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Grèce : ils rentrent pour créer leur entreprise

par Annette Preyer, le 21/10/2013

Il y a les entrepreneurs par défaut ou par nécessité, faute d’opportunités d’embauche. Et il y a les entrepreneurs par goût et passion. Au point d’avoir le courage de quitter leur poste à responsabilités à l’étranger pour rentrer en Grèce et créer leur propre affaire. Ceux-ci se posent cette question : qu’ai-je envie de faire de ma vie ?

Alexis Pantazis, 36 ans, et Emilio Markou, 43 ans, font partie de ces entrepreneurs qui ont décidé de créer leur entreprise dans leur pays d’origine.

Ils se rencontrent en 2005 à Londres lors d’un déjeuner entre collègues de Goldman Sachs et se découvrent des amis communs. « C’est le début de notre histoire d’amour », plaisante Emilio. Arrive 2008 et la chute de Lehmann Brothers. La crise agit sur les deux compères comme un catalyseur. Depuis un moment, chacun d’eux se demandait ce qu’il voulait vraiment faire de sa vie. Ils décident de monter une affaire ensemble.

De Goldman Sachs à Hellas Direct

A Londres en suivant la pente naturelle ? Pour répondre à cette question et toutes les autres, ils savent qu’il faut d’abord quitter leur travail puisqu’il est impossible de faire simultanément deux choses à fond. En 2009 ils démissionnent pour voyager et prospecter en Grèce, dans les Balkans, en Turquie. Grecs de Chypre, ils optent pour la Grèce. La crise n’est pas encore palpable en Grèce, mais Alexis et Emilio conçoivent un produit pour temps de crise : Hellas Direct, leur société, offrira une assurance de base dont tout le monde a besoin – l’automobile – à bas prix et avec une excellente qualité de service.

« Ce qui fera la différence dans un pays sans aucune culture de service, » affirme Alexis. Hellas Direct travaille sous licence chypriote. « Par pur hasard, » explique Emilio ou était-ce Alexis ? Les deux hommes forment un duo parfait, la parole passe de l’un à l’autre, dans une continuité fluide.

« Pendant neuf mois, personne en Grèce ne pouvait prendre une licence d’assureur, parce que l’autorité responsable était transférée d’une agence indépendante vers la Banque de Grèce. Nous sommes arrivés dans ce vide. » Hellas Direct travaille à distance et aurait pu s’établir à la plage. Ils choisissent néanmoins un quartier d’affaires au nord d’Athènes et la proximité d’autres assureurs, pour leurs partenaires (MunichRe notamment), investisseurs et clients. Encore faut-il que l’ascenseur fonctionne. Par l’escalier, le visiteur entrevoit l’atmosphère glauque des deux premiers étages, qui semblent avoir été vidés à la hâte, en arrachant des câbles.

Décembre 2012, Alexis et Emilio réussissent à se faire coopter dans le réseau Endeavor.

Pour quoi faire ? « Pour briser l’isolement de l’entrepreneur en Grèce. Pour faire circuler les informations, les idées, les expériences. C’est la condition indispensable de la créativité en affaires. De notre côté, nous échangeons déjà régulièrement avec une cinquantaine d’autres startups, commente Emilio. De façon informelle, autour d’une bière, un ou deux soirs par semaine. Et nous hébergeons une start-up dans nos murs. »

Leur plus grand défi ? « Une croissance de qualité. Faire en sorte que les collaborateurs continuent à être heureux chez HellasDirect, maintenir la culture. Dans cinq ans nous voulons être dans les top 10, mieux dans les top 5 de Grèce. Aujourd’hui nous avons 23 collaborateurs, notre cible est une organisation de 100 à 120 personnes, moitié dans la technologie, moitié dans l’assurance. Nous voulons être reconnus pour avoir le meilleur service aux clients en Grèce ! »

Des montres Jaeger-LeCoultre au logiciel RabT

Yiannis Broustas, 36 ans, a lui aussi osé démissionner pour réaliser son rêve : créer sa propre société. Il y a deux ans, il était responsable du Benelux et de la Scandinavie pour les montres Jaeger-LeCoultre (groupe Richemont), installé dans un grand bureau d’angle à Amsterdam et heureux bénéficiaire d’une belle voiture de fonction.

Mais comme Alexis et Emilio, il se pose la question existentielle : où voudrais-je être à 45 ans ? Début 2012, en dépit des appels à la prudence de sa famille et de ses amis, il revient à Athènes et cherche l’idée dont il pourra faire son business.

Ce sera RabT (prononcez Rabit comme lapin), lancé fin août aux Etats-Unis, un logiciel pour trouver et regarder des vidéos alors qu’on est dans les transports, dans une salle d’attente, qu’on veut faire une pause.

L’idée de RabT est née lors d’un dîner mémorable – à chaque start-up son gribouillis sur une nappe en papier ! – de Yiannis avec George Lentzas. Le manager opérationnel a trouvé le scientifique capable de concevoir le bon algorithme de gestion de contenu. Manque encore le technicien pour en faire une solution logicielle. Ce sera Leonidas Garyfallos, un ami du frère de Yiannis. « Le courant est passé immédiatement, se réjouit Yiannis. Il posait les bonnes questions, avait déjà des solutions en tête. »

A Noël, ils ont enfin eu le temps de discuter tous les trois, décident de leur business plan, de la somme dont ils ont besoin. Yiannis se concentre à 100% sur RabT, laisse tomber toutes les autres idées et initiatives. « Me voici pdg d’une idée ».

Lauréate du Hellenic Entrepreneurship Award, la start-up grandit.

Ils trouvent 120 000 euros auprès de huit investisseurs basés à Athènes, Genève, Londres, New York et Dubai. Sur un blog du gouvernement destiné au start-ups, Yiannis apprend l’existence du Hellenic Entrepreneurship Award, fait acte de candidature et gagne : un prêt sans intérêt de 110 000 euros et une nouvelle légitimité aux yeux des banques, des investisseurs, des salariés potentiels, des clients. Grâce à ce prix, RabT n’est plus juste une start-up technologique qui héberge son premier salarié, un programmeur, dans le cabinet d’avocats où exercent son père et son frère. Yiannis, lui, se félicite tous les jours de son choix et espère pouvoir dire bientôt avec fierté : « j’ai conçu un produit que les gens aiment. »

Annette Preyer
reportage réalisé en juillet/août 2013

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