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12 Propositions pour un retour de la confiance

Le Cercle des économistes, le 8/07/2013

« Le choc des temps. L’économie mondiale, entre urgences et long terme », tel était le thème de la 13e édition des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence organisées par le Cercle des économistes dans le cadre de l’Université d’Aix-Marseille, de Sciences Po Aix et du Festival d’Aix-en-Provence.

La politique, la finance, l’industrie, l’éducation, la recherche ou le développement s’inscrivent dans des temps différents mais doivent cohabiter. Aujourd’hui, les urgences s’accumulent et appellent des réponses ; mais comment les concilier avec la nécessité d’imaginer et de préparer le long terme ?

Déclaration finale du cercle des économistes

http://www.lesrencontreseconomiques.fr

Jamais le monde ne s’est trouvé confronté à une telle difficulté de gérer les décalages entre horizons temporels. Les citoyens, en premier, subissent de plein fouet la difficulté des politiques à réconcilier différentes temporalités. Dans des contextes certes très différents, par exemple au Brésil ou en Turquie, apparaît bien ce décalage entre le temps du politique et celui des populations, préoccupées évidemment par le quotidien mais ayant aussi besoin de se projeter dans l’avenir. Mais le choc des temps c’est aussi le conflit entre le temps de la finance et celui de l’économie réelle  : le court ‐ termisme d’une partie des marchés financiers atrophie l’horizon de décision des entreprises.

Le G20 avait cette vocation exceptionnelle de réguler l’économie mondiale, quelques années seulement après sa création. On peut penser que les mesures effectives ne sont pas à la hauteur des déclarations d’intention. Mais les institutions mondiales ne s’installent pas en un jour, surtout parce qu’on leur demande de régler l’urgence du court terme et l’organisation à long terme de l’économie mondiale.

En définitive ce sont donc cinq temps qui s’entrechoquent  : le temps de l’entreprise, le temps de la finance, le temps du politique, le temps du citoyen et le temps des institutions.

Les difficultés à sortir de la crise cristallisent ce conflit des temps. Notre défi consiste à penser la transition vers une croissance équilibrée et soutenable en réconciliant la nécessité d’aller vite avec celle de protéger les catégories les plus vulnérables. Enfin, nous sommes confrontés à de véritables urgences .

En Europe, la crise de la zone euro est bien loin d’être résolue. Mais ne nous y trompons pas  : l’urgence est de concevoir de nouvelles politiques économiques qui permettent de relancer la croissance .

En France, l’urgence porte sur les réformes structurelles. La jeunesse est la grande sacrifiée de la période que nous traversons. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre des Rencontres 2013 d’Aix ‐ en ‐ Provence, le Cercle des économistes a organisé le concours «  Inventez 2020  ! La parole aux étudiants  », invitant la jeune génération à exprimer ses attentes pour la décennie à venir.

12 propositions pour un retour de la confiance

En Europe , le calme relatif sur les marchés ne s’est pas accompagné d’un retour de la confiance suffisant pour une reprise de la croissance. Toute sortie de la crise de la zone euro passera obligatoirement par deux conditions  : la mise en œuvre d’un agenda réaliste de réduction des déficits publics et, sous une forme publique ou privée, la reprise des transferts d’épargne du Nord vers le Sud. Ce sont là les objectifs des trois premières mesures, destinées à redonner un espoir de croissance en Europe.

1. Un mécanisme européen unique de restructuration et résolution de banques

Le cercle vicieux entre crise de dette souveraine et crise bancaire ne peut être rompu que par une union bancaire effective. Après l’audit des banques, la prochaine étape réside dans une gestion européenne des restructurations bancaires. Malheureusement aujourd’hui, la solution proposée maintient les recapitalisations directes au niveau national, ce qui ne permet en rien de découpler le risque bancaire et le risque souverain. Nous appelons à la création d’une structure totalement européenne, un mécanisme 1 2 de résolution unique sous autorité indépendante. Il permettra une harmonisation des résolutions bancaires y compris la participation du secteur prive. Il aura comme instrument le fonds de résolution des faillites, essentiellement financé par les banques, qui, en mutualisant les recapitalisations directes, complètera le Mécanisme Européen de Stabilité.

2. Une gestion des risques en faveur de l’investissement de long terme

Le vieillissement démographique en Europe porte en germe une montée de l’aversion au risque des investisseurs. Cela aggrave le court ‐ termisme des marchés et rend d’autant plus urgent de partitionner les risques entre dette junior et dette senior. Il faut aussi pouvoir faire supporter les risques de long terme par les investisseurs les plus solides, privés ou publics. Dans le cas de l’assurance ‐ vie, il s’agit de modifier le couple risque ‐ rendement afin d’en faire un véritable placement de long terme.

3. Une assurance ‐ chômage européenne contracyclique

L’existence d’une union monétaire appelle à des éléments d’union budgétaire. Pour recouvrer une faculté de stabilisation budgétaire, il faut envisager un budget pour la zone euro, avec ressources propres et possibilité d’émettre des euro ‐ obligations. Un dispositif d’assurance ‐ chômage européen non seulement accroîtra la solidarité entre pays de la zone euro, mais surtout permettra de mieux assurer contre les chocs asymétriques (10% de chômage des jeunes en Allemagne, 56% en Espagne). Rendre l’assurance chômage plus contracyclique signifie moduler la durée d’indemnisation en fonction du cycle  : la réduire en période de croissance et inversement.

Pour la France , en 2012 le Cercle des économistes avait introduit le débat sur la compétitivité. Les six mesures qui suivent sont destinées à accélérer cette politique de l’offre.

4. Basculer le CICE en baisse des cotisations sociales en 2014

Le Cercle avait appelé de ses vœux un choc de compétitivité l’an dernier et salue la volonté gouvernementale de prendre ce sujet au sérieux avec le CICE adopté en automne dernier. Cette mesure était astucieuse car elle jouait sur le temps  : elle s’applique en 2014 mais a un effet dès 2013. Cela dit le chemin à parcourir pour restaurer la compétitivité de la France est encore très long. Nous proposons donc de transformer l’essai du CICE par une baisse des cotisations sociales en 2014 pour maintenir la compétitivité.

5. Poursuivre la réforme du marché du travail par un meilleur dialogue social

Nous saluons l’accord du 11 janvier 2013 mais nous ne pouvons pas en rester à ce premier pas. Diminuer la dualité du marché du travail entre emplois protégés et situations précaires requiert une réforme en profondeur du marché du travail. Un des moyens les plus efficaces d’encourager les embauches en CDI serait de trouver un meilleur équilibre entre durée des contrats et protection des travailleurs. En matière de négociations salariales des dialogues constructifs ont été amorcés au niveau national. Mais pour concrétiser cette impulsion, il faut faire évoluer d’autres échelons de négociation. Au niveau sectoriel, nous proposons de simplifier le système de branches, en passant de 600 à 40 branches, tout en ayant à l’esprit que ceci n’est qu’une première étape dans la recherche permanente de la plus grande proximité des parties prenantes pour les négociations salariales. Dans l’ensemble de cette négociation, il faudra envisager la question du financement du syndicalisme.

6. Réforme des retraites  : la transition vers un équilibre structurel

Nous considérons que les réformes en cours doivent s’inscrire dans un projet de long terme. Le problème est qu’on espère que ces réformes vont produire d’ores et déjà des gains sur le court terme, alors que souvent c’est l’inverse qui se produit. Toute politique économique de long terme doit donc être pensée en termes de transition. Il faut élaborer une méthode pour mener à bien, sans susciter de tensions sociales incontrôlables, les réformes que l’on sait nécessaires  : introduire les mesures 3 progressivement, par exemple en ne les appliquant qu’aux nouveaux entrants. Si l’on souhaite faire une réforme systémique des retraites, c’est ‐ à ‐ dire qui permette une transparence et une convergence des différents régimes, il faut introduire de réelles modifications de fonctionnement, par exemple la retraite par points. Mais cela pourrait n’être introduit que pour les contrats de travail nouvellement signés, sans modifier les contrats en vigueur.

7. Une politique d’offre dans l’immobilier, le transport et la distribution

Plutôt que de solvabiliser excessivement une demande, ce qui se traduit en hausse des prix immobiliers face à une offre largement inélastique, il serait temps de centrer la politique du logement vers la libération du foncier. Une politique d’offre, qui s’attaquerait aux entraves à la concurrence, permettrait à la fois d’augmenter le pouvoir d’achat en entrainant une baisse des prix de l’immobilier, et de participer à la création d’emplois. Dans le même ordre d’idée, beaucoup de choses sont à faire dans le secteur des transports. Relancer des projets d’infrastructures moins gourmandes en énergie et en carburant aurait le même type d’effet.

8. Une rupture technologique dans l’industrie de l’environnement

En réalité, il n’y a pas eu de rupture technologique dans le domaine de l’écologie  : l’usage des énergies renouvelables reste extrêmement coûteux, et aucune technologie propre n’a encore apporté la solution au défi environnemental. Il est impératif de donner l’impulsion nécessaire à une véritable révolution industrielle de l’écologie. Dans le domaine de l’énergie, le signal prix joue un rôle majeur dans l’allocation des investissements et dans les choix de consommation. En outre, il est nécessaire de financer massivement la recherche et l’innovation en matière d’environnement, trop peu de moyens ont été jusque là alloués. Il faut réorienter une partie plus importante de l’impôt crédit recherche vers la R&D dans les secteurs des énergies et des technologies propres, et réactiver l’idée d’une fiscalité écologique.

9. Bouleverser les structures administratives

Les réformes structurelles que nous appelons de nos vœux et la réduction de la dépense publique ne pourront se faire que si elles sont accompagnées d’une réorganisation de la fourniture des biens et services publics. La France n’a pas été capable d’équilibrer un budget en 40 ans. Il faut mettre l’accent sur un État efficace et sur les réformes qui élimineront les doublons de structure, notamment à travers une architecture simplifiée des collectivités territoriales. Il faut responsabiliser les opérateurs publics, par exemple en substituant aux structures existantes des agences. Ces agences, dans la lignée de la LOLF, seront pourvues d’un budget indépendant, ne s’appuyant pas sur des taxes affectées. La transparence et l’évaluation des politiques publiques sont un préalable indispensable à ce genre de réforme. La jeunesse représente un atout formidable pour la France. Cet atout est largement sous ‐ utilisé, si ce n’est complètement gâché. Ceci concerne autant les aspects financiers que plus qualitatifs. La France est l’un des pays qui allouent la part la plus importante des transferts publics aux retraités par rapport à la part destinée aux moins de 25 ans. Toute politique de la jeunesse passe donc par un transfert de ressources vers les jeunes, qui pourrait atteindre 1 à 2 points de PIB. Ces trois mesures vont dans ce sens.

10. Créer un «  contrat jeunesse  »

Trop nombreux sont les jeunes qui décrochent du système scolaire – 1,9 millions de jeunes âgés de 15 à 29 ans ne sont ni étudiants, ni employés, ni en formation. Ils sont la plupart du temps absents de tous les fichiers. L’illettrisme touche 4% des 18 ‐ 25 ans. Pour permettre à ces jeunes en décrochage scolaire de franchir le difficile premier pas vers une recherche d’emploi ou la reprise d’une formation, il faut leur donner les moyens financiers de le faire. Nous proposons la création d’un véritable «  contrat jeunesse  ». Ce contrat consiste à verser une 4 allocation monétaire à ces 1,9 millions de jeunes, à condition qu’ils respectent leur engagement contractuel à chercher un emploi ou suivre une formation qualifiante. Ce contrat doit être à durée limitée mais renouvelable. Pour que cette mesure soit crédible, il est nécessaire de centraliser les informations sur ces jeunes à l’aide de l’ensemble des sources disponibles.

11. Multiplier par dix les écoles de la deuxième chance

Pour accompagner la volonté de réinsérer dans une formation ces jeunes en décrochage, il faut développer les Écoles de la deuxième chance, tout en évaluant rigoureusement leurs effets. Une telle initiative, en marge du système éducatif français, ne peut s’imaginer que dans l’articulation avec une réforme du système dans son ensemble.

12. Favoriser l’insertion des jeunes sur le marché du travail

Un droit à l’apprentissage Une façon de faciliter la transition vers l’emploi est d’utiliser de manière plus systématique l’alternance et l’apprentissage dans les modes de formation. La France doit s’engager, dans les cinq ans à venir, à fournir à tout jeune au minimum six mois d’apprentissage. L’idée est d’instaurer un système gagnant ‐ gagnant entre les jeunes entrants, dont le coût d’insertion est trop élevé, et les entreprises  : une faible rémunération des jeunes en apprentissage (sur le mode d’une période d’essai) en échange d’une promesse d’emploi à moyen terme. Une politique de défiscalisation de la période d’essai Dans le même ordre d’idée, une défiscalisation totale des périodes d’essais allègerait les coûts d’entrée des jeunes, avec comme condition le remboursement des cotisations sociales par l’entreprise si l’essai ne se concrétise pas en emploi stable. On suggère également la prise en charge du logement par l’entreprise pendant la période d’essai. Il faut également faciliter les conditions de cumul emploi ‐ études, qui reste aujourd’hui la principale cause du décrochage d’un grand nombre d’étudiants, par exemple en exonérant ces emplois de cotisations retraites. Le monde ne retrouvera une trajectoire économique satisfaisante qu’en regagnant une certaine confiance, c’est ‐ à ‐ dire, en maîtrisant l’incertitude. Là réside la bonne gestion des temps. Les mesures proposées vont dans ce sens


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