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Des raisons d’espérer ?

Le journal d’un retraité par Bruno Tilliette, le 9/01/2014

Pour sacrifier à la coutume, en ce début d’année nouvelle, j’avais envie de rédiger une chronique optimiste (parce que d’habitude, je suis plutôt critique, pessimiste et râleur, ce qui m’énerve aussi contre moi-même) et de souhaiter plein de bonnes choses à tout le monde. J’ai donc commencé à réfléchir à ce qui pouvait se passer de positif dans notre pays pour les mois qui viennent. Je réfléchis depuis ce matin 10 heures et là, il est 15 heures 14. Un peu plus de cinq heures de cogitation, donc, à essayer de noter les sujets heureux que je pourrais aborder. Et quand je regarde maintenant ma liste de raisons d’espérer, je suis quelque peu désespéré. Je ne trouve vraiment pas grand-chose qui me pousse à entonner l’Hymne à la Joie (hymne officiel, je vous le rappelle, de l’Union européenne, dont on ne peut pas dire aujourd’hui qu’elle suscite un enthousiasme général).

Alors, tant pis, je vais vous infliger mon cahier de doléances, avec le seul espoir que quelques-unes d’entre elles trouveront, en 2014, des réponses positives.

Chômage

Commençons par la mère de tous les problèmes : le chômage. Ça fait plus de trente ans qu’avec des oscillations diverses, il ne cesse tendanciellement de croître malgré les vœux annuels, les promesses et les engagements des politiques des différentes majorités, malgré les incitations, les baisses de charges, les emplois aidés et autres mesures techniques. Notre président, en adepte du verre à moitié plein, voit dans les derniers chiffres « un ralentissement de la hausse ». On préférerait une accélération de la baisse, ce qui est sans doute beaucoup en demander. Mais, si au lieu de lutter vainement contre le chômage, on se battait pour d’autres façons de travailler, pour un changement radical dans notre rapport au travail ?

Impôts

La deuxième préoccupation des Français, nous dit-on, ce sont les impôts. Juré, craché, pas d’augmentation cette année, qui commence pourtant par une hausse de la TVA. Mais la décision date de l’année dernière et c’est vrai qu’en 2013, les taxes sont un peu tombées comme à Gravelotte (petit village du plateau messin qui fut le théâtre d’une sanglante bataille durant la guerre de 1870 entre Français et Prussiens, d’où l’expression). Réjouissons-nous donc de l’accalmie promise grâce à une baisse des dépenses publiques, lesquelles, comme le chômage, n’ont cessé de croître depuis trois décennies. Cependant plutôt que de réclamer la réduction des dépenses publiques, tout en exigeant toujours plus de service public et d’aides de l’État, j’ai une autre idée. Et si on s’attaquait vraiment à l’évasion fiscale vers des paradis du même nom ? Un économiste qui vient de publier un livre très documenté sur le sujet*, Gabriel Zucman, évalue cette fraude des plus riches au minimum à 17 milliards d’euros par an, pour la France (130 milliards au niveau mondial), à comparer aux 50 milliards que rapporte l’impôt sur le revenu : un manque à gagner de 35 %. Pour l’auteur, récupérer cet argent n’est pas impossible. Cela relève seulement d’une volonté politique commune des gouvernements.

Dette

Puisqu’on parle d’argent, évoquons aussi notre dette nationale, devenue quasiment irremboursable, même en se saignant aux quatre veines pendant cinquante ans (plus on tente de rembourser, plus on affaiblit l’économie et plus il est difficile de rembourser). Et si on décidait de ne pas rembourser ? Je sais, dit comme ça, ça fait un peu Front de Gauche, ce qui n’est pas forcément ma tasse de thé. Mais en réalité, c’est bien ce qui se passe : nous empruntons pour payer les intérêts et nous augmentons ainsi « intérêt et principal », comme dit la cigale dépensière à la fourmi pas prêteuse, sans rembourser un kopek depuis des lustres. Alors, on passe l’éponge et on repart de zéro, mais en s’engageant, cette fois, à n’avoir aucun déficit public annuel (même pas les 3 % autorisés par les règles de l’Union européenne). Quant au monde de la finance, qui a déjà bien profité de la situation, il s’en remettra.

Élections

Je pense d’ailleurs que ce serait une mesure très populaire pour les nombreuses élections qui se profilent cette année et que cela éviterait de les transformer en piège à cons (selon l’expression soixante-huitarde) à cause de la résistible ascension du Front national (qui, on s’en doute, est encore moins ma tasse de thé que celui de gauche (ndlr:le Front) ). Et si on avait des candidats qui ne nous promettent pas la lune, mais nous proposent simplement de travailler ensemble à l’amélioration de notre condition terrestre ?

Et encore…

J’avais encore sur ma liste noire l’insupportable permanence du racisme, le rejet de l’immigré, la guerre partout dans le monde, le règne des malfrats, la multiplication des tricheurs, le délitement du lien social. Je m’arrête là. Mais, si j’avais développé, j’aurais en même temps constaté que la jeune génération est moins raciste que la nôtre, parce que plus mélangée ; que nous allons bientôt nous apercevoir que nous avons besoin des immigrés ; que la guerre n’est pas une fatalité et que les peuples en ont marre de celles que leurs chefs irresponsables leur imposent ; que les malfrats et les tricheurs sont de moins en moins tolérés ; et que le déchirement de cette société industrielle fatiguée est sans doute nécessaire à l’avènement d’une société culturelle plus chaleureuse…

Finalement, malgré les apparences, je suis un indécrottable optimiste. Si je râle, c’est bien parce que je crois encore qu’on peut changer le monde. Sinon, j’irais bêcher mon jardin.

*La Richesse cachée des nations (Le Seuil-La République des idées)

Lire la chronique précédente :

La loi du sexe


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