signal d’alarme et prévient : "Notre profession va se réveiller avec une belle gueule de bois à force d’accepter des breuvages frelatés". Pour ne pas en arriver à cet extrême, prenons aux mots le sociologue des médias Jean-Marie Charron, préfacier de ce livre : [...] "il manque d’idées, de réflexions, d’espaces de critique pour que se conduise un débat public permanent sur les conditions de production de l’information".

(1) Yves Agnès a été rédacteur en chef au Monde, chef de rédaction à Ouest France et directeur général du CFPJ (Centre de formation et de perfectionnement des journalistes).

Forum des sociétés de journalistes

diminuer augmenter Bookmark and Share
27 septembre 2005. Le Forum permanent des sociétés de journalistes vient d'être créé. Cette association rassemble les sociétés de journalistes de treize titres de presse nationaux. Pour les quotidiens, Le Figaro, Libération, Le Monde, La Tribune, L'Equipe ; pour les hebdomadaires, L'Express, L'Expansion, Le Journal du Dimanche, Le Nouvel Observateur, Le Point, Marianne, Télérama et un mensuel, Sciences et Avenir. Au total, le Forum représente près de 2000 journalistes et il est ouvert à toutes les (...)

27 septembre 2005. Le Forum permanent des sociétés de journalistes vient d’être créé. Cette association rassemble les sociétés de journalistes de treize titres de presse nationaux. Pour les quotidiens, Le Figaro, Libération, Le Monde, La Tribune, L’Equipe ; pour les hebdomadaires, L’Express, L’Expansion, Le Journal du Dimanche, Le Nouvel Observateur, Le Point, Marianne, Télérama et un mensuel, Sciences et Avenir. Au total, le Forum représente près de 2000 journalistes et il est ouvert à toutes les autres sociétés de journalistes qui souhaiteront le rejoindre. A la fois organe de coordination, de solidarité et de propositions entre des représentants élus des rédactions, l’objet de l’association est le suivant :

« Le Forum des Sociétés de journalistes a pour objet de permettre la réflexion et la concertation des Sociétés de journalistes ou de rédacteurs légalement constituées afin de défendre l’indépendance des rédactions, le pluralisme de la presse d’information, le respect des règles déontologiques et de prendre toutes initiatives rentrant dans son objet. »

La création du Forum des Sociétés de journalistes intervient à une période où la presse d’opinion et d’information va mal : érosion lente mais continue du lectorat, régression sévère et durable des recettes publicitaires, essor d’Internet et des gratuits, difficultés récurrentes de diffusion qui amplifient le mouvement de concentration capitalistique dans ce secteur.

L’avenir de la presse repose sur sa crédibilité et son aptitude à préserver et à renforcer son indépendance vis à vis de tous les pouvoirs. C’est la première exigence d’un lectorat adulte. Au sein des journaux, ce sont les Sociétés de journalistes -là où elles existent- qui remplissent cette mission et garantissent la diffusion d’une information indépendante. D’où la nécessité d’organiser et de fédérer leurs efforts.

Alors que se multiplient les commissions de réflexion et les rapports d’experts, il est préoccupant de constater que la voix des rédactions est absente dans un débat souvent confisqué par les responsables politiques et les patrons d’entreprises de presse. Ce déséquilibre exige une réaction rapide et appropriée de la part des journalistes afin les lecteurs disposent d’une information pluraliste essentielle au bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. L’entreprise de presse n’est pas une entreprise comme les autres. Le Conseil constitutionnel a lui-même reconnu au pluralisme de la presse d’information politique et générale, le rang d’objectif de valeur constitutionnelle.

Dans ce contexte, le Forum permanent des sociétés de journalistes entend concentrer son action sur deux terrains privilégiés :
- aux pouvoirs publics français, nous demandons la création d’un cadre juridique garantissant aux sociétés de journalistes la présence des représentants élus des rédactions au sein des instances de décision et de contrôle (Conseil d’administration et de surveillance).
- Les Sociétés de journalistes doivent disposer d’un droit de veto sur le choix de leurs directeurs.
- Elles doivent aussi pouvoir s’appuyer sur des Chartes déontologiques librement établies et auxquelles les actionnaires sont instamment priés de souscrire. Les sociétés de journalistes sont les garants naturels de ces dispositifs qui renforceront demain à la fois l’indépendance et la crédibilité de nos titres tout en renforçant leur vitalité économique. La première mission du Forum sera de rédiger une charte de déontologie que chaque SDJ pourra faire adopter.
- Aux responsables européens, nous demandons l’adoption de mesures afin de préserver, au niveau de l’Union, une exception européenne et encadrer un marché fortement concurrentiel, soumis aux pressions d’une société mondialisée. A l’instar de la résolution adoptée le 22 avril 2004 par le Parlement européen, nous demandons ainsi à la Commission de présenter, dans le respect de ses compétences, une proposition de directive sur la sauvegarde du pluralisme des médias en Europe.

Le bureau du Forum des Sociétés de journalistes est composé de : François Malye (Le Point), Président, Armelle Héliot (Le Figaro), Secrétaire générale, François Bazin (Le Nouvel Observateur), Trésorier, Marie Béatrice Baudet (Le Monde), Vittorio de Filippis (Libération).

Contact :
Forum des Société de journalistes
10/12 Place de la Bourse, Paris 75002
Mail : forumsdj free.fr

Le peuple jadis connu sous le nom d’audience

diminuer augmenter Bookmark and Share
Le peuple connu sous le nom d'audience souhaiterait vous informer, vous les médias, de son existence, ainsi que de la passation de pouvoir qui accompagne ce changement de support médiatique. Pensez aux passagers de votre bateau qui possèdent désormais leur propre embarcation. Ces lecteurs écrivains, ces spectateurs qui se saisissent d'une caméra. Ces auditeurs autrefois atomisés qui, au prix d'un modeste effort, se connectent les uns aux autres et obtiennent ainsi un moyen de parler au monde (...)

Le peuple connu sous le nom d’audience souhaiterait vous informer, vous les médias, de son existence, ainsi que de la passation de pouvoir qui accompagne ce changement de support médiatique.

Pensez aux passagers de votre bateau qui possèdent désormais leur propre embarcation. Ces lecteurs écrivains, ces spectateurs qui se saisissent d’une caméra. Ces auditeurs autrefois atomisés qui, au prix d’un modeste effort, se connectent les uns aux autres et obtiennent ainsi un moyen de parler au monde entier.

Nous comprenons que, confrontés à de telles déclarations, les médias crient sur les toits, au nom de la raison : "Si tout le monde parle, alors qui restera-t-il pour écouter ? Pourriez-vous nous le dire ?"

Le peuple jadis connu sous le nom d’audience ne croit pas que ce problème - trop d’orateurs - en soit vraiment un. Et maintenant, pour ceux de votre entourage qui se demanderaient encore qui nous sommes, voici à quoi pourrait ressembler une définition formelle :

Le peuple jadis connu sous le nom d’audience est constitué de ceux qui étaient situés à l’extrémité réceptive de ce système médiatique unilatéral - dans son schéma de diffusion - aux coûts d’entrée élevés et où quelques firmes se faisaient concurrence pour crier plus fort que les autres. Et ce tandis que le reste de la population écoutait, isolés les uns des autres.

- Autrefois, vous aviez les imprimeries. Il y a désormais ce support modeste, les blogs, qui nous a donné des imprimeries à tous. C’est d’ailleurs pour cela que l’on a appelé les blogs “des petites machines à Premier amendement” (“little First Amendment machines”) : ils étendent la liberté de la presse à plus d’acteurs.

- Autrefois, vous aviez les stations de radio qui diffusaient sur vos fréquences à vous. Il y a désormais cette brillante invention, le podcasting, qui nous a donné la radio. Et nous lui avons déjà trouvé bien plus d’usages que vous.

- Autrefois, le tournage, le montage et la distribution de vidéos vous appartenaient, vous les grands médias. Vous seuls pouviez atteindre une audience créée à votre image. Désormais, la vidéo est entre nos mains, et l’audience de jadis arrive très bien à constituer sa propre audience.

- Autrefois, vous étiez les éditeurs (exclusifs) de l’information et choisissiez ce qui devait figurer en Une. Désormais, nous aussi pouvons éditer l’information et nos choix déterminent ce qu’il y aura sur nos Unes à nous.

- Un système médiatique fortement centralisé avait connecté les gens aux hautes sphères politiques et sociales, mais sans que cette relation soit réciproque. Désormais, le flux horizontal, de citoyen à citoyen, est aussi important que ce flux vertical.

“L’ancienne audience” est le nom que Dan Gillmor nous a trouvé (il fait partie de ceux qui nous ont découvert et qui nous défendent), une référence aux propriétaires et aux utilisateurs des outils qui étaient exclusivement utilisés par les médias pour attirer et captiver l’attention.

Jeff Jarvis, un ancien dirigeant du monde des médias, est à l’origine d’une loi sur nous. « Donnez au peuple le contrôle des médias et ils en feront usage. Son corollaire : ne donnez pas au peuple le contrôle des médias et vous le perdrez. Dès que les citoyens peuvent exercer quelque contrôle que ce soit, ils le font. »

Écoutez, vous, les médias. Nous avons toujours plaisir à écouter la radio en conduisant, à s’asseoir passivement dans l’obscurité d’une salle de cinéma locale, à regarder la télé de nos yeux vitreux immobiles au fin fond de nos lits, ou encore à lire à voix basse comme nous l’avons toujours fait.

Certes, lorsque nous allons au cinéma, les chances de nous approprier l’écran pour y passer nos propres productions sont minimes. Mais, nous n’avons rien contre le vieux système unilatéral - du haut vers le bas - de consommation médiatique. Nous n’allons pas nous priver des plaisirs que nous procurent les grands médias. Nous continuerons donc à en consommer et vous continuerez à faire de belles petites affaires.

Mais nous ne dépendrons plus de vous. Tom Curley, président de l’Associated Press, a expliqué ceci à ses hommes : « Les clients décident de la manière dont ils consomment l’information - de son application, de son support, à quel moment et à quel endroit ils le consomment. »

Nous avons déjà les médias quand cela nous chante, nous les voulons désormais sans publicités et nous voulons qu’ils soient bien mieux qu’aujourd’hui. Nous publions et diffusons désormais par nous-mêmes, quand nous en avons besoin ou quand ça nous amusent.

Mark Thompson, directeur de la BBC, a même un terme pour nous désigner : l’audience active (« qui ne se contente pas de regarder mais qui souhaite prendre part, débattre, créer, communiquer et partager »).

Un autre de vos gros bonnets, Rupert Murdoch, a dit ceci à propos de nous aux journalistes américains : « Ils veulent prendre le contrôle des médias plutôt que d’être contrôlés par eux ».

Dave Winer, un des pionniers du blogging, avait dit en 1994 : « Une fois que les utilisateurs en auront pris le contrôle, jamais ils ne le rendront ».

Sur Internet, nous avons tendance à former des communautés autour de nos espaces favoris. Tom Glocer, qui est à la tête de Reuters, l’a bien reconnu : « Si vous voulez attirer une communauté, vous devez leur offrir quelque chose d’original et de qualité qui fasse en sorte qu’ils puissent y réagir et l’incorporer à leur créations. »

Nous pensons que vous avez à peu près saisi l’idée, vous les médias. Si ce n’est grâce à nous, peut-être par la description de ces changements par vos congénères.

Le peuple jadis connu sous le nom d’audience voudrait toucher un mot à ceux qui travaillent dans les médias et qui, obnubilés par leur vision commerciale, ont pris l’habitude de nous appeler les « globes oculaires ». Illustration : « Il y a toujours un nouveau défi à relever pour les globes oculaires de nos clients » (John Fithian, président de l’Association des propriétaires de salles de cinéma des Etats-Unis).

Ou encore : « Nous avons déjà en poche les globes oculaires postés devant les écrans de télé. Nous voulons nous assurer que nous aurons aussi ceux qui sont devant les écrans d’ordinateurs. » (Ann Kirschner, vice-présidente pour la programmation et le développement médiatique de la Ligue nationale de football).

Fithian, Kirschner et compagnie devraient savoir que de telles illusions (“avoir en poche les globes oculaires”) relèvent du fantasme. Ce n’est que le résultat d’un système médiatique qui a donné à ses détenteurs un sentiment exagéré de pouvoir et de maîtrise sur les autres. Les nouveaux médias sont en train de changer la donne, et cela nous fait sourire.

Vous n’avez pas les globes oculaires en poche. Pas plus que vous ne possédez les médias, qui sont désormais divisés entre “pros” et “amateurs”. Vous ne contrôlez pas la production sur ces nouveaux supports, qui d’ailleurs ne sont plus du tout unilatéraux. Un nouvel équilibre des pouvoirs s’est instauré entre vous et nous.

Le peuple jadis considéré comme l’audience est tout simplement le public que l’on a rendu plus réel, moins fictif, plus capable, moins prévisible. Vous devrez vous en réjouir, vous les médias. Mais que vous le vouliez ou pas, sachez que nous existons.

Site : http://journalism.nyu.edu/pubzone/weblogs/pressthink/

Mesure d’audience : du bon usage d’un outil

diminuer augmenter Bookmark and Share
Article rédigé par Nathalie Dollé, journaliste et coordinatrice de l'Alliance internationale de journalistes, pour le site « info-impatiale.net » en janvier 2006 Pendant une réunion de l'Alliance internationale des journalistes à Rome, des confrères de la RAI (télévision publique italienne) nous prenaient à parti en dénonçant de façon très vigoureuse « la dictature de l'audience » : « Vous aussi vous travaillez pour une chaîne publique, subissez-vous en France ce couperet de l'audimat minute par minute ? ». (...)

Article rédigé par Nathalie Dollé, journaliste et coordinatrice de l’Alliance internationale de journalistes, pour le site « info-impatiale.net » en janvier 2006

Pendant une réunion de l’Alliance internationale des journalistes à Rome, des confrères de la RAI (télévision publique italienne) nous prenaient à parti en dénonçant de façon très vigoureuse « la dictature de l’audience » : « Vous aussi vous travaillez pour une chaîne publique, subissez-vous en France ce couperet de l’audimat minute par minute ? ». Je m’esclaffais sans réfléchir : « Bien-sûr que non ! ». Et puis je me suis rendue compte qu’en fait, je n’en savais rien...
Renseignement pris, l’audience à France-télévision est mesurée par le système « médiamat » qui, depuis 1987, utilise des panels d’individus alors que « l’audimat » mesurait l’audience TV à partir des foyers et donc des familles. Le « médiamat » recueille les données seconde par seconde, mais les restitue minute par minute et seulement le lendemain.
Ces informations très pointues sont évidemment confidentielles, l’ensemble des salariés pouvant consulter sur l’intranet des résultats plus larges (quart d’heure par quart d’heure).

De manière générale en France, les « journalistes de base » de la télévision publique entendent peu parler d’audience et jamais en rapport avec un sujet particulier du journal. C’est la grosse différence avec nos collègues de la RAI dont la « qualité » du reportage est jugée au nombre de téléspectateurs qui les regarde.
Il n’existe pas en France, même dans les organisations critiques les plus radicales, de débat sur les mesures d’audience, leur nature et leur utilisation. Encore moins en ce qui concerne l’information. En Italie, devant la gravité de la situation et pour préparer les élections législatives du printemps 2006, toutes les instances de la société civile qui critiquent depuis des années ces mesures viennent de constituer une « table ronde de consultation permanente sur l’audimat ».
Des membres d’associations de téléspectateurs et de consommateurs, des journalistes de la RAI et de chaînes locales, des statisticiens, des sociologues, des juristes, des psychologues y débattent avec des représentants politiques et de « l’Autorité pour les communications ».
Tous réclament la fin du système existant qui « non seulement a produit des effets dévastateurs sur la production télévisuelle et sur le conditionnement des informations journalistiques mais également sur la vie socio-politico-culturelle du pays ». C’est la démocratie qui se retrouverait en danger.
De manière très concrète, l’encadrement journalistique de la RAI utilise les mesures d’audience pour éviter d’aborder les sujets sociaux par exemple, alors que l’horaire de leur diffusion peut simplement correspondre au début d’un programme très attrayant sur une autre chaîne... Sous prétexte d’audimat, les reportages qui montrent les difficultés quotidiennes sont ainsi devenus indésirables voire quasi-inexistants. En Italie, l’audimat est devenu un outil de pression pour justifier des choix éditoriaux de soutien sans faille à la politique de Sergio Berlusconi.

Et en France

Il est certain que la construction du panel ou le type d’informations recueillies ne sont jamais neutres. Et que toutes les deux proviennent directement de préoccupations publicitaires. Faut-il rappeler que c’est la publicité américaine qui dans les années 60 a imposé le présentateur unique (« anchor man ») pour le journal télévisé ? Il fallait que le spectateur soit « fidélisé », qu’il se sente « en confiance » avec toujours la même tête qui viendrait lui parler du monde tous les jours à la même heure...
N’oublions pas que dans le même temps (1963), le général de Gaulle commandait de son côté un sondage auprès de 4000 téléspectateurs sur le vaste thème de la télévision. Il comprend alors l’impact du nouveau média.
Entre politique interventionniste et ambition de ce qui ne s’appelle pas encore le « marketing », la mesure d’audience n’a donc jamais été vraiment désintéressée ni destinée à améliorer la qualité d’un programme...

Aujourd’hui, dans les rédactions des chaînes publiques françaises, on n’entend pourtant moins parler de chiffre et de décryptage que de « la concierge de Carpentras » ou de « ma grand-mère du Doubs » qui ne pourraient pas comprendre tel reportage ou qui se ficheraient de l’actualité à l’étranger. De l’artisanat pour certains, des fantasmes pour d’autres, des clichés ou encore du bon sens...
Bref, les rédacteurs en chef des journaux ont à leur disposition un outil toujours plus fin mais pas toujours plus pertinent. En France comme en Italie, l’audience est généralement mesurée en termes de quantité et pas de qualité. D’où le paradoxe maintes fois vécu : à la question « Quelle est la chaîne la pire ? », la réponse est TF1. Et à la suivante, « quelle est la chaîne la plus regardée ? », la réponse est encore TF1...
Les téléspectateurs ont à réagir sur des offres sans que leur propre demande ne soit prise en compte, même si France-télévision a créé un outil qui mesure le « degré de satisfaction » d’un panel de spectateurs. Chaque mois, un questionnaire assez détaillé est à remplir sur internet par des gens estimés représentatifs. Ces études concernent autant des programmes déjà diffusés que des projets (a partir de « pilotes » ou de synopsis développés).

En discutant avec plusieurs responsables de journal ou de magazine, il ressort que l’audience donne un état de fait mais absolument pas une analyse : « On sait quand des gens sont partis mais on ne sait pas pourquoi... Une baisse ne signifie pas exclusivement que l’offre est mauvaise mais par exemple qu’elle n’est pas à sa place à ce moment-là... ».
Il est encore de notoriété publique qu’un invité fait « fuir » les téléspectateurs d’un journal... Ce qui n’empêche pas d’avoir des invités régulièrement sur le plateau. Qu’un service public s’intéresse aux réactions du public ne relève pas de l’aberration, au contraire. Reste à savoir si le public peut devenir « sujet » et plus seulement « objet », « citoyen » et pas seulement « consommateur ». Le principe de mesure n’est pas condamnable en soi s’il respecte au moins ces deux règles :
-  la pertinence de l’outil et de la méthode
-  la transparence de l’usage qui va être fait des résultats.

Encadré
Médiamétrie

L’entreprise Médiamétrie est née en 1985 dans une période de déréglementation et de libéralisation du paysage audiovisuel français : l’apparition des radios privées sur la bande FM, la privatisation d’Europe 1 et de la première chaîne, la création de Canal+, le lancement de la Cinq et de M6... Les grandes radios, télévisions et agences de publicité en sont les actionnaires.

Médiamétrie qui a le monopole de ce travail en France a très rapidement élargi son champ de compétence vers d’autres média (cinéma, télévision sur le câble puis sur le satellite, internet...) et d’autres zones géographiques (Europe centrale et orientale...).

Encadré
La mesure d’audience en direct

« Un dimanche soir du mois d’octobre 2005, dans "On ne peut pas plaire à tout le monde" en direct sur France 3 à 20H30, l’animateur vedette Marc Fogiel reçoit Mireille Mathieu. Il jette un coup d’oeil sur un petit moniteur placé sous la table et s’aperçoit que son audience s’effondre : il congédie aussitôt Mireille Mathieu et fait entrer sur le plateau l’actrice X Clara Morgane. Coup d’oeil au moniteur : l’audience a repris du poil de la bête. Depuis quelques mois, deux fournisseurs d’accès à l’Internet, Free d’un côté et Neuf Cegetel associé à Médiamétrie de l’autre, mesurent en direct l’audience de la télé par ADSL. C’est une première. »

Extrait d’un article du quotidien « Libération »

« Journalistes et blogs »

diminuer augmenter Bookmark and Share
S'il est difficile d'avoir une idée précise du nombre de blogs, les observateurs sont d'accord pour les estimer en cette fin d'année 2004 à environ 10 millions sur le net, dont plusieurs centaines de milliers en Chine et en Iran. Quelques très rares ( 5 ou 6) ont une audience énorme ( 600 000 visites par jour pendant les élections américaines pour « daily kos » par exemple) La réunion a commencé par une tentative de comparatif entre le « journaliste » et le « bloger » : l'un devant répondre à une (...)

S’il est difficile d’avoir une idée précise du nombre de blogs, les observateurs sont d’accord pour les estimer en cette fin d’année 2004 à environ 10 millions sur le net, dont plusieurs centaines de milliers en Chine et en Iran. Quelques très rares ( 5 ou 6) ont une audience énorme ( 600 000 visites par jour pendant les élections américaines pour « daily kos » par exemple)

La réunion a commencé par une tentative de comparatif entre le « journaliste » et le « bloger » : l’un devant répondre à une autorité hiérarchique, suivre une ligne éditoriale, assumer une place dans une rédaction, soigner son travail d’écriture, soumettre ses écrits à un contrôle hiérarchique avant la diffusion... L’autre étant libre de ses propos et de ses engagements, plus libre dans la conception et la rédaction, subissant un contrôle a posteriori seulement de ses pairs et de son public...

Johan Hufnagel pour « Libération » (quotidien d’information générale) explique que son journal a été le premier à ouvrir un espace « blog » dans son édition électronique en février 2004. Les élections présidentielles aux Etats-Unis en sont le prétexte, les journalistes concernés sont les correspondants du quotidien à New-york et Washington.
La correspondante de Libération à Los Angeles avait déjà commencé à « bloger » en son nom propre et sans rapport direct avec une demande de la rédaction parisienne, mettant en scène sa vie journalistique. Tous avaient un « feeling » particulier avec cet outil et l’avantage du décalage horaire pour les lecteurs européens.

Quelques mois plus tard, tous semblent reconnaître l’ « enrichissement » de cette expérience même si leurs blogs étaient tenus et menés avec des tons et des méthodes différentes. L’un davantage interactif, aux messages très courts sur « comment je travaille à l’étranger », l’autre davantage sur la subjectivité de son métier (et la certitude que Kerry allait l’emporter !), avec moins de liens et moins d‘images, plus « littéraire », comme un journal de bord à l’ancienne.

Les lecteurs sont très demandeurs de la poursuite des blogs, en réclamant de l’interactivité et de la subjectivité (qu’un journaliste dise « je »)

Libération maintient ce principe de blogs ponctuels et va en lancer sur l’éducation, le football, la Chine...

Pierre-Yves Lautrou travaille à « L’express » (hebdomadaire d’information générale) depuis 1998 et s’occupe des suppléments régionaux. La voile est sa passion, il a publié un livre sur la course du « vendée globe challenge » tout en trouvant que le traitement médiatique des courses est toujours le même et que s’il suffit au « grand public », il ne contente ni les amateurs éclairés ni les experts. Il a donc eu envie de raconter les « à-côté », les coulisses... Son blog est donc né de l’envie de dépasser les contraintes.

Le premier avantage qu’il y voit ? Devenir son propre chef, ce qui signifie avant tout choisir librement les sujets qu’il veut traiter. Un journal, c’est quand même une hiérarchie nombreuse et pesante.
Le deuxième avantage ? La possibilité de se « lâcher ». Même si le logo de « l’express » est affiché en accueil, il est acquis que l’expression peut être différente, plus personnelle. Dire « je » n’est plus une hérésie.
Le troisième avantage ? La découverte du rapport aux lecteurs. Une nouveauté. Les gens rebondissent, réagissent, critiquent et sont même très exigeants quand ils lui demandent par exemple pour quoi il n’a pas blogé la veille... Dans le magazine, aucun lecteur ne s’inquiète quand il part un mois en vacances ! Accessoirement il a rencontré un vague début de notoriété personnelle, ce qui n’est jamais désagréable et qui ne m’était jamais arrivé !

Finalement tous les avantages que représentent le blog sont quelque part « contraires » à ce qui se passe dans un titre de presse écrite. Même s’il ne perd jamais conscience de la ligne éditoriale.

Stéphane Mazzorato travaille pour le site « lemonde.fr » qui a ouvert 8 blogs de journalistes et quelques-uns pour les abonnés du journal « le monde » (quotidien national généraliste). Ces derniers représentent une suite logique aux rapports privilégiés avec son journal qu’entend entretenir un public très impliqué.

Ces blogs sont lancés par des journalistes ou des invités sur des thématiques différentes. Ils présentent l’avantage d’une autonomie accrue, d’une liberté de ton encouragée et d’une rencontre directe avec les lecteurs.

Les blogs les plus anciens et les plus vivants provoquent 10 fois plus de commentaires que de notes (cf celui de Corinne Lesnes, correspondante à New-york). Un des avantages de l’outil réside encore dans la non-limitation du nombre des contributions. Si la « collectivité » de la rédaction est perdue dans cet exercice, on y gagne une « collectivité » mouvante et qui demande beaucoup. Autonomie dit responsabilité et la moindre erreur est rapidement dénoncée, tout comme le moindre manquement au rendez-vous. Sur un blog il faut en effet prévenir si on s’arrête quelques jours !

En tous cas une culture est en train de naître, parfois dans la douleur si on prend l’exemple de Pierre Assouline. Le critique littéraire a été parfois fortement mis en question dans son blog, au point qu’il a fermé les commentaires... qui ont été réouverts sur la très forte demande du public.

Bertrand Pecquerie est le directeur du « World Editor Forum », branche de la « World Association of Newspaper. Il représente les rédacteurs en chef des grands journaux d’information à travers le monde et constate la véritable « idéologie du blog » qui se développe allègrement aux Etats-Unis. Il dénonce une vraie « machine de guerre militante » en train de construire et développer le mythe suivant : « les grands médias ont des intérêts particuliers, ils vous mentent ; les blogs sont libres et vous disent la vérité. »
Pourtant certains blogs américains très célèbres ont plus d’audience que des sites de journaux. Un individu pèserait ainsi davantage qu’ une rédaction de 300 ou 400 personnes. Les risques de manipulation ne peuvent pas être écartés. Il faut se méfier du principe même qui peut donner autant d’audience (au sens français comme anglais) à une seule personne. Le journalisme traditionnel possède quatre temps : la nouvelle brute qui tombe, suivie par le reportage ou l’investigation qui apporte l’analyse et enfin seulement le commentaire. Le blog passe de l’information au commentaire.

Il s’en prend à la « culture fragmentaire » et à « l’hyper individualisme » que développeraient les blogs en fonctionnant en circuit fermé quand les jeunes notamment « picorent » des informations en suivant des guides (agrégateurs) qui les amènent uniquement là ou leur intérêt personnel les porte. La WAN respecte donc cette nouvelle forme mais s’en méfie dans le même temps

Le blog peut être en même temps un outil d’accompagnement du journalisme : Quand la chaîne de télévision CBS à quelques jours des élections américaines met en cause les états de service d’un candidat en montrant un « document d’époque », la polémique est aussitôt lancée par blogs interposés : les caractères de police utilisés dans le rapport existaient-ils ou pas à l’époque en question ? C’est tout une dynamique d’intelligence collective qui se développe. CBS reconnaîtra très vite et publiquement son erreur.

Quand Dan Gillmore (journaliste américain et auteur de « we, the media ») affirme que « nos lecteurs en savent plus que nous », la déclaration est très anti-journalistique. Les blogs et les journaux d’information ne sont donc certainement pas comparables. Encore une fois, il existe un certain nombre de blogs officiellement individuels qui sont les sous-marins de marques ou d’organisations. Il faut donc être prudents et en particulier attentifs à « l’avertorial » (avertising plus editorial).

Dominique Bosso parle pour « VNU », groupe de presse sur les nouvelles technologies présent dans 7 pays européens. Leur magazine en ligne a intégré naturellement des blogs de journalistes pour qu’ils puissent écrire des brèves et des clins d’œil en dehors de leur rythme mensuel de dossiers ou d’enquêtes. Une façon de fidéliser des lecteurs et de garder des journalistes sur la brèche. Là encore un texte de quelques lignes entraîne souvent 10 fois plus de commentaires, ce qui est accessoirement une façon de « tester » auprès du public l’intérêt pour un sujet ou pour un produit.

Chryde est son nom de bloger, celui de journaliste sur un fil d’info continue sur le net restera un secret de polichinelle. Il reprend l’idée d’un éditorial du journal « le monde » de cet été sur « tous journalistes » pour constater que nous n’avons aucun repère, aucun précédent auquel faire référence pour décrypter ce phénomène de blogs. A la fois enseignant à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille sur « journalisme et internet » et bloger aux multiples blogs, il jongle avec les deux casquettes en revenant sur le nombre d’intervenants qui « nettoient » une information quand on s’inquiète de sa véracité. Pour lui, les blogers finissent toujours par la vérifier, de rectifications en reprises de détails, de questionnements en précision, le nombre de maillons fait que la chaîne du blog est peu facilement manipulable. « Le rédacteur en chef, la hiérarchie, c’est la communauté » et l’information gagne en crédibilité au fil du travail d’échange et de validation. Il appelle joliment cette dynamique « l’agrégation vertueuse. »

Il faut reconnaître dans le même temps que les blogers « sortent » peu d’informations, raison pour laquelle il leur manque quelque chose pour arriver à la posture de journaliste. Le blog agit comme un filtre mais pas comme une source. « Parfois massue, parfois tremplin, le blog est en tous cas un poil à gratter. » Restent à creuser les droits et les devoirs des blogers, le rapport aux sources, la responsabilité de la diffusion et leur manque de protection comparé aux journalistes. Va -t-il falloir trouver un statut particulier ?

Cyril Fiévet a sorti un ouvrage « Blog story, les 100 blogs qui comptent » en collaboration avec Emily Turrettini (éditions Eyrolles), il est également journaliste spécialisé en nouvelles technologies.

Les blogers sont plus libres que les journalistes dans la mesure où ils ne veulent pas être rémunérés.
Les weblogs développent un rôle de « vérificateur » et d’ « amplificateur ». Ce sont eux qui ont par exemple dénoncé les bidonnages d’un journaliste du « New-york times ». Jason Blair a été obligé de démissionner après avoir causé un énorme scandale dans un journal dit de référence. Les blogs jouent ainsi le rôle d’aiguillon démocratique en se souciant de la qualité des médias. Ils accompagnent les transformations du métier de journaliste en le dynamisant. Nous devons travailler toujours plus vite, la vérification qui se faisait traditionnellement avant la publication est faite aujourd’hui a posteriori par une entité informelle mais vigilante.

Il ne faut donc pas opposer journalistes et blogers dans la mesure où ces derniers sont collectivement dépositaires d’une masse inépuisables d’informations. « Il est rassurant que la communauté en sache plus que moi et qu’elle me corrige ou enrichisse mes écrits. » Nous devons nous mettre à son écoute, moins d’arrogance et moins de monopole ne peut qu’être positif pour les journalistes... Les blogers ne peuvent pas nous remplacer, mais s’ils nous aident à être meilleurs...

Les blogs ont encore un très gros pouvoir collectif. On peut ainsi constater les « deuxièmes vies » des informations qui continuent à circuler dans la « blogosphère » après avoir disparu des journaux traditionnels.

Echange avec la salle :

Aucun media ne peut lutter avec le réseau et l’instantanéité des blogs, il faudra peut-être apprendre à travailler ensemble comme a commencé à le faire la bbc sur son site. Comment faire avec des infos qui ne proviennent pas de « journalistes » ?

Quid du modèle économique du blog ?

Il ne faut pas confondre « individualisme » et « communautaire », les blogers revendiquent leur appartenance à des communautés d’intérêts propres qui leurs paraissent plus légitimes que celles d’intérêts de grands groupes financiers ou industriels qui possèdent toujours plus de médias et qui avancent masqués.

Pourquoi ne pas aller plus loin dans le rapprochement entre « journalistes » et « public » en laissant les lecteurs réagir directement aux articles écrits dans le cadre général du site d’un média et pas seulement dans l’espace restreint du blog ?

Quelques blogs à consulter :
- www.loiclemeur.com (six appart)
- www.pointblog.com (Cyril Fiévet) à lire notamment sa sélection de blogs de journalistes...
- www.editorsweblog.org (Bertrand Pecquerie)
- www.chryde.net et ses réflexions sur le journalisme et les blogs
- http://journalism.nyu.edu/faculty/rosen.html (Jay Rosen)
- http://weblog.siliconvalley.com/column/dangillmor/ (Dan Gillmore)
- www.dailykos.com
- www.liberation.fr
- www.lemonde.fr

Les médias : entre fascination et défiance

diminuer augmenter Bookmark and Share

Pour la création d’un Conseil professionnel d’éthique et de bonnes pratiques

Texte écrit le 30 avril 2004 par Jacques Gautrand * Les médias jouent un rôle central dans nos démocraties modernes. Irriguant la vie politique, économique et sociale d'un flux permanent d'informations et d'images, ils sont au carrrefour de tous les pouvoirs. Miroir grossissant de la société ; formidable caisse de résonance qui amplifie les moindres faits et gestes, propos et déclarations, sur la scène infinie de (...)

Pour la création d’un Conseil professionnel d’éthique et de bonnes pratiques

Texte écrit le 30 avril 2004 par Jacques Gautrand *

Les médias jouent un rôle central dans nos démocraties modernes.
Irriguant la vie politique, économique et sociale d’un flux permanent d’informations et d’images, ils sont au carrrefour de tous les pouvoirs. Miroir grossissant de la société ; formidable caisse de résonance qui amplifie les moindres faits et gestes, propos et déclarations, sur la scène infinie de l’actualité ; système de référence et d’influence ; propagateur de modes et de styles de vie ; explorateur de la nouveauté ; éducateur de masse ; créateur de lien social. Immense parc d’attraction, salle de jeux et de spectacles, extraordinaire entreprise de divertissement...

En nous faisant vivre en direct les moments heureux et malheureux de notre monde, les médias contribuent à rapprocher les peuples, à tisser une conscience planétaire, à ébaucher une citoyenneté mondiale.

Mais aussi, ils peuvent exacerber les confrontations culturelles et religieuses ; radicaliser les replis identitaires ; banaliser la violence et la barbarie ; normaliser des conduites perverses ; et abuser de leur position d’infuence...

Plusieurs livres, articles et débats récents ont montré du doigt de nombreux abus et dérives dans le fonctionnement du système médiatique : inflation de titres et d’images chocs ; recherche systématique du sensationnel, de l’insolite ou du scabreux ; appel à l’émotion plus qu’à la réflexion, à la dérision plus qu’à la pédagogie ; exacerbation du voyeurisme ; confusion des genres, mélange d’information et de spectacle ; approximations, contre-vérités, complaisance à l’égard de certaines rumeurs ; mise en cause de personnalités ou d’anonymes avant que la Justice n’ait rendu son verdict...

Citons en exemple le traitement de quelques événements : l’affaire Baudis-Alegre ; l’épidémie de SRAS ; la controverse Buffalo Grill ; la secte Raël et l’annonce du « premier clonage humain » ; l’accusation sans fondement du bagagiste de Roissy Abderazak Besseghir ; le cas Thierry Meyssan dénonçant « l’imposture » du 11 Septembre... Sans parler des déboires de la BBC et du New York Times.

Le « grand public » oscille aujourd’hui entre fascination et défiance à l’égard des médias. Certes, de grandes figures de la presse continuent à susciter l’admiration : on l’a vu lors de la disparition de Françoise Giroud ou du grand reporter Patrick Bourrat. Chaque année, des dizaines de journalistes dans le monde payent de leur vie le difficile exercice du devoir d’informer, à l’instar de notre confrère américain Daniel Pearl du Wall Street Journal, aboninablement assassiné en février 2002 au Pakistan. Cinquante et un journalistes ont été tués en 2003 dont seize en Irak...

Dans le même temps, presse et mass-médias suscitent scepticisme , défiance et acrimonie dans le public. Selon le dernier baromètre TNS-Sofres pour La Croix-Le Point (février 2004), près d’un sondé sur deux met en doute la fiabilité des informations rapportées par les différents médias ...

La surpuissance des médias, leur omniprésence dans notre environnement quotidien, vont paradoxalement de pair avec un affaiblissement du pouvoir individuel des journalistes : salariés pour la plupart, ou pigistes précaires, ils subissent les contraintes économiques et financières des entreprisess qui les emploient, et sont de plus en plus tributaires des choix éditoriaux de leur hiérarchie.
Pourtant leur responsabilité dans la Cité n’a jamais été aussi grande...

Dans nos démocraties qui reposent sur l’économie de marché, le satut de l’information est en effet ambivalent : il s’agit à la fois d’un « bien public », composante indispensable, constitutive de la vie démocratique ; et aussi d’un « bien marchand », soumis aux lois de l’offre et de la demande...

Pratiquement tous les médias sont tributaires de cette ambivalence, puisque même les rares médias financés par les pouvoirs publics sont soumis à la concurrence du secteur privé.

Dans une société de consommation, très concurrentielle, où les biens et services se caractérisent par une forte obsolescence, informer devient un exercice de plus en plus difficile.

Non seulement les technologies numériques ont bouleversé les conditions matérielles de « production » de l’information, mais les nouveaux médias « on-line », liés à l’essor du câble et de l’Internet, remodèlent le format et la nature de l’information .

Plusieurs « tendancess lourdes » sont aujourd’hui à l’œuvre et transforment en profondeur l’exercice du métier d’informer.

1. Le modèle économique dominant.

Comme toute entreprise privée, les médias doivent conquérir et fidéliser toujours plus de « clients » : lecteurs, auditeurs, téléspectateurs sont la cible de techniques marketing de plus en plus sophistiquées afin d’accroître l’audience. Cet impératif est lié au modèle économique dominant : il faut attirer des annonceurs car l’équilibre financier de la majorité des médias dépend largement de la publicité et du sponsoring. La publicité elle-même, omniprésente, mobilisant de très nombreux professionnels, est devenue un média à part entière.
Cette recherche de l’audience maximum, lorsqu’elle devient l’unique objectif, entraîne un appauvrissement des contenus, une standardisation systématique de la présentation de l’information.

A l’instar de ce qui se passe dans l’industrie et les services, les médias sont soumis à la loi de la concentration, liée à la recherche d’économies d’échelle : le rachat mi-mars de la Socpresse-Figaro et du Groupe Express-Expansion par le Groupe Dassault nous en fournit une nouvelle illustration...
De plus en plus, les médias appartiennent à des conglomérats qui intègrent presse écrite, édition, radio, télévision, multimédia, entertainment... à l’instar des géants mondiaux AOL-Time Warner, News Corp-Fox, Disney-Comcast, GE, Bertelsmann-RTL, Sony, etc.

Dans ces conditions, il devient de plus en plus difficile à des éditeurs idépendants de se maintenir à flot et de faire entendre leur différence.

Or la diversité des médias est la garante de la liberté d’expression et d’information.

2. Nouvelles technologies et tyrannie de l’urgence.

La révolution des télécommunications et du numérique a engendré la production de l’information on-line, avec l’obsession du « temps-réel ». La multiplication des chaînes d’info continue, des canaux (câble, satellite, multimédia), le développement fulgurant d’Internet, soumettent les médias à la tyrannie de l’urgence. Si la rapidité a toujours été un impératif de la presse (comme le souligne son étymologie !), la fiabilité de l’information est une exigence tout aussi essentielle. Or il paraît bien lointain le temps où l’on demandait aux journalistes de certains quotidiens de vérifier les dépêches d’agences avant d’en publier l’info...

De nombreux sites Internet diffusent instantanément dépêches et informations diverses - rumeurs comprises - sans travail préalable de recoupement, de décryptage, d’explication.

Parallèlement, les services et agences de communication, dotés de moyens considérables - parfois supérieurs à ceux de certaines rédactions ! - émettent un flux croissant de données, communiqués, dossiers, études, sondages, documents, vidéos, etc. lesquels inondent les journaux à seule fin d’être reproduits tels quels...

Loin de « réduire l’incertitude » - une de ses définitions - l’information est devenue une denrée hautement obsolète. Il faut produire sans cesse de la nouveauté. D’où la recherche effrénée de « scoops », de révélations, d’insolite... Il faut être le premier à « balancer » l’info, parfois sans procéder à un minimum de vérifications (règle de base de la profession). Cette course contre la montre conduit à des « sorties de route » comme l’affaire du « départ d’Alain Juppé » malencontreusement annoncé sur France 2.

Instantané, flash, digest... le format de traitement de l’information devient lui même de plus en plus court, réduisant les grands médias à une fonction de « robinets à nouvelles ». Cette compression excessive (un sujet de journal télévisé dure en moyenne 1 minute et 15 secondes ) se fait généralement au détriment de la pédagogie, de l’analyse, de la mise en perspective.

3. La difficulté à rendre compte de la complexité.

Alors que les problèmes de la société et du monde deviennent de plus en plus complexes, sinon techniques, les médias, notamment audiovisuels, dans un souci de toucher et de captiver la plus large audience, tendent à la simplification. Ils privilégient souvent le raccourci, la présentation choc au détriment de l’exposé pédagogique. Quand ce n’est pas la caricature ou la dérision qui l’emportent dans le mode de traitement des sujets (cf. le succès des « Guignols » sur Canal Plus qui finissent par « canibaliser » la réalité de leurs modèles).

« Plus le monde est complexe, plus le média-monde tend au simplisme », relève Roger de Weck, ex rédacteur en chef de Die Zeit (dans Les Echos). Par facilité autant que par manque de recul, les médias personnalisent à outrance les problématiques, simplifient les enjeux en mettant en avant des personnalités emblématiques, en « starisant » des personnes qui « passent » bien à l’antenne (cf. José Bové ou Tariq Ramadan) sans qu’elles n’aient vraiment d’autre légitimité que leur « médiagénie ». Ce sont souvent les mêmes figures ou « experts » (ces fameux « bons clients » selon le jargon de la profession) que l’on retrouve au même moment d’un média à l’autre, par mimétisme, contagion, ou par paresse...

4. Mélange des genres et marketing de l’émotion.

La recherche de l’audience maximum a pris le pas sur l’indispensable mission d’information, d’éducation et de formation du citoyen. Il faut vendre du papier, faire de l’Audimat : distraire (ou choquer) tend à devenir plus important qu’informer !

On assiste à une dérive marketing de la plupart des grands médias, lesquels privilégient les sujets les plus « vendeurs », racoleurs ou attrape-pub ( sujets people, sexe, forme, beauté, régimes, stress ; dossiers salaires, immobilier, patrimoine, shopping, cadeaux, etc.). Il suffit de regarder les couvertures des magazines dans un kiosque ou les sujets des grands talk-shows en prime-time pour constater que cette dérive est malheureusement générale.

On s’adresse davantage à l’émotion qu’à la raison, en sollicitant les pulsions, en attisant les peurs paniques (Vache Folle, SRAS, légionellose, maladies nosocomiales, grippe aviaire...), en flattant les fantasmes, le voyeurisme, le narcissisme des individus...

Les médias audiovisuels ont « popularisé » et banalisé le mélange des genres : l’ « infotainment », il s’agit d’une hybridation pernicieuse du spectacle, du show, et de l’information. Dans le traitement des grands débats politiques et des enjeux de société, leur mise en scène (décor, éclairage, rythme, cadrage, montage, musique, etc.) finit par occulter le fond du sujet. Tout est ramené au plan de l’émotion, du pathos, de la réaction épidermique, de la petite phrase, de la mimique, ou de la dérision...

5. Un fonctionnement « autoréférentiel ».

La première source d’un média, ce sont les autres médias : à commencer par les grandes agences d’information : AFP, Reuters, Bloomberg, Dow Jones... Ainsi que les banques d’images internationales où les télés puisent en permanence leurs sujets.
La presse est fortement « autocentrée », « autoréférentielle ». En raison des impératifs de l’urgence, de la concurrence acharnée, elle a tendance à fonctionner en vase clos, de façon mimétique, en reprenant, amplifiant, « brodant » sur les infos prélevées sur d’autres titres. Ainsi, il est courant que le Journal télévisé du soir fasse son « ouverture » à partir de la Une du « Monde » ou du « Canard Enchaîné » ; ensuite les autres chaînes et médias s’emparent du sujet, puis les radios et la presse du lendemain matin reviennent dessus ajoutant leurs comentaires, « comme une vache qui ruminerait sans fin » selon la métaphore de Roger de Weck qui souligne :« les médias vivent dans un monde artificiel, autoréférentiel, à l’image de « Loft Story » : un événement auquel nombre de médias accordèrent plus de place que des événements rééls »...

Ce nombrilisme aigu risque de couper les médias des véritables préoccupations des citoyens et d’attribuer à un public fantasmé les souhaits, les goûts, les envies et les humeurs qui sont en réalité ceux du microcosme médiatique : cette attitude influence les choix de programmation et de sujets, au motif que le public en redemanderait...
Il en résulte une uniformisation dans le choix des sujets traités, dans les thèmes médiatisés, ainsi qu’un « formatage » mimétique dans la façon de les traiter. Les grands médias, notamment audiovisuels, se focalisent tous en même temps sur les mêmes événements et oublient aussitôt les grands sujets de l’avant-veille : on ne parle plus du Kosovo, du Rwanda, de l’Afghanistan, de la Tchétchénie, des inondations, du trou d’ozone, etc. Un événement non médiatisé n’accède pas à l’existence pour le grand public. Tandis qu’un événement sur-médiatisé (cf. l’affaire Raël de décembre 2002) prend immensément plus d’importance qu’il n’en a dans la réalité...

En guise de conclusion

Face à ces évolutions, on peut baisser les bras et dire : c’est ainsi.

Mais laisser les choses en l’état, c’est prendre le risque d’un discrédit croissant des médias dans l’opinion publique ; ouvrir la voie à des dérives populistes faisant des journalistes les boucs émissaires commodes des dysfonctionnements du système : « c’est la faute aux médias ! »

On peut laisser à d’autres, dont les intentions ne sont pas forcément ingénues, le champ libre pour rallier à leurs thèses une partie de l’opinion publique. Ainsi certaines organisations proches de l’association ATTAC et de la mouvance altermondialiste ont décidé de lancer un « Observatoire des médias », estimant leur point de vue insufisamment relayé, et souhaitant sans doute stigmatiser les titres jugés trop complaisants à l’égard du libéralisme.

C’est pourquoi il est urgent que la profession elle-même se mobilise autour d’une réflexion sur l’éthique du métier d’informer.

Car il ne peut y avoir de liberté d’informer sans une responsabilité d’informer.

Il est indispensable de réhabiliter la fonction de la presse et le rôle de professionnels de l’information dans notre société.

D’autant plus que ce secteur continue de fasciner et d’attirer de nombreux jeunes.

La place et le rôle des médias dans la société doivent être reconnus comme un enjeu central de la vie démocratique et citoyenne.

Trop de responsables du monde politique et économique affichent à l’égard de la presse une attitude soit condescendante, soit cynique, en estimant qu’« il faut faire avec », voire qu’il vaut mieux « se mettre les journalistes dans la poche »...

C’est pourquoi je suggère la création d’un Conseil professionnel d’éthique et de bonnes pratiques.

Composé de journalistes professionnels, d’éditeurs, de producteurs et de personnalités qualifiées et reconnues - des « sages » - il s’attacherait à suivre attentivement les évolutions de la presse et des médias et engagerait une réflexion de fond sur les conditions d’exercice du métier d’informer.

Il ne s’agirait pas d’un nouvel « Ordre professionnel », à l’instar des avocats ou des médecins, encore moins d’une instance de contrôle et de censure, mais d’un véritable Conseil Consultatif au service de la profession et du public.

Il pourrait être saisi par le public, par les journalistes bien sûr, et par tout citoyen, comme par toute association, chaque fois qu’un dysfonctionnement serait perçu.

Ce Comité émettrait des avis et des recommandations ; il pourrait, en cas de besoin, mener des missions de médiation. Il publierait des études ; réaliserait, sur demande, des audits.
Il aurait naturellement vocation à promouvoir et à faire connaître toutes les initiatives, en France comme à l’étranger, permettant de renouveler la liberté et la responsabilité d’informer aujourd’hui.

*Jacques Gautrand, journaliste indépendant, consultant, est membre du Press Club. Il est l’auteur d’un essai sur les mass-médias : « L’Empire des écrans », Editions Le Pré aux Clercs, 2002.
Il est également le créateur et animateur de www.Consulendo.com
Courriel : jgautrand peoplepc.fr

Médias et citoyenneté : un cocktail impossible ?

diminuer augmenter Bookmark and Share

Peut-on imaginer et construire des médias citoyens, c’est-à-dire incitant les gens à l’action ? Sans doute faut-il commencer par réfléchir à ce qui, dans le système médiatique dominant actuel, détournent de la citoyenneté avant d’imaginer, point par point, des réponses alternatives.

Texte paru dans le magazine Place Publique de février/mars 2003 Peut-on imaginer que les médias deviennent des vecteurs actifs de la citoyenneté, c'est-à-dire qu'ils favorisent la capacité des personnes (...)

Peut-on imaginer et construire des médias citoyens, c’est-à-dire incitant les gens à l’action ? Sans doute faut-il commencer par réfléchir à ce qui, dans le système médiatique dominant actuel, détournent de la citoyenneté avant d’imaginer, point par point, des réponses alternatives.

Texte paru dans le magazine Place Publique de février/mars 2003

Peut-on imaginer que les médias deviennent des vecteurs actifs de la citoyenneté, c’est-à-dire qu’ils favorisent la capacité des personnes de participer au plus près à l’élaboration des décisions qui les concernent, à tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie en société ? A première vue, cela semble une utopie : la grande majorité des journaux et magazines, radios, télés ou sites Internet semblent se soucier de bien autre chose que de cultiver l’esprit critique, d’inciter à l’action ou de contribuer au débat public démocratique. Trois ingrédients qui sont pourtant trois conditions indispensables à l’exercice d’une citoyenneté active.

Pensée unique, passivité, absence du débat

Par-delà les invectives et les condamnations globales, il nous faut comprendre ce qui, précisément, dans la production et la diffusion de l’information, s’oppose à la maîtrise de leur vie par les citoyens. Trois éléments semblent essentiels de ce point de vue.

1. Pensée unique, monde unique

Serge Halimi l’a bien montré dans Les nouveaux chiens de garde : la prégnance de l’idéologie de marché, les conditions économiques dans lesquelles la presse évolue, le poids pris par le marketing et les effets de la rivalité mimétique expliquent largement que se développe, à travers les colonnes et sur les ondes, une pensée unique et servile, toute dévouée aux intérêts économiques dominants.

En trente ans, l’économie a acquis un statut prédominant dans toutes les sociétés du monde, parvenant même à soumettre le politique à ses injonctions. Comme le montrent les "critères de convergence" imposés pour la création du marché unique européen ou les plans d’ajustement structurel exigés par le Fonds monétaire international, une seule politique semble possible et ce, quel que soit le choix des électeurs. Un peu comme si on disait aux citoyens : "Votez blanc, vert ou rouge... de toute façon, les marchés vous diront ce qu’il faut faire !"
Naturellement, les médias ne sont pas à l’écart de cette idéologie dominante. Ils l’entretiennent même, et le "bourrage de crâne" s’effectue de multiples manières : cela va de la place prise par les cours de la Bourse (3 minutes toutes les demi-heures sur France Info, s’il vous plait !) aux tribunes offertes aux patrons sous couvert de leur "expertise" économique... Sans parler de l’absence totale d’esprit critique lorsqu’il s’agit de présenter des indicateurs aussi peu "objectifs" que le sacro-saint PIB !

Le phénomène n’est pas qu’idéologique. Il repose sur une base matérielle qui a profondément changé en quelques décennies. Jadis "indépendants", les médias sont de plus en plus directement contrôlés par de grands groupes industriels et financiers. Plus besoin d’avoir recours aux pressions publicitaires (auxquelles, il faut le reconnaître, une grande majorité de la profession journalistique continuait de résister) pour influencer les médias : il suffit, plus simplement, plus directement, d’en devenir propriétaire. Le fait de placer en Bourse une partie du capital d’une société éditrice a sensiblement les mêmes effets : comment espérer publier durablement des "unes" qui déplairaient aux marchés financiers ?

Jadis quasi absents des médias, les services marketing, après avoir fait une timide apparition, y jouent aujourd’hui un rôle déterminant. Rares sont les rédactions à échapper à l’injonction de se plier aux exigences du sacro-saint "lecteur". En apparence, le raisonnement semble plus "sain" que les anciennes pressions publicitaires : quoi de plus normal, de plus démocratique, que d’écouter son lecteur et de répondre à ses attentes supposées ? Il n’en est pourtant que plus pernicieux : ainsi, on sonde les gens sur les sujets qui les intéressent, mais on ne leur demande jamais les questions qu’ils se posent... De plus, il faut avoir en tête que le marché médiatique est bien plus inégalitaire que tous les autres marchés. Pourquoi cela ? Parce qu’un média est vendu deux fois :
- une première fois, comme tous les autres produits, à ses "clients" directs (lecteurs, auditeurs, téléspectateurs...) ;
- une seconde fois, de manière plus spécifique, aux publicitaires qui, eux, s’intéressent avant tout au pouvoir d’achat des lecteurs-auditeurs-téléspectateurs. Cette deuxième vente prend un poids croissant dans le financement des médias. Il ne faut pas chercher plus loin la raison pour laquelle les journaux "généralistes" sont d’abord pensés en fonction des cadres. Beaucoup de médias pour les cadres, quasiment aucun pour les "pauvres"... Faut-il s’en étonner ?

Enfin, la fixation d’une pensée unique dans les médias est favorisée par des effets d’imitation. L’univers médiatique offre un exemple saisissant de ce que René Girard appelle la "rivalité mimétique" : plus la concurrence s’y exacerbe, plus les médias se copient les uns les autres. Les journaux suivent le ton donné par la télé, les "news" se plagient les uns les autres, l’information "en continu" impose le nivellement de tous les faits. D’imitation en copie, le conformisme domine dans le choix des sujets et leur mode de traitement. "Le système de la presse ne vit pas dans la "pensée unique" mais dans un monde unique où tous s’accordent à trouver tel événement digne d’intérêt et tel autre négligeable", écrivent fort justement Florence Aubenas et Miguel Benasayag (1).

2. L’invitation à la passivité et à la résignation

Ce n’est pas seulement à travers ce monde unique que les médias éloignent les citoyens de la participation aux affaires qui les concernent. C’est aussi parce que, de manière générale, ils ne les aident pas à passer à l’action, mais ont plutôt pour effet de renforcer chez eux le sentiment d’impuissance et la résignation.

Ils le font d’abord en véhiculant la vision d’un monde devenu trop complexe pour être encore compréhensible (et, a fortiori, possible à transformer). Le recours aux experts patentés et autres consultants n’a pas d’autre rôle : nous convaincre que le citoyen lambda n’a pas son mot à dire sur un sujet donné s’il ne détient pas l’expertise nécessaire pour le faire.

Ils le font également en accordant une place réduite à toutes les initiatives visant à transformer l’ordre existant. Certes, en une demi-douzaine d’années, les expériences "positives", comme on dit, ont acquis droit de cité dans de nombreux médias. Mais au prix d’un bel effet réducteur : celui imposé par leur recadrage systématique dans le genre pré-formaté des "belles histoires" ou des "bonnes nouvelles". Du coup, le traitement médiatique de ces expériences se limite à des coups d’éclairage sur des gens ou des groupes "formidables", ce qui évacue leur portée transformatrice ou subversive. De plus, les lecteurs ont du mal à trouver les informations pratiques qui leur faciliteraient le passage à l’action. Il n’y a qu’à voir le très faible nombre de médias qui se donnent la peine de donner l’heure de départ et l’itinéraire précis d’une manifestation. De même, quand une initiative exemplaire est présentée, tout aussi rares sont ceux qui fournissent les coordonnées précises et les contacts utiles. Outre ces informations pratiques, la stratégie de l’organisation évoquée, ce qu’elle vise, les moyens qu’elle met en œuvre pour y parvenir - bref, tout ce qu’un citoyen a envie de savoir pour apprécier s’il est prêt à s’y engager -, toutes ces données sont généralement passées sous silence.

Last but not least, cette information qui "oublie" d’inciter à l’action dérive parfois vers une information qui écarte clairement les citoyens de l’action collective. Ainsi, les politiques sont passés maîtres dans l’art de distiller des "vraies fausses nouvelles", ce qui leur permet de "garder la main" en maîtrisant le planning des réactions. Que l’on songe, par exemple, à la "fuite" concernant le projet de loi Sarkozy sur la sécurité. Nul ne peut affirmer qu’il y ait eu manipulation, mais les effets de la manœuvre, en tout cas, sont éloquents : après avoir suscité un flot de protestations avec son texte initial, le gouvernement a pu faire machine arrière sur certains points... et son texte final est passé comme une lettre à la poste, sans générer les protestations que justifiait pourtant une telle loi.
Les entreprises ne sont pas en reste qui, par le truchement de leurs services de communication, tentent de mettre la main sur toute la production de l’information, y compris ses aspects critiques. Lors de l’inauguration du Tunnel sous la manche, le dossier de presse d’Eurotunnel ne contenait-il pas quelques pages détaillant les critiques que l’on pouvait faire à l’opération ! Plus besoin d’enquêter, mesdames et messieurs les journalistes : les puissances d’argent s’en chargent pour vous ! En ayant soin, naturellement, de dissimuler ou de désamorcer les critiques plus fondamentales...

3. La faiblesse du débat démocratique

Historiquement, la presse a d’abord eu pour mission de contribuer au débat public démocratique. Aujourd’hui, cette fonction se réduit à la portion congrue. A cause de l’imposition d’une "pensée unique", on l’a vu, mais aussi, voire surtout, parce que les journaux et les émissions qui prétendent jouer la carte du débat contradictoire ressemblent davantage à des combats de catch qu’à des processus visant à construire l’"intérêt général" sur une question donnée.

Cela tient déjà à la nature et à la fonction de ceux à qui l’on donne la parole sur un sujet donné. Le poids des "experts", on l’a dit, devient exorbitant. Qui songe, en revanche, à ouvrir le micro à ceux qui vivent des situations de grande pauvreté lorsqu’il est question de disserter sur la richesse d’un pays ou sur les écarts sociaux qui s’y manifestent ? Qui pense à demander plus qu’un simple témoignage aux habitants d’un quartier populaire au moment où les députés débattent d’un projet de loi sur le renouvellement urbain ? Ce serait pourtant une manière de reconnaître l’expertise d’"en bas", de ceux qui sont confrontés aux conséquences directes des sujets évoqués.

La difficulté des médias à générer du débat démocratique tient aussi aux conditions de leur production, en particulier aux relations profondément inégalitaires entre "producteurs" (en gros, les seuls journalistes) et "consommateurs" d’informations. A ce monopole dans la production de l’information s’ajoute une opacité considérable vis-à-vis des "consommateurs" : un lecteur-auditeur-téléspectateur ignore à peu près tout des conditions dans lesquelles a été fabriquée l’information qu’il a sous les yeux : est-elle le fruit d’un travail de quelques heures ou de plusieurs jours ? quelles ont été les sources consultées ? des points de vue contradictoires ont-ils été recueillis ? Cette opacité s’étend aux conditions économiques dans lesquelles les médias évoluent : Serge Halimi note dans Les nouveaux chiens de garde que, contrairement, à leurs collègues américains, les journalistes français "oublient" d’informer leurs lecteurs ou auditeurs de l’existence possible d’un conflit (ou d’une collusion) d’intérêts entre leur propriétaire et l’information qu’ils relatent...

Enfin, les médias, dans leur grande majorité, ignorent tout des outils et méthodologies inventés depuis une vingtaine d’années pour renouveler les procédures démocratiques. Par exemple, les "conférences de consensus" qui permettent à des citoyens, tirés au sort comme les jurés d’assises, d’émettre un avis collectif - sur des sujets aussi controversés que les OGM ou l’effet de serre - après avoir reçu une information précise et contradictoire sur la question. Les premières expériences de ce type illustrent à quel point la dynamique collective ainsi engendrée permet de dépasser le simple agrégat des opinions individuelles et de faire émerger une "opinion commune". La plupart des médias, eux, préfèrent se fier aux bons vieux sondages qui ont le double avantage de s’adresser à des individus pris isolément et de conforter - par un "effet-miroir" - le conservatisme au détriment de l’innovation, de privilégier la "pensée commune", banale et presque automatique, au détriment d’une pensée "construite en commun".

Une réponse possible : des médias "citoyens" ?

Ces dernières années, au fil de l’émergence et du développement de nouveaux mouvements civiques et sociaux, l’idée que les médias constituent l’un des obstacles à la transformation politique et sociale s’est imposée. Et le sentiment s’est renforcé que l’univers médiatique lui-même était à l’abri de tout changement majeur.
L’idée de "médias citoyens", c’est-à-dire de médias favorisant l’intervention des gens sur les problèmes qui les concernent, apparaît pourtant comme une réponse pertinente. Encore faut-il, pour constituer une alternative crédible, qu’ils répondent point par point aux principaux obstacles décrits ci-dessus. Pour le dire plus clairement, il ne s’agit pas seulement de "changer de contenu" : ce sont les conditions même de la production et de la diffusion de l’information qu’il faut revoir si l’on veut que ces nouveaux médias deviennent effectivement des vecteurs de citoyenneté.

1. Cultiver l’esprit critique, promouvoir la diversité

Là se joue la réponse alternative à l’imposition d’une "pensée unique".

Cela commence par la multiplication des analyses démystifiant les prétendues évidences de l’économisme dominant. Il ne s’agit pas d’opposer une théorie économique à une autre : dans ce combat contre les effets toxiques de la pensée unique, toutes les approches doivent être mobilisées afin de montrer aux citoyens que l’économie n’est pas la seule affaire des économistes ! De ce point de vue, le travail de Patrick Viveret sur "les nouveaux facteurs de richesse" - à partir d’une approche philosophique et anthropologique - ouvre des perspectives d’appropriation des enjeux économiques par les non-spécialistes.
Autre piste à explorer pour développer l’esprit critique : faire un travail spécifique sur les mots employés (au moyen de lexiques, de glossaires, d’analyses étymologiques, etc.). Interroger le sens des mots utilisés apparaît comme une condition pour s’éloigner des idées toutes faites et du "prêt à penser".

Tourner le dos à la pensée unique suppose aussi de sortir de l’emprise marchande qui étreint l’univers médiatique. Traditionnellement, la réponse aux médias "de marché" semble être un retour en force vers le service public. Faut-il pourtant, par exemple, cultiver une certaine nostalgie pour l’époque où l’ORTF était entièrement inféodée au pouvoir politique ? Entre le "tout-marché" et le "tout-Etat", nous avons appris, au fil des ans, à reconnaître la pertinence des diverses formes d’économie sociale et solidaire. N’est-ce pas là un cadre idéal pour développer de nouveaux médias, reposant sur des pratiques coopératives, un partage de l’information et la participation des lecteurs ? Naturellement, de tels projets supposent un financement hybride : une part des ressources devrait provenir du secteur public sur des missions d’intérêt général ou des activités contribuant à créer de la richesse collective (par exemple, en renforçant le lien social).

Réduire le poids croissant du marketing dans les médias suppose aussi de multiplier les approches transversales, universalistes : en clair, ne plus s’adresser aux citoyens en fonction de critères qui les distinguent (l’âge, le sexe, le niveau culturel, l’activité professionnelle, les loisirs...) mais en s’efforçant de toucher ce qui les rassemble, là où les problèmes qu’ils rencontrent sont identiques. Bref, opposer à la presse marketing une presse "politique", au plein sens du terme.

Enfin, la lutte contre le conformisme et le mimétisme suppose de chercher à l’infini à varier les sujets, les modes de traitement, les personnes interrogées, les questions posées... Au lieu de s’enfermer dans des genres prédéterminés (l’analyse critique, la "bonne nouvelle", etc.), les médias citoyens doivent cultiver le paradoxe et la diversité. Pour paraphraser les propos du sous-commandant Marcos, il ne s’agit pas d’opposer à la pensée unique des médias dominants "une autre presse possible", mais une presse "dans laquelle toutes les autres presses soient possibles".

2. Pousser les lecteurs-auditeurs-téléspectateurs à l’action

Là se joue la réponse au sentiment d’impuissance et à la résignation.

Le premier enjeu consiste à traiter des sujets complexes de manière simple et accessible. Recourir au mode narratif et à des histoires concrètes constitue un excellent biais pour échapper à deux risques symétriques : d’un côté, celui de la simplification excessive ; de l’autre, celui de la sophistication et de l’hermétisme.

Une autre piste réside dans la valorisation des expériences contribuant à la construction d’une société plus démocratique et solidaire. Encore faut-il, pour aller plus loin que le simple "coup de projecteur" :
- permettre l’échange des expériences et le transfert des pratiques entre leurs promoteurs ;
- jeter des ponts entre ces initiatives "micro" et l’analyse des mécanismes "macro" du monde.
Ce n’est qu’à ce prix, en faisant le lien entre l’action locale et la réflexion globale, que la valorisation des initiatives peut réaliser sa pleine portée transformatrice.

De même, l’information sur les initiatives, pour inciter vraiment à l’engagement citoyen, doit-elle :
- expliciter les stratégies à l’œuvre derrière telle ou telle initiative ;
- fournir toutes les informations pratiques nécessaires pour passer à l’action.

Enfin, la plus grande vigilance doit être portée face aux "effets d’annonce" et autres "coups de bluff" qui n’ont pour objet que de décourager l’engagement militant. Soucieux de sa responsabilité sociale, un média citoyen doit avoir pour première préoccupation celui des effets de sa production sur l’action collective.
Autre piste à explorer pour éviter les mobilisations sans lendemain : s’engager à suivre les dossiers sur la durée, de manière à éviter le "zapping" incessant d’un événement à l’autre et d’une - fausse - indignation à une autre. Ce "devoir de suite" permet de maintenir la volonté d’action intacte sur la durée.

3. Devenir un outil du débat public démocratique

Là se joue la capacité des médias citoyens à revenir aux fondements politiques du journalisme : participer à la construction de l’"intérêt général".

Face au poids grandissant des spécialistes et autres "consultants", les médias citoyens s’efforcent d’apporter aux gens du peuple les conditions pour développer une parole construite, qui pèse le même poids que celle des experts patentés.

Les médias citoyens doivent aussi refuser que les journalistes assurent seuls le monopole de la production de l’information. Dans sa vie quotidienne, tout citoyen est à la fois producteur et récepteur d’informations de toute nature. Mais l’emprise des médias sur nos vies a fini par nous faire perdre cela de vue. Heureusement, l’usage d’Internet permet aujourd’hui de renouer avec cette idée. Attac le sait bien qui vit quotidiennement les effets bénéfiques de cette nouvelle culture de l’information.
Il s’agit, par exemple, de développer des pratiques de "co-production de l’information" avec des acteurs sociaux ou des groupes locaux, comme le font les sites Internet Place Publique et Médiasol : bien sûr, pour éviter le côté "café du commerce", il convient de former les personnes ainsi impliquées aux techniques d’écriture journalistiques, mais aussi à certaines règles déontologiques (refus de la diffamation, par exemple). Les expériences coopératives menées par plusieurs médias - écrits ou Internet - à travers les "rédactions communes" sur des événements comme le Forum social mondial vont dans le même sens.
Enfin, annoncer systématiquement les conditions dans lesquelles tel article a été écrit contribuerait fortement à réduire l’opacité entre producteurs et consommateurs d’information.

Pour contribuer à produire véritablement du débat, les médias citoyens devraient s’inspirer des méthodologies de "construction de désaccords" ou des outils de démocratie participative. Là encore, la complémentarité des supports papier et Internet permet d’envisager la construction progressive d’un intérêt général sur un sujet donné...

Les pistes ci-dessus n’épuisent pas le champ ouvert aux médias citoyens pour transformer les conditions de production de l’information. Elles dessinent un cadre qui permet de penser, dans notre lutte pour créer d’autres mondes possibles, à l’invention d’autres médias possibles...

(1) La fabrication de l’information, La Découverte, 1999.

Philippe Merlant, rédacteur en chef de la revue Transversales Science Culture (membre fondateur d’Attac), coordonne la commission "économie sociale et solidaire, développement durable et solidarité internationale" d’Attac.
Il est aussi co-fondateur de Place Publique (le site Internet des initiatives citoyennes), qui a développé l’idée de "médias citoyens". Cet article s’inspire également du travail sur les médias qu’a mèné la compagnie de théâtre-forum NAJE (Nous n’Abandonnerons Jamais l’Espoir) pour son spectacle de 2003 "Les messagers".
Plus d’infos sur le site www.naje.asso.fr

Moteur de recherche

Soutenez Place Publique

Initiatives

Zoom sur...

Le Courrier de Bovet

Date de création : 1950 Objectif : Organiser des échanges de correspondance entre des détenus et des personnes prêtes à leur apporter une écoute et un soutien moral (National). Activités : Créé en 1950, le Courrier de Bovet, du nom de sa fondatrice Madame de Bovet, est une association nationale loi 1901 qui propose aux détenus un accompagnement épistolaire afin de faciliter leur (ré)insertion (...)