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Climat de sympathie à l’horizon

Yan de Kerorguen, le 9/09/2013

Positif ! En cette rentrée de septembre, le mot est dans tous les esprits. Qu’il s’agisse du mouvement pour l’économie positive avec la publication du « Positive Book » (à l’initiative de PlaNet Finance, publié par Publishing). Ou du Forum Mondial Convergences qui se tient à Paris du 17 au 19 septembre. Ou des idées développées par Thierry Janssen qui avance qu’« au lieu de ne voir en l’être humain que des manques et des défauts, il paraît urgent de rappeler que nous sommes les détenteurs d’un potentiel extrêmement positif. (« Une autre manière de parler du bonheur et de la bonne santé ». Editions Les Liens qui Libèrent, 2011). Ou encore de la poussée optimiste incarnée par le mouvement de la « VieShare » et de la « Co-révolution » décrit par Anne Sophie Novel ou Antonin Leonard. Jusqu’à l’optimisme affiché du Président François Hollande.

Sans doute, en avons nous assez de nous lamenter et nous laisser enfumer par les idéologues du déclin et de l’austérité, aussi intelligents soient-ils. D’autant que l’on sait, en regardant un peu partout autour de nous, que jamais les sentiments de solidarité et d’altruisme n’ont été aussi manifestes. Sans doute aussi en avons-nous assez de voir les courants populistes, identitaires, anti européens, annonciateurs de fureurs et de chaos, occuper le haut du pavé ? Force est de constater : les théories du partage, du don, de la coopération, ont bonne presse, bien que souvent exprimées avec ironie. Une chose est avérée : avec le développement du numérique, la créativité citoyenne n’a jamais été autant stimulée. Les entreprises et les autorités publiques sont obligées de constater qu’il y a là, dans les coopérations sur internet, dans les initiatives autour des énergies locales, ou dans la finance solidaire, un véritable gisement d’innovation qui, peut être, présage le meilleur.

Alors faut-il s’y joindre avec passion, au risque de se bercer d’illusions et de se voir taxer de naïveté bisounours ? Y a-t-il dans ce foisonnement d’initiatives et de pratiques l’émergence d’un paradigme économique qui annonce un futur prometteur ? Ou bien doit-on seulement ne voir dans ce mouvement positif, qu’un énième avatar des systèmes D qui en temps de crise font florès ?

La première raison qui milite en faveur de l’optimisme est que l’initiative vient des citoyens.

Les politiques sont à la traîne, incapables de comprendre ou de s’appuyer sur cette formidable énergie collective. Dans cet univers défini par le partage et la réciprocité, dont le mouvement associatif est le témoin dans sa multitude et sa diversité, la possession cesse d’être la valeur régnante. La bande des “co”, écologie en bandoulière, et communication numérique en poche, se définit par une certaine recherche de légèreté et d’agilité dans un monde dur.

Qu’ils soient, indignados, geeks tunisiens, grévistes de la place Taksim, squatters allemands, “occupy wall street” ou écolos français, les principaux acteurs de ce mouvement sont les citoyens, jeunes et moins jeunes qui se retrouvent dans la lutte contre le monde financiarisé et l’état tout puissant. Les citoyens du « co » n’attendent pas. Ils inventent, pour résoudre les problèmes eux-mêmes. Ils collaborent. Par un échange horizontal de biens et services, ils favorisent l’émergence de nouveaux modes de consommation qui privilégient l’accès aux biens sur la propriété. “L’économie collaborative décrit des initiatives diverses qui ont pour point commun d’utiliser Internet, les réseaux sociaux, les systèmes d’échange alternatifs et les structures pair-à-pair pour réorganiser les marchés des biens et services, du travail et de la monnaie, explique Antonin Léonard, le co-fondateur du collectif OuiShare. Fondée sur les valeurs d’ouverture, de respect, de transparence et d’équité, l’économie collaborative peut être décrite comme un mode alternatif d’allocation des ressources (information, capital humain, capitaux, biens et services, actifs immatériels) potentiellement plus efficient, résilient et soutenable que les modèles traditionnels aujourd’hui en crise. Elle se caractérise par une désintermédiation des relations marchandes et non marchandes, rendue possible par la massification d’Internet et des réseaux sociaux. L’appropriation par la société civile de nouveaux moyens de communication rend ainsi possible une organisation spontanée bottom-up. L’économie du partage est axée sur l’empowerment des individus, en particulier lorsqu’il en va de la valorisation des compétences et talents individuels”.

La deuxième raison qui pousse à l’optimisme est que les territoires sont prêts à accompagner ce mouvement.

Seuls ou en compagnie de grands acteurs de l’économie locale, de plus en plus de collectivités locales collent au mouvement en contribuant à la création de systèmes d’échange locaux appuyés, par exemple, sur des monnaies dédiées. Communes, régions ou collectivités multiplient les lieux de travail et autres équipements partagés . Elles aident les PME locales à mutualiser leurs ressources (logistique, comptabilité…) ou encore, à développer de nouvelles activités. Elles commencent aussi à ouvrir leurs données (open data) aux usagers. Soucieuses de remplir leurs fonctions électives au mieux, les villes et les régions sont nombreuses à se mobiliser sur le terrain pour appuyer les initiatives microlocales de type Natura 2000, pour soutenir les pratiques de mobilité. Jamais la vie locale n’a été aussi active.

Certaines municipalités sont, par exemple, à la source des systèmes d’échanges locaux appuyés sur des monnaies dédiées ; dans le domaine des transports et de la mobilité. De nombreuses communes mettent en place des espaces de travail et autres équipements partagés. Elles organisent des "marchés" de colocation, d’autopartage, d’entraide, d’achats groupés… Elles aident les entreprises locales à mutualiser leurs ressources (logistique, comptabilité…) ou encore, à développer de nouvelles activités.

La troisième raison est la responsabilité sociale et environnementale des entreprises

Mis à part les courants de l’entrepreneuriat social ou de l’économie solidaire, ainsi que les entreprises nées de l’internet, qui depuis longtemps font corps avec le “social” et le réseau social”, les entreprises s’impliquent plus volontairement. Les voilà qui se mettent à parler de valeur partagée, d’innovation sociale, de bénéfice humain. L’ Ecole de Management de Grenoble a ainsi lancé une chaire de la pleine conscience, de la paix économique et du bien-être au travail, qui attire fortement les entreprises. Il faut dire que pour les entrepreneurs aussi, posséder devient coûteux et source de complications. Après avoir externalisé et cédé tout ce qu’elles pouvaient, certaines firmes voient dans le business social et l’économie circulaire, l’occasion de réorganiser le marché à leur bénéfice. Du coup, beaucoup d’industries se mettent à produire des objets durables, dans des gammes simplifiées, faciles à recycler ou à réparer. Les plus agiles s’appuient sur ce mouvement de participation. Elles co-innovent, co-produisent et s’organisent dans une saine “coopétition” (concept développé par les Américains Nalebuff et Brandenburger) prêtes à saisir toutes les opportunités, plus enclines à jouer la carte de la proximité avec les collectivités territoriales.

On croit bon de décerner à cette dynamique le terme d’ « économie positive ».
L’idée de base est de désigner une croissance économique fondée sur l’empathie, au service de l’homme et de la planète. Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, dans son Rapport sur la mesure de la performance économique et sociale, nous rappelait que nous fixer comme objectif un développement économique au service du bien-être des êtres humains pouvait fournir un chemin de sortie de crise. Avec ce modèle, les richesses créées ne sont pas une fin en soi, mais un moyen pour servir des valeurs éthiques dans le souci du bien commun. L’objectif est de faire émerger un nouveau schéma économique plus juste, régulé et responsable, fondé sur le don, la réciprocité et l’ouverture. Sa finalité : le bonheur, l’épanouissement des hommes et la préservation de l’espèce. Projetée sur un horizon de temps long, l’économie positive intègre dans ses principales préoccupations le bien être des générations futures.

En ces temps de rappel à l’austérité, un tel élan est plutôt bienvenue. Besoin d’une vision, besoin de répondre aux aspirations de la jeunesse, désir de connaître une autre réalité, un autre monde…la science est là aussi pour appuyer par ses découvertes le mouvement. Nanotechnologies, génétique, neurologie, océanologie, espace… autant de domaines qui, dans leurs coopérations multiples et croisées, dessinent de nouveaux horizons, dans la santé, l’alimentation, les énergies, l’environnement. En opposition à une économie productiviste, qui détruit l’environnement et une société conservatrice qui crée de la rente, l’objet même de l’économie positive est de restaurer le capital naturel. Le mouvement de l’économie positive a ainsi pour ambition de rassembler ceux et celles qui réfléchissent et agissent dans le sens d’une autre économie que celle du court termisme financier. Elle cherche ainsi à valoriser les relations durables et le partage des savoirs en s’appuyant sur les formidables énergies des acteurs économiques et de la société civile.

Pour Alexandre Jost, fondateur du think Tank « La fabrique Spinoza », « l’économie positive permet ainsi de redessiner les rapports entre les gens, les institutions, les acteurs économiques, les territoires et les générations ». “Sa vertu consiste d’abord à redonner aux gens du pouvoir d’agir”, pense pour sa part Daniel Kaplan, délégué Général de la FING (Fondation Internet Nouvelle Génération). Surtout si on la considère à la fois sous ses angles économique, social, écologique. Sans aucun doute, les formes coopératives peuvent permettre aux gens de continuer d’accéder à des biens, des services, des ressources avec moins d’argent, voire sans argent du tout. La crise rend cela plus nécessaire, mais on peut imaginer qu’on ne revienne pas totalement en arrière si un jour elle se "termine", au moins dans sa dimension strictement mesurée par le taux de croissance. Je crois qu’un nouveau paradigme économique se cherche, encore avec difficulté”.

Selon Antonin Léonard, du collectif OuiShare, “la persistance et la dureté de la crise jouent un rôle de catalyseur qui pousse les individus à trouver des voies alternatives aux modes d’organisation, de production et de travail traditionnels. Les États de l’Union Européenne les plus durement touchés par la crise sont un terreau fertile, véritables laboratoires d’exploration des comportements économiques alternatifs. La remise en question des schémas existants s’accompagne d’une soif de nouveaux modèles. La coexistence entre le nouveau et l’ancien peut toutefois être source de tensions. Les mouvements des makers, les fablabs, ou encore les mouvements structurés tels que OuiShare, sont des véritables incubateurs de pistes de réformes, qui pourraient être directement actionnables par les pouvoirs publics. Une collaboration avec ces cellules d’expérimentation pourrait ainsi déboucher sur un plan d’action concret à l’échelle nationale et européenne”.


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